Table des matières

Introduction : 4

Quand ont commencé les problèmes en rapport avec le sexe. 4

Les Anges et les femmes. 4

Quand nous regardons avec attention la Bible au niveau de la Genèse nous nous regardons avec attention le chapitre 6 de celle-ci. Nous voyons les anges désirer les filles des hommes et les prendrent pour femmes. Or de ce fait ils perdirent leur dignité d’anges et devinrent des êtres cruels et entrainèrent les hommes avec eux dans leur turpitudes. Il s’en suivit le déluge. Genèse 6 ;7 ;8. 4

Lot avec ses filles. 4

Nous voyons aussi une sordide histoire de sexe entre lot et ses filles Genèse 19 :29-36. 4

L’histoire de David avec la femme d’Urie le Héthien. 4

2 Samuel 11 : 3-27 : David et Bath Schéba. 4

Le roi Salomon et ses femmes et ses concubines. 4

On est loin de ce que nous dit exode 21 :10. 4

5. La famille et la sexualité. 5

1. Une démarche éthique. 6

Distinguer fait et norme. 6

Articuler fait et norme. 7

2. Homme et femme il les créa. 8

La différenciation sexuelle dans la biosphère. 9

Sexe et sexualité. 9

Active-neurones. 10

La différenciation sexuelle dans l’humanité. 11

Comme les animaux. 11

Différemment des animaux. 11

L’animal proche de l’humain ?. 12

Sexe et religion. 13

La signification du fait observé. 15

L’interaction entre physique et spirituel 15

Ni dualité ni fusion. 15

Image de Dieu et différenciation sexuelle. 16

Les effets de la déchéance historique. 17

Mal et sexualité. 17

Saleté et sexualité. 19

Difficultés du vivre ensemble. 20

3. Vivre saintement la sexualité. 21

La bénédiction divine de l’union charnelle. 22

Approbation. 22

Encouragement. 22

L’interprétation du Cantique. 23

Célébration de la jouissance. 24

Et le don du célibat, là-dedans ?. 25

Eunuques à cause du royaume de Dieu. 26

La restriction au cadre conjugal 27

Le Cantique des cantiques et le mariage. 28

Pleine liberté dans le mariage?. 28

Compulsif, addictif. 29

La corruption qui est dans le monde. 30

Les unions hors mariage. 30

L’adultère. 31

Le viol 31

La séduction et l’union préconjugale. 32

Les altérations de la sexualité. 32

Les déviations et la psychanalyse. 32

L’homosexualité. 33

La pornographie. 35

Définitions et contours. 35

Impact. 36

Des pratiques plus difficiles à évaluer. 36

Le rêve érotique. 36

Le regard de convoitise. 37

La masturbation. 37

L’onanisme. 37

La sexualité des personnes handicapées. 38

L’obstacle à la procréation. 38

A lire pour aller plus loin. 39

4. L’institution du mariage. 40

Définitions. 40

Un modèle biblique. 41

Dix formules frappées. 42

L’aspect d’institution. 42

L’aspect «chair unique». 43

L’aspect d’alliance. 44

Les ingrédients du mariage valide. 45

Consentement mutuel 45

Le combat de l’Eglise médiévale pour le consentement. 45

Union sexuelle et communauté de vie. 46

Le caractère essentiel de l’union sexuelle. 46

La vocation du célibat. 46

Des définitions au fil de l’histoire. 47

Caractère public. 47

Conclusion. 48

Les buts du mariage. 49

Les vœux du Seigneur pour le mariage. 50

Le vœu d’unicité exclusive. 50

Jusqu’à ce que la mort sépare….. 51

La répudiation dans le judaïsme du 1er siècle. 51

Sauf….. 52

Les questions surgissent, âprement débattues: 52

Pôle «traditionaliste». 53

Pôle «libéral». 53

Interprétation évangélique et protestante majoritaire. 53

Le mariage après un divorce. 54

Gros plan. 54

Eluder les clauses d’exception?. 54

Le spectre des positions sur le divorce. 55

Le vœu d’heureuse entente. 55

L’idéal fusionnel 56

Les obstacles à l’entente. 56

Active-neurones. 57

La place de l’espérance. 57

A lire pour aller plus loin. 58

Le corps et la sexualité, dons de Dieu. 59

 

La sexualité face à la bible

Introduction :

Cette étude a pour but de parler de religion par rapport à la Bible et essayer de comprendre la pensée de Dieu face à celle-ci.

Quand ont commencé les problèmes en rapport avec le sexe

Si nous essayons de réfléchir au commencement des problèmes liés au sexe, nous pouvons démarrer dans le jardin d’Eden avec le premier homme et la première femme c’est-à-dire Adam et Eve. Nous voyons Satan sous une forme de serpent à quatre pattes suggéré à Eve de prendre le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or Eve le prend et on donne ensuite à son mari. Peut-être me direz-vous mais où est le problème à caractère sexuel. Pour ma part dans le fait qu’Adam séduit par Eve du fait de son attachement et de son rapprochement n’a pas refuser de prendre le fruit alors qu’il connaissait parfaitement ce que Dieu lui avait dit. Genèse 3 : 1-24

Les Anges et les femmes

Quand nous regardons avec attention la Bible au niveau de la Genèse nous nous regardons avec attention le chapitre 6 de celle-ci. Nous voyons les anges désirer les filles des hommes et les prendrent pour femmes. Or de ce fait ils perdirent leur dignité d’anges et devinrent des êtres cruels et entrainèrent les hommes avec eux dans leur turpitudes. Il s’en suivit le déluge. Genèse 6 ;7 ;8.

Lot avec ses filles

Nous voyons aussi une sordide histoire de sexe entre lot et ses filles Genèse 19 :29-36

L’histoire de David avec la femme d’Urie le Héthien

2 Samuel 11 : 3-27 : David et Bath Schéba 

Le roi Salomon et ses femmes et ses concubines

Deutéronome 17 : 14-20           Qu’il n’est pas un grand nombre de femmes

Salomon avait Sept cent princesses et trois cent concubines. Et ses femmes détournèrent son cœur.

On est loin de ce que nous dit exode 21 :10

Si tu prends autre une femme tu ne retrancheras rien concernant la nourriture le vêtement et le devoir sexuel.

Nous venons de voir très, très brièvement la partie avant Christ

Que pense Christ du mariage

Jésus-Christ ne nous pas beaucoup choses sur la sexualité où le mariage en particulier. Il parle de la même manière que Dieu dans le jardin d’éden en citant Genèse 2 : 24. « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ne deviendront qu’une seule chair »

Matthieu 19 :6, il nous dit :

« Alors ils ne sont plus deux, mais ils une seule chair. Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint »

Paul parle de la même manière que Jésus et que le texte de la Genèse. Ephésiens 5 :31

Paul ira dans le même sens en 1 Corinthiens 6 : 16, quand il parle de l’union avec une prostituée.

Dans le mariage il est précisé que chacun rende à l’autre ce qui lui doit :  1 Corinthiens 7 : 3-5

1 ¶ Pour ce qui concerne les choses dont vous m’avez écrit, je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme.

2 Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.

3 Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari.

4 La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme.

5 Ne vous privez point l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence.

La sexualité en elle-même est bonne, toutefois Dieu a instauré des règles pour la pratiquer, certains ont fait quelque de ragoutant, voire de bestial. Pourtant Paul dans une de ses épitres à 1 Timothée 4 :1-5

« 1 ¶ Mais l’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons,

2 par l’hypocrisie de faux docteurs portant la marque de la flétrissure dans leur propre conscience,

3 prescrivant de ne pas se marier, et de s’abstenir d’aliments que Dieu a créés pour qu’ils soient pris avec actions de grâces par ceux qui sont fidèles et qui ont connu la vérité.

4 Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien ne doit être rejeté, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâces,

5 parce que tout est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière. »

Y a-t-il des moments où notre sexualité doit être mis en veille ; Oui si nous le décisions ensemble. 1 corinthiens5 7 :5

Ne vous privez point l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence.

Un élément qui doit être important le mariage doit être fait entre chrétiens Paul nous parle qu’il ne faut pas être dans un attelage

12 Aux autres, ce n’est pas le Seigneur, c’est moi qui dis : Si un frère a une femme non-croyante, et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la répudie point ;

13 et si une femme a un mari non-croyant, et qu’il consente à habiter avec elle, qu’elle ne répudie point son mari.

14 Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère ; autrement, vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints.

15 Si le non-croyant se sépare, qu’il se sépare ; le frère ou la sœur ne sont pas liés dans ces cas-là. Dieu nous a appelés à vivre en paix.

16 Car que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari ? Ou que sais-tu, mari, si tu sauveras ta femme ? disparate 1 Corinthiens 7 :15

 

 

https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1970_num_17_1_1327

Ci-dessus comment l’église catholique a perçu acte sexuel.

Jeune fille violée dans les champs

Deut 22 : 28

25 Mais si c’est dans les champs que cet homme rencontre la jeune femme fiancée, lui fait violence et couche avec elle, l’homme qui aura couché avec elle sera seul puni de mort.

26 Tu ne feras rien à la jeune fille ; elle n’est pas coupable d’un crime digne de mort, car il en est de ce cas comme de celui où un homme se jette sur son prochain et lui ôte la vie.

27 La jeune fille fiancée, que cet homme a rencontrée dans les champs, a pu crier sans qu’il y ait eu personne pour la secourir.

28 Si un homme rencontre une jeune fille vierge non fiancée, lui fait violence et couche avec elle, et qu’on vienne à les surprendre,

29 l’homme qui aura couché avec elle donnera au père de la jeune fille cinquante sicles d’argent ; et, parce qu’il l’a déshonorée, il la prendra pour femme, et il ne pourra pas la renvoyer, tant qu’il vivra.

Attention de ne pas coucher avec la femme de son père

Deut 23 : 1

30 Nul ne prendra la femme de son père, et ne soulèvera la couverture de son père.

Lévitique 18 :23 Relation avec bête

Deutéronome 22 : 5 Ne pas porter d’habits d’homme et de femmes

1 Corinthiens 6 : 9-11

Galates 5 : 22-23

5. La famille et la sexualité

Henri Blocher

Aurons-nous encore un sexe dans l’éternité ?

Est-ce que le péché d’Adam et Eve, c’est d’avoir fait l’amour ?

La sexualité avant le mariage, si on a l’intention de se marier, est-elle permise ? Qu’est-ce qui est autorisé pendant les fiançailles, par exemple ?

Que doit faire un chrétien célibataire ? Peut-il avoir des relations avec une prostituée ?

L’homosexualité n’est-elle pas « normale » pour certaines personnes ?

Est-ce qu’il est nécessaire de se marier religieusement, en plus de se marier civilement ?

Est-ce si grave de ne pas se marier ? Le mariage n’est-il pas avant tout un simple pacte social ?

Comment peut-on dire que le mariage a été institué par Dieu et pas le concubinage ?

La polygamie est-elle vraiment interdite par la Bible ?

1. Une démarche éthique

Haute tension ! Les mœurs (ou éthè) en matière de sexualité ont toujours intéressé la réflexion morale ou éthique, mais les choses ont pris de nos jours un tour quasiment dramatique à cause de l’écart croissant, voire de l’opposition passionnée, entre les évaluations contemporaines et les normes classiques en christianisme.

Il faut au courage, pour être lucide, s’allier à la prudence. D’abord s’assurer qu’on sait de quoi on parle, et bien repérer les repères.

Distinguer fait et norme

Les mœurs ou éthè sont l’objet d’étude de deux disciplines, qu’il ne faut pas confondre : l’éthologie et l’éthique. L’éthologie décrit le fait, l’éthique prescrit la norme.

*    L’éthologie, science relativement récente, rend compte des comportements animaux et de leurs correspondances humaines (d’autres «sciences humaines» les décrivent alors sous d’autres angles: psychologie, sociologie, ethnologie et globalement anthropologie).

*    L’éthique, « science » si l’on veut (philosophique ou théologique), s’attache aux comportements humains pour les évaluer du point de vue du bien et du mal, désapprouver celui-ci et recommander celui-là, baliser le permis et le défendu, tracer les voies à suivre.

C’est par sophisme qu’on prétend tirer de ce qui est (le fait) ce qui doit être (la norme). Aucun prestidigitateur ne peut faire sortir du chapeau des données qu’on observe le lapin d’une qualification morale, positive ou négative, obligation ou permission! Quant aux pratiques sexuelles, la présence attestée dans telle ou telle espèce animale (éthologie) ne suffit pas à légitimer les mêmes pratiques parmi les humains (éthique). On ne peut pas ignorer, d’ailleurs, l’intrusion du mal dans le monde.

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Le sophisme

On appelle «sophisme» un raisonnement trompeur, dont l’apparence cache un vice de construction, tel qu’en forgeaient les «sophistes» d’Athènes, auxquels Socrate (vers 470–399 av. J.-C.) et Platon (vers 427–347 av. J.-C.) se sont opposés.

Deux façons d’aller du fait à la norme sont fort tentantes mais ne sont pas satisfaisantes:

*    A partir de l’idée que le bien, c’est le bonheur, on observera dans les faits quels comportements conduisent au bonheur, pour en tirer la prescription: c’est ainsi qu’on doit faire!

*    Ou alors on élèvera au pinacle la notion de vie: ce qui va dans le sens de la vie, ce qui la favorise, l’accroît, l’épanouit, voilà ce qui détermine l’éthique sexuelle!

Manque, cependant, la justification radicale: au nom de quoi érige-t-on le désir du bonheur ou l’adhésion à la vie en devoir? Pourquoi serait-il blâmable de vouloir le contraire? Et l’application se révèle impossible sans arbitraire. Qui décidera du bonheur? A court terme? A long terme? En tenant compte de l’éternité? A quel niveau: celui d’un bon couscous, d’un beau concert, d’une bonne conscience après une BA, de la contemplation ravie du mystique? Il en va de même pour la vie. Ces notions vagues, ployables en tout sens, ne peuvent pas servir de guides.

La foi reconnaît en Dieu, lui qui est le Bien, qui recèle en lui-même comme Dieu tout le Droit et toute légitimité, la source des normes: il nous les fait connaître par sa Parole, mise par écrit dans l’Ecriture sainte.

Articuler fait et norme

Distinguer n’est pas séparer. Si la norme ne sort pas du fait, l’éthique ne peut pas se passer d’une considération de celui-ci. Après tout, ce qui doit être doit être! La norme doit s’appliquer au réel, tel qu’on peut le décrire: pour voir comment, l’éthique doit s’informer sur ce qui est. C’est pourquoi l’éthique de la sexualité ne peut pas ignorer ce que disent du sexe les sciences du vivant, et les «sciences humaines», malgré les débats sur leur statut scientifique, malgré les présupposés douteux et les mélanges idéologiques. Si virulents que se montrent ses adversaires, la psychanalyse fondée par Sigmund Freud (1856–1939) ne peut pas être laissée de côté: plusieurs grands philosophes ont intégré son apport à leur pensée, et elle modèle pour une bonne part l’auto-compréhension des personnes hyper-modernes.

On peut même aller plus loin: le fait peut aider à discerner la norme, à partir du moment où il s’inscrit dans le projet créateur. Le dessin du réel, s’il est compris comme le créé, laisse transparaître le Dessein du Créateur. Les données que scrutent les savants se libèrent du non-sens qui frappe les effets du Hasard et de la Nécessité: elles revêtent le sens d’une intention personnelle, l’intention divine. Il en va ainsi des tendances observables dans le champ de la sexualité.

Objection: et le mal dans le monde? Ne brouille-t-il pas l’image? La création n’a-t-elle pas été assujettie à la vanité/inconsistance (Romains 8.20), de telle sorte que l’intention du Créateur n’y soit plus lisible?

La réponse distingue deux niveaux:

*    Pour la création infra-humaine, on ne peut pas exclure certains effets du péché de l’homme, certains dérèglements, mais l’accent porte sur cette création dans sa relation à l’humanité (Genèse 3.17–18); le Psaume 104, les discours de Dieu à l’adresse de Job, du sein de la tempête théophanique (c’est-à-dire correspondant à une manifestation de Dieu, Job 38–41), et d’autres passages traitent le monde de la nature présente comme le miroir de la sagesse divine. Le péché humain n’a pas tout effacé, au contraire: Dieu maintient son œuvre. Du coup, le fonctionnement de la sexualité, qui définit la texture même de la vie terrestre, peut être présumé conforme au projet divin.

*    Pour l’humanité, hélas, le gâchis est bien plus grave. Les comportements ne sont plus ceux que le Seigneur voulait. Mais même cette «aliénation» n’a pas le pouvoir d’abolir la création divine. La «grâce commune» de Dieu, comme on l’appelle, limite la gangrène du péché et préserve un certain bien (Matthieu 5.45; Actes 14.17). En un sens, l’homme reste image de Dieu (1 Corinthiens 11.7; Jacques 3.9: cela n’est pas dit de croyants, d’hommes régénérés comme tels). La corruption est maximale dans le rapport à Dieu, elle est moindre – pour que l’humanité survive – dans les rapports de la vie terrestre. L’éthique de la sexualité ne méprisera donc pas l’apport anthropologique (c’est-à-dire celui des sciences étudiant l’homme).

La prudence est de mise, bien sûr. L’interférence du mal oblige à en redoubler, mais, de toute façon, nous devons réserver la liberté de Dieu. La sagesse qui se reflète dans le dessin du monde garde son mystère, et si nous devinons, à suivre tel ou tel trait, l’intention qu’a eue le Créateur, nous avons besoin qu’il nous confirme: «Tel est mon commandement.» Il n’a pas jugé bonnes pour toutes les espèces les mêmes règles, et l’humanité jouit, dans son alliance, d’une place à part…

La Bible, Parole de Dieu, guide finalement l’éthique de la sexualité. La Bible bien comprise, chaque texte lu dans son contexte et selon la progression «pédagogique» de la révélation divine. On verra ci-après comment ces lignes seront suivies.

2. Homme et femme il les créa

L’éthique ne se désintéresse pas du fait: il convient de commencer par présenter (brièvement) la sexualité comme réalité à décrire, sans omettre l’apport des sciences bibliques et théologiques (elles mettent en lumière des dimensions essentielles du réel).

La différenciation sexuelle dans la biosphère

Pas de vie sans reproduction. Cette loi, presque une tautologie (une forme de répétition), donne son contour à la biosphère, l’ensemble des êtres vivants sur la terre. Mais les êtres vivants ont deux façons de se reproduire:

*    Aux étages les plus bas de la classification, pour les formes les plus rudimentaires, la cellule se divise et produit son double (mitose): les «clones» se multiplient indéfiniment, avec le même génome (ensemble de gènes), sauf mutation accidentelle. Ce mode a l’avantage d’économiser l’énergie, et c’est pourquoi il subsiste à titre partiel dans de nombreux groupes d’espèces complexes (exemple: la multiplication végétative des fraisiers).

*    Dans ces espèces, cependant, un autre mode est apparu: la reproduction sexuée. Selon ce mode, l’individu qui est le produit, le fruit d’une synthèse impliquant non pas un mais deux individus antérieurs, hérite pour moitié des gènes de l’un des géniteurs et pour moitié de l’autre: les gamètes mâle et femelle fusionnent, apportant chacun la moitié du génome («Salade de fruits, jolie, jolie, jolie», disait la chanson). La combinaison – elle est aléatoire, avec des milliards de possibilités – produit un génotype original, différent de celui des géniteurs: le nouvel individu possède une individualité unique.

Le mode sexué est plus coûteux en énergie que le mode asexué, mais il présente l’énorme avantage, grâce à la diversité obtenue, d’aider l’espèce à s’adapter à son environnement.

Gros plan

Sexe et sexualité : un mot sur les mots

Le terme «sexe» et ses dérivés proviennent du latin secare, «couper», comme «section» et «sécateur» (et non pas comme «secte» qui vient de sequi, «suivre»).

La sexualité, c’est la coupure qui partage en deux le monde du vivant: entre le sexe mâle (ou masculin) et le sexe femelle (ou féminin).

Les attributs qui différencient principalement les individus mâles et femelles dans les espèces sexuées prennent à leur tour le nom de sexe: l’individu possède un sexe, partie de son corps, organe parmi ses organes.

Comme les deux sexes jouent leur rôle dans la reproduction en se conjoignant, en s’unissant, les mots sexe et sexualité désignent encore la force qui les y pousse: on parlera de la puissance du sexe.

On dira enfin (par une figure de rhétorique nommée «métonymie», par laquelle on exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire) «le sexe» pour les pratiques, la mise en œuvre des facultés sexuelles…

La reproduction sexuée requiert la «fabrication» de gamètes mâle et femelle. Dans un certain nombre d’espèces, l’individu, «hermaphrodite», est capable de fournir les deux catégories: avec autofécondation dans certains cas (quant au résultat génétique, on retombe alors dans la reproduction asexuée), mais allofécondation plus souvent. La reproduction sexuée exclusive prévaut chez les animaux pluricellulaires, et avec des individus différents, mâles ou femelles, pour produire les gamètes correspondants. C’est le cas chez les mammifères. Le récit biblique du déluge insiste sur la préservation des couples d’êtres vivants, «mâle et femelle» (Genèse 6.19–20; 7.2–3; 9.15–16).

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Autofécondation

L’autofécondation est une fécondation qui met en jeu des gamètes provenant du même individu.

Allofécondation

L’allofécondation est une fécondation qui met en jeu des gamètes provenant d’un autre individu de l’espèce.

Quand le mâle et la femelle sont bien distincts, comment les gamètes, ovule et spermatozoïde, vont-ils se rencontrer? La multitude des solutions mises en œuvre défie l’imagination! Dans le règne végétal, les fleurs sont des sexes qui s’ouvrent. La pollinisation use de tous les moyens, jusqu’à l’imitation par la plante de la femelle de l’insecte pollinisateur pour attirer celui-ci!

Des poissons se contentent d’émettre dans l’eau des gamètes par millions ou milliards. Sur le nombre, quelques-uns, au moins, se rencontreront! Chez d’autres, chez beaucoup d’insectes et les animaux terrestres, c’est l’accouplement qui résout le problème. En général, le mâle dispose de l’organe voulu pour projeter les spermatozoïdes là où se trouvent les ovules, avec – très rarement il est vrai – renversement du schéma: chez les hippocampes et leurs cousins syngnathes, «c’est la femelle qui possède un organe inséminateur: véritable tube de ponte qu’elle introduit dans une poche incubatrice du mâle, remplie de sperme. C’est là que se développeront les embryons, portés jusqu’à l’accouchement par le père!»

Outre la complémentarité anatomique et fonctionnelle, le bagage génétique détermine ce qu’on appelle couramment «instinct» sexuel. Le génotype se compare à un programme, écrit dans l’alphabet de l’ADN, et que la vie exécute: ce programme comprend une attraction presque irrésistible de chaque sexe vers l’autre, une puissante impulsion unitive. Les hormones y jouent un rôle clé. A son service se développent des caractères sexuels secondaires, ornements destinés à émouvoir tous les sens. La richesse de l’ensemble est prodigieuse et justifie qu’on appelle, avec Graham Bell (1847–1922), la sexualité le «chef-d’œuvre de la nature».

Active-neurones

«Ainsi, bruits, mouvements, parfums, couleurs et bien d’autres que nous percevons dans la nature en nous promenant au printemps (et ceux, bien plus nombreux, que nous ne percevons pas), ne sont rien d’autre que des invites sexuelles. Sans en être conscients, nous traversons un monde bombardé de signaux sexuels multiformes qui se manifestent partout et toujours et constituent la majeure partie du ‘bruit de fond’ de la nature qui nous entoure.»

Jacques Ruffié, Le sexe et la mort, Odile Jacob / Seuil, 1986, p. 108

La nature ajoute à la poussée impérieuse du sexe des comportements connexes qu’on décrit comme des rites. Ils servent de préludes pour que les couples se forment et s’accouplent. Parmi les plus fréquents, «la délimitation du territoire, la ‘lutte’ entre mâles (et parfois femelles) qui définit une hiérarchie, enfin la parade nuptiale, sorte de ‘séduction’ réciproque entre les deux géniteurs potentiels». Un compagnonnage, utile à la progéniture, peut s’établir; s’il est exclusif et durable, les naturalistes parlent même de «monogamie». On l’observe chez beaucoup d’oiseaux, y compris le corbeau, et de rares mammifères comme le primate gibbon.

Active-neurones

«Venant d’une cane célibataire de col-vert, l’instigation est tout simplement une demande en mariage; à ne pas confondre avec une demande d’accouplement qui se manifeste d’une manière fort différente par le comportement dit de ‘pompage’. L’instigation signifie que la cane désire s’unir au mâle pour une longue durée. Si le mâle est disposé à accepter, il lève le menton et dit très vite, en détournant la tête un peu de la femelle: ‘reb-reb, reb-reb’ ou bien, et cela arrive surtout dans l’eau, il répond par un comportement également ritualisé: il boit et feint de se lisser les plumes. Les deux cérémonies signifient que le mâle dit ‘oui’ à la prétendante.»

Konrad Lorenz, L’Agression. Une histoire naturelle du mal, trad. Vilma Fritsch, Champs 20, Flammarion, 1969, p. 68

La différenciation sexuelle dans l’humanité

La description doit se faire plus précise pour l’espèce à laquelle nous appartenons, dénommée homo sapiens par l’anthropologie. Exactement, pour nous placer dans l’optique de la Bible, nous braquons le projecteur sur l’humanité adamique (liée à Adam), créée en image de Dieu (Genèse 1.26–27) et privilégiée par l’insufflation divine du souffle de vie (Genèse 2.7): l’humanité d’homo theologicus ou theologus, théologique ou théologien, capable de communion avec Dieu (le rapport avec homo sapiens nécessiterait une étude particulière).

Comme les animaux

L’espèce humaine – ou, mieux dit, le «genre humain» – bénéficie de la différenciation sexuelle commune aux animaux supérieurs, spécialement aux mammifères et, parmi eux, aux primates. L’humanité se partage entre individus mâles et femelles, et se reproduit par leur conjonction ou union. Le caractère sexuel «primitif» est défini génétiquement: la paire chromosomique XX fait le sexe féminin et la paire XY le sexe masculin. Les caractères «primaires», que les hormones font se dessiner si le programme s’exécute sans accident, sont les organes génitaux, anatomiquement complémentaires, qui permettent l’accouplement (synonymes: copulation, coït) et la fécondation. Les caractères «secondaires» (pilosité, etc.) contribuent à l’attrait réciproque des sexes. On ne peut guère nier l’existence d’un «instinct» sexuel, d’une énergie pulsionnelle qui porte à l’union.

Cette continuité, cette participation à la sexualité commune, s’accorde avec la vision biblique de l’homo theologus: celui-ci est bien solidaire des animaux; comme eux, il est une créature du sixième jour en Genèse 1; comme eux, il est formé de la poussière de la terre selon le langage imagé de Genèse 2. L’animalité de l’humain fait partie de la création très bonne des origines.

Différemment des animaux

L’animal qu’est l’homme, cependant, a une place à part! Les données de la révélation, qui comprennent «la pensée de l’éternité» dans le cœur (Ecclésiaste 3.11), trouvent une pleine confirmation dans le «phénomène humain»: ce qui lui est propre – la réflexion, le langage à double articulation, l’élaboration des sciences et des sagesses, la production artistique, la transformation de la nature, etc. – représente un pas gigantesque et sans équivalent dans la biosphère.

Gros plan

L’animal proche de l’humain ?

On trouve chez les animaux supérieurs des traits remarquables d’intelligence et d’affectivité, voire de ce qui ressemble au sentiment de culpabilité, mais il est abusif de niveler pour autant la différence avec l’humain. C’est déjà ignorer l’importance majeure des effets de seuil pour le vivant. En fait, l’intérêt des savants se surinvestit dans ces traits parce qu’ils semblent annoncer homo sapiens.

Sans régler la question du statut théologique de l’animal, on peut, dans la perspective de la foi, considérer ces traits comme des esquisses par lesquelles le Créateur a voulu préparer l’introduction de Theologus (les hominidés et les formes homo disparues, connues par les seuls fossiles, pourraient s’interpréter par la même intention). Karl Marx (1818–1883) lui-même a tiré de sa dialectique la validité d’une telle lecture rétrospective!

L’homme adamique se révèle bien unique dans sa sexualité même. Rupture, capitale: il n’est plus soumis à la périodicité du rut (même si le désir varie un peu avec le temps). Jacques Ruffié (1921–2004) pouvait écrire avec humour:

L’homme seul a le privilège si l’on peut dire de répondre, dans le domaine de la sexualité, à la devise de Lord Baden-Powell qui créa le mouvement scout en 1908: «Toujours prêt.»

Du coup, pour pousser à l’accouplement, il fallait charger celui-ci d’un plaisir plus intense: c’est le cas au degré le plus haut, en particulier pour le sexe féminin. Physiologiquement, l’homme est plus chétif et délicat que les animaux: «Sauf toutefois dans le domaine amoureux, où nous pulvérisons tous les records» – même pour l’anatomie, nous sommes les champions. Mais la libération de la périodicité du rut animal signifie encore l’interférence du choix. «Faire l’amour», normalement, est une activité librement consentie, qui fait intervenir la parole. Arthur Koestler (1905–1983) disait, paraît-il: «Pour plus de la moitié, l’amour se fait avec des mots.»

L’accouplement face à face, possible seulement chez quelques primates supérieurs (mais rare chez eux), est au service du même trait.

Ce caractère personnel irréductible se montre dans la pudeur de la nudité (inconnue de l’animal): c’est parce que j’ai conscience comme sujet d’être l’objet du regard d’autrui que je suis gêné de m’exposer. Seule la libre alliance des sujets permet l’heureux dévoilement, déjà un certain don de soi.

Ce caractère personnel fait de la séduction un exercice culturel: le poème, la sérénade, le bijou offert correspondent aux pétales de la rose ou aux mélodies du rossignol, mais librement inventées. Il implique aussi le passage à l’érotisme, l’art qui «spiritualise» les procédures de l’accouplement. Il éclate dans l’amour-passion, cette expérience entre l’homme et la femme où joue le sens de l’absolu.

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«Si, dans certains cas, l’union prend l’aspect sommaire d’un assouvissement aveugle, dans d’autres elle se traduit par des gestes, des rythmes et des formes où s’introduisent beauté et poésie. L’union y devient à la fois ‘jeu’ et ‘célébration’, l’intrication de ces deux attitudes étant sans doute l’un des traits propres de l’érotisme.»

«Les liens charnels ne doivent être ni dévalorisés, ni survalorisés. Ils sont relatifs et contingents, tout en engageant la relation à l’absolu.»

Xavier Lacroix, Le corps de chair. Les dimensions éthique, esthétique et spirituelle de l’amour, Recherches morales/Synthèses, Cerf, 19942, p. 79, 19

Le propre de la sexualité humaine accomplie, c’est la compénétration entière du charnel et du spirituel: le fait qu’ils sont imbriqués l’un dans l’autre, influencés l’un par l’autre.

Céline (1894–1961), dans son Voyage au bout de la nuit, a cette formule d’allure cynique et misanthropique:

L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches.

On peut y déceler une vérité profonde: dans ce moment intensément biologique, c’est la sensibilité au beau, au vrai, au bien, c’est la capacité pour l’infini qui se concrétise. Le poème de l’amoureux est sublime et n’aurait jamais été composé sans les hormones…

Des sexologues éloignés de toute profession de foi chrétienne constatent cette exigence «totalitaire» («holistique») de l’union sexuelle dans l’humanité.

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«…la pleine satisfaction sexuelle est plus haute et plus entière que la simple satisfaction érotique: le plaisir sexuel n’est vraiment un accroissement de l’être, il n’est une source de joie véritable que lorsqu’il a cessé d’être partiel, aberrant; lorsqu’il s’est exhaussé jusqu’à l’amour capable de tendresse et d’altruisme; lorsqu’il s’est accordé, dans un équilibre psychique durable, avec les autres aspirations de l’individu. Même chez l’homme sans idéal moral élevé, sans devoir religieux, sans préoccupation esthétique, le désir à nu est une infériorité biologique au moins passagère et ressentie comme tel; car l’homme le plus ordinaire est esprit autant que chair, et cellule sociale autant qu’individualité.»

Dr A. Hesnard, La Sexologie, normale et pathologique, Petite Bibliothèque Payot 31, 1951, p. 180

Les rites continuent de compter, mais ils sont assumés dans la liberté: l’homme peut s’interroger sur leur sens, les transgresser, les remanier, en établir de nouveaux. Le compagnonnage des géniteurs est aussi ordinaire: il est indispensable à la survie de l’humanité, car le petit humain met un temps démesurément long (comparé aux autres espèces) à grandir et atteindre la capacité de «se débrouiller» tout seul.

Sexe et religion

Si la sexualité pleinement humaine se rapporte à l’infini, la religion simplement humaine se mélange facilement au sexe. L’association étroite s’observe couramment dans le champ de l’anthropologie, dans deux directions opposées:

*    La religion profite de l’énergie pulsionnelle de la sexualité: elle la sacralise, la divinise. Ainsi le phallus était-il porté en processions solennelles en Grèce, et les hindous vénèrent-ils le lingam de Shiva. Ainsi la prostitution sacrée faisait-elle partie du culte dans les religions de la fécondité que pratiquaient les Cananéens, elles qui ont contaminé le culte en Israël malgré le Deutéronome et les prophètes (Deutéronome 23.18–19; Osée 4.14).

*    A l’opposé (mais les contraires peuvent coexister), le sexuel peut constituer le sacré négatif, le nœud de l’impureté, l’objet exécré (le mot vient de sacer, «sacré»). Le manichéisme, secte fondée par un certain Mani au 3e siècle de notre ère et héritière du gnosticisme, pousse très loin le refus du sexe comme intrinsèquement mauvais; il chevauche ainsi les forces de la «contre-sexualité» qui habitent aussi le psychisme humain. Beaucoup de religions, plus modérées, exigent l’abstinence sexuelle des candidats à la sainteté supérieure, et les moines, un peu partout, font vœu de célibat et de chasteté.

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A propos de Genèse 1.27: «Double phrase prodigieuse, d’une simplicité si lapidaire qu’on est à peine conscient du fait qu’elle fait disparaître derrière nous tout un monde de mythes, de spéculation gnostique, de cynisme et d’ascétisme, de divinisation du sexe et d’angoisse sexuelle.»

Emil Brunner, Der Mensch im Widerspruch. Die christliche Lehre vom wahren und vom wirklichen Menschen, Zwingli Verlag, 19654, 19371, p. 357

Il est frappant que le seul «ascète» agréé par l’Ancien Testament, le nazir ou naziréen (Nombres 6), ne soit pas invité à pareille abstinence! La foi biblique contraste avec les deux tendances évidentes dans le paganisme.

*    Elle ne maudit pas le sexe; elle le bénit au contraire.

*    Elle ne le divinise pas; elle prend grand soin de séparer tout exercice de la sexualité du culte.

La séparation entre sexualité et culte va jusqu’à ce «détail» significatif: l’exigence de caleçons assez longs pour les prêtres (Exode 28.42–43) et d’une rampe d’accès à l’autel sans marches de manière à prévenir tout mouvement indécent (Exode 20.26)! La puissance même de l’énergie instinctive rend nécessaire cette mesure «prophylactique» rigoureuse: pas de mélange.

Tout est dit dans la formule: «Il créa l’homme et la femme» (Genèse 1.27). Le sexe est créé, il est donc bon, mais il n’est pas Dieu. Il ne faut ni l’exécrer ni le sacraliser, même s’il faut le «consacrer» comme toute réalité terrestre créée.

FAQ     Aurons-nous encore un sexe dans l’éternité?

Une question surgit pour le lecteur de la Bible: la différenciation sexuelle subsiste-t-elle dans la nouvelle création, dans la résurrection finale?

La réponse de Jésus aux sadducéens semblerait l’exclure: le problème d’une femme ayant eu sept maris sur terre (avec risque de polygamie au ciel) ne se posera pas, car «à la résurrection, les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel» (Matthieu 22.30; parallèles en Marc 12.25 et Luc 20.36 qui porte «semblables aux anges»).

Pour l’opinion courante, fondée (Luc 24.39), les anges sont de purs esprits sans corps; les ressuscités seraient comme eux, sans sexe.

Le reste de l’enseignement biblique montre, cependant, que la résurrection est corporelle, ce qui creuse une différence avec les anges. Le Seigneur ne dit pas que les ressuscités seront semblables en tout point aux anges. Le «comme» est assez vague, et l’expression de Luc l’est à peu près autant (il emploie un mot composé, isaggeloi, «égaux aux anges», qui implique une équivalence de statut mais non pas une totale similitude).

Le point qu’établit Jésus est seulement celui-ci: les conditions de vie seront tellement transfigurées que l’institution du mariage n’existera plus comme aujourd’hui; voilà pourquoi le problème que lui soumettent les sadducéens ne se posera pas.

La logique de l’apôtre Paul permet alors d’affirmer la permanence de la différenciation sexuelle. En effet, il oppose, en écrivant aux Corinthiens, le système digestif, qui sera aboli, et le corps comme sexué (le contexte oblige à reconnaître ce sens), que Dieu ressuscitera (1 Corinthiens 6.13–14). Si le sexe (transfiguré) participe à la résurrection, c’est qu’il est essentiel à l’humanité.

La signification du fait observé

La description de la sexualité comme fait établi dans la biosphère et dans l’humanité laisse-t-elle se dégager un sens?

L’interaction entre physique et spirituel

La réflexion humaine a mis en valeur la condition «charnelle» de l’humain, jusque dans ses fonctions «spirituelles». Cette condition s’atteste dans la sexualité. Tout phénomène de vie «intérieure», d’attention intellectuelle, d’émotion ou de résolution, voire de douceur éprouvée dans la prière, s’accompagne de déclenchements électriques et de réactions biochimiques dans le cerveau. Réduire l’une à l’autre ces réalités, c’est une violence arbitraire: la vie humaine est leur symbiose même. S’il y a causalité, elle semble aller dans les deux sens: la chimie du cerveau affecte l’esprit, et réciproquement.

Nulle part la symbiose interactive n’est plus assurée que dans la sexualité. Celle-ci, comme nœud du corps et de l’esprit, a le sens d’admirablement révéler l’humain. C’est pourquoi, sans doute, l’apôtre peut-il faire du péché sexuel un péché contre le corps, alors que les autres sont, d’une certaine façon, hors du corps (1 Corinthiens 6.18): dans l’union sexuelle, l’être humain n’a pas seulement son corps, il est, plus qu’en toute autre activité, son corps. La condition charnelle de l’esprit rappelle à l’homme sa bassesse (bonne) de créature: cette vérité perce la baudruche de l’orgueil rationaliste, quand la Raison se pare d’une majuscule et se croit étincelle de divinité («O ridicolissimo eroe! O héros ridiculissime!» se moquait Pascal en italien).

Ni dualité ni fusion

Nombreuses sont les sagesses et les religions qui ont extrapolé de la dualité des sexes un dualisme global et radical (en général, modéré). L’intelligence aime les dispositions binaires. Des psychologues estiment que l’enfant apprend la différence d’abord en percevant celle des sexes. Il n’est pas surprenant que la dualité du masculin et du féminin structure toute la vision du monde, instaurant dans le méli-mélo des choses un ordre clair et l’équilibre:

*    le masculin est associé au chaud, au feu, à l’activité, à la forme abstraite;

*    le féminin est associé au froid, à l’eau, à la passivité, à la matière féconde…

On trouve encore beaucoup d’autres couples d’opposés: soleil/terre ou mer, jour/nuit, impair/pair, transcendance/immanence. Le taoïsme, avec sa dualité du yin et du yang, offre un exemple particulièrement réussi et influent. Les panthéons du paganisme associent le Dieu-Père seigneurial (avec, souvent, dédoublement du vieux sage et du jeune guerrier) et la grande Déesse-Mère. Le mythe archétypique de l’androgyne (individu réunissant en lui-même les deux sexes) donne le même statut primordial à ces principes de l’être que sont le masculin et le féminin.

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«On ne peut envisager d’étudier ni même d’énumérer ici toutes les variantes du mythe d’Androgynat à travers le temps et l’espace. Une telle étude s’étendrait des grandes cultures ‘historiques’ aux peuplades dites primitives. Et par exemple de la pensée chinoise (avec son couple d’Emblèmes, le Yin et le Yang, commandant la sexualisation de tous les aspects du monde et dont la réunion, symbole à la fois de l’Unité et de la multiplication, est vénérée sous mille formes, hiérogamies, métaphores musicales, symboles géométriques comme le diagramme célèbre du T’ai ki) aux incantations millénaires de la Mésopotamie et de celles-ci aux rites magiques de l’Océanie ou de l’Afrique.»

Suzanne Lilar, Le couple, Livre de poche 3308, Grasset, 19631, p. 170

La vision biblique résiste à ces deux tendances païennes profondément solidaires: celle qui glorifie la dualité et celle qui glorifie la fusion.

*    Contrairement à ce que prétend une lecture biaisée, l’Ecriture rejette l’androgyne primitif. Dès qu’elle mentionne le sexe, elle passe au pluriel des personnes: «Il créa l’homme et la femme» (littéralement «il les créa mâle et femelle», Genèse 1.27).

*    Cependant, elle ne pose pas le masculin et le féminin à la manière d’un dualisme de principes. Si la dualité est mentionnée d’emblée comme la différenciation interne à l’humanité la plus essentielle, elle ne vient qu’après la définition commune aux hommes et aux femmes: créature en image de Dieu.

Dans la reprise «en gros plan» de Genèse 2, l’accent porte sur la communauté de nature entre l’homme et la femme, qui lui est semblable, «os de ses os, chair de sa chair» (d’après la formulation littérale en Genèse 2.23), l’un et l’autre à distance des animaux. Cette structure originale, dissymétrique, reflète celle de la réalité totale pour la foi biblique.

*    Pas de dualisme: il n’y a qu’un seul Principe, un seul Dieu, de qui, par qui et pour qui sont toutes choses (Romains 11.36).

*    Pas d’unité fusionnelle: la distinction du Créateur et de la créature reste indépassable.

Comme dans le paganisme, le rapport homme/femme propose une analogie du rapport Dieu/monde (humanité), révélé dans sa Vérité.

Gros plan

Image de Dieu et différenciation sexuelle

Quelques théologiens – Wilhelm Vischer (1895–1988, qui enseignait à Montpellier), puis Dietrich Bonhoeffer (1906–1945, martyr du combat antinazi) et le célèbre Karl Barth (1886–1968, dont la thèse est complexe) – ont eu l’audace de lier de façon très étroite création «en image de Dieu» et différenciation sexuelle. «Homme et femme (ou mâle et femelle) il les créa» expliquerait «en image de Dieu».

Il est plus prudent de comprendre la clause comme indiquant, en Genèse 1.27, une seconde détermination de l’humain en vue de la bénédiction qui suit: «Reproduisez-vous, devenez nombreux» (Genèse 1.28).

Toutefois, la procréation – comme le mot français le suggère – est une image de la création divine (c’est le même verbe qui est employé en Genèse 4.1 pour l’engendrement de Caïn, traduit par «j’ai donné vie» dans la Segond 21 et, au participe, en Genèse 14.19 pour le rapport de Dieu au ciel et à la terre, traduit par «maître du ciel et de la terre» dans la Segond 21 («qui créa» dans d’autres versions). La différenciation masculin/féminin est sans doute indirectement liée au privilège qui est une vocation: «en image de Dieu».

Le rapport à Dieu se reflète dans la relation de tout homme avec son prochain, mais la relation avec le prochain de l’autre sexe rend ce sens inéluctable. Pour tout membre du genre humain, en tant qu’être sexué, impossible de prétendre se suffire et enfermer en soi la plénitude de l’humanité! L’appartenance à l’un des sexes signifie incomplétude, besoin d’une aide «vis-à-vis» (Genèse 2.18).

C’est juste l’opposé du rêve malsain de l’androgyne, où se trahit le vœu idolâtrique d’être comme un dieu! La sexualité est orientation vers l’autre et promesse de bien par l’union avec l’autre.

Les effets de la déchéance historique

Mal et sexualité

La relation de l’homme (au sens générique) à Dieu est constitutive: il est la créature en image de Dieu. Le coup porté à cette relation originelle – la trahison de l’alliance divine – retentit sur toute la réalité humaine dans l’histoire. L’aliénation à l’égard de Dieu se reflète en aliénation à l’égard de son image, à l’égard de soi-même et du semblable. Si la sexualité est essentielle et liée à l’image de Dieu, elle est forcément affectée. La description du fait serait incomplète, si nous taisions le mal attaché à la sexualité.

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Aliénation

Tiré de l’adjectif latin alienus, «étranger» (le nom alienatio désignant «l’éloignement», «la désaffection»), le terme d’aliénation rend d’abord en français la notion d’Entfremdung, apparue chez le philosophe allemand Hegel (1770–1831): le mouvement consistant pour l’esprit à se rendre étranger à lui-même.

De façon plus large, il désigne le processus (non conscient) par lequel un individu est dépossédé de ce qui le constitue au profit d’un autre.

Honteux de savoir que la tradition de l’Eglise a tant cédé à la «contre-sexualité», beaucoup de théologiens n’osent plus guère en parler. Le luthérien Ted Peters (né en 1941) montre un courage réaliste: «L’énergie du sexe est énorme. Non maîtrisée, elle peut faire des ravages et causer une souffrance indicible sous la forme de la honte, de la jalousie, des rivalités, de la violence». Il n’est pas facile de la maîtriser!

Si graves que soient les dégâts, il convient cependant de rappeler que, pour la Bible:

1°   la sexualité n’est pas péché en elle-même (ce sont des «doctrines de démons» qui interdisent le mariage, d’après 1 Timothée 4.1–3);

2°   elle n’est pas particulièrement siège du péché, puisqu’il vient du cœur (Matthieu 15.19–20).

Contrairement à ce qu’imaginent beaucoup de gens, la faute commise en Eden n’est pas présentée comme une faute sexuelle.

FAQ     Est-ce que le péché d’Adam et Eve, c’est d’avoir fait l’amour?

Eden et le sexe… Une multitude de lecteurs (ou de non-lecteurs, par ouï-dire!), y compris d’autres cultures – d’après le témoignage de missionnaires –, croient trouver dans le récit d’Eden (Genèse 2.4–3.24) une évocation centrée sur la sexualité et une interprétation de l’union sexuelle comme la désobéissance du premier couple qui conduit à la mort.

Le plaidoyer dans ce sens n’est pas dépourvu de force:

*     Imaginer un jeune couple nu (à coup sûr très beau!) dans un jardin qui vaut toutes les plages met déjà sur la voie.

*     Le nom Eden pousse plus loin: son homonyme, en hébreu (‛édèn), signifie «délices», et la forme de ce mot mise au féminin (‛èdnâ) est employé au sens de la jouissance sexuelle en Genèse 18.12: Sara se dit trop vieille pour l’éprouver encore et concevoir (traduit «désirs» par la Segond 21).

*     Quant à la faute, elle est commise par l’homme et la femme ensemble, à l’instigation de la femme; elle provoque la pudeur des organes génitaux, et le verdict concernant la femme tombe dans le même domaine (l’enfantement, l’élan vers l’homme).

*     Manger un fruit délicieux est une métaphore érotique assez fréquente (sexe approuvé dans Cantique 4.16; adultère, sexe réprouvé dans Proverbes 30.20).

*     Certains, peut-être influencés par la psychanalyse, ajouteraient le symbolisme phallique du serpent dressé.

Et pourtant! Des raisons plus fortes s’opposent à une telle interprétation:

*     Malgré les efforts de quelques-uns, il est impossible d’attribuer à l’expression stéréotypée, idiomatique, «connaissance du bien-et-mal» un sens sexuel: c’est la maîtrise, la détermination autonome des valeurs. Elle figure dans le récit comme la prérogative divine (Genèse 3.22 et déjà Genèse 3.5). Or, le Dieu de l’Ancien Testament est souverainement élevé au-dessus de la différenciation sexuelle.

*     Le symbolisme du serpent, dans le Moyen-Orient ancien, oriente plutôt vers la maîtrise magique, la détermination des secrets obscurs, ce que cultivent les prêtres du paganisme.

*     Quant au fruit, son symbolisme est variable!

*     Rien, dans le texte, ne suggère que l’acte sexuel aurait été interdit. Au contraire! Aux humains créés mâle et femelle, Dieu a donné l’ordre de se reproduire (Genèse 1.28; Genèse 2.24, juste après la mention de l’union en «une seule chair» où ils «ne feront qu’un», donne l’impression d’une merveilleuse liberté.

*     L’idée qu’Adam et Eve auraient été placés en Eden enfants, avec la consigne d’attendre la maturité sexuelle – leur péché consistant à devancer l’heure fixée – ne trouve aucun appui dans le récit ni dans aucune allusion ultérieure au drame originel (la plus détaillée figure en Ezéchiel 28.11–19). De plus, l’homme a dû se livrer à un exercice d’intelligence développée en conférant des noms à tous les animaux (Genèse 2.20), et la tradition juive a tendu à exagérer, plus tard, l’épanouissement de sa sagesse: ce n’est pas un préado!

*     Quant à des pratiques sexuelles condamnées par la loi (homosexualité, bestialité) elles sont exclues soit par la démographie d’Eden, soit par le fait que l’homme et la femme pèchent ensemble.

L’hypothèse d’une faute sexuelle ne s’accorde donc ni avec la lettre ni avec la cohérence du récit.

Pourquoi donc tant de lecteurs se sont-ils fourvoyés? C’est sans doute un symptôme: ils ont projeté dans le texte leur échec, en tout cas leur peine – si commune – à «gérer» leur sexualité.

L’art de l’auteur inspiré se montre si habile et subtil qu’on peut envisager qu’il ait délibérément laissé flotter la suggestion sexuelle, comme un avertissement contre la tentation, surtout la tentation cananéenne de la prostitution sacrée, du culte érotisé…

Saleté et sexualité

Impossible de nier l’association spontanée du sexe et de la saleté. Dans un monde où la parfaite santé est rare (!), elle tient, certes, aux misères du sexe, que l’on cache comme on peut mais que n’ignore pas qui a vécu.

Il y a plus profond et plus énigmatique: impossible de nier qu’elle procède d’un trait créationnel. Comme plusieurs penseurs l’ont observé, chez les mammifères en tout cas, fonction génitale et fonction d’excrétion occupent le même lieu du corps. Or, d’une façon qui paraît génétiquement programmée (déjà chez les animaux), les excréments sont perçus comme repoussants, comme la saleté même. (L’aversion protège sans doute l’espèce d’infections diverses.) Une affinité se constate avec la mort: les odeurs sont voisines.

On comprend aisément que la sexualité ait été, par cette association de lieu et de rôle, ressentie comme basse et honteuse. Contre l’enseignement biblique! L’association du sexe et de la déjection ne procède pas du péché. Mais comment, dès lors, en rendre compte?

Un seul passage biblique semble traiter de cette donnée. Dans son illustration du corps, l’apôtre Paul déclare que Dieu a fait en sorte que les membres privés d’honneur reçoivent un honneur supplémentaire ou compensatoire (1 Corinthiens 12.23–24). Il fait référence aux organes de l’excrétion qui bénéficient de la pudeur (suscitée, c’est certain, par le rôle sexuel). Dieu a voulu que ces membres qui effectuent la tâche peu ragoûtante de l’évacuation des ordures soient aussi ceux qui reçoivent cet honneur suréminent: représenter le nœud du corps et de l’esprit; être, pour chacun de nous, le moyen même de la venue à l’existence! Ainsi, pas de division dans le corps (1 Corinthiens 12.15).

La souillure de l’excrément, et d’ailleurs des sécrétions génitales (Lévitique 15), n’est que rituelle: ce n’est pas la véritable impureté aux yeux de Dieu (Matthieu 15.17–20).

Néanmoins, le symbole résonne. Il rappelle à nouveau la bassesse de la créature et suggère peut-être un sens plus précis: la puissance de la sexualité est telle, l’intensité de la jouissance qu’elle permet est tellement désirable (le Créateur l’a voulue supérieure à celle des animaux), qu’elle risquerait d’usurper le premier rang. Or, «mâle et femelle» n’est que la deuxième vérité de l’humain; la première, infiniment plus élevée, est: «en image de Dieu». L’association à la fonction inférieure marque le rang seulement second du sexuel.

Dans le monde du dérèglement et de l’aliénation, quand la relation avec Dieu est abîmée, la donnée de création est détournée pour servir l’exécration du sexe. On peut noter, à cet égard, que la fausse sacralisation et l’exécration vont facilement de pair et communiquent secrètement. Toute idolâtrie, d’ailleurs, est secrètement destructrice de l’objet divinisé (elle traite comme dieu ce qui est non-dieu). Les deux travestissements de la sexualité se déguisent encore l’un en l’autre!

*    Des auteurs lucides ont discerné chez Sade (1740–1814) et le culte de l’orgasme la vieille haine gnostique du corps sexué.

*    L’idolâtrie du sexe qui s’étale sur nos panneaux publicitaires accompagne une médicalisation tendant à le «châtrer» de sa puissance mystérieuse, redoutable autant qu’indomptable.

*    L’idéologie dite du «genre» cherche à frapper d’insignifiance le détail anatomique auquel le sexe est réduit – «On ne naît pas femme, on le devient» – pour glorifier une liberté transformée en absolu qu’aucune nature ne peut borner dans l’invention de ses plaisirs.

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Sexe et genre

La théorie dite «du genre» est née aux Etats-Unis et, pour bien comprendre le choix de son nom, il faut savoir que l’anglais (ou américain) a trois mots là où le français se contente d’un seul, «genre»:

*     Il emploie le mot latin genus (prononcé à peu près dji:nœs) pour la classification scientifique (espèce, genre…).

*     Il emploie le français genre pour les genres littéraires.

*     Il emploie gender pour les genres grammaticaux masculin et féminin.

Gender a été choisi pour remplacer sex, à partir de la thèse clé, qui peut se résumer ainsi: la nature détermine sans doute le sexe, mais la réalité masculine ou féminine est une construction sociale, qu’il s’agit aujourd’hui de transformer. Celle dont nous héritons n’a été qu’une structure d’oppression inventée par une société patriarcale et phallocratique.

Les tendances sociologiques qui inspirent la doctrine sont nettement teintées d’idéologie; elles sont marxisantes pour une part.

Elles sont vulnérables à la critique: l’étonnante plasticité de l’être humain, la capacité qu’il a de s’adapter et de transformer le donné ne justifie pas qu’on réduise à presque rien la détermination naturelle. Celle-ci est privilège de la liberté «en image de Dieu», et son dépassement de la simple nature biologique n’empêche pas qu’elle appartient à la nature de l’humanité.

Le choix du mot gender reflète, en outre, une confusion que doit dénoncer la linguistique: celle du genre grammatical et du sexe de l’être désigné. Nous savons en français que des mots du féminin désignent couramment des êtres masculins (par exemple, «sentinelle»). En italien, pour s’adresser poliment à un monsieur, on emploie la troisième personne du féminin singulier (sous-entendu: «votre personne», comme en français à l’adresse d’un roi, «Votre majesté»). Le genre du mot ne modifie pas la réalité sociale.

Difficultés du vivre ensemble

Le mal affecte le sexe de mille manières. L’une des plus évidentes est la difficulté qu’ont les hommes et les femmes à vivre ensemble! Un trait d’humour vieux de presque 25 siècles, qui remonte à l’auteur comique – mieux vaut effectivement en rire qu’en pleurer – grec Aristophane (vers 445–385) dit le dilemme de l’homme dans son rapport à la femme: impossible de vivre avec, impossible de vivre sans… Longtemps, presque toutes les femmes ont pu souscrire à la réciproque. Aujourd’hui, leur condition matérielle et sociale permet à nombre d’entre elles de se passer des hommes («Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette»), sans qu’elles soient majoritaires.

Hommes et femmes, ensemble pécheurs, cherchent chacun son propre intérêt et tendent à vouloir dominer/manipuler l’autre (certains interprètent ainsi l’élan/désir de Genèse 3.16). Leurs différences, destinées à les pousser l’un vers l’autre, se changent en motifs de dispute. Malentendu, déception, frustration…

Quelques féministes ont même cru débusquer dans tout individu mâle une haine profonde du féminin. Les symptômes qui font frémir ne manquent certes pas.

*    La fréquence des violences et du viol constitue un phénomène épouvantable.

*    Le langage sert de miroir. Pourquoi l’injure sans doute la plus fréquente en France aujourd’hui est-elle un mot qui désigne d’abord le sexe de la femme?

Toutefois, il est périlleux de généraliser. Ce qui est plus assuré, c’est le discernement au fond du psychisme, chez les deux sexes, de l’ambivalence amour-haine. L’énergie psychique passe facilement de l’amour à la haine, et assez souvent vice-versa. La Rochefoucauld (1613–1680) observait, sarcastique: «Si on juge l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l’amitié» (Maximes, n° 72)!

Une racine importante de la misogynie est la rage que l’homme éprouve à tant dépendre, tel un esclave qu’enchaîne son désir, du bon vouloir de la femme. La coquette s’amuse de lui comme d’un pantin: il le sait, il ne peut pas se libérer, il enrage… Les propos des Pères de l’Eglise qui scandalisent aujourd’hui sont moins dirigés contre la femme que contre la sexualité qu’elle représente et dont ils combattent péniblement la tyrannie.

Que serait-ce si la grâce commune du Dieu compatissant ne mettait pas un frein au péché envahissant?

A lire pour aller plus loin

Sur la différenciation sexuelle:

Karl Barth, Dogmatique, trad. Fernand Ryser, III/1, Labor et Fides, 1960

Henri Blocher, Révélation des origines, PBU, 19882rév, surtout chapitres 4 et 5

Francine Dumas, L’autre semblable. Hommes et femmes, Delachaux & Niestlé, 1967

Xavier Lacroix, Le corps de chair. Les dimensions éthique, esthétique et spirituelle de l’amour, Recherches morales / Synthèses, Cerf, 19942

Suzanne Lilar, Le malentendu du deuxième sexe, PUF, 1970, avec appendice scientifique du Pr Gilbert-Dreyfus (S. Lilar réfute Simone de Beauvoir)

Luc Olekhnovitch, dans Alain Nisus (sous dir.), Pour une foi réfléchie. Théologie pour tous, La Maison de la Bible, 2011, p. 248–264, 771–787

Jacques Ruffié, Le sexe et la mort, Odile Jacob / Seuil, 1986

3. Vivre saintement la sexualité

Ce que Dieu veut, c’est votre progression dans la sainteté: c’est que vous vous absteniez de l’immoralité sexuelle, c’est que chacun de vous sache garder son corps dans la consécration et la dignité, sans le livrer à la passion du désir comme les membres des autres peuples qui ne connaissent pas Dieu.

1 Thessaloniciens 4.3–5

«Vaste programme!» s’écrieraient certains: plutôt exigeant, d’une exigence bienfaisante, de quoi nous faire frissonner dans la conscience de notre faiblesse et nous gonfler de joie dans la confiance en Sa promesse! La clause du verset 4 «que chacun sache garder son corps» peut aussi se traduire «que chacun sache trouver son propre conjoint». En effet, le verbe employé dans l’original grec signifie normalement «acquérir» (le mot pour le complément peut se comprendre du corps ou du conjoint). De toute façon, il s’agit des normes à observer face au fait que nous avons décrit.

L’éthique concerne les normes de la conduite, des éthè. L’éthique de la sexualité s’intéresse au bien des comportements du domaine en cause: la mise en œuvre des capacités liées au sexe.

Elle vise en particulier ce qu’il convient de faire des attributs sexuels primaires: organes génitaux et zones dites érogènes dont l’attouchement provoque des réactions jusque dans les organes génitaux.

Elle n’exclut pas pour autant du champ de l’éthique les caractères sexuels secondaires, ni même l’empreinte masculine ou féminine sur le reste de l’existence.

Dans un sens, rien n’échappe à l’éthique (cf. 1 Corinthiens 10.31), mais ses directives s’appliquent différemment aux expressions centrales et plénières de la sexualité et à ses expressions périphériques et légères.

La bénédiction divine de l’union charnelle

L’expression centrale et suprême de la sexualité humaine, c’est ce qu’on appelle «union charnelle» (copulation, coït). Par la pénétration du sexe masculin dans le sexe féminin, l’homme et la femme sont comme deux corps en un. Ils s’embrassent totalement, s’incluent, en quelque sorte, mutuellement: la femme inclut l’homme, représenté par son sexe, dans sa propre chair, et l’homme inclut la femme en la serrant dans ses bras.

Approbation

Dieu approuve cette union qui, normalement, culmine dans un bouillonnement (c’est le sens premier d’orgasme) de plaisir partagé, avec émission de semence.

Ne se séparent pas de cette union sa préparation, qu’on dénomme souvent «prélude», faite de baisers, de caresses (et de paroles), et la suite – qu’il est triste d’oublier – le «postlude» de semblable nature.

Active-neurones

«En ce qu’elle tente de réaliser la coïncidence du moi et du toi, la caresse a donc une portée unique dans les relations affectives. […] Il est bien évident que c’est dans la vie amoureuse que la caresse trouve l’aboutissement de sa vocation: c’est par elle que se vérifie que l’amour, dans sa sexualité même, ne se ramène pas au génital. […] La caresse tente, en effet, de transmettre à l’autre ce que je sens et de me donner à sentir ce que lui-même ressent. Caresser, c’est non seulement toucher, mais vouloir être touché afin de découvrir les chemins possibles d’une symbiose dépassant le principium individuationis

Jean Brun, La main et l’esprit, Sator / Labor et Fides, 1986, 19631, p. 144, 145, 147

L’art de cette union dans tout son déroulement, art qui se cultive, est dit érotique: il est approuvé.

Encouragement

C’est trop peu de dire «approuvé»: l’union charnelle doit être comprise comme don divin, et l’accomplir glorifie le Donateur. C’est un acte moralement positif car il réalise l’intention divine.

Cette intention se laisse pressentir quand on considère les traits que porte la sexualité humaine comme voulus du Créateur. Néanmoins, l’Ecriture y encourage expressément, et même à l’impératif:

Fais ta joie de la femme de ta jeunesse, biche des amours, gazelle pleine de grâce! Que ses seins te rassasient constamment, enivre-toi sans cesse de son amour.

Proverbes 5.18–19

Par ailleurs, confronté, semble-t-il, à des tendances super-spirituelles méprisantes de la chair, qu’il contrecarre sur le mode du «Oui, mais», l’apôtre recommande aux époux de ne s’abstenir de relations – dans la mesure où ils le veulent ensemble – que pour un temps limité (1 Corinthiens 7.5; les rabbins qui le permettaient comme lui fixaient la limite à une semaine ou, au maximum, un mois).

Quant aux ébats d’Isaac et Rebecca, dont le coefficient érotique n’est pas douteux – puisque le verbe traduit par «plaisanter» désigne de tels ébats –, ils paraissent normaux et sont décrits sans la moindre nuance de blâme (Genèse 26.8).

Surtout, tout un livre donné par inspiration divine est consacré à la célébration de l’union sexuelle, avec prélude et postlude: le Cantique des cantiques (l’hébraïsme de ce titre signifie: le Cantique par excellence, le plus beau des chants).

Gros plan

L’interprétation du Cantique

L’originalité du Cantique des cantiques (de Salomon, ou pour Salomon, ou se référant à Salomon – la préposition employée en Cantique 1.1 peut avoir l’un ou l’autre de ces sens) tranche parmi les livres canoniques. Elle explique en partie les divergences d’interprétation de la part d’exégètes dont tous, loin s’en faut, n’avaient pas fait la paix avec leur propre sexualité!

1)    La tradition juive et chrétienne, pour sa plus grande part, a vu dans le poème une allégorie de l’alliance du Seigneur avec Israël (ou avec l’Eglise, ou avec l’âme fidèle), ou, quelquefois, du roi avec la sagesse. Cette lecture est presque entièrement abandonnée aujourd’hui. Un gros commentaire, en reproduisant simplement pour chaque verset les divers sens allégués par les plus grands noms traditionnels, fait éclater l’arbitraire – souvent risible – de cette interprétation. On n’en trouve, du reste, aucun indice dans le Nouveau Testament.

2)    Une interprétation moderne, très minoritaire, y voit un genre de pièce de théâtre à trois personnages. En plus du roi Salomon et de la Sulamite, il y aurait le bien-aimé de celle-ci: un berger auquel elle resterait fidèle bien que se retrouvant à la cour. Outre le fait que l’existence d’un genre semi-théâtral n’est pas attestée, cette lecture impose d’imaginer l’invraisemblable: la jeune femme s’adresserait au berger absent alors qu’elle est avec le roi et qu’il lui parle. Le schéma est par trop artificiel.

3)    La composition raffinée de l’ouvrage, avec sa structure symétrique – Cantique 4.16–5.1, qui évoque l’union consommée de l’aimée/amante et de l’aimé/amant, se trouve exactement au centre: 111 lignes avant, 111 lignes après – prouve qu’il ne se borne pas à juxtaposer des poèmes indépendants. Le genre le plus proche, cependant, semble être celui des «chants» (avec ou sans musique) qui célébraient l’amour lors des noces (généralement composés par des femmes). Il dit la merveille de l’attrait réciproque, du dépassement de soi en l’autre, du don et du plaisir. Sous le ruissellement des images poétiques, il en détaille le déploiement. Des interprètes, non sans arguments, y trouvent une description si explicite qu’elle choquerait de nos jours, mais tous ne les suivent pas. En tout cas, le livre appartient à la littérature de sagesse inspirée, développant Proverbes 5.18–19, et sa clé nous est discrètement fournie à la fin: «L’amour est aussi fort que la mort. […] Ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Eternel» (Cantique 8.6).

Le rapport avec le récit d’Eden, en écho mais aussi différence, mérite d’être noté. Jean-Jacques von Allmen (1917–1994) a su dire excellemment le «véritable retour au premier temps, au printemps de l’humanité» et l’écart riche de sens:

Le couple n’est plus formé, comme dans la Genèse, de l’homme (Ish) et de celle qui porte son nom (Isha, Genèse 2.23); il est formé de Salomon (Shelomo) et de Sulamithe (Shulamîth). Le nom qu’ils portent prouve qu’il a fallu la paix (shalom) et le pardon de Dieu pour que l’ange à l’épée de feu leur permette de rejoindre le pays où, sans honte, les vêtements peuvent tomber. D’ailleurs leur amour est exposé à mille tentations, retards, hésitations, quêtes et essoufflements que le premier couple ne connaissait pas: le péché s’est mis de la partie.

Célébration de la jouissance

Les Proverbes et le Cantique osent chanter l’ivresse (en Proverbes 5.19, le premier verbe, en hébreu, évoque la satiété débordante, comme le mot «soûl» en français, et le second, l’égarement!). Qu’ont en commun éros et le vin? Une certaine perte du contrôle de soi.

L’expérience sexuelle dénoue la maîtrise que l’individu a de lui-même. La passion amoureuse le décentre, le fait exister en l’autre et par l’autre. L’orgasme, s’il est intense, fait frôler l’extase. Le «prélude», les caresses érogènes déclenchent une dynamique qui entraîne très fort, qui triomphe souvent de résistances désespérées. L’homme éprouve, selon l’expression fameuse de Montaigne, «l’indocilité de ce membre, s’ingérant si importunément, lorsque nous n’en avons que faire, et défaillant si importunément, lorsque nous en avons le plus affaire…». Augustin voyait un mal dans cette part d’involontaire: la marque de la déchéance. L’Ecriture, elle, n’en dit rien. On peut soupçonner Augustin d’avoir à l’excès subi l’influence d’un idéal païen: l’idéal stoïcien d’une totale maîtrise de soi.

L’involontaire dans la sexualité peut valoir comme le signe de la grâce, de la primauté de la grâce dans notre dépendance de créatures (la maîtrise de soi en Galates 5.22 n’est pas indépendance, elle n’est pas le fruit de l’individu mais, précisément, de l’Esprit qui lui est donné). La part de l’involontaire s’accorde avec la puissance qu’a l’amour de faire éclater l’illusion de l’autosuffisance, la tentation de se prendre soi-même pour le centre, voire pour le tout.

Le Cantique des cantiques est riche en allusions culturelles, ce qui gêne aujourd’hui notre lecture. C’est l’occasion de relever l’énorme influence du culturel dans l’expérience même de la sexualité (énorme, elle est difficile à mesurer). Pour les femmes de l’Ancien Testament, l’espérance de la maternité contribue au plaisir. La pleine jouissance masculine a pour ingrédient une fierté virile qu’inculquent les représentations admises. Sauf déformation ou corruption, cette imprégnation culturelle est moralement bonne: elle illustre, elle sert, le caractère «holistique» de la sexualité.

Et le don du célibat, là-dedans ?

Contre les forces de contre-sexualité et d’exécration du sexe, l’éthique instruite par la Bible ne peut pas hésiter: Dieu bénit l’union charnelle de l’homme et de la femme.

Une objection, cependant, peut surgir. Si l’Ancien Testament va bien dans le sens proposé – prolongé dans le judaïsme, au point que des rabbins jugeaient péché qu’un homme ne soit pas encore marié à 35 ans – le Nouveau ne fait-il pas entendre autre chose? L’apôtre n’écrit-il pas qu’«il est bon pour l’homme de ne pas prendre de femme» et que «celui qui ne se marie pas fait mieux» (1 Corinthiens 7.1, 38)? Le Seigneur lui-même ne suggère-t-il pas que «ceux qui se sont faits eux-mêmes eunuques à cause du royaume des cieux» ont reçu un don supérieur (Matthieu 19.11–12, beaucoup de commentateurs estimant qu’il s’inclut lui-même dans la catégorie)?

Les conditions de la nouvelle alliance, la brièveté du temps et les épreuves qui atteignent les fidèles (1 Corinthiens 7.26, 29) créent une situation nouvelle. Le célibat, cependant, est un don que reçoivent certains pour le service du royaume de Dieu (1 Corinthiens 7.7), pas un idéal supérieur à proposer à tous (cf. Ephésiens 5.25–26). Or, si des célibataires consacrés ont grandement contribué au rayonnement de l’Evangile, la valorisation extrême de la virginité dans l’Eglise ancienne (à quelques exceptions près) et dans la tradition catholique – qui s’est autorisée des passages évoqués ou d’Apocalypse 14.4 pris littéralement – a longtemps abouti, non sans conséquences existentielles majeures, à la dévalorisation de la sexualité et du mariage.

Sans aucun doute, on observe un décalage entre l’Ancien et le Nouveau. S’il faut se garder de la tentation «marcionite» (de Marcion, hérétique du 2e siècle qui opposait le Dieu du Nouveau Testament au mauvais Dieu de l’Ancien), s’il faut se rappeler que «la Bible» de l’Eglise primitive, apostolique, c’est l’Ancien Testament, il faut aussi reconnaître une liberté nouvelle de l’Esprit répandu, et la mise en lumière de la vie céleste implantée dans le cœur. Du coup, la nouvelle naissance, et donc la paternité et la maternité spirituelles, font pâlir l’importance des réalités similaires liées à la sexualité. Esaïe l’avait déjà prédit (Esaïe 56.3–5). Dieu accorde désormais à certains, au bénéfice de la fécondité spirituelle, un «don particulier» qui comporte le renoncement au mariage et à l’union charnelle (1 Corinthiens 7.7).

Paul, néanmoins, insiste sur l’absence de péché dans le cas où l’on se marie (1 Corinthiens 7.28, 36, 38) et recommande aux mariés la pratique des relations sexuelles (1 Corinthiens 7.5); il explique l’avantage du célibat par la dureté des temps et des considérations pratiques (1 Corinthiens 7.26, 28, 32–34). A ceux qui lui ont écrit: «Il est bon pour l’homme de ne pas prendre de femme» (1 Corinthiens 7.1), il répond manifestement sur le mode du «Oui, mais…», comme on l’a déjà remarqué. Quant au propos de Jésus, il est délibérément énigmatique, et lui-même en avertit ses auditeurs: «Que celui qui peut comprendre comprenne» (Matthieu 19.12; on peut traduire aussi «faire place», ce qui ne dissipe pas l’énigme); il ne faut pas en tirer de conclusion précipitée.

Ces données n’annulent donc pas la bénédiction reposant sur l’union charnelle selon l’ensemble de l’Ecriture, et l’approbation morale qui la suit.

Gros plan

Eunuques à cause du royaume de Dieu

La réponse de Jésus en Matthieu 19.11–12 est diversement comprise. Tous les commentateurs, sauf exception introuvable, rejettent l’interprétation littérale du mot «eunuque». Origène (vers 185–253), qui l’avait suivie en se châtrant lui-même, a été condamné par l’Eglise.

Une forte majorité comprend le texte de la manière suivante. Les disciples, mécontents que Jésus les prive de leur liberté juive de répudiation laissée au bon plaisir du mari, grognent: «Il vaut mieux ne pas se marier» (Matthieu 19.10). Jésus rebondit, en faisant sienne leur parole dans un autre sens que le leur: «Oui, en un sens que vous ne comprenez pas, il vaut mieux (il est avantageux de) ne pas se marier. Des hommes doivent renoncer aux relations sexuelles parce qu’ils sont nés infirmes, d’autres parce qu’ils ont été châtrés; mais certains le font volontairement pour le royaume de Dieu, en faisant vœu de célibat, et je vous recommande ce choix si vous le pouvez.»

Cette interprétation est possible; elle n’implique pas nécessairement la supériorité intrinsèque, comme état de vie, du célibat (Jésus n’explique pas, et l’on peut imaginer le conditionnement par les circonstances comme en 1 Corinthiens 7); en tout cas, elle n’enlève pas sa légitimité au mariage.

Cette interprétation doit faire face, cependant, à deux sérieuses difficultés:

1°    On suppose une équivalence entre «eunuque» et «célibataire». Or, les eunuques, dans l’Antiquité, pouvaient être mariés! Même si l’on excepte le cas de Potiphar (Genèse 39.1, certains prennent le mot ordinairement traduit par «eunuque» dans un sens affaibli, «officier»), le fait est avéré. La littérature médicale indique aussi qu’une castration, si elle n’est pas trop précoce, peut ne pas empêcher les relations sexuelles. La seule impossibilité absolue est celle de procréer.

2°    En ce qui concerne les dispositions de Jésus, on lui fait partager – bien qu’autrement – l’estimation négative que ses disciples ont du mariage, alors qu’il vient d’en célébrer la valeur, selon l’intention du Créateur «au commencement»: c’est Dieu qui unit l’homme et la femme (Matthieu 19.6). On peut ajouter qu’il n’est jamais présenté comme «l’eunuque», mais comme «l’époux» (2 Corinthiens 11.2; Apocalypse 21.2).

C’est assez pour qu’on cherche si une autre interprétation est possible. On a proposé de comprendre «se faire eunuque» comme renvoyant au renoncement dans le mariage à l’exercice égoïste et sans frein des prérogatives sexuelles, tel que le mari juif se le réservait, et, dans le principe, aux autres renoncements temporairement exigés par le ministère.

La restriction au cadre conjugal

Dieu bénit l’union charnelle, mais entre l’homme et la femme unis par le mariage (défini dans le chapitre suivant). Ce «mais» a l’air de restreindre. En réalité, il protège; il permet à l’union de préserver son intégrité.

L’Ecriture est nette: l’union des sexes n’est bonne et approuvée de Dieu qu’entre un mari et sa femme; en dehors de ce cadre dit «conjugal», elle est «fornication». Le mot qu’on traduit ainsi, fréquent dans le Nouveau Testament, qu’on rend aussi par «impudicité», «inconduite», «immoralité sexuelle», englobe toute mise en œuvre des capacités sexuelles que l’éthique chrétienne désapprouve; l’adultère est inclus, comme l’une des espèces.

Calvin (1509–1564) reste dans le droit fil de l’enseignement biblique:

Toute autre union entre un homme et une femme hors mariage est condamnée par [Dieu].

Institution de la religion chrétienne 2.8.40

La plupart des sociétés n’ont pas été aussi rigoureuses, quoique à des degrés fort divers. L’anthropologie relève un trait pratiquement universel: la condamnation de l’adultère de la femme mariée, qui est désapprouvé partout.

Les motifs restent généralement implicites. Dans les sociétés païennes, c’est le souci de descendance légitime qui paraît prédominer: l’individu veut par-dessus tout se prolonger dans sa lignée (immortalité sociale) et ne supporte pas la pensée qu’un autre s’immisce frauduleusement; les intérêts économiques renforcent le motif. Le décrochage, depuis les années 1960, entre sexualité et reproduction (grâce aux moyens contraceptifs), l’affaiblit au contraire et explique en bonne partie le changement des mœurs et de la morale courante.

Active-neurones

«…la femme qui, délaissant son mari, lui suscite un héritier de quelqu’un d’autre: d’abord elle a désobéi à la Loi du Très-Haut; ensuite elle a commis une faute contre son mari; en troisième lieu, elle s’est prostituée dans l’adultère et a suscité des enfants d’un autre homme. Elle-même sera traînée devant l’assemblée et l’on fera une enquête au sujet de ses enfants. Ses enfants ne pourront prendre racine et ses rameaux ne porteront pas de fruits. Une malédiction s’attachera à sa mémoire et son infamie jamais ne sera effacée.»

Ecclésiastique (ou Siracide), 23.22–26, trad. TOB

L’accent biblique sur la plénitude de l’union – «une seule chair» (littéralement en Genèse 2.24), «ce que Dieu a uni» (Matthieu 19.6) – suggère un autre motif. L’implication de toute la personne («holistique») exige en effet le mariage. La réalité de la personne comprend la dimension de «raison sociale» (la notion même de persona est originellement liée au rôle joué sur la scène du monde) et la dimension juridique. Si l’union ne les concerne pas, elle est incomplète. Si elle les concerne, c’est le mariage! Le mariage est l’union au plan de l’identité sociale et du droit.

Pour revenir à un texte «holistique» de Paul, la conjonction hors mariage est péché contre le propre corps (1 Corinthiens 6.18) parce que le corps, au lieu de signifier et d’exprimer toute la personne (sa vocation sexuelle dans l’être humain), se coupe alors des autres dimensions. Le don du corps est ainsi mensonge parce qu’il dit une union qui n’a pas lieu dans la réalité.

Gros plan

Le Cantique des cantiques et le mariage.

Le bruit court, accrédité parfois par des auteurs de renom, selon lequel le Cantique des cantiques chanterait les joies de l’amour dit «libre», sans rapport avec le mariage. Il n’est absolument pas justifié. Non seulement l’ordination au mariage est présupposée par le contexte biblique et son éthique, mais elle est explicitement indiquée.

Le fait philologique (grammatical et linguistique) est indéniable:

*     La bien-aimée est 6 fois (Cantique 4.8, 9, 10, 11, 12; 5.1) désignée par un terme au sens précis, kallâ, «l’épousée, la mariée», juste avant ou juste après le mariage (la version Segond 21 a rendu «chérie»; la Nouvelle Bible Segond, «mariée», comme la LXX en grec [numphè] et la Vulgate en latin [sponsa], la New International Version en anglais [bride]; la TOB, la Bible de Jérusalem, du Semeur, Chouraqui, «fiancée»).

*     A cela s’ajoute le mot «mariage» pour Salomon en Cantique 3.11.

*     La «fontaine fermée» et «source réservée» de Cantique 4.12 représente la virginité préservée jusqu’à la consommation des noces.

*     Le «rempart» qui mérite les honneurs en Cantique 8.9 représente la fermeté de la jeune fille qui se garde pure face aux sollicitations, tandis que la «porte» sert de figure pour la fille facile.

Pleine liberté dans le mariage?

Tout est-il permis au couple marié? L’érotisme peut associer à l’union elle-même des pratiques variées que la tradition morale, en chrétienté, a souvent désapprouvées: autres «positions» que le face-à-face dit «du missionnaire» (parce que les populations évangélisées n’en auraient pas eu pareillement l’habitude), en particulier la fameuse position 69; la stimulation orale du sexe; des jeux de rôle; l’emploi d’accessoires excitants comme les dessous «coquins», ou d’aphrodisiaques (la plupart n’agissent que par suggestion), etc.

Tout cela est-il permis ou défendu à des époux désireux de sainteté? Force est de reconnaître que la Bible, qui ne recule pourtant pas devant la précision explicite, n’en dit rien. Hébreux 13.4 – «[Que] le lit conjugal [soit] épargné par la souillure», parfois cité à ce propos – est à comprendre, selon le sens alors courant de cette façon de parler, de l’adultère, qui est proscrit; ce serait commettre une pétition de principe que de présumer sous le mot de «souillure» une référence aux pratiques en cause.

La règle «par l’Ecriture seule» (dont 1 Corinthiens 4.6 est proche) avertit de ne pas interdire ce que Dieu n’a pas interdit. La tentation est toujours là de faire, comme les pharisiens, «une haie autour de la loi», c’est-à-dire d’en rajouter «pour être plus sûr». La liberté chrétienne est un bien précieux, fragile, et c’est un air de liberté dans l’exploration des plaisirs que respire le Cantique des cantiques.

Si l’Ecriture est la seule norme souveraine, toutefois, elle ne se présente pas comme un manuel de morale répertoriant tous les cas. L’éthique prend en compte le fait; elle peut discerner dans son dessin le dessein divin et apprécier certains effets positifs ou négatifs. L’expérience des psychologues, sexologues, pasteurs, etc. autorise un avis nuancé: tant que les pratiques évoquées restent périphériques, comme un piment pour relever l’assaisonnement (point trop n’en faut!), elles semblent favorables à l’union du couple. Mais si elles usurpent une place centrale, si, par exemple, l’excitation (fétichiste) d’un élément d’habillement l’emporte sur celui du corps embrassé, si quelque chose de compulsif ou addictif se laisse pressentir, le pathologique n’est pas loin. Le pathologique s’éloigne de l’ordre harmonieux voulu par Dieu: il reçoit une connotation éthique. Ce qui n’est pas sain, manifestement, a peu de chances d’être saint, devant Dieu! La chose est également certaine pour des tendances sadiques, même si elles rencontrent un accueil masochiste: il s’agit de faire mal, et le Père céleste ne saurait l’admettre (Psaume 15.3, entre mille versets!).

Stop info

Compulsif, addictif

«Compulsion, compulsif» évoque la contrainte intérieure, caractérise un comportement auquel le sujet résiste à grand peine: «C’est plus fort que moi».

«Addiction, addictif», anglais à l’origine, mais entré dans l’usage, évoque la dépendance à l’égard d’une drogue (et de ce qui fonctionne comme une drogue); ajoute à la compulsion la répétition et la durée.

Un commandement garde priorité absolue: pour de telles pratiques – même permises au titre de l’assaisonnement –, respecter la sensibilité, les goûts et dégoûts de l’autre. Tout harcèlement, toute pression affective ou psychologique, constitue une faute grave contre l’union.

Il en va de même de la fréquence des rapports. Certes, un refus persistant trahit l’engagement du mariage et appelle un traitement résolu. Mais les besoins varient beaucoup d’un couple à l’autre, d’un individu à l’autre. Lorsque l’écart est considérable dans le couple, une négociation pleine de tact, de respect, de générosité est à conseiller (ne pas laisser s’installer le silence amer). Luther (1483–1546) offre une référence: 2 fois par semaine et 104 fois par an»!

Si la maladie rend impossible l’union normale, les pratiques connexes peuvent soulager l’inévitable frustration et exprimer l’amour des conjoints.

FAQ     La sexualité avant le mariage, si on a l’intention de se marier, est-elle permise? Qu’est-ce qui est autorisé pendant les fiançailles, par exemple?

Tout est-il interdit hors du mariage? L’union sexuelle n’est bénie que dans le mariage. Mais si elle réalise la destination créationnelle de la sexualité, celle-ci s’exprime encore autrement. Une telle autre expression peut-elle être admise entre un homme et une femme qui ne sont pas mariés ensemble?

Il faut l’avouer: l’Ecriture ne traite pas directement de la question. Les recommandations se forment à la lumière de ses perspectives plus générales et de l’expérience. D’une part, la sexualité imprègne toute la personne; féminité et virilité ne peuvent se cantonner dans un lieu restreint de la vie. D’autre part, la dynamique de l’attraction lie les uns aux autres les moments érotiques, dès le minimum.

Il semble sage de distinguer d’abord entre les expressions qui comportent et celles qui ne comportent pas d’invitation au rapprochement amoureux, celles qui créent et celles qui ne créent pas de lien amorçant une chaîne naturellement érotisée. Les secondes (ne… pas) font le charme de la vie en commun, de la collaboration et des échanges sociaux; elles sont, certes, l’occasion de «dérapages» mais, en elles-mêmes, elles ne posent pas de problème éthique. Les premières, au contraire, sont strictement exclues entre une personne mariée et toute autre personne que le conjoint légitime. La parole de Jésus taxant d’adultère le regard de convoitise (Matthieu 5.28) ne laisse aucune échappatoire à cet égard. Job déjà l’avait bien compris (Job 31.1).

Les choses se compliquent et les nuances s’imposent pour les premières amorces de rapprochement entre personnes non mariées. Si elles étaient entièrement proscrites, comment prendrait-on le chemin du mariage? La sexualité s’accomplit dans le mariage, mais le mariage se prépare!

Le lien biblique semble respecté si l’expression érotique de la sexualité est rapportée au mariage.

Une règle de proportionnalité se propose: l’expression de la sexualité doit être proportionnelle à l’union réelle des personnes. L’union sexuelle à 100% est réservée à l’union réelle à 100%: le mariage. Mais deux personnes qui se plaisent, se découvrent des atomes crochus et commencent à envisager d’aller plus loin ensemble (disons 10% d’engagement réel) ont le droit de s’embrasser. Des caresses sont légitimes si le projet est déjà ferme. Les fiançailles, qui, dans notre coutume, représentent un engagement substantiel et objectif (bien qu’il ne soit pas irrévocable), permettent l’intimité des corps, la découverte du plaisir élaboré ensemble; ce n’est pas encore le 100%, et l’intention de se marier n’équivaut pas à la réalité, mais les arrhes ou prémices se savourent sans culpabilité (comme dans la première partie du Cantique des cantiques).

La corruption qui est dans le monde

Une est la voie de la droiture (à travers des paysages variés); mille sont les façons de s’égarer. Le monde gisant dans le mal, la sexualité est affectée – déréglée, déformée, piétinée, mutilée, abîmée – sous d’innombrables formes. Impossible de les recenser toutes. Une distinction fondamentale semble éclairante entre, d’une part, celles qui privent l’union sexuelle au sens étroit de son cadre et contexte tels que voulus par Dieu, et d’autre part celles qui altèrent l’acte sexuel lui-même.

Les unions hors mariage

La première catégorie de corruptions de l’ordonnance bienfaisante du Créateur prive l’union sexuelle de l’inscription dans le mariage ou de l’ordonnance au mariage. Elle en préserve, toutefois, le caractère principal. L’apparence, qu’exploitent avec une habileté très peu innocente la littérature, le théâtre, le cinéma est même que l’union amoureuse y est plus ardente et plus belle qu’entre les époux! Les atteintes du péché sont telles que les relations légitimes restent souvent bien au-dessous de l’intention du Créateur, y compris quant à la richesse érotique, mais il nous faut maintenir que l’union hors mariage manquera toujours la plénitude et contreviendra toujours à la volonté de Dieu.

FAQ     Que doit faire un chrétien célibataire? Peut-il avoir des relations avec une prostituée?

La prostitution est interdite aux filles et fils d’Israël (Deutéronome 23.18–19, et le gain en est considéré comme impur). Elle est punie, elle aussi, de mort dans le cas d’une fille de prêtre (Lévitique 21.9), dans une mesure peut-être dirigée spécialement contre la prostitution cultuelle. Elle n’a pas disparu, pour autant, du pays: pratiquée par des étrangères (la courtisane des Proverbes est la «femme étrangère»), mais sans doute aussi par des Israélites, comme Gomer (Osée 1.2–3), et comme les femmes touchées par la prédication de Jésus qui précéderont les pharisiens dans le royaume de Dieu (Matthieu 21.31).

On peut avoir l’impression d’une certaine tolérance: Tamar et Rahab ne sont pas écrasées de mépris (elles prennent place dans la généalogie du Seigneur!); on peut traduire, avec les versions anciennes, Proverbes 6.26 comme minimisant le danger couru: «Pour une prostituée on ne paie qu’un morceau de pain» (alors que pour une femme mariée, on risque sa vie). Cependant, l’apôtre Paul éclate d’indignation à l’idée que des chrétiens puissent fréquenter des prostituées (1 Corinthiens 6.15–16). Dans une parabole de Jésus, c’est dans le contexte de sa perdition que l’enfant prodigue fait bombance avec de telles compagnes de plaisir (Luc 15.13, 30). La prostitution, chez les prophètes, symbolise l’idolâtrie abhorrée, et c’est comme une courtisane qu’est dépeinte Babylone, la cité du diable, opposée à la Cité de Dieu.

Du point de vue de l’éthique, il convient d’apprécier le réalisme biblique. Sauf dans des formes extrêmes d’«abattage», il n’est pas vrai que la prostitution réduise la femme au rang de «chose»; malgré les contraintes subsiste une rencontre de libertés, une sorte de contrat, et parfois de la compassion, parfois de la générosité. Les effets à long terme, cependant, sont très souvent destructeurs, et la prostitution est pour beaucoup un esclavage.

L’adultère

L’adultère est la forme principale d’union hors mariage. Il n’est pas commis seulement hors mariage, mais contre un mariage, trahi. Le jugement biblique nous paraît très sévère: la peine de mort, selon la loi de Moïse (Lévitique 20.10; Deutéronome 22.22). Cette loi servant de charpente à l’Etat théocratique (où l’autorité émane de Dieu), on comprend qu’elle devait protéger l’institution matrimoniale, structure clé d’une société saine. Elle n’a sans doute guère été appliquée dans sa rigueur.

En prononçant son fameux: «Je ne te condamne pas, vas-y et désormais ne pèche plus», Jésus maintient la désapprobation morale mais ouvre la possibilité du pardon, et il montre qu’infliger la peine n’est plus requis, au temps messianique (Jean 8.11; si l’état des manuscrits tend à indiquer que le passage 7.53–8.11 ne faisait pas, à l’origine, partie du quatrième Evangile, il est néanmoins bien canonique).

Le viol

Les autres relations hors mariage ne sauraient être considérées que sous la rubrique «fornication» ou «immoralité sexuelle»: la logique de l’apôtre y oblige (1 Corinthiens 7.2).

La loi mosaïque distingue le viol de la relation consentie (Deutéronome 22.23–27). Elle ne le fait explicitement, avec peine capitale encourue, que dans le cas de la fiancée (juridiquement mariée selon la coutume israélite).

Néanmoins, dans l’autre cas, l’amende est lourde (Deutéronome 22.28–29). Elle est payée dans le cas, aussi, où le père (les rabbins ajoutaient: ou la fille) refuse le mariage (Exode 22.16).

Le viol n’appartient pas seulement au domaine de l’éthique sexuelle: il attente à la vie de la personne et se rapproche ainsi du meurtre (il est permis d’ajouter «jusque dans le mariage»). Nous n’en parlerons donc pas davantage.

La séduction et l’union préconjugale

La séduction est sanctionnée, mais foncièrement, par l’obligation du mariage (le séducteur perd la liberté dont il jouissait): les relations deviennent, du coup, préconjugales.

Sans subir de condamnation très lourde, l’union préconjugale complète (liée au mariage), n’est pas approuvée dans l’Ecriture.

*    La réaction des frères de Dina illustre la réaction morale des hommes de l’Ancien Testament (Genèse 34.5, 7, 13, 31).

*    L’histoire de Joseph et Marie prouve que les Israélites pieux attendaient de la fiancée qu’elle reste vierge jusqu’à la nuit de noces.

*    La femme lapidée de Deutéronome 22.20–21 n’a pas couché avec son fiancé, d’où la terrible sanction qui frappe aussi la tromperie, mais la situation décrite montre qu’elle était censée arriver vierge au mariage.

La faute de l’union sexuelle préconjugale est transgression de la règle de proportionnalité proposée plus haut.

Les altérations de la sexualité

La deuxième catégorie de corruptions de l’ordonnance bienfaisante du Créateur défigure l’union elle-même. Le classement qu’on doit à Freud fournit une grille commode: il distingue les «déviations se rapportant à l’objet sexuel» et les «déviations se rapportant au but sexuel».

*    Parmi les déviations se rapportant à l’objet sexuel se rangent «l’inversion» (homosexualité pratiquée), la zoophilie (accouplement avec des animaux) et la pédophilie (avec des personnes impubères; le mot est horriblement mal formé, car la philia, qui devrait signifier «amitié», désigne l’agression la plus abjecte).

*    Parmi les déviations se rapportant au but sexuel figurent les transgressions anatomiques – d’autres parties du corps usurpant, dans l’union sexuelle, le rôle du sexe lui-même –, le fétichisme, l’arrêt à l’un des stades intermédiaires de la dynamique d’éros, l’exhibitionnisme et le voyeurisme, le sadisme et le masochisme. Les aberrations – tout comme les esprits qui tourmentaient le démoniaque de Gadara (Marc 5.9) – sont légion.

L’Ecriture condamne explicitement les déviations les plus importantes, du moins quant au choix d’objet (c’est-à-dire de «partenaire»). Le Lévitique dénonce ces abominations, propres à faire «vomir» le pays lui-même (Lévitique 18.22–23, 27–28; 20.13, 15–16; Exode 22.18; Deutéronome 27.21).

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Les déviations et la psychanalyse

Le court ouvrage de Freud intitulé Trois essais sur la théorie de la sexualité, dont la première édition allemande date de 1905, fait figure d’écrit fondateur pour la psychanalyse.

«Déviation» rend exactement le terme allemand (Abweichung), mais certains freudiens français, comme Angelo Hesnard (1886–1969), employaient au début «perversion»; ce mot se rencontre plus loin dans la traduction des Trois Essais, dans les paragraphes sur les déviations de but, et la première partie dans son ensemble est intitulée: «Les aberrations sexuelles».

En accord avec la philosophie positiviste qu’il professait, Freud prétendait n’affecter ces mots d’aucune connotation morale.

L’homosexualité

Le débat, aujourd’hui, fait rage sur la qualification morale de l’union charnelle entre personnes de même sexe: la pratique homosexuelle des gays et des lesbiennes.

La tradition juive et chrétienne l’a massivement condamnée: c’est le péché associé aux Sodomites, qui voulaient soumettre au viol homosexuel les anges envoyés à Lot sous les traits de beaux jeunes gens (Genèse 19.5; cf. Jude 7); Paul y voit une impureté maximale et déshonorante, un degré d’avilissement supplémentaire dans le péché (Romains 1.24–27), une des façons de vivre qui excluent du royaume de Dieu (1 Corinthiens 6.9; 1 Timothée 1.10); les «chiens» chassés hors de la Jérusalem finale en Apocalypse 22.15 sont probablement les prostitués homosexuels, en écho de Deutéronome 23.19.

Malgré les multiples tentatives pour faire dire autre chose aux textes, une lecture sobre et s’efforçant d’être impartiale ne peut mettre en doute la désapprobation de l’Ecriture. Ce jugement n’est en rien «homophobie», c’est-à-dire rejet des personnes. Néanmoins, il faut reconnaître que l’homophobie est une tentation très présente, à laquelle le christianisme a trop cédé dans l’histoire (en partie par projection, chargée d’angoisse et d’affects: à cause de la lutte inconsciente contre des tendances homosexuelles latentes).

FAQ     L’homosexualité n’est-elle pas «normale» pour certaines personnes?

Les tendances homoérotiques n’ont pas la même force chez tous les individus concernés: elles connaissent divers degrés. Il semble qu’elles affectent de manière nette entre 2% et 5% de la population (toutes les évaluations sont sujettes à caution et facilement manipulées). Beaucoup leur donnent libre cours et les consolident par l’effet de rencontres accidentelles, à cause d’une influence subie à un moment donné.

L’hypothèse d’une détermination génétique n’est pas partout reçue; elle peut s’appuyer, semble-t-il, sur un pourcentage d’homosexuels plus élevé que la moyenne dans la parenté maternelle d’un homosexuel. Le rôle des hormones, en particulier au cours de la vie fœtale, semble souvent important, confirmé par des expériences de laboratoire sur les animaux. Les facteurs psychologiques pèsent aussi très lourd, avec perturbation dans l’enfance de la relation aux parents; l’absence d’un père auquel s’identifier, le désir d’une mère d’avoir une fille favorisent à coup sûr l’évolution d’un garçon vers l’homosexualité. Pas de résultat automatique, cependant: ces causalités ne font pas une fatalité.

Moins la volonté semble avoir de part ou de prise, moins sans doute l’orientation du désir sera qualifiée de coupable. La pratique de l’union homosexuelle n’est pas justifiée pour autant, quoi qu’il en soit de «circonstances atténuantes» (pas plus que la tendance d’un mari à convoiter d’autres femmes, même si elle est près de submerger son vouloir, ne justifie son adultère!).

Des théologiens ou éthiciens libéraux déroulent cependant un plaidoyer qui tend à l’excuser, voire à la légitimer. Ils tentent de neutraliser l’effet des textes bibliques cités. Ils argumentent que le péché des Sodomites n’est pas l’homosexualité mais le viol, la transgression du devoir sacré de l’hospitalité envers les étrangers, et plus généralement l’orgueil (Ezéchiel 16.49–50). Ils pensent que l’interdit de Lévitique 18.22 ne concerne que les homosexuels «sacrés», accessibles soit aux femmes, soit aux hommes dans le culte cananéen ou «cananéisé». Ils affirment que Paul, dans le Nouveau Testament, n’a en vue que la prostitution ou, du moins, les homosexuels couchant avec n’importe qui. Ils estiment que l’amour est la loi suprême de l’éthique et qu’interdire, à vie, la satisfaction de leur puissant désir à ceux qui «sont nés comme ça» correspond à un manque total de compassion. Ils osent, parfois, présenter comme homosexuels «pratiquants» des personnages bibliques respectés: le couple souvent désigné est celui de David et Jonathan; Naomi et Ruth sont parfois nommées; et même – on frémit de le rapporter – le Seigneur Jésus et Jean, le disciple bien-aimé.

Des auteurs compétents ont réfuté ces arguments. La restriction aux prostitués sacrés n’a pas de soutien dans les passages: les chapitres en cause appartiennent plutôt au domaine des directives morales que cultuelles (l’interdit est associé aux lois sur le sexe et le mariage, que Jésus et le Nouveau Testament n’ont pas déclaré caduques mais, au contraire, renforcées). L’apôtre Paul ne cible pas un groupe très circonscrit; il cite l’homosexualité comme une illustration épouvantable de l’aliénation du monde païen – comme c’était autrefois le cas de Sodome –, en nommant d’autres péchés très généraux. Voir en David et Jonathan des amants sur le mode «gay», c’est ignorer le contexte de la piété informée par la loi de Moïse, le tempérament très hétérosexuel de David (on serait presque tenté de dire «trop»!), c’est confondre tristement éros et amitié.

Le mauvais aiguillage sur l’amour et la compassion fait dérailler le jugement. Le bien suprême de la personne, ce n’est pas la satisfaction ressentie de l’individu sans limite ni repère, en particulier dans sa sexualité, cette idolâtrie des modernes. Aimer, ce n’est pas toujours faire à l’autre ce qui lui plaît, mais vouloir son bien, conformément à la vérité.

L’orientation homosexuelle n’est pas forcément fixée, irréformable (de nombreux adolescents vacillent encore entre deux). La vocation «éthique» consiste à tout faire pour raffermir le rapport avec l’autre sexe, par autodiscipline (le travail sur soi, ça existe!), évitement des occasions de chute, recours à l’aide spécialisée. Quand les efforts humains sont vains, la grâce de Dieu fait des miracles.

Si l’orientation ne peut pas être changée (les experts ne s’accordent pas tous là-dessus), elle peut être considérée comme le symptôme d’un monde déchu, à l’instar d’autres formes de handicap, sans forcément de culpabilité personnelle. La prescription divine ne fait alors pas de doute: la personne dont le désir sexuel est dévié ou dévoyé doit s’abstenir d’en chercher la réalisation, exactement comme la personne hétérosexuelle non mariée.

Active-neurones

«La personne qui exerce un attrait sexuel sera désignée comme objet sexuel, et l’acte auquel pousse la pulsion sera nommé but sexuel. L’expérience scientifique nous prouve qu’il existe de nombreuses déviations relatives tantôt à l’objet, tantôt au but sexuel, et il nous faudra chercher à approfondir les rapports qui existent entre ces déviations et ce qu’on estime être l’état de choses normal.»

S. Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, p. 18

La pornographie

Définitions et contours

Un certain nombre de déviations ne figurent pas explicitement dans l’Ecriture. La pertinence du dessin de l’expérience pour le discernement éthique permet de tirer parti des analyses d’un Freud et d’autres observateurs de la réalité humaine. Avec la foi au Créateur, les aberrations assez manifestes s’attachent un coefficient moral.

Aux déviations et perversions s’ajoute un phénomène qui a pris une grande ampleur grâce aux techniques nouvelles de communication: la pornographie.

L’étymologie nous avertit qu’on ne peut pas le passer sous silence: le mot vient de porneia, le mot du Nouveau Testament pour la fornication, les pratiques sexuelles illicites, avec l’idée de description, représentation, publication (graphie).

La pornographie est difficile à définir.

*    Le Catéchisme de l’Eglise catholique énonce: «La pornographie consiste à retirer les actes sexuels, réels ou simulés, de l’intimité des partenaires pour les exhiber à des tierces personnes de manière délibérée. Elle offense la chasteté parce qu’elle dénature l’acte conjugal, don intime des époux l’un à l’autre» (n° 2354).

*    J. H. Court parle de «descriptions gratuitement explicites de la sexualité, en paroles ou en images, qui avilissent le sexe et exploitent les passions sexuelles».

On peut retenir l’offense, calculée, à la pudeur. Plus spécifiquement: l’intention d’exciter sexuellement, en profitant de l’intrication de la sexualité et de l’imagination, l’une et l’autre au nœud de l’esprit et du corps. La vue est chez l’homme, comme chez les primates mais au contraire des autres animaux, le sens par lequel s’éveille et s’échauffe le désir.

Il faut ajouter, omise par les définitions citées, une préférence pour les actes sexuels déviants. Ceux qui s’adonnent à la pornographie se blasent souvent, et ils cherchent à remplacer la sortie de soi dans la rencontre de l’autre – cette bénédiction de l’union charnelle à quoi ils ne peuvent accéder – par le piquant de la transgression (représentation de viols, d’actes pédophiles, homosexuels…).

Des controverses éclatent parfois: pornographie ou œuvre d’art? On se moque aujourd’hui de la condamnation pour pornographie des Fleurs du mal de Baudelaire, ou de Madame Bovary. Le talent, voire le génie, artistique, efface-t-il le caractère pornographique? Il est vrai que l’esthétisation joue quelque peu contre le désir brut (d’après les sexologues, certains hommes sont impuissants avec des femmes qu’ils trouvent trop belles). Il faut reconnaître que les critères individuels et culturels, interférant entre eux, varient. Il y a des usages pornographiques d’images qui ne le sont pas, et inversement. S’il faut résister à la formule réductrice: «La beauté de l’œuvre est seulement dans le regard qui la contemple» (refus hyper-moderne des critères objectifs), la proposition parallèle sur la pornographie garde une bonne mesure de validité. «Garde ton cœur plus que toute autre chose…» (Proverbes 4.23).

Impact

L’usage de la pornographie favorise-t-il le passage à l’acte? Certes, l’imagination prépare le corps et le psychisme à la conduite imaginée, mais celle-ci en devient-elle plus fréquente? Certains plaident que le simulacre remplace la réalité: c’est une soupape pour le désir, une purgation (le mot grec est catharsis, employé par des psychothérapeutes).

Il est certain que la grande majorité des addicts (drogués) à la pornographie ne commettront jamais les choses dont ils nourrissent leur imaginaire. Cependant, s’il y a baisse de tension pour un temps, il semble bien que la diffusion pornographique «désinhibe» les comportements délictueux, en particulier lorsqu’une participation active, comme dans les jeux, en prépare les chemins. A coup sûr, les relations avec le sexe opposé en sont affectées, sérieusement détériorées.

L’Ecriture n’en traite pas directement: un élément pornographique pouvait stimuler l’idolâtrie. Plusieurs commentateurs pensent que les mots traduits par «amulette» et «nudité» en Esaïe 57.8 (Segond 21) désignent des représentations du phallus. Ezéchiel évoque l’excitation érotique provoquée par les images (Ezéchiel 23.14, 20). La «convoitise des yeux» selon 1 Jean 2.16 serait-elle en cause? L’Ecclésiastique 23.4–6 montre la proximité pour le judaïsme: «O Seigneur, Père et Dieu de ma vie, ne me donne point l’arrogance des yeux et détourne de moi la convoitise. Que l’appétit sexuel et la luxure n’aient pas de prise sur moi, ne me livre pas au désir impudique!»

Etrangement (car hommes et femmes sont également pécheurs), la tentation pornographique touche presque tous les hommes, et très peu de femmes. La relation de chacun à son sexe en suggère une raison: le sexe de l’homme le représente (il l’investit d’une grande valeur), mais il lui est extérieur, comme un autre lui-même, souvent «indocile», comme dit Montaigne. Du coup, l’homme sépare plus facilement que la femme l’activité sexuelle et les relations interpersonnelles. Hélas!

Des pratiques plus difficiles à évaluer

La maturité supporte les tensions de l’incertitude. Elle nuance les jugements. Sur un certain nombre de questions relatives à la sexualité vécue, des éthiciens compétents, respectueux de l’autorité de la Bible, ne tombent pas d’accord. L’écart se creuse souvent entre ceux qui s’en tiennent à la tradition des Eglises et ceux qui se réclament de l’Ecriture seule, à leurs yeux moins négative.

Le rêve érotique

Le rêve érotique trouble certains. Ce phénomène sans doute universel n’est pas mentionné dans toute la Bible (le dictionnaire de référence signale le sens «rêve sexuel» pour le mot courant pour tout rêve en hébreu), et ce silence paraît l’exonérer de toute condamnation.

Il n’est pas soumis à la volonté, bien qu’Ecclésiaste 5.2 fasse remarquer la relation entre les occupations de la journée et le contenu des rêves (il s’agit du contenu dit «manifeste» par la psychanalyse, le matériau d’images plutôt que du sens). Quand il fait commettre, «irréellement» mais sensiblement pour le sujet, de graves péchés (on peut rêver qu’on assassine quelqu’un), il a valeur de symptôme du dérèglement de notre nature, mais l’acte de rêver n’est pas moralement coupable. Il n’engage pas la responsabilité et ne tombe pas sous une qualification éthique.

En revanche, les rêveries éveillées et délibérément entretenues ne peuvent passer a priori pour innocentes. Elles jouent de l’alliance étroite entre la sexualité et l’imagination. Elles font jouer des comportements érotiques sur la scène des fantasmes. Certains les condamnent d’emblée, sauf – et encore! – si l’homme rêve ainsi à sa femme et fiancée, et la femme à son mari.

L’Ecriture, à nouveau, n’est guère loquace: la parole de Jésus sur le regard de convoitise (Matthieu 5.28), germe de l’adultère, ne vise probablement pas ces rêveries. En effet, «convoiter» a volontiers dans la Bible un sens fort qui implique la disposition, déjà, à l’action dans le sens du désir, un engagement de la volonté. La preuve s’en trouve en Exode 34.24: Dieu rassure Israël en lui promettant que «personne ne cherchera à s’emparer» de son pays quand il montera à Jérusalem pour les fêtes; «chercher à s’emparer» est la traduction juste quant au sens de la version Segond 21 du verbe «convoiter». Jésus vise une intention formée.

De nouveau, certains plaident que de telles rêveries aident à ne pas pécher en réalité, d’autres craignent qu’elles ne facilitent le choix de céder à la tentation. Pour un jugement nuancé, le caractère compulsif et addictif compte certainement. Si la rêverie se porte sur une personne réelle connue, la relation avec celle-ci (tout ignorante qu’elle soit des fantasmes projetés sur elle) est altérée: on ne peut pas l’approuver.

Gros plan

Le regard de convoitise

Le regard dont parle Jésus en Matthieu 5.28 «est déjà une entreprise de possession de ‘l’objet’ désiré». «Les v. 29–30 concernent la mise en œuvre du regard appropriateur et expropriateur (l’œil, la main) et indiquent la fuite en avant à laquelle il conduit.»

La masturbation

La morale traditionnelle condamne très lourdement la masturbation, la manipulation du sexe visant à en tirer, sans union, le plaisir de l’orgasme. Aux 18e et 19e siècles, on a assorti sa répression de prédictions médicales terrifiantes qui paraissent grotesques aujourd’hui.

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L’onanisme

Le terme «onanisme» a été appliqué à la masturbation à la suite d’une double erreur d’interprétation de Genèse 38.9:

*     ce que pratiquait Onan n’était pas la masturbation mais le coitus interruptus (retrait au moment de l’orgasme afin que l’éjaculation ait lieu hors de la femme);

*     ce qui a déplu au Seigneur n’a pas été ce geste en tant que tel mais la fraude commise au détriment du frère décédé, le manquement sournois à son devoir, en tant que beau-frère (principe dit «du lévirat»), de susciter une descendance pour Er (ce qui aurait diminué l’héritage de sa lignée officielle à lui).

Quelle appréciation éthique faire porter? De nouveau, les avis sont partagés parmi des docteurs de l’Eglise attachés à la Bible. Par contraste avec la tradition (qui s’exprime dans le Talmud deux ou trois siècles après Jésus-Christ), le geste en cause étant bien circonscrit et amplement attesté dans le monde animal, le silence de l’Ecriture semble éloquent.

Le sentiment de honte souvent éprouvé – et invoqué pour justifier la condamnation – ne fournit pas un indice assez probant. Outre le fait qu’une éducation partiale a pu le favoriser, il peut correspondre à un simple mécanisme physiologique. L’adage énonce: «Après le coït, tout animal est triste.» Si la généralisation est douteuse (car l’expérience du contentement est avérée!), l’adage, fruit d’observations ordinaires, enregistre qu’un bref moment dépressif suit naturellement une forte décharge d’énergie. Dans le cas de la masturbation, le contentement ne vient pas le compenser, car le contentement procède de l’union.

D’un autre côté, les éthiciens chrétiens s’accordent pour considérer comme pathologique, et donc moralement malsaine, la tendance compulsive, rarement absente. La pratique n’a pas le même sens si l’union sexuelle est accessible ou si elle ne l’est pas. L’association fréquente des fantasmes permet d’étendre la qualification éthique que méritent ceux-ci à la pratique de la masturbation.

La sexualité des personnes handicapées

On peut joindre au sujet de la masturbation le problème douloureux de la sexualité des personnes handicapées. Beaucoup d’entre eux ne peuvent pas espérer accéder à l’union sexuelle conjugale ou «normale». La compassion pousse certains à recommander que se dévouent des partenaires qui leur feront connaître l’orgasme par l’union ou la caresse.

En dépit du mobile sympathique, il est difficile d’approuver: le présupposé non critiqué semble être de droit absolu de tout individu au plaisir sexuel. Or, c’est un principe idolâtrique dont le mensonge est dévoilé dans l’Ecriture. L’assistance envisagée ne diffère guère de la prostitution, à part le paiement (les caresses érotiques lient déjà les personnes). La compassion peut souffrir de myopie, contre le bien le plus authentique, voulu par l’amour du prochain!

L’obstacle à la procréation

Un autre sujet controversé concerne le rapport de l’acte sexuel à la procréation, en particulier la légitimité des mesures contraceptives (destinées à empêcher que l’union sexuelle entraîne la conception d’un enfant).

*    Pour la biologie, l’union des sexes est évidemment au service de la reproduction, et donc de la survie de l’espèce.

*    La contiguïté des recommandations en Genèse 1.27–28 suggère aussi une relation privilégiée. Il est frappant, cependant, que la reprise «en gros plan» du récit d’Eden (Genèse 2) n’y fasse aucune allusion: l’accent porte sur le compagnonnage et l’attachement.

*    Tout au long de l’Ecriture, le don d’une progéniture est prisé comme la bénédiction terrestre excellente entre toutes (Psaume 127.4–5, par exemple).

*    Eve s’émerveille avec raison: «J’ai donné vie à un homme avec l’aide de l’Eternel» (Genèse 4.1).

L’attitude contraire qui prévaut dans notre modernité illustre la profondeur de son aliénation: elle est étrangère au projet divin et à son échelle de valeurs. Il ne s’ensuit pas, cependant, que l’union sexuelle ne soit permise que si elle est virtuellement féconde.

Le magistère catholique, par l’encyclique Humanae vitae de Paul VI et l’exhortation apostolique Familiaris consortio de Jean-Paul II, exclut toute contraception dite «artificielle», chimique (la pilule) ou mécanique (principalement le préservatif). Il admet cependant la «méthode Ogino» avec l’abstinence: le choix, pour l’union, des jours du mois distants de l’ovulation pendant lesquels la femme, en principe, ne peut pas concevoir. On peut se demander si ce n’est pas aussi très «artificiel». Et même, à propos de l’abstinence, ne peut-on pas dire qu’on se l’impose contre la nature?

Hormis une faible minorité proche des catholiques, la plupart des protestants ou évangéliques ne jugent pas la contraception, quel qu’en soit le moyen, mauvaise en soi. Ils voient dans la position catholique (assez peu respectée, rapporte-t-on, par les fidèles) un reste de l’amalgame non biblique entre péché et sexualité: la procréation «rachetant» seule l’union charnelle.

L’arrêt de l’ovulation qui s’observe, chez nombre de jeunes mères, pendant tout ou partie de l’allaitement laisse penser que la nature telle que créée était pourvue d’un mécanisme contraceptif pour un espacement satisfaisant des naissances.

Toutefois, si un couple a recours aux moyens contraceptifs, il fait bien d’examiner ses motifs. S’il dévalorise la bénédiction que constituent des enfants, il s’écarte de la volonté de Dieu. S’il manque de foi en l’assistance divine pour l’avenir, le manque de foi est aussi péché!

Par ailleurs, il faut rappeler que le stérilet et la «pilule du lendemain» ne sont pas vraiment des contraceptifs. Ce sont des abortifs: ils empêchent le nouvel être humain qui vient d’être conçu – microscopique, il a son identité propre, et déjà sont programmés, si on le laisse vivre, ce que seront la couleur de ses yeux et sa façon de sourire… – de se nicher dans le sein maternel et d’ainsi continuer à vivre. La qualification morale ne concerne plus l’exercice de la sexualité mais le respect de la vie humaine commencée.

A lire pour aller plus loin

Outre les ouvrages indiqués dans le précédent chapitre (surtout Hesnard et Lacroix):

Jean-Jacques von Allmen, Maris et femmes d’après saint Paul, Cahiers théologiques 29, Delachaux & Niestlé, 1951

Tony Anatrella, Le sexe oublié, Flammarion, 1990

———, Le règne de Narcisse. Les enjeux du déni de la différence sexuelle, Presses de la Renaissance, 2005

Johann C. Arnold, Le défi de la pureté. La sexualité, Dieu et le mariage, coll. Sel et lumière, trad. de l’anglais, Excelsis, 2003

Philippe Auzenet, Parler de l’homosexualité, Guides Totus, Sarment/éd. du Jubilé, 2006

André Biéler, L’homme et la femme dans la morale calviniste, Labor et Fides, 1963

Ronald Bergey, «Le Cantique des cantiques. La célébration de la sexualité», dans Paul Wells (sous dir.), Bible et sexualité. L’un et l’autre: la sexualité à la lumière de la Bible, Kerygma/Excelsis, 2005, p. 11–25

Pierre Berthoud, «Le rapport des sexes au fil de l’histoire de la Révélation», dans Paul Wells (sous dir.), Bible et sexualité. L’un et l’autre: la sexualité à la lumière de la Bible, Kerygma/Excelsis, 2005, p. 26–49

Jacques Buchhold, «L’apôtre Paul et la sexualité. Un conflit d’échelles de valeurs», dans Paul Wells (sous dir.), Bible et sexualité. L’un et l’autre: la sexualité à la lumière de la Bible, Kerygma/Excelsis, 2005, p. 50–67

Barry Danilak, Le célibat réhabilité. Signe du royaume qui vient, trad. Jean-Philippe Bru, Excelsis, 2012

André Dumas, Le contrôle des naissances. Opinions protestantes, les Bergers et les Mages, 1965

Roger Eykerman, avec Christian Klopfenstein et Robert Somerville, Sexualité et mariage, Cahiers de «Christ Seul» n° 1, 1993

Gérard Hoareau, «Couple et conjugalité» et «Sexualité», dans Christophe Paya (sous dir.), Dictionnaire de théologie pratique, Excelsis, 2011, respectivement p. 205a–213b et 610b–617b

Michel Johner, «La vocation chrétienne de la sexualité», dans Paul Wells (sous dir.), Bible et sexualité. L’un et l’autre: la sexualité à la lumière de la Bible, Kerygma/Excelsis, 2005, p. 97–118

Tim & Beverly LaHaye, L’acte conjugal: la beauté de l’amour sexuel, Emmanuel, 1984

Pierre Rémy, «Il vit que cela était bon». Sexualité, amour, mariage, célibat, Le Centurion, 1983

Lewis B. Smedes, Sex for Christians. The Limits and Liberties of Sexual Living, Eerdmans, 19842

John White, L’Eros piétiné, trad. Josette Coleman, Farel, 1986

4. L’institution du mariage

L’union sexuelle s’accomplit pleinement, selon l’intention divine, dans le cadre du mariage. Mais qu’est donc le mariage?

Définitions

La rigueur dans la pensée, face aux remises en cause contemporaines, exige qu’on définisse clairement le mariage.

L’étymologie n’est pas ici d’un grand secours. «Marier», c’est d’abord donner à une fille un «mari», du latin mas, maris, «mâle»; mais l’usage s’est étendu, et l’on marie aussi le garçon en lui donnant une femme, et les deux «se marient».

Plus intéressante est la dualité: le mariage est à la fois l’acte et l’état durable qu’il produit: on se marie en un temps donné, on reste marié dans les temps qui suivent (d’une femme, on dira «c’est la mariée», le jour de l’acte ou événement, et l’on dira par la suite qu’elle «est mariée»). Même si l’instant du oui est décisif, l’acte du mariage se déploie au moins sur quelques heures.

L’anthropologie distingue deux catégories de mariage:

*    le mariage en plusieurs étapes, le plus répandu dans l’Antiquité et qu’avait adopté la coutume hébraïque (d’abord la conclusion du contrat qui engageait les parties, appelée «fiançailles» dans nos versions de la Bible mais réellement la moitié juridique du mariage, puis, quelque temps plus tard, la noce, la fête que suivaient consommation et cohabitation);

*    le mariage en une seule fois, comme chez les Romains, qui a prévalu en Occident (les fiançailles n’y sont qu’une promesse d’engagement futur, promesse dont le lien n’a pas toute la force du mariage).

Les données de l’anthropologie intéressent l’éthique chrétienne à la lumière d’un constat fondamental: l’Ecriture, la révélation divine, appelle «mariage» ce que les sociétés païennes mettent sous ce mot. Malgré les dommages causés par l’aliénation du péché, on ne lit nulle part une contestation du style: «Ce que les païens nomment mariage n’est pas vraiment mariage» (parallèle à la contestation des faux dieux).

La diversité des formes rencontrées dans le monde de la Bible, dans le Moyen-Orient et dans l’Empire gréco-romain, au cours d’une longue histoire, permet de généraliser: l’enseignement biblique sur le mariage concerne la réalité connue et reconnue des humains dans toutes les sociétés qu’on a pu décrire.

Un modèle biblique

Le fait anthropologique peut suggérer des normes, mais seule la Parole de Dieu leur confère pleine autorité. Et là, avouons-le sans détour, la tâche du discernement n’est pas toute facile. D’où le manque d’unanimité sur certains points. Le mariage ne fait pas, dans la Bible, l’objet d’un exposé systématique, et parfois ce n’est qu’une allusion qu’on devine: il faut dégager et rassembler les éléments épars.

Deuxième difficulté: le Seigneur Jésus lui-même, dans sa réponse de Matthieu 19.4–12, montre l’importance de la diversité des temps: par Moïse, Dieu a permis des choses qui ne s’accordent pas avec son projet originel, et les disciples de Jésus, dans la nouvelle alliance, sont appelés à serrer de plus près l’intention première. Il convient donc de situer ce qu’on trouve dans son époque, selon le calendrier de l’Eternel. Et encore, puisque dans la loi Dieu lui-même s’est «accommodé» de la «méchanceté du cœur» des hommes, d’autres compromis sont-ils envisageables dans notre situation historique?

L’interprète doit solliciter une grâce d’humilité vigilante et de loyauté à l’égard des textes pour qu’elle le garde de se conformer à l’esprit du «siècle présent». La volonté de Dieu, c’est, quant au mariage aussi, «ce qui est bon, agréable et parfait» (Romains 12.2).

Comme on le fait dans les sciences – et finalement toujours quand on veut comprendre la complexité –, il s’agira de construire un modèle capable d’intégrer les données diverses que l’on peut recueillir.

Une distinction joue le rôle de clé de voûte:

*    entre l’être du mariage et son bien-être;

*    entre sa validité et son épanouissement;

*    entre le minimum exigé pour qu’il y ait mariage (aux yeux de Dieu) et le vœu de Dieu pour le mariage.

Ces paires sont grosso modo équivalentes: si l’on en tient compte, on aplanit la plupart des aspérités.

Gros plan

Dix formules frappées

Les titres d’un livre d’Ulrich Beer mériteraient qu’on les discute:

1)    Plaidoyer pour une sexualité humaine contre le culte de la sexualité

2)    Plaidoyer pour la chasteté contre les relations préconjugales

3)    Plaidoyer pour la multiplication des mariages précoces contre leur dénigrement

4)    Plaidoyer pour la joie d’aimer contre le devoir conjugal

5)    Plaidoyer pour le mariage absolu contre la «passade»

6)    Plaidoyer pour l’enfant contre la société qui lui est hostile

7)    Plaidoyer pour l’avenir de l’humanité contre l’explosion démographique

8)    Plaidoyer pour le planning familial contre le hasard aveugle

9)    Plaidoyer pour une émancipation du mariage contre le culte de la fécondité

10)  Plaidoyer pour une préparation à l’amour contre l’entretien de l’ignorance

L’aspect d’institution

Toutes les cultures, pratiquement, connaissent une forme de relation entre hommes et femmes (entre tel homme et telle femme) distincte de la promiscuité, l’appellent d’un mot qu’on peut traduire par «mariage» et se préoccupent de ses conditions de validité. «Le mariage, écrit le père de l’anthropologie que fut Bronislaw Malinowski (1884–1942), n’est jamais une simple cohabitation, et aucune société ne permet à deux personnes de sexes différents de mener vie commune et de produire des enfants sans l’approbation de la communauté» – sauf perte de certains avantages.

La légitimité de la progéniture semble le souci dominant: le mariage se définit comme «une union conférant aux enfants qui en sont issus un statut et des droits de succession».

Active-neurones

«L’anthropologie juridique, qui analyse les sociétés qu’on appelle ‘primitives’ ou plutôt ‘archaïques’, décèle partout ce phénomène dual, bipolaire. Partout, on observe à la fois une union sexuelle ritualisée – solennisée en quelque sorte – et valorisée par la société qui l’entoure, et une union sexuelle non ritualisée, non solennisée et généralement déconsidérée par la société» (la première est le mariage).

«Il ne faut pas d’abord penser au couple pour définir le mariage, mais aux enfants et leur rattachement possible ou effectif au mari de la mère.»

Jean Carbonnier, «L’Evolution contemporaine des mœurs. Description et interprétation», Fac-Réflexion n° 16, avril 1990, p. 5, 8

L’Ecriture sainte enregistre ce fait social et projette sur lui la lumière de la révélation divine. Elle le révèle d’abord comme institué par Dieu. Il est courant et traditionnel de ranger le mariage au premier rang des «institutions» de l’humanité: on veut dire par là que c’est une forme relationnelle structurante pour la communauté; qu’elle mérite le respect: on ne la remodèle pas au gré des caprices individuels; qu’elle possède un haut degré de permanence; qu’elle intéresse le droit. La Bible ajoute qu’elle n’a pas été instituée (établie, fondée) par les hommes: elle n’est pas une simple commodité historique, un produit de conditions sociologiques des temps anciens qu’on pourrait juger périmé aujourd’hui. Cette forme vient de Dieu: il en a dessiné les contours. Du coup, elle prend un statut éthique, comme elle n’aurait pas pu si fermement si elle n’avait été qu’humaine. De fait, Dieu y joint des commandements particuliers. Il n’en est pas l’auteur comme il est l’auteur de tout ce qui est, hormis le mal. Il en est l’auteur en un sens spécial: il a doté le mariage d’une définition immuable et normative, il l’a institué. Cette définition subsiste, malgré les déformations et mutilations que le péché des hommes lui fait subir.

Active-neurones

«Si nous ne sentons et parlons honorablement du mariage, nous faisons injure à Dieu qui en est l’auteur et qui préside sur lui.»

Jean Calvin, Commentaire sur la Genèse, Labor et Fides, 1961, p. 59 sur Genèse 2.22

L’aspect «chair unique»

La «définition» brille, sertie dans le récit des origines: «L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils ne feront qu’un» (Genèse 2.24, version Segond 21). Jésus s’en empare pour rappeler l’intention et la loi originelles de l’institution (Matthieu 19.5).

Littéralement, le texte se traduit «ils deviendront chair unique». Peut-on cerner plus précisément le sens? Le mot «chair», un des termes les plus courants de l’Ecriture, a toute une gamme de significations.

1°   Il peut désigner le corps, et spécialement le sexe (par exemple Lévitique 16.4, «corps» dans la traduction). Le «ne faire qu’un» signifie, selon ce sens, l’union «charnelle», l’acte sexuel, et c’est bien ainsi que le prend l’apôtre quand il applique la formule (exceptionnellement) à l’union avec une prostituée (1 Corinthiens 6.16); celle-ci constitue le «péché contre le propre corps» parce que manquent les autres dimensions que doit représenter le coït. A noter: même avec ce sens minimal du mot «chair», l’acte sexuel ne suffit pas à faire le mariage. Il doit être précédé de l’événement social: quitter père et mère pour s’attacher au conjoint (on a cherché des formules pour le dire: «se séparer avant de s’apparier», «l’arrachement avant l’attachement»…).

2°   La «chair», c’est aussi et souvent tout l’être humain (Genèse 6.3) dans son appartenance à la terre, sensible et vulnérable. La «chair unique», dans cette perspective, évoque l’union multidimensionnelle, «holistique»: advient une nouvelle entité psycho-physico-sociale, avec sa vie propre, son lieu terrestre et comme une sensibilité commune.

3°   Le contexte invite à considérer encore un sens: la «chair» connote l’appartenance familiale, et l’identité de chair la proche parenté. Laban accueille ainsi Jacob, quand il reconnaît en lui son neveu: «Tu es mon os et ma chair» (Genèse 29.14, littéralement). L’homme et la femme deviennent une «chair unique» parce que le mariage crée une nouvelle cellule familiale, dont la solidarité a priorité sur la solidarité avec les parents.

FAQ     Est-ce qu’il est nécessaire de se marier religieusement, en plus de se marier civilement?

Le Seigneur lui-même le souligne: c’est le Créateur, au commencement, qui a défini le mariage (Matthieu 19.4–5). L’institution du mariage s’inscrit dans l’ordre de la première création. Elle appartient au domaine civil et temporel.

Les réformateurs du 16e siècle ont fait valoir ce point dans leur critique de la thèse catholique, car celle-ci fait du mariage (mariage des baptisés) l’un des 7 sacrements. Les sacrements appartiennent à l’économie de la rédemption: d’après l’interprétation ordinaire, ils sont censés communiquer, par l’opération même du rite, la grâce qu’ils figurent et que l’Eglise a le pouvoir de dispenser par prolongement de l’Incarnation rédemptrice.

Rien, dans le Nouveau Testament, ne justifie qu’on attribue ce rôle au mariage devant l’Eglise. Certes, tout ce que vivent les chrétiens, ils le vivent devant Dieu, en union avec lui par l’Esprit de Jésus-Christ (Romains 14.6–8), pour sa gloire (y compris manger et boire, 1 Corinthiens 10.31), et ils reçoivent de lui la force de le faire (Philippiens 2.13). Cette force restaure l’intention originelle du Créateur. Cependant, tout ne devient pas, ipso facto, sacrement!

Les théologiens catholiques mettent en avant la fonction de signe qu’a le mariage par rapport au mystère de l’union entre le Christ et l’Eglise (Ephésiens 5.25–32, la version latine a traduit ici «mystère» par sacramentum). Toutefois, le Seigneur est présenté comme le berger de la même manière qu’il est décrit comme l’époux; cela ne confère pas au métier de berger un coefficient sacramentel.

Dieu ne se prive pas, pour autant, de bénir le mariage, et la cérémonie digne d’approbation qui est coutumière dans les Eglises invoque sa bénédiction.

Active-neurones

«Aucun texte de l’Ecriture ne permet de considérer le mariage comme un sacrement. […] dans tout sacrement, il y a une parole qui est une promesse de Dieu. Il faut que celui qui reçoit le signe croie à cette promesse: mais le signe seul ne peut pas être sacrement. Or, il n’est dit nulle part que quiconque prend femme reçoive quelque grâce de Dieu. Et, dans le mariage, aucun signe n’a été établi par Dieu. On ne lit nulle part, non plus, que Dieu ait conféré au mariage quelque signification [spirituelle], bien que tout ce qui se fait de visible puisse être compris comme une figure et une allégorie de choses invisibles. Mais une figure ou une allégorie ne sont pas des sacrements…»

Martin Luther, De la captivité babylonienne de l’Eglise, trad. René Esnault, dans Œuvres II, Labor et Fides, 1966, p. 232

«Sache donc que le mariage est une affaire extérieure, corporelle, comme toute autre occupation temporelle.»

Martin Luther, De la vie conjugale, trad. Albert Greiner, dans Œuvres III, 1963, p. 232

L’aspect d’alliance

L’Ecriture appelle encore le mariage alliance (Malachie 2.14 et probablement Proverbes 2.17). On comprend d’autant mieux qu’il serve, si souvent, de parabole au mystère de l’alliance entre Dieu et son peuple.

L’alliance n’est pas l’alliage, produit par la fusion des métaux différents: la catégorie nous avertit contre l’illusion fusionnelle qui sera mentionnée plus loin. Qui dit «alliance» dit lien et, du même coup, obligation (ces mots ont tous la même racine). C’est pourquoi on parle, pour les «conjoints» (unis), d’état conjugal: un joug commun associe l’homme et la femme, qui tirent ensemble la charrue…

Les ingrédients du mariage valide

Comment se constitue l’union-alliance? Comment l’homme et la femme entrent-ils dans l’institution établie dès Genèse 2? Autrement dit, quels sont les ingrédients qui font la validité du mariage?

Dans l’humanité en général, et en tout cas dans l’Ecriture, on en distingue trois principaux: le consentement mutuel, l’union sexuelle et le caractère public.

Consentement mutuel

Le consentement des époux est requis: pas de véritable alliance sous la contrainte.

Perspective historique

Le combat de l’Eglise médiévale pour le consentement

L’Eglise médiévale – il faut lui rendre cet honneur – a bataillé contre les puissants, enclins à traiter leurs enfants, leurs filles surtout, comme des pions sur leur échiquier, pour préserver le libre choix.

Encore au 17e siècle, ce droit pouvait être foulé aux pieds: «‘Monsieur, occupez-vous de vos affaires’, répondait […] un parlementaire de Bourgogne à son fils qui l’interrogeait sur les qualités de la jeune fille qui allait lui être donnée comme épouse».

L’Eglise, en résistant, se montrait fidèle à l’esprit de la Bible (cf. Genèse 24.58). Elle maintenait aussi le trait essentiel du droit romain du mariage.

Le réalisme ajoute un commentaire: la liberté humaine, liberté de créature, n’est jamais absolue, infinie. L’individu, s’il ne se réduit pas au statut de membre d’un corps, appartient à la communauté par bien des fibres de son être.

*    Dans les sociétés traditionnelles, le libre consentement est souvent resté tacite: les pères, les familles, décidaient de l’alliance, et les enfants ne se révoltaient pas.

*    Dans la société occidentale actuelle, plus individualiste qu’aucune autre dans l’histoire, les conditions matérielles, les pressions psychologiques et toutes sortes d’influences jouent encore un rôle non négligeable.

La loi des seuils s’impose: au-dessus d’un certain seuil ou degré de pression, la liberté n’est plus qu’un mot creux et vide, il n’y a pas consentement, le mariage n’est pas valide, et l’union sexuelle imposée peut être assimilée au viol; au-dessous, le mariage est encore valide, bien qu’on puisse déplorer le poids de facteurs ayant pesé sur la décision.

Le seuil n’est pas facile à déterminer! Les tribunaux de l’Eglise catholique, pour défaire les mariages, se concentrent le plus souvent sur ce point. Ils estiment que le consentement n’a pas été «libre» faute d’une maturité suffisante, d’une psychologie assez saine pour supporter la responsabilité d’un choix de si grand enjeu…

Union sexuelle et communauté de vie

Le deuxième ingrédient du mariage valide est l’union sexuelle consommée (la copula carnis, la «copule [le lien] de la chair»).

Perspective historique

Le caractère essentiel de l’union sexuelle

L’union sexuelle consommée était l’essentiel pour le droit germanique, et le grand canoniste Gratien de Bologne (mort vers 1160) inclinait de son côté.

Au Moyen Age s’affrontaient l’accent romain sur le consentement et l’accent germain sur l’union charnelle. L’Eglise a choisi une solution moyenne: le consentement fait le mariage, mais celui-ci peut être annulé si l’alliance n’est pas suivie de la consommation.

Les réformateurs défendaient un avis proche. Luther est allé jusqu’à légitimer un mariage secret de la femme frustrée avec un parent de son mari impuissant! Martin Bucer (1491–1551), le réformateur de Strasbourg, citant 1 Corinthiens 7.4 et Ephésiens 5.24–25, 28, commentait:

La nature du saint mariage consiste donc en ces choses et se reconnaît par elles: si l’une d’entre elles vient à manquer chez l’un ou l’autre conjoint, soit par malveillance obstinée, soit par faiblesse extrême de l’esprit, soit par impuissance irrécupérable du corps à assurer les prestations nécessaires du mariage, on ne peut certainement pas dire que l’alliance matrimoniale subsiste entre de tels conjoints, c’est-à-dire ce que Dieu a institué, appelé mariage, et de quoi doit s’entendre ce que le Seigneur a dit «Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.»

La dualité des deux premiers ingrédients embarrasse intellectuellement, mais elle correspond exactement au rôle propre de la sexualité et du mariage: à la jointure ou au nœud du corps et de l’esprit, du bios et du logos, de la nature et de la liberté. L’accouplement ne suffit pas à faire le mariage, car l’être humain ne se réduit pas à son corps. Réciproquement, le consentement porte d’abord sur l’union des corps, prérogative essentielle et distinctive de l’institution. Si cette union n’a pas lieu, l’engagement est privé d’une part centrale de son objet, objet pour lequel le mariage a été institué. Il peut donc être justement annulé, mais on comprend aussi que les conjoints aient alors la liberté de maintenir leur alliance, bien qu’une part essentielle fasse défaut (ils ne sont pas obligés d’annuler le mariage).

Gros plan

La vocation du célibat

Si le mariage apparaît comme la vocation «normale» de l’homme et la femme, lestée d’un poids d’obligation par le judaïsme, le Nouveau Testament aménage l’espace d’une autre vocation: certains reçoivent le «don particulier» du célibat (1 Corinthiens 7.7).

Maintenant que la descendance de la femme (Jésus le Sauveur) est venue et qu’elle a, pour nous, écrasé la tête du serpent (Genèse 3.15), l’urgence de procréer n’est plus la même. L’apôtre Paul trouve des avantages à cette exemption du mariage, dont il bénéficie lui-même (1 Corinthiens 7.1, 7, 27–28, 32–35, 38). Il s’exprime ainsi, cependant, en vue «des temps actuels de détresse» (1 Corinthiens 7.26), pour épargner des tracas aux chrétiens (1 Corinthiens 7.28). Il ne fait pas de la virginité un état spirituellement supérieur (cf. 1 Timothée 5.14).

La «chair» signifie souvent, dans la Bible, l’homme entier dans ses appartenances externes. Le deuxième ingrédient du mariage valide s’étend traditionnellement à la communauté de vie. Pas seulement le lit, dit-on classiquement, mais «la table et le lit». La loi de Moïse confirme (Exode 21.10), en énumérant – ce qui est équivalent – ces trois choses: la nourriture, le vêtement, le droit conjugal (relations sexuelles).

Marginalement, des formes de mariage sans cohabitation – la femme restant chez ses parents – ont existé. C’est ainsi le cas, semble-t-il, de la jeune fille philistine de Thimna que Samson avait épousée (Juges 14). Toutefois, le cas est si rare qu’on peut le voir comme une aberration anthropologique.

Le mariage constitue normalement une unité socio-économique, avec obligation d’entretien et d’assistance, et contribution de chacun selon ces moyens (ce qui n’impose pas un seul modèle: avec ou sans dot, selon plusieurs formules juridiques de «communauté» et contrat).

Perspective historique

Des définitions au fil de l’histoire

On trouve dans le Digeste et les Institutes de Justinien (6e siècle), pendant longtemps la référence juridique, cette définition du mariage: «l’union de l’homme et de la femme, une communauté de toute la vie, la mise en commun de tout ce qui relève du droit humain et du droit divin».

Calvin (16e siècle) écrit à propos de Genèse 2.18 («son vis-à-vis» qu’il traduit «devant lui») qu’il ne faut pas restreindre l’union homme-femme à la procréation, «comme si elle lui avait été donnée seulement pour coucher avec lui, et non pas afin qu’elle lui fût compagne inséparable de sa vie! C’est pourquoi cette particule: devant lui, importe beaucoup, afin que nous sachions que le mariage s’étend à toutes les parties et à tous les usages de la vie».

Caractère public

Un troisième ingrédient est indispensable au mariage: le caractère public, la sanction par l’autorité chargée de veiller au fonctionnement ordonné de l’ensemble social.

Dans les sociétés archaïques, où la distinction du privé et du public n’a pas beaucoup de sens, où le contrôle communautaire est maximal, la chose va de soi. Mais l’émergence, en grande partie biblique, de l’individu et l’illusion que le «devant Dieu» effaçait le «devant les hommes» ont favorisé les «mariages clandestins». Le Pères de l’Eglise et le Moyen Age, ont lutté contre eux; les réformateurs se sont montrés particulièrement sévères à ce sujet.

Active-neurones

«Le mariage a beau, en effet, revêtir des modalités qui évoluent dans le temps et dans l’espace, selon le contexte culturel total, il n’en demeure pas moins un acte qui engage la communauté tout entière, dans ses formes et son avenir biologique. Les couples qui se constituent sont les mandataires de la société et, en tant que tels, soumis à son contrôle.»

Alain Girard, «Sociologie du mariage/Mariage B», Encyclopaedia Universalis, Corpus XI, p. 755c

L’individualisme déraciné des hyper-modernes aggrave le problème: beaucoup d’amoureux ne voient plus du tout pourquoi ils devraient «passer devant monsieur le maire». Il est vrai que le magistrat n’a guère à se soucier des sentiments qu’éprouvent ceux qui veulent s’unir. Néanmoins, la société est vitalement intéressée par la reproduction des générations (l’engendrement et l’éducation) et, en second lieu par la stabilisation et pacification des échanges qu’opère l’institution matrimoniale.

FAQ     Est-ce si grave de ne pas se marier? Le mariage n’est-il pas avant tout un simple pacte social?

L’Ecriture confirme, sans aucune ambiguïté: non seulement le mariage y apparaît comme un événement social (pacte des familles, dot négociée, rites festifs), mais l’apôtre précise que c’est la loi qui lie la femme à son mari (Romains 7.2). Ce sont les magistrats qui traitent l’accusation de non-virginité de l’épouse (Deutéronome 22.13–21) et prononcent la peine sanctionnant l’adultère, même si le mari n’a pas porté plainte (Deutéronome 22.22).

La théologie biblique de l’autorité de gouvernement inclut sa délégation par Dieu aux magistrats, même païens, dans le champ dont ils sont responsables (Romains 13.1–5): pour de telles affaires, «devant Dieu» se concrétise sous la forme «devant le maire». Sous cette forme pour nous, et il n’y a aucune raison de la remettre en cause.

La forme de la sanction sociale peut varier – c’est le principe qui est universel, bibliquement justifié –, et que le ministre du culte tienne lieu d’officier d’état civil, comme aujourd’hui aux Etats-Unis, ne pose aucun problème. Qu’un groupe d’organisation assez rudimentaire se contente d’une acceptation tacite, mais effective, suffit à honorer le principe.

Conclusion

La définition du mariage valide pourrait donc s’énoncer ainsi: «l’alliance, sanctionnée par l’autorité responsable de l’ordre social, par laquelle un homme et une femme s’engagent sans contrainte à mener vie commune et à s’unir sexuellement».

FAQ     Comment peut-on dire que le mariage a été institué par Dieu et pas le concubinage?

La souplesse dont l’autorité publique peut faire preuve quant au mode dont elle use pour valider l’union, lui donner son agrément (sa sanction), fait surgir dans notre situation un nouveau problème. Il est clair qu’elle accorde une réelle approbation à des unions qu’elle n’appelle pas «mariages».

*     La cohabitation prolongée ou le concubinage notoire non seulement ne souffrent plus de l’ancienne stigmatisation morale mais bénéficient de droits substantiels, auprès de la Sécurité sociale en France, par exemple (dans certains cas, d’avantages fiscaux par comparaison avec les couples mariés).

*     Le PACS est institutionnel dans certains contextes.

L’éthique chrétienne peut-elle y voir un mariage valide? Elle l’a fait, au moins chez les plus lucides, pour:

*     le concubinage romain (dont celui de l’Ancien Testament n’est pas si éloigné), dont la seule différence avec le mariage était que la femme et sa descendance ne jouissaient pas du même statut social ni des mêmes droits (c’était la seule union permise par la loi entre certaines classes);

*     le mariage dit «morganatique» (entre un prince et une femme de condition inférieure) des Germains.

La différence, cependant, et elle est de taille, c’est que la législation qui nous régit garde le mariage comme une forme d’union distincte. Refuser d’y entrer, c’est, au moins par un côté, refuser l’institution.

Ce refus est réel: l’engagement des cohabitants et des pacsés reste très en deçà de celui du mariage, et c’est bien pourquoi on le préfère! C’est le joug de la conjugalité qu’on évite.

Certains éthiciens condamnent sans nuance.

On peut aussi estimer que se trouve déjà présente assez de la substance du mariage, d’engagement réel et public, pour qu’on parle de «mariage imparfait», de «presque-mariage». L’union sexuelle, dans ce cadre, n’est pas «fornication», mais la situation ne saurait être approuvée, puisqu’elle s’écarte de la volonté divine en esquivant le plein engagement du mariage.

Quant au «mariage» de deux personnes de même sexe, un seul commentaire suffit: il s’agit d’une fraude sémantique; on nomme «mariage» ce qui n’est pas mariage. Aucune société humaine jusqu’à nos jours, même les plus permissives à l’égard des pratiques homosexuelles, n’a eu le front d’appeler «mariages» de telles unions. L’innovation sert ouvertement une stratégie de démantèlement de l’éthique judéo-chrétienne, haïe comme «oppressive».

Les buts du mariage

En ce qui concerne les fins (ou buts) du mariage, l’analyse d’Augustin (354–430) a dominé la tradition:

*    la procréation de la descendance tient le premier rang, c’est la raison d’être de l’institution;

*    la fidélité vient en second, au sens du don mutuel et exclusif du corps (sexué) et de l’assistance et amitié, en vis-à-vis;

*    s’y joint ce qu’Augustin appelait sacramentum, qui est la valeur de signe par rapport au Christ et à l’Eglise.

D’un point de vue biologique, il ne fait guère de doute que la fin de la sexualité est la reproduction de l’espèce, et si le mariage est le cadre voulu de Dieu pour l’exercice de la sexualité humaine, on ne peut pas ignorer cette finalité quand on parle de l’alliance conjugale. L’Ecriture, cependant, n’en parle pas dans le texte d’institution du mariage (Genèse 2)!

La catégorie biblique est celle de la bénédiction (Genèse 1.28). La bénédiction enveloppe une norme: elle est énoncée à l’impératif, et la mépriser revient à s’opposer à Dieu. Cependant, elle n’est pas présentée comme le but même du mariage, et ce fait écarte toute dévaluation de l’alliance en cas de stérilité.

Il faut ajouter que la «procréation» implique le soin et l’éducation des enfants: la croissance si lente des petits humains (qui permet le développement de la culture ajoutée à la nature) fait du soin et de l’éducation une nécessité de survie. L’institution du mariage pourvoit précisément à ce qui le permet.

L’assistance est bien le but explicite (Genèse 2.18–24), dans tous les domaines et spécialement dans l’union des corps, dans le plaisir mutuellement procuré, dans l’imbrication du désir et de la tendresse. Dans un monde où les tentations rôdent et cherchent la faille, cette assistance protège aussi contre la convoitise: contre la séduction qui, déguisée en promesse de vie, travaille pour la mort.

Les vœux du Seigneur pour le mariage

Le vœu d’unicité exclusive

A l’égard du mariage, qui existe si les conditions de validité sont réunies, le Seigneur et Créateur formule des vœux, dont la réalisation assure le bien-être de l’union.

Le premier d’entre eux concerne l’unicité exclusive du lien: un homme, une femme; pas plus d’un homme pour une femme, pas plus d’une femme pour un homme. Monogamie plutôt que polygamie.

L’anthropologie est formelle:

On arrive à une conclusion générale: la majorité des hommes, à un moment donné, dans n’importe quelle société, ont une seule femme et la proportion de ceux qui en ont plus d’une est très faible.

Lucy Mayr, Le mariage, Petite Bibliothèque Payot, 1974 p. 167

La répartition statistique des sexes va dans le même sens: à la naissance, certes, les garçons sont 5% plus nombreux, mais leur mortalité supérieure rétablit l’équilibre.

Pourtant, la polygamie a été très répandue dans l’humanité: «privilège» dont ont joui les détenteurs de la puissance sociale.

FAQ     La polygamie est-elle vraiment interdite par la Bible?

Donnée capitale pour l’éthique chrétienne: la polygamie est largement pratiquée dans l’Ancien Testament, et par les hommes de Dieu les plus éminents (Abraham, le père des croyants, l’ami de Dieu, a des concubines qui semblent bien être des épouses de rang social inférieur). La loi prévoit la protection des droits de chacune des femmes (Exode 21.10). On ne peut pas en douter: le mariage polygame est valide.

Une écoute plus fine perçoit le contrepoint: la polygamie n’est nulle part recommandée. Les récits qui la mettent en scène suggèrent même quelles fâcheuses complications elle engendre. L’avertissement adressé contre la multiplication des femmes du roi futur (Deutéronome 17.17), ne lui est pas favorable; Salomon a négligé ce conseil, pour sa perte (1 Rois 11.1–4).

Les commentateurs estiment que l’instruction de l’apôtre: «Que chaque homme ait sa femme et que chaque femme ait son mari» (1 Corinthiens 7.2) implique la monogamie.

On ne se trompe pas si l’on affirme que celle-ci fait partie intégrante de l’intention originelle de Dieu pour le mariage, de son vœu pour le bien-être du couple, et que les disciples de Jésus sont appelés à s’y conformer.

Le psychologue Carl R. Rogers (1902–1987), dans un livre pratiquement «amoral», cite ce témoignage intéressant d’un certain Eric:

Parfois, quand Denise et moi faisons l’amour, nous «baisons» et nous nous endormons. Mais quand nous le faisons vraiment, nous connaissons une extraordinaire sincérité, une ouverture totale et une grande tendresse; nous nous fondons en un seul être. Il paraît impossible d’obtenir la même chose de deux femmes pendant une même période Ça ne peut qu’être différent. Ce n’est pas aussi sincère. La profondeur de l’union sexuelle semble porter en elle un message qui clame son exclusivité. (italique ajouté)

Il est facile de comprendre la tolérance de la polygamie comme un «moindre mal» permis «à cause de la dureté de votre cœur», selon la parole de Jésus aux pharisiens (Matthieu 19.8). Il est moins facile de la concilier avec la logique apparente de Jésus quand il fait de l’union d’un homme avec une femme divorcée (répudiée pour un motif insuffisant) un adultère (Matthieu 5.32; 19.9): le lien conjugal subsiste, l’union avec un autre est adultère.

Ne doit-on pas alors considérer que l’union avec la deuxième épouse d’un polygame est un adultère par rapport au lien avec la première? L’adultère est un crime si odieux aux yeux du Seigneur qu’on imagine mal qu’il ait toléré le mariage polygame comme il l’a fait, s’il y voyait un adultère. Et qu’il l’ait considéré comme valide! Non, il n’y a pas adultère.

Peut-être doit-on penser que les diverses épouses participent ensemble du même lien conjugal, unique. Ce partage n’est pas conforme au vœu du Créateur, il ne contribue pas au bien-être, mais il laisse le mariage valide. Un indice dans ce sens serait le titre auquel les servantes Agar, Bilha et Zilpa s’unissent au mari, en Genèse 16; 30: conformément à des lois de l’époque, elles le font pour leurs maîtresses, comme leurs suppléantes, leurs doubles.

Que la monogamie corresponde à l’intention originelle de Dieu pour le mariage n’exclut pas les secondes noces après un veuvage (1 Timothée 5.14). Le texte de 1 Timothée 3.2 (qui parle littéralement d’un «homme d’une seule femme») ne vise ni la polygamie ni le remariage mais la fidélité dans le mariage.

Le vœu de permanence

Jusqu’à ce que la mort sépare…

Le deuxième vœu du Seigneur, c’est que le mariage dure, sans limite dans le temps terrestre. Le divorce est pour le mariage un malheur contraire au désir bienveillant de Dieu.

La rupture du lien conjugal, répudiation ou divorce, se rencontre dans toutes les sociétés, non sans obstacles visant à freiner la tendance.

*    Elle est tolérée dans l’Ancien Testament et prévue dans une disposition légale aux termes assez vagues (Deutéronome 24.1–4).

*    Jésus accepte de dire que Moïse l’a permise (Matthieu 19.8).

Gros plan

La répudiation dans le judaïsme du 1er siècle

Dans le judaïsme, la répudiation par le mari était d’une facilité dérisoire – un œuf mal cuit en devenait le motif suffisant –, et certains estimaient cette facilité une grâce de Dieu pour son peuple d’élection!

*     Le docteur pharisien Hillel autorisait l’interprétation très large de la clause de Deutéronome 24.1 «quelque chose de honteux»;

*     son rival Shammaï, qui restreignait le sens à l’inconduite sexuelle, n’était suivi que par une minorité.

L’Ancien Testament rend un son plutôt contraire au laxisme de l’école de Hillel: «Je déteste le divorce», déclare le Seigneur (Malachie 2.16).

Quant à Jésus, il explique sans ambages la permission du divorce comme une concession due à la dureté du cœur humain. Il est excusé comme un moindre mal, mais contraire au dessein originel: «Au commencement, ce n’était pas le cas» (Matthieu 19.8). La charte du royaume de Dieu qu’il inaugure, le Sermon sur la montagne, annonce la restauration de ce dessein (Matthieu 5.32, par implication). Les disciples de Christ, portés par son Esprit, auront à cœur de lui être fidèles. Si, mariés, ils ne supportent plus d’être ensemble ou se sont séparés, ils traiteront le lien comme encore vivant et ne se remarieront pas, laissant ouverte la possibilité de la réconciliation (1 Corinthiens 7.10–11).

Jésus, suivi par ses apôtres, enseigne une haute idée du mariage, bien au-dessus des discussions rabbiniques. C’est l’intention du Père céleste qui lui importe avant tout.

Sauf…

Jusqu’ici, tous les interprètes sont à peu près d’accord. Cependant, Jésus, d’après l’Evangile de Matthieu, ajoute une clause d’exception, et Paul agit de même, à sa manière.

Sur ces additions, avec des conséquences énormes dans les cas individuels, les avis divergent grandement.

*    Jésus pose le principe de la survivance du lien conjugal – c’est cela seul qui fait du remariage un adultère –, mais il ajoute «sauf pour cause d’infidélité» (Matthieu 5.32; 19.9). Dans l’original, le mot traduit «infidélité» est le terme général «fornication», «immoralité sexuelle», et la préposition n’est pas la même dans les deux versets.

*    L’apôtre Paul enseigne que le mariage entre un chrétien et une non-chrétienne, ou l’inverse, est valide aux yeux de Dieu («sanctifié» au sens des rabbins), mais que le conjoint chrétien ne doit pas refuser le divorce si le conjoint non chrétien veut partir: le frère ou la sœur en Christ «n’est pas lié dans un tel cas» (1 Corinthiens 7.15). Le lien aboli semble le lien conjugal, dont il parle en 1 Corinthiens 7.39 et en Romains 7.2.

Les questions surgissent, âprement débattues:

–    L’indissolubilité du lien est-elle physique (c’est-à-dire que le lien n’est jamais coupé avant la mort) ou morale (c’est-à-dire que le vœu de Dieu est qu’il ne soit pas coupé, comme, à cause du péché, il peut l’être, de même que la vie de la personne humaine est inviolable)?

–    Les clauses «sauf pour cause…» introduisent-elles vraiment une exception?

–    Si le lien est coupé, le remariage est-il possible?

–    Est-ce pour tous ou pour les non-chrétiens seulement, ou pour les conjoints «innocents» seulement?

–    Le passage de Paul permet-il d’ajouter d’autres causes à la faute sexuelle?

–    Quelle est la logique sous-jacente?

Les réponses s’étagent entre un pôle strict et rigoureux et un pôle large et généreux (pour employer des adjectifs honorables!).

Pôle «traditionaliste»

Au premier pôle se logent la théologie catholique romaine du mariage (en tout cas le mariage sacramentel), de certains anglicans et autres traditionalistes, et de quelques évangéliques.

Le mariage est «physiquement» indissoluble; il ne peut pas y avoir de vrai divorce et, si la séparation est intervenue, le remariage est un adultère qui se perpétue.

L’interprétation s’appuie sur la radicalité de Jésus, la formulation du principe selon Marc et Luc (Marc 10.11–12; Luc 16.18), et explique de façons fort diverses les clauses propres à Matthieu (en 1 Corinthiens 7, «ne pas être lié[e]» n’est pas compris comme renvoyant au lien conjugal).

Pôle «libéral»

Au pôle opposé se trouve une interprétation dont les formes les plus extrêmes sont peut-être réservées à des protestants libéraux, mais dont les formes modérées s’affirment déjà parmi les Réformateurs (Bucer) et les puritains, ainsi que parmi les évangéliques.

Le vœu de Dieu est, certes, que le lien conjugal subsiste, mais s’il est trop abîmé, si le mariage est «mort», il est permis de le couper. C’est souvent le moindre mal. Les causes qui justifient cette démarche sont très nombreuses, allant jusqu’à l’incompatibilité d’humeur, qui peut «tuer» un mariage. Le remariage est alors possible, pour toutes les catégories.

Interprétation évangélique et protestante majoritaire

Entre les deux pôles opposés, l’interprétation évangélique et protestante majoritaire – défendue auparavant par l’humaniste Erasme (1469–1536) et par son ami Thomas More (1478–1535), d’ailleurs canonisé – cherche à éviter à la fois le rigorisme et le laxisme.

Pour elle, Jésus enseigne l’indissolubilité «morale» du mariage: si le lien est rompu, c’est qu’un péché grave est intervenu. Marc et Luc se contentent d’énoncer ce principe général, tandis que Matthieu précise les choses. Il n’y a pas là de contradiction, mais une procédure ordinaire dans l’application du droit.

Jésus ne mentionne que l’immoralité sexuelle comme péché affectant le lien conjugal au point qu’il n’y a pas de péché supplémentaire à divorcer. Paul, en ajoutant la désertion (sans préciser «pour raison religieuse»), montre que Jésus ne voulait pas limiter à ce seul cas la cause légitimant un divorce. Une tentative de meurtre, la violence dans le couple, parfois le harcèlement qui rend fou, font de pareils dégâts au lien conjugal.

Quand le lien est coupé, le remariage est légitime: le judaïsme et l’Antiquité n’ont jamais imaginé un divorce sans remariage.

De l’interdiction du remariage, Calvin (1509–1564) écrit typiquement: «Il est certain que cela se doit restreindre aux divorces illicites et frivoles.» Beaucoup ajoutent «pour le conjoint innocent». Cependant, ils semblent confondre les catégories, car le droit au mariage n’est pas un prix de vertu; il ne dépend que de l’existence ou non d’un lien conjugal antérieur. Ce qui est impossible, c’est la bénédiction nuptiale s’il n’y a pas eu repentance crédible pour le péché (habituellement d’adultère) commis avant le divorce.

Cela vaut-il aussi pour les chrétiens? Oui, répondent la plupart, car le conjoint chrétien qui refuse d’écouter l’Eglise doit être traité comme s’il n’était pas chrétien (Matthieu 18.17).

Active-neurones

«Il faut punir le vice ou le péché, mais avec d’autres peines que par l’interdiction du mariage. C’est pourquoi aucun vice ni aucun péché n’empêchent le mariage. David commit l’adultère avec Bathschéba…»

Martin Luther, De la vie conjugale, p. 232

La logique qui sous-tend la construction? Le lien conjugal est constitué de façon double:

1°   par le libre engagement, qui est du domaine du droit;

2°   par l’union effective.

Il a une composante «formelle» (socio-juridique) et une composante «matérielle», toutes deux avec leur consistance propre. Le péché – de fornication, abandon, etc. – atteint le lien matériel qui liait les conjoints. Du coup, il est permis sans péché – mais pas obligatoire, contrairement à l’avis de certains rabbins du 1er ou 2e siècle – de couper aussi le lien formel. Si quelqu’un coupe le lien formel alors que le lien matériel est toujours là, celui-ci subsiste et une autre union est adultère (Matthieu 5.32; 19.9).

Le mariage après un divorce

La question se pose des mariages conclus après un divorce «illicite et frivole» (pour reprendre les adjectifs de Calvin): sont-ils nuls et non avenus? Faut-il les casser?

La logique permet de suggérer que l’équivalent-adultère qu’est le remariage coupe le lien matériel qui restait. Le lien est coupé dans ses deux composantes, ce qui valide, malgré la faute, le nouveau mariage, comme dans l’autre cas. Contracter le nouveau mariage équivaut à l’adultère, pas y demeurer. Champ ouvert à la grâce…

Gros plan

Eluder les clauses d’exception?

Face aux incises du texte de Matthieu (Matthieu 5.32; 19.9, «sauf pour cause d’infidélité»), on a tenté diversement d’écarter le sens d’une exception au principe. Avec peu de succès.

* Certains (critiques marqués de libéralisme) refusent les mots à Jésus: Matthieu les aurait ajoutés pour adoucir un enseignement trop abrupt.

Objection. Matthieu, auteur inspiré, les attribue à Jésus.

* Quelques-uns lisent: «l’expose à devenir adultère, sauf pour cause d’infidélité car elle est déjà adultère».

Objection. Cette lapalissade n’est pas dans le ton, et Matthieu 19.9 ne peut pas être lu ainsi.

* Certains pensent que Jésus écarte seulement le cas, sans rien en dire: «Je ne parle pas du cas d’immoralité sexuelle».

Objection. Cette lecture est bien peu naturelle.

* D’autres (variante) pensent que Jésus l’écarte parce qu’il est déjà réglé: la répudiation est obligatoire: «Celui qui renvoie sa femme, même si elle n’a pas été infidèle, la pousse à le devenir…»

Objection. L’obligation de renvoyer, sans pardon possible, ne s’accorde guère avec le message de Jésus (ce rigorisme ressurgira au 2e siècle). La formulation de Matthieu 19.9 ne s’explique pas de cette façon.

* Plusieurs comprennent «infidélité» (en fait, toute «immoralité sexuelle») à propos de mariages contractés par des non-Juifs entre parents trop proches pour que la loi de Moïse les permette (Lévitique 18).

Objection. D’une part, le terme est trop général pour ce sens, en l’absence de précision contextuelle; d’autre part, c’est un cas d’annulation plutôt que de répudiation.

* Semblablement, plusieurs y voient une inconduite préalable au mariage, découverte lors de la nuit de noces: la mariée n’était plus vierge (Deutéronome 22.20–21).

Objection. Même si la peine de mort n’était pas infligée à l’époque de Jésus, la sanction prescrite n’était pas un divorce.

Puisque les pharisiens entre eux, hillélites et shammaïtes, disputaient de la cause légitimant le divorce selon Deutéronome 24.1, la réponse de Jésus ne pouvait pas être comprise autrement de ses auditeurs.

Le spectre des positions sur le divorce

Les positions quant au divorce sont variées, décrites ici de la plus restrictive à la plus libérale:

1) Le lien conjugal, une fois constitué, est indestructible, jusqu’à la mort de l’un des conjoints. Si l’on prononce un «divorce», il n’a pas la force d’abolir le lien. Tout remariage est exclu; il équivaut à un adultère.

2) Le lien conjugal peut être détruit, par l’effet d’un péché de fornication ou par la désertion, et le fait peut être entériné dans les formes du droit par un divorce, mais un chrétien ou une chrétienne ne peut pas se remarier.

3) Le lien conjugal peut être détruit, par l’effet d’un péché de fornication ou par la désertion, et le fait peut être entériné dans les formes du droit par un divorce. L’ex-conjoint innocent, chrétien ou non, peut se remarier. L’ex-conjoint coupable, s’il est chrétien mais ne se soumet pas à la discipline de l’Eglise, tombe dans la catégorie des non-chrétiens.

4) Le lien conjugal peut être détruit, par l’effet d’un péché de fornication ou par la désertion, et le fait peut être entériné dans les formes du droit par un divorce. Les ex-conjoints, quelle que soit leur culpabilité, peuvent se remarier. On ne peut invoquer sur eux la bénédiction divine que s’ils ont fait acte de contrition pour les péchés graves et grossiers précédemment commis.

5) La même règle vaut dans le cas d’autres péchés graves contre le mariage, par exemple les violences conjugales. Les listes et les échelles de gravité varient selon les auteurs, certains allant jusqu’au manque de communication et d’amour pour légitimer le divorce.

Le vœu d’heureuse entente

Si la sexualité, nœud du corps et de l’esprit, concerne toute la personne, l’institution donnée pour l’épanouissement terrestre de la sexualité doit comprendre comme but essentiel l’union spirituelle des conjoints. On peut affirmer que le vœu de Dieu pour le mariage (son bien-être), c’est l’amour mutuel de l’homme et de la femme, leur bonne entente, leur communion de cœur.

Il faut rappeler, cependant, que le mariage demeure valide, avec le lien qui le caractérise, quand ce vœu n’est pas ou n’est guère comblé.

Le mariage dit «d’amour» – que les autres cultures taxent spontanément d’individualisme outrancier – est une originalité de l’Occident moderne. Il ne faudrait pas, cependant, exagérer l’écart: les sentiments amoureux ont été présents dans le mariage à peu près toujours et partout. La poésie de nombreuses cultures l’atteste avec éclat, et la Bible elle-même valorise le lien affectif des époux:

*    Le verbe «s’attacher» en Genèse 2.24 le suggère.

*    C’est le verbe «aimer» qui désigne les dispositions de Jacob envers Rachel (Genèse 29.18, 20).

*    La description émouvante de la femme d’Ezéchiel comme «les délices de ses yeux» (Ezéchiel 24.16) dit un peu de ses sentiments pour elle.

*    Comment lire le Cantique des cantiques en n’y trouvant que le désir physique? (Ceux qui le font cèdent, au fond, à la séparation gnostique de l’amour et du sexe.)

*    Ce qui caractérise les conjoints, c’est la volonté de plaire à l’autre (1 Corinthiens 7.32–34).

*    Si le commandement d’aimer s’adresse au mari en Ephésiens 5.25, c’est peut-être qu’il en a davantage besoin. En tout cas, l’amour n’est certainement pas absent du respect de la femme envers lui!

La preuve la plus forte que la communion d’amour correspond à un vœu divin pour le couple, c’est la vocation qu’a le mariage de refléter l’union du Christ et de son Eglise!

Certes, l’amour biblique n’est celui de nos romantiques. Il est don, décentrement de soi, préférence de l’autre, humble service. Cela n’exclut pas le sentiment, ni l’ardeur! L’amour conjugal est bien décrit comme une synthèse du désir et de la tendresse; on peut ajouter l’estime, la détermination à durer et construire ensemble, la reconnaissance et – si possible (c’est le meilleur carburant) – l’admiration mutuelle.

Gros plan

L’idéal fusionnel

L’illusion fusionnelle a sans doute son utilité pendant la première phase «de miel», son euphorie facilitant l’ajustement des personnalités l’une à l’autre. Elle est malsaine si elle persiste. Le modèle du Christ et de l’Eglise devrait suffire à avertir contre elle.

Un Anglais sarcastique n’a pas manqué le centre de la cible, dans une pièce montée en 1693: «Bien que le mariage fasse de l’homme et de sa femme une seule chair, ils n’en restent pas moins deux imbéciles.» Méchant? Réaliste. D’où les problèmes.

Une petite inexactitude de détail symbolise de façon piquante l’illusion de l’idéal fusionnel. Le jeu de mots de Genèse 2.23 – «On l’appellera femme [isha] parce qu’elle a été tirée de l’homme [ish]» – reçoit souvent le commentaire suivant: isha est le féminin de ish, ce qui suggère un idéal d’union indifférenciée. Or, en réalité, les deux mots n’ont pas la même racine. Isha, qu’une transcription plus précise écrirait ’iššâ, vient de la racine ’, alors que ish, plus précisément ’îš, procède d’une autre. La correspondance pour l’oreille ne doit pas faire oublier la différence interne!

Les obstacles à l’entente

Les obstacles à l’heureuse entente sont légion. La trahison de l’alliance de Dieu par l’humanité et les dérèglements qu’elle a entraînés les élèvent en travers de la route. L’orgueil, l’égoïsme, la fausseté, la dureté, la convoitise gâtent le fruit savoureux que Dieu faisait mûrir. Le combat pour l’amour dans le mariage n’est rien d’autre que le combat de la sanctification.

Les tendances pécheresses qui subsistent chez les régénérés (chrétiens nés de nouveau) eux-mêmes se greffent sur les différences. Elles qui auraient pu enrichir la symphonie dans la complémentarité, elles servent de prise aux forces de la mésentente:

*    Différences des réactions féminines et masculines: on le sait, les gestes et les mots dont elle est assoiffée et qui la rassureraient le mettent profondément mal à l’aise, parfois jusqu’à l’angoisse.

*    Différences des tempéraments individuels: les frictions de la vie commune les exacerbent.

*    Différences des codes et des échelles de valeurs inculqués par l’éducation et la culture, y compris le conflit entre les traditions «machistes» et les idéologies féministes.

Le Dr Lemaire, éminent spécialiste des questions conjugales, a noté que, souvent, les caractères qui ont d’abord attiré l’homme et la femme l’un vers l’autre se muent en pomme de discorde par la suite.

On ne peut pas l’ignorer: des traits pathologiques peuvent se manifester, par exemple dans les violences conjugales (physiques et déjà verbales), dans une jalousie excessive. Le seul conseil est alors, d’urgence, d’avoir recours à une aide extérieure et, de préférence, professionnelle.

L’éthique jouxte ici le domaine de la psychothérapie et du conseil conjugal et familial. Tout en se gardant de déborder de ce côté, elle n’est pas étrangère, néanmoins, au processus de maturation des personnes et du couple comme tel. Celle-ci passe par le deuil de rêves de bonheur personnel, d’idéalismes enracinés dans l’amour de soi-même. Elle intègre, 70 fois 7 fois, la disposition à pardonner, et même avant le pardon: l’indulgence. C’est ce qui convient à des pécheurs à qui le divin roi a remis une dette démesurée (Matthieu 18.23–35): «Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés» (Matthieu 6.12).

Active-neurones

«Dix commandements» de l’amour dans le mariage:

1.    Ton corps au sien consacreras.

2.    Ton bien comme sien compteras.

3.    Ton intérêt lui montreras.

4.    Expressément lui parleras.

5.    Main forte aussi lui prêteras.

6.    Le temps voulu réserveras.

7.    De ton secret partageras.

8.    Indulgence cultiveras.

9.    Pardon encore accorderas.

10.  Confiance préféreras.

Henri Blocher, texte forgé pour une causerie

La place de l’espérance

L’espérance, elle aussi, se rattache à l’éthique. Le désespoir enfonce dans l’aliénation, et l’analyse y débusque l’horrible orgueil, la prétention de se passer de Dieu. L’espérance est la vocation, le «devoir» chrétien, puisque le Dieu qui appelle est le «Dieu de l’espérance» (Romains 15.13). Or, si elle se tend vers la plénitude du royaume de Dieu, elle saisit et goûte dès à présent les «arrhes» que le Seigneur en accorde. Y compris quant à la vie conjugale. Après tout, il y a des couples heureux (dans la commune imperfection), signes de la communion parfaite que tous les couples goûteront au banquet des noces de l’Agneau!

Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Que l’homme ne défende pas ce que Dieu a permis. Que l’homme ne méprise pas ce que Dieu a béni. Que l’homme ne désespère pas de ce que Dieu veut guérir.

A lire pour aller plus loin

Pierre Adnès, Le mariage, coll. le Mystère chrétien, Desclée, 19632

Claire-Lise de Benoît, Célibataire. Réflexions et témoignages, Ligue pour la lecture de la Bible, 1999

André Biéler, L’homme et la femme dans la morale calviniste, Nouvelle série théologique, Labor et Fides, 1963

Henri Blocher, Le mariage. Données bibliques et synthèse théologique, Publications de la FTE, 2001, contenant «Clartés sur le mariage» (Ichthus 57) et «Mariage et cohabitation» (Fac-Réflexion 16)

Thibaud Colin, Le mariage gay. Les enjeux d’une revendication, Eyrolles, 2005

Commission théologique des Communautés et Assemblées Evangéliques de France, Mariage, divorce, remariage, Excelsis, 2004

Pierre Courthial, «Introduction à une doctrine réformée du mariage», La Revue Réformée 68, 19664, p. 1–23

Fac-Réflexion n° 16, avril 1990, livraison spéciale sur le mariage et les questions connexes, avec articles de Jean Carbonnier, Frédéric de Coninck, H. Blocher et Albert Greiner

Eric Fuchs, Le désir et la tendresse. Sources et histoire d’une éthique chrétienne de la sexualité et du mariage, Labor et Fides, 19791, 19855

Jean Gaudemet, Le mariage en Occident. Les mœurs et le droit, coll. Histoire, Cerf, 1987

Pierre Grelot, Le couple humain dans l’Ecriture, coll. Lectio divina 31, Cerf, 1962

Philippe d’Harcourt, «Retour sur le mariage pour tous: Brouillage et confusion», Commentaire n° 144, hiver 2013–2014, p. 821–829

Henri Leenhardt, Le mariage chrétien, Labor et Fides, 1945

Jean-G. Lemaire, Le couple: sa vie, sa mort. La structuration du couple humain, Payot, 1981

Lucy Mair, Le mariage. Etude anthropologique, trad. Marie Matignon, Petite Bibliothèque Payot 235, 1974

Francis Mouhot, «Famille», dans Christophe Paya (sous dir.), Dictionnaire de théologie pratique, Excelsis, 2011, p. 395a–400b

John Murray, Le divorce, Sator, 1992

Evelyne Sullerot, Pour le meilleur et sans le pire, Fayard, 1984

 

Le corps et la sexualité, dons de Dieu

Pourquoi faire référence à Dieu quand on parle du corps humain et de la sexualité ? Parce que la Bible nous révèle que Dieu est le créateur de l’un et de l’autre.

* Dieu est le créateur du corps, comme le dit poétiquement le Psaume 139.13: « C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le ventre de ma mère. »

* Dieu nous a créés sexués : le corps de l’homme et de la femme, mais aussi leur manière d’être au monde, sont différents, même s’il ne faut pas les enfermer de façon rigide dans des rôles sociaux spécifiques ; ils sont à la fois égaux devant Dieu et différents (voir p. 259).

La deuxième affirmation divine à propos de l’humanité, en Genèse 1.27, après celle de sa création « à l’image de Dieu », est celle de sa création « homme et femme » (littéralement « mâle et femelle »). C’est quelque peu étonnant. On aurait pu imaginer qu’il affirme avoir créé des êtres raisonnables. Eh bien non ! Que dit Dieu sur notre nature en nous disant masculin ou féminin ? Il nous dit qu’il nous a créés comme des êtres de désir. Le désir qui pousse les hommes et les femmes à entrer en relation est bon et voulu par lui. Bien sûr, ce désir doit être canalisé et socialisé. L’exhibition de la chair ne favorise pas forcément la rencontre des personnes dans le respect mutuel, mais, en sens inverse, parce que nous sommes des êtres faits pour la relation, masquer délibérément aux autres notre visage est le signe d’un refus de relations sociales qui peut déranger à juste titre.

Le désir humain n’est pas simple instinct sexuel. Dieu n’a pas voulu que nous nous accouplions comme des animaux sans paroles. Il a voulu que ce désir passe par la parole, qui est reconnaissance de l’autre. Quand Adam, découvrant Eve, s’écrie : «Voici cette fois celle qui est faite des mêmes os et de la même chair que moi», il veut dire: «Voici quelqu’un qui va être plus proche pour moi, une chair (on pourrait aussi écrire: chère) plus intime que ma propre famille dans la chair.»

Nous ne sommes plus au paradis, dans la simplicité de relation entre l’homme et la femme. Adam n’avait pas à chercher sur l’internet pour trouver une compagne, et il n’était pas tenté par l’adultère, puisqu’il n’y avait pas d’autre femme ! La simplicité et la transparence des relations homme-femme – ils « étaient tous les deux nus, et ils n’en avaient pas honte » (Genèse 2.25) – sont perdues. Le désir est devenu quelque chose de compliqué à cause du péché. Le sentiment de honte qui entoure la sexualité en est le signal. La grossièreté et la moquerie concernant les questions sexuelles sont des façons d’échapper à cette gêne. Ces paroles salissant la sexualité sont désapprouvées par le Seigneur, comme le rappelle Paul (Ephésiens 5.3). Le Dieu de la Bible nous appelle à ne pas mettre la sexualité du côté de la saleté ou de l’animalité, mais au contraire du côté de l’humanité, de la beauté et de la pureté.

La sexualité humaine n’est pas non plus de la mécanique. C’est à partir de la fin du 19e siècle, dans le contexte d’une médecine hygiéniste, soucieuse de la seule santé du corps, qu’on l’a réduite à une fonction biologique. Or, la sexualité est faite pour l’amour, pas pour l’hygiène. Il ne s’agit pas simplement d’éviter d’attraper une maladie vénérienne ou le SIDA.[1]

 

[1] Nisus, A. (Éd.). (2021). Pour une foi réfléchie: Théologie pour tous (7e édition, p. 248–250). Romanel-sur-Lausanne, Suisse : La Maison de la Bible.

Les problèmes d’ordre sexuel sont-ils toujours causés par des problèmes conjugaux ?

Pas du tout. Certains troubles physiques peuvent conduire ou contribuer à la dégradation de l’intimité sexuelle. Un déséquilibre hormonal, des problèmes de flux sanguin, comme le diabète et les maladies du cœur, des problèmes de fonctions nerveuses, comme les troubles neurologiques et les troubles chroniques comme les maladies du rein ou du foie peuvent affecter notre vie sexuelle. La ménopause, chez les femmes, peut apporter des changements à leur sexualité. Certains médicaments (notamment les antidépresseurs) ainsi que l’abus de médicaments, de drogues ou d’alcool peuvent perturber l’activité sexuelle. Si vous vivez des difficultés d’ordre sexuel dans votre relation conjugale, surtout si elles ne semblent pas liées à la qualité de votre relation, consultez un médecin qui pourra poser un diagnostic sur votre état de santé général.

Les couples ont parfois simplement besoin d’apprendre le plaisir sexuel réciproque. Si nous avons grandi dans un foyer où personne ne parlait ouvertement de sexualité, nous ne connaissons peut-être pas l’art de plaire à notre conjoint. Ou alors, nous avons peut-être développé une vision négative de la sexualité et ainsi, il est difficile de profiter pleinement de notre intimité sexuelle. Plusieurs ouvrages, même à caractère chrétien, sont à notre disposition pour nous aider à développer nos aptitudes ainsi qu’une vision saine et positive de la sexualité.

N’oublions pas, toutefois, que tout ce que nous faisons, même notre manière de faire face aux problèmes physiques, manifeste l’état de notre cœur. Ces derniers peuvent susciter en nous la compassion, l’aide, la fidélité et l’amour ou l’impatience, l’égoïsme et la méchanceté. Une attitude d’adoration est essentielle lorsque nous sommes aux prises avec des troubles physiques ou médicaux. Dans ces conditions, nous dépendons de l’amour de Dieu que nous donnons en retour à notre conjoint.

Est-il acceptable, dans certains cas, de refuser d’avoir des relations sexuelles avec notre conjoint ?

Le refus d’avoir des relations sexuelles avec notre conjoint est un sujet très sérieux. La sexualité sert à refléter et à renforcer la puissance du message d’amour de Dieu envers nous. De la même manière, repousser notre conjoint envoie un message puissant et potentiellement nuisible. Plusieurs raisons peuvent cependant amener un conjoint à refuser d’avoir des relations intimes et je crois que dans certains cas, il est légitime et approprié de s’en abstenir pour le bien de la relation conjugale. La question est abordée de façon directe par Paul dans la Bible :

Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et de même la femme à son mari. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et, pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. Ne vous privez pas l’un de l’autre, si ce n’est momentanément d’un commun accord, afin d’avoir du temps pour la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. (1 Corinthiens 7.3–5)

Ce passage a malheureusement été employé de façon abusive par bon nombre de maris pour forcer leur femme à avoir des relations sexuelles. Pourtant, même une lecture sommaire de ces versets nous montre clairement que l’intimité sexuelle est fondée sur la réciprocité et la sollicitude. Le principe est simple : nos corps nous appartiennent et nous sommes responsables de les utiliser à bon escient, mais du même coup, nous n’en avons pas l’exclusivité. Puisque le mari et la femme sont devenus un, la manière dont ils se servent de leur corps a une influence sur l’autre. Nous devons donc veiller à ce que notre corps soit un instrument qui fortifie la relation de couple et bannir toute tentation d’égoïsme, de caprice déraisonnable ou de refus d’intimité.

Il faut noter, toutefois, que Paul n’interdit pas les périodes d’abstinence. Il enseigne plutôt que cette entente doit être mutuelle (les deux conjoints sont d’accord), qu’elle a pour but la prière (chercher l’aide de Dieu, sa sagesse ou sa guérison) et que le temps de privation doit être limité afin de ne pas nuire à la relation de couple (sans doute par des tentations sexuelles). Le ton du passage indique que la sexualité est bonne et appropriée dans le cadre du mariage. Le mari et sa femme devraient prendre soin l’un de l’autre par la sexualité, mais certaines raisons peuvent conduire un couple à s’y abstenir pendant une période de temps précise pour leur bien-être spirituel

Dans quelles circonstances un couple peut-il ainsi décider de se priver de relations sexuelles ? L’abstinence peut être une forme de jeûne. Tout comme certains chrétiens se privent de nourriture pendant une journée ou deux afin de se concentrer sur leur relation avec Dieu, un couple peut choisir d’exercer une discipline semblable dans leur vie sexuelle. Je sais que des hommes qui ont souffert de dépendance à la pornographie s’abstiennent souvent d’avoir des relations intimes avec leur femme dans le cadre d’une thérapie, parfois même jusqu’à quatre-vingt-dix jours. Cette privation a pour but de retrouver une perspective saine de la sexualité dans leur vie et d’en reprendre le contrôle. Les raisons peuvent varier d’un couple à l’autre, pourvu qu’elles soient fondées sur l’amour pour Dieu et pour notre conjoint. Notons, toutefois, que Paul ne présente pas la sexualité conjugale comme une contrainte de l’un des conjoints envers l’autre, mais comme un mode d’intimité mutuel, spirituel et attentionné.

L’interruption unilatérale des relations sexuelles s’avère sans contredit la plus pénible. Cette décision de la part de l’un des conjoints irrite ou blesse l’autre, mais peut-elle parfois être justifiable ? Dans certains cas, elle l’est. La plus évidente est lorsqu’un des conjoints subit de la violence physique ou sexuelle. Certains comportements dans un couple sont destructeurs au point où l’intimité sexuelle devient inappropriée. Un conjoint détruit parfois physiquement la relation conjugale avec ses paroles ou ses poings, ou transforme l’intimité sexuelle en une expression dégradante de colère et de contrôle. Dans ces situations, il n’est pas sage de s’exposer au danger ou de s’associer à des agissements qui mettent davantage en péril une relation déjà au bord de la destruction. Personne ne devrait naviguer seul dans les eaux troubles d’une telle situation. Recherchez les conseils d’un pasteur sage, d’un ami fidèle, d’un conseiller biblique ou les trois, de préférence. Un plan d’action inspiré par l’amour doit être élaboré afin de vous permettre de faire ce qui est en votre pouvoir, par la foi, pour protéger votre vie de couple sans compromettre votre sécurité ou le bien-être de votre famille.

Qu’en est-il des situations moins graves ? Que faire si l’intimité sexuelle est régulièrement perturbée par de simples irritations ou une légère amertume ? Dans de tels cas, j’exhorte les conjoints à agir pour trouver et résoudre les causes secrètes de leur frustration et je les mets en garde contre les luttes de pouvoir. Cette dernière attitude représente la tentation la plus fréquente et la plus dangereuse. Le rejet ou la contrainte communique de puissants messages qui sont souvent dépourvus d’amour. Efforçons-nous d’expliquer notre refus d’intimité avec des mots qui invitent à un dialogue honnête et ouvert sur les blessures et les difficultés qui nous enlèvent tout désir de nous unir physiquement à notre conjoint.

Est-il acceptable de regarder de la pornographie avec notre conjoint ?

Nous avons déjà démontré que l’objectif de la sexualité est de communiquer un message d’intimité, le type d’intimité et d’amour que Jésus ressent à notre égard. Quels messages la pornographie communique-t-elle ? La plupart du temps, elle insinue que les relations sexuelles les plus excitantes et agréables sont anonymes, dépourvues d’engagement et sans conséquence. Les gens n’y sont pas dépeints comme des personnes qui doivent être honorées et aimées, mais comme des objets qui ne servent qu’à assouvir les appétits d’autrui. La pornographie véhicule essentiellement une image de manipulation.

Nous ne résoudrons pas nos problèmes d’intimité en gavant nos cœurs et nos chambres à coucher de messages à caractère manipulatoire. Cette tactique peut sembler excitante pendant un certain temps, mais il faut être conscient que les messages égoïstes et impersonnels de la pornographie ne sont pas seulement retransmis sur les écrans. Ils pénètrent en nous et empoisonnent tôt ou tard notre vie de couple et notre attitude envers les autres.

Si nous sentons que notre vie sexuelle manque de piquant, travaillons à d’autres aspects de notre relation. Éprouvons à nouveau une passion pour notre conjoint et notre sexualité n’en sera que plus épanouie. Considérons d’autres moyens de pimenter nos ébats amoureux. Les relations sexuelles d’un couple marié peuvent facilement tomber dans la routine. Cherchons des moyens amusants et sains de rompre la monotonie, comme faire l’amour le jour au lieu du soir ou dans une autre pièce de la maison.

Célébrons

Le terme célébration est une autre manière de décrire l’intimité conjugale. Nous avons une multitude de raisons de célébrer l’amour que Dieu nous a donné en Jésus. Il est si puissant que lorsqu’il résonne dans notre cœur, il se répercute jusque dans nos actions. Le retour de Jésus est décrit dans la Bible comme un festin de noce. Nous trouvons cette image dans le livre de l’Apocalypse :

Et j’entendis comme la voix d’une foule nombreuse, comme la voix de grandes eaux, et comme la voix de forts tonnerres, disant : Alléluia ! Car le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, a établi son règne. Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et donnons-lui gloire, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée. Il lui a été donné de se vêtir de fin lin, éclatant et pur. Le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints. (Apocalypse 19.6–8)

En tant que peuple de Dieu, nous sommes comme une épouse qui frissonne de plaisir à l’idée de se retrouver enfin avec son époux ! Les mots sont inefficaces pour décrire sa joie.

La sexualité a été créée pour nous donner un aperçu de cette joie. Elle exprime et consolide cet amour particulier au moyen de sensations physiques. En dépit des efforts de notre culture pour salir la sexualité, elle n’est pas impure en soi. N’accordons aucun crédit à ces mensonges grossiers. La vie sexuelle ne s’épanouit pas dans le péché. Si l’intimité de notre couple reflète l’amour de Dieu, nous avons toutes les raisons de croire que les effets de cet amour se répercuteront jusque dans notre chambre à coucher et se transformeront en une joyeuse célébration.

Un dernier avertissement : il n’est pas nécessaire que nos cœurs vivent en parfaite harmonie avant que notre vie sexuelle s’améliore. L’intimité des cœurs est certes fondamentale, mais une intimité sexuelle caractérisée par l’affection et la tendresse peut être porteuse d’assurance et d’encouragement dans les périodes difficiles. Une intimité physique sincère transmet un message d’affirmation, d’acceptation, d’appartenance et d’amour qu’il est parfois difficile de communiquer avec des mots. L’harmonie intérieure des cœurs et l’harmonie extérieure des corps forment une chaîne de réactions positives qui se fortifient l’une l’autre. Laissons la sexualité célébrer ce qui est juste sans exiger la perfection. Elle communique parfois des messages essentiels à la croissance et sert de fondement pour progresser dans d’autres domaines. La sexualité peut être une expérience d’adoration merveilleuse.

TROISIÈME PARTIE

Garder le cap

L’apprentissage de l’amour dans les différents aspects de la relation conjugale ne produit pas de résultats instantanés. Soyons patients, développons de l’endurance et apprenons à garder le cap. Heureusement, Dieu nous encourage et nous fortifie tout au long du parcours.

Le chapitre 16 nous enseigne la forme d’amour la plus élevée qui soit : la grâce. Même lorsque nous sommes victimes du péché de l’autre, la grâce expérimente l’amour de Dieu et la reflète. Elle pardonne et espère. C’est Jésus qui nous enseigne à aimer de cette manière.

Au chapitre 17, nous apprenons à éviter le piège classique qui nous est tendu dans les situations ordinaires de la vie : cesser de croire que nos actions ont de l’importance. Ce chapitre décrit les raisons pour lesquelles nos actions exercent toujours une influence et il nous incite à fixer nos regards sur la récompense.

Nos expériences passées influencent notre vie de couple. Le mariage n’est qu’une étape de notre parcours, un autre pan de notre histoire. Le chapitre 18 nous aide à comprendre notre histoire personnelle, et non seulement celle de notre vie à deux. Le récit de l’amour de Dieu envers nous fortifie notre espérance et nous permet d’avancer vers le but.[1]

Conclusion

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(Docteur en philosophie des religions & Docteur en théologie Biblique)

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