Quelques questions sur le baptÊme du Saint Esprit

Baptême et plénitude du Saint Esprit

    

    

    

 

 

Baptême et plénitude du Saint Esprit

Sommaire

Le fond du problème                                                                              Page :  3

Distinction entre enseignement et expérience                                        Page :  5

Le caractère unique de la période apostolique                                       Page :  8

Le baptême du Saint Esprit                                                                    Page : 10

Le baptême annoncé et promis                                                               Page : 10

Le baptême de l’Esprit avec les disciples                                               Page : 12

………………………Avec les 120                                                       Page : 13

………………………Avec les 3000                                                     Page : 14

………………………Avec les cas particuliers                                     Page : 14

………………………Avec la nvelle alliance                                        Page : 16

………………………Avec bénédiction initiale                                    Page : 17

………………………Avec le salut                                                       Page : 18

………………………Qui est accordé à tous                                         Page : 20

Baptême de l’Esprit reçu une fois pour toutes                                        Page : 22

Exposé sur la plénitude de l’Esprit                                                          Page : 24

La plénitude de l’Esprit                                                                           Page : 26

L’oeuvre de Christ et la plénitude                                                           Page : 27

Le chrétien et la plénitude                                                                        Page : 29

Baptême du Saint Esprit et plénitude                                                       Page : 29

Vie crucifiée et plénitude                                                                         Page : 31

Croissance de la plénitude                                                                       Page : 32

Perte et récupération de la plénitude                                                        Page : 33

Signes de la plénitude                                                                               Page : 34

 

Introduction

Le fond du problème

   Si le 16 -ème siècles et la Réforme a remis en lumière l’autorité unique des Ecritures et la grâce comme seule base du salut, de même la foi comme seul moyen d’accéder à la grâce, la fin du 19e siècle a vu une sorte de redécouverte de la Personne et de l’œuvre du Saint-Esprit. Des études et des livres entiers ont été consacrés à ces sujets vitaux, et beaucoup de chrétiens ont cessé d’ignorer qu’ils étaient les temples de la Présence du Saint-Esprit de Dieu, Esprit qu’ils avaient jusque-là traité peut-être comme une influence ou une émanation divine.

   Cette revalorisation de la Personnalité du Saint-Esprit, de Sa présence en l’homme et de Son action sur l’homme fut et est toujours incontestablement une bénédiction, qui suscita et suscite encore la colère de celui qui avait décidé, dès l’origine, de « pourrir » toutes les bénédictions, puisqu’il ne peut les détruire. Ainsi, ce qui était une bénédiction est devenu, par la confusion doctrinale dont Satan est l’auteur, un sujet de division.

  N’est-il pas triste et paradoxal de constater que Celui qui unit le corps de Christ, en Dieu, c’est à dire le Saint-Esprit, se trouve être, par l’intervention du menteur et du séducteur, un thème de controverse incessante entre enfants de Dieu ? (Cp. Ephésiens 4 :3–4). Je tiens donc à déclarer ici que cette étude n’est pas dirigée contre des personnes, mais qu’elle cherche plutôt à cerner les causes de cette division et à les réduire.

   Nous ne sommes pas de ceux qui éprouvent une sorte d’allergie au Saint-Esprit et qui, par crainte « d’aller trop loin », se maintiennent dans une réserve qui attriste Dieu et le limite dans Son action. Nous souhaitons au contraire que le Saint-Esprit envahisse « toute la maison », prenne possession de tout notre être.

   Mais, nous ne pouvons ignorer, ni taire, ce que parfois l’on attribue faussement au Saint-Esprit, avec la volonté arrêtée de méconnaître la réalité des phénomènes de contrefaçon. Si c’est un péché de minimiser la Personnalité et l’œuvre de l’Esprit, refuser les avertissements de l’Ecriture au sujet « des esprits » en est également un. L’apôtre Jean nous a donné cet ordre : « Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde » (1 Jean 4 :1).

Qu’il soit donc bien entendu que nous ne voulons rien retrancher de la vérité révélée de l’Ecriture, ni y ajouter quelque chose, pas plus que nous ne voulons mettre des bornes à l’efficacité du Saint-Esprit, par laquelle Dieu peut faire infiniment plus que ce que nous demandons ou pensons (cp. Ephésiens 3 :20).

Le problème, au fond, repose sur la méconnaissance du rôle initial et fondamental du baptême de l’Esprit dans la vie chrétienne et de la confusion entre deux expressions bibliques différentes : « baptisé de l’Esprit » et « rempli de l’Esprit ».

La première se trouve dans l’important passage de 1 Corinthiens 12 :13, sur lequel nous reviendrons plus loin ; la deuxième est plus fréquente, on la rencontre dans plusieurs passages de l’Evangile selon Luc et des Actes, et, sous forme d’une injonction, dans Ephésiens 5 :18 : « Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit ».

Ce n’est pas toujours le cas, mais en général, les milieux pentecôtistes mélangent ces termes comme s’ils étaient synonymes.

   Or, comme j’essaierai de vous le démontrer plus loin, l’expression « baptisé de l’Esprit » s’applique à tout enfant de Dieu, puisqu’elle se rapporte au point de départ de la vie chrétienne, cela est un fait avéré et définitif.

Alors que l’expression « rempli de l’Esprit » porte sur une expérience sujette à une évolution, positive ou négative, en fonction de l’attitude du croyant.

L’obéissance conduit à être rempli de l’Esprit, tandis que la désobéissance attriste et éteint l’Esprit.

   N’est-il donc pas fâcheux, en employant dans une fausse acception l’expression « baptisé du Saint-Esprit » ou « dans le Saint-Esprit », de faire croire à des chrétiens qu’ils ont découvert la panacée et qu’ils se sont élevés sur des sommets, dont ils pensent qu’ils n’en redescendront plus jamais ? Leur illusion est d’autant plus profonde qu’ils possèdent ce qui, à leurs yeux, est le signe infaillible de cette « seconde bénédiction », à savoir le parler en langues.

Tout lecteur honnête peut évaluer les tristes conséquences d’une doctrine vicieuse à la base, doctrine qui départage les chrétiens en deux classes : les baptisés et les non-baptisés (dans l’Esprit) et est en elle-même une contradiction puisqu’un chrétien est par définition un homme baptisé de l’Esprit, sinon il ne ferait pas partie du corps de Christ ! (Romains 8 :9)

La Bible enseigne seulement et simplement que l’homme qui croit en Christ pour le pardon de ses péchés a reçu l’Esprit (1 Corinth 6 : 19). Ensuite elle exhorte cet homme né de nouveau à être rempli de l’Esprit. Remarquez qu’aucun verset de l’Ecriture n’exhorte le chrétien à être « baptisé de l’Esprit », ce qui serait un non-sens !

De plus, aucun passage des Epîtres ne nous permet d’ériger le parler en langues en signe du baptême ou de la plénitude de l’Esprit. Ephésiens 5 :18–21, qui parle de la plénitude et de ce qui la caractérise, ne mentionne pas le don des langues, et le chapitre 1 Corinthiens 12, qui affirme que les chrétiens ont été baptisés de l’Esprit « pour former un seul corps » (1 Corinthiens 12 :13) introduit, dans son avant-dernier verset, cette question significative : « Tous parlent-ils en langues ?» (1 Corinthiens 12 :30). Par sa forme même, cette question appelle une réponse négative.

Ainsi, quiconque veut rester dans les limites de l’Ecriture ne peut faire de ce que l’on convient d’appeler « seconde bénédiction », ou « seconde expérience de grâce », un article de foi, ni du parler en langues le signe du baptême ou de la plénitude de l’Esprit. Ces doctrines ne sont pas dans la Bible.

I. Distinction entre enseignement et expérience

1. Portion historique et portion didactique du Nouveau Testament

   Une des causes majeures de la confusion tient au fait que beaucoup de lecteurs de la Bible ne distinguent pas deux domaines :

Celui de l’enseignement et celui de l’expérience.

Par exemple, dans Jean 3 :3–8, le Seigneur apporte un enseignement sur la nouvelle naissance, tandis qu’en Actes 9 :1–19 est relatée l’expérience de conversion de Sauf de Tarse.

Le premier texte est didactique et normatif, le deuxième est historique : il rapporte un fait relatif à un moment précis de la vie d’un homme et qui ne peut servir de critère rigide pour tous les cas de conversion ultérieurs.

   Par conséquent, la révélation du plan de Dieu se trouve dans la portion didactique des Ecritures et non dans la portion historique. Quelqu’un dira : Quelle est cette portion didactique du Nouveau Testament ? Elle est constituée « par l’enseignement de Jésus, les sermons et les écrits des apôtres ». Lorsque l’apôtre Pierre, au jour de la Pentecôte, s’est adressé aux Juifs pour les exhorter à la repentance, et qu’il s’est appuyé sur Joël et sur les Psaumes pour donner une interprétation correcte de l’événement unique de la Pentecôte et de sa signification, il a indéniablement apporté un enseignement revêtu de l’infaillibilité apostolique (cp. Actes 2 :15–40).

La portion didactique du Nouveau Testament est donc la norme (litt. l’équerre), la règle qui permet de fixer ce que doivent être le contenu et la nature des expériences spirituelles, et par conséquent de vérifier leur authenticité. Il est donc faux de prendre pour norme du plan de Dieu tout ce qui est écrit dans le livre des Actes, alors que la majeure partie de ce livre est consacrée à la narration d’expériences ! En promettant à Ses disciples de les conduire dans toute la vérité, le Seigneur pensait au corps de doctrine des Epitres et aux révélations prophétiques (cp. Jean 16 :12–13).

Il est frappant de voir que l’argumentation des écrivains pentecôtistes s’appuie pour une grande part sur le livre des Actes et sur les modalités d’expériences d’individus ou de groupes d’individus.

Aucun exégète sérieux n’invoque le cas particulier des Samaritains (Actes 8) ou des disciples de Jean-Baptiste (Actes 19) pour en tirer un enseignement normatif. D. Wilkerson et J. Sherill reviennent constamment au livre des Actes dans leurs écrits. Ce n’est pas à dire qu’ils ne citent jamais les Epîtres, mais l’essentiel de leur démonstration est tiré d’un livre qui contient plus une histoire, qu’un enseignement.

   Le champ de vision de la foi peut être limité par le défaut et la manie de vouloir imiter les autres. Cette attitude enfantine conduit à ignorer ou à mépriser les grâces que Dieu nous offre. Mc Conkey s’exprime ainsi sur ce sujet : « En convoitant le genre d’expériences d’un autre, sous prétexte qu’il correspond mieux à nos propres idées sur ce que devrait être la manifestation de la plénitude de l’Esprit, prenons garde de déprécier et de déshonorer ce que Dieu nous a accordé. »

A mon sens, si nous recherchions Christ, en qui seule la plénitude absolue habite, nous éviterions beaucoup d’écueils dans notre lecture des Ecritures, nous serions constamment centrés sur l’essentiel et nous ne serions pas pris par la démangeaison de rechercher et de cultiver « des expériences ». Notre âme serait comme celle d’un enfant sevré auprès de sa mère (Psaume 131).

J.R.W. Stott, dans son ouvrage :

« The Baptism and Fullness of the Holy Spirit », se livre à certaines réflexions sur ce qu’on peut appeler des expériences spéciales, c’est-à-dire celles qui ne font pas partie du plan habituel, général ou commun de Dieu pour tout Son peuple.

Parmi ces expériences il cite :

- la puissance exceptionnelle du témoignage intérieur de l’Esprit ;

- une onction particulière, ou revêtement de puissance surnaturelle pour un travail particulier ou un ministère spécial. « Le terme onction doit être employé avec prudence car il s’applique, sur un plan plus général, à tous les croyants (2 Corinthiens 1 :21 ; 1 Jean 2 :20, 27) » ;

- une révélation particulière de la gloire du Seigneur qui conduit à l’exultation (cp. 1 Pierre 1 :8) ;

-des visions et des révélations du Seigneur (2 Corinthiens 12 :1–4).

L’auteur admet la possibilité de ces expériences, qu’il attribue à la souveraineté de l’Esprit, qui peut opérer hors des normes, surtout dans des temps de réveil.

Cependant, Stott insiste beaucoup sur le fait qu’il s’agit là de « ministères inhabituels, particuliers et exceptionnels du Saint-Esprit », et que « ceux qui font de telles expériences devraient se courber devant Dieu et L’adorer dans la reconnaissance. S’ils veulent rester fidèles à l’Ecriture, jamais ils ne devraient attribuer ces manifestations au baptême de l’Esprit, ni exhorter d’autres croyants à rechercher ces expériences comme si elles constituaient la norme spirituelle. D’autre part, ils feraient bien de ne pas suggérer que ces expériences spirituelles inhabituelles sont le secret ou de la sainteté ou de l’utilité dans les mains du Seigneur. En effet, nombreux ont été, au cours de l’histoire de l’Eglise, les croyants qui se sont montrés puissants dans leur caractère et dans leur ministère sans avoir passé par ces expériences, alors que les chrétiens de Corinthe, qui en connaissaient quelques-unes, demeuraient en revanche charnels ». Les expériences « anormales » (hors des normes) ne sont pas nécessaires à la maturité en Christ.

Selon le même auteur, « ce que nous recherchons pour nous-mêmes et ce que nous enseignons aux autres doit être gouverné exclusivement par les Ecritures ». Nous n’avons pas à imposer aux autres ce que Dieu peut nous avoir accordé. Si l’Ecriture révèle pleinement que cela fait partie de l’héritage promis à tout Son peuple, nous serons libres d’exhorter nos frères et sœurs en Christ à le désirer et à le demander.

« Ce que l’Ecriture décrit comme étant arrivé à d’autres n’est pas nécessairement destiné à faire partie de notre expérience. Par contre, il importe que nous nous appropriions ce qui est promis et que nous exécutions ce qui est ordonné ».

 

 

2. Le caractère unique de la période apostolique

   Beaucoup d’enfants de Dieu souhaiteraient en quelque sorte revivre la période apostolique. Rappelons toutefois que cette période est unique dans l’histoire de l’Eglise. Elle correspond à sa fondation, à sa formation, à la rédaction des 27 livres du Nouveau Testament Le judaïsme cède progressivement la place au christianisme. Ce qui est spirituel va s’établir et le royaume temporel est « remis à plus tard ».

On ne peut donner pour norme de tout le temps de l’Eglise les expériences d’hommes et de femmes dont beaucoup participaient à deux économies : celle de la loi et celle de la grâce. Il est sain de considérer cette période comme un temps de transition.

   Le salut, d’abord annoncé par le Seigneur, a ensuite été confirmé par ceux qui l’ont entendu (les apôtres du Seigneur ; Hébreux 2 :1–4). La charge d’apôtre, unique en son genre, était revêtue de manifestations spéciales. Paul disait aux Corinthiens que les preuves de son apostolat avaient éclaté au milieu d’eux par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles (2 Corinthiens 12 :12). La Bible ne dit pas que la prédication doit nécessairement être toujours accompagnée de ces signes.

Elle enseigne que la séduction a aussi son cortège de « miracles, de signes et de prodiges mensongers » (2 Thessaloniciens 2 :9).

Il ne faut pas prendre les faits particuliers de la Pentecôte (bruit, vent, langues de feu, parler en langues) – de l’âge apostolique –, pour en faire une règle qui, sur tous les points, devrait régir la vie des chrétiens jusqu’à la fin du temps de l’Eglise. Le ministère des apôtres, avec tout ce qui l’accompagnait, a duré un peu plus d’un demi-siècle. Les apôtres n’ont jamais eu de successeurs.

« Dieu a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs… » (1 Corinthiens 12 :28) La tâche essentielle des apôtres consistait à formuler la vérité. Ils l’ont fait une fois pour toutes. Les prophètes apportaient le message : ils proclamaient cette vérité ; et les docteurs l’enseignaient.

   En nommant les dons spirituels, l’apôtre a pris soin de distinguer les meilleurs, auxquels il faut aspirer, et il s’est attaché à montrer que la recherche des dons devait avoir pour mobile principal l’édification de l’Eglise, l’utilité commune (1 Corinthiens 12 :7 ; 14 :5–6, 12). Ainsi l’exercice des dons spirituels, quels qu’ils soient, n’est pas tout. La « voie par excellence » que l’apôtre nous montre est celle de l’amour, qui ne périt jamais, et sans lequel nous ne sommes rien. « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (1 Corinthiens 13 :1–3).

Je pense que si la règle d’or de 1 Corinthiens 13 était mise en pratique, l’ordre et l’harmonie reviendraient au sein de l’Eglise où, malheureusement, les dons de l’Esprit sont convoités par l’orgueil et deviennent pour beaucoup d’enfants de Dieu une en en soi, le côté expérimental et existentiel prenant la place de l’essentiel. Il est légitime d’aspirer aux dons spirituels, mais il faut « que ce soit pour l’édification de l’Eglise » (1 Corinthiens 14 :12). Faute d’obéir à cette saine et humble motivation, la recherche des dons devient l’expression de l’égoïsme et par là même une cause de division et de séduction, Satan étant de la partie dès que l’orgueil s’en mêle.

   Les dons suréminents de l’apostolat ont été exercés pour authentifier la prédication, pour glorifier le Seigneur et pour convaincre « Juifs et Grecs », et non pour la satisfaction personnelle et la gloriole de ceux qui en étaient revêtus. Si la croix de notre Seigneur Jésus-Christ était plantée dans les vies et dans le message des chrétiens, je suis personnellement convaincu que toute la question si controversée des dons spirituels et de leur exercice serait traitée avec beaucoup plus d’amour, d’objectivité, d’équilibre, de lumière et de profit. Comme à Corinthe, le désordre et la division proviennent de ce qu’on fait plus de cas des dons de l’Esprit que du fruit de l’Esprit. Le fruit, certes, ne remplace pas les dons, mais représente le terrain de spiritualité et de maturité où ces dons peuvent s’exercer harmonieusement, pour le plus grand bien de l’Eglise et pour la plus grande gloire de Dieu.

II. Le baptême de l’Esprit

Nous tenterons, dans ce chapitre, de répondre à deux questions :

a)  Qu’est-ce que le baptême de l’Esprit ?

b)  Quand reçoit-on ce baptême ?

Les mots « baptême » et « baptiser » reviennent plus de 80 fois dans le texte du Nouveau Testament.

  • Ils se rapportent soit au baptême de Jean (Matthieu 3 :7 ; Marc 1 :4 ; Actes 19 :3),
  • Soit au baptême de l’Esprit (Matthieu 3 :11 ; Jean 1 :33 ; 1 Corinthiens 12 :13),
  • Soit au baptême d’eau consécutif à la réception du salut par la foi en Christ (cp. Actes 2 :41 ; 9 :18 ; 10 :47–48 ; 16 :14–15, 30–34 ; 18 :8).

Pour la bonne compréhension de l’Ecriture, il est très important de ne pas confondre ces trois faits et, relativement aux deux derniers, qui font partie de l’expérience chrétienne, de discerner le rapport qui les unit, le baptême d’eau étant le signe visible du baptême de l’Esprit qui nous incorpore à Christ et à l’Eglise.

1. Le baptême de l’Esprit annoncé et promis

a) Les prophètes ont salué de loin et avec joie le jour où l’Esprit serait répandu en abondance. Il va de soi qu’ils ne pouvaient formuler une doctrine de l’Esprit sous l’ancienne alliance, car la pleine révélation de la Personne et de l’œuvre du Saint-Esprit était tributaire de Sa venue, c’est-à-dire de l’événement historique de Pentecôte.

Nous nous bornerons à trois citations tirées des prophètes :

Car Je répandrai des eaux sur le sol altéré, et des ruisseaux sur la terre desséchée ; Je répandrai Mon Esprit sur ta race, et Ma bénédiction sur tes rejetons.

Esaïe 44 :3

Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; Je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et Je mettrai en vous un esprit nouveau ; J’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et Je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai Mon Esprit en vous, et Je ferai que vous suiviez Mes ordonnances…

Ezéchiel 36 :25–27

Après cela, Je répandrai Mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, Je répandrai Mon Esprit.

Joël 2 :28–29

Dans le fond, le vœu de Moïse : « Puisse tout le peuple de l’Eternel être composé de prophètes ; et veuille l’Eternel mettre Son Esprit sur eux ! » (Nombres 11 :29) fut partiellement exaucé à la Pentecôte sur la fraction d’Israël qui crut en Jésus de Nazareth.

b) Jean-Baptiste, en annonçant que Christ baptiserait les croyants du Saint-Esprit, reconnaissait la supériorité de ce baptême sur le sien.

« Il prêchait, disant : Il vient après moi Celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de Ses souliers. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; Lui, Il vous baptisera du Saint-Esprit » (Marc 1 :7–8). Cp. Luc 3 :15–17 et Jean 1 :25–34.

c) Jésus-Christ Lui-même s’est engagé à rendre effective la promesse du Père, en enlevant l’obstacle à l’effusion du Saint-Esprit, c’est-à-dire nos péchés, qu’ll a expiés sur la croix. Cette promesse fut une consolation pour Ses disciples, qu’ll ne voulait pas laisser orphelins, et elle est valable pour tous ceux qui croient en Lui.

« Et Il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu’il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en Son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. Vous êtes témoins de ces choses. Et voici, J’enverrai sur vous ce que Mon Père a promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut » (Luc 24 :46–49). Cp. Actes 1 :4–8 ; 2 :38–39.

« Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s’écria : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive. Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture. Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7 :37–39).

« Si vous M’aimez, gardez Mes commandements. Et Moi, Je prierai le Père, et Il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne Le voit point et ne Le connait point ; mais vous, vous Le connaissez, car Il demeure avec vous, et Il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, Je viendrai à vous » (Jean 14 :15–18). Cp. Jean 15 :26 ; 16 :7.

2. Le baptême de l’Esprit et les disciples

Cet événement, les disciples ont dû l’attendre. L’Esprit ne pouvait être répandu que consécutivement à la mort expiatoire du Fils de Dieu et à Sa glorification à la droite du Père. Voici l’explication que l’apôtre Pierre a donnée de la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la résurrection et dix jours après l’ascension.

« C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Elevé par la droite de Dieu, Il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis, et Il L’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez. Car David n’est point monté au ciel, mais il dit lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-Toi à Ma droite, jusqu’à ce que Je fasse de Tes ennemis Ton marchepied.

« Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes 2 :32–36). Depuis la Pentecôte, il n’y a plus aucune raison d’attendre l’Esprit ; il s’agit simplement de Le recevoir par la foi en Christ. C’est plutôt l’Esprit qui attend derrière la porte du cœur des hommes, porte à laquelle Il frappe, porte qui s’ouvre quand la foi saisit Christ.

Qu’il soit bienfaisant de citer ce que Paul disait aux Ephésiens et aux Galates à ce sujet :

« En Lui nous (les Juifs) sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de Celui qui opère toutes choses d’après le conseil de Sa volonté, afin que nous servions à la louange de Sa gloire, nous (les Juifs) qui d’avance avons espéré en Christ. En lui vous aussi (les Ephésiens non-juifs), après avoir entendu la Parole de la vérité, l’Evangile de votre salut, en Lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis, lequel est un gage de notre héritage, pour la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de Sa gloire » (Ephésiens 1 :11–14).

« O Galates, dépourvus de sens ! qui vous a fascinés, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié ? Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ? … Celui qui vous accorde l’Esprit, et qui opère des miracles parmi vous, le fait-il donc par les œuvres de la loi, ou par la prédication de la foi ? … Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, – car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois, – afin que la bénédiction d’Abraham eût pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous reçussions par la foi l’Esprit qui avait été promis » (Galates 3 :1–2, 5, 13–14).

3. le baptême de l’Esprit et les cent vingt

L’expérience historique des cent vingt (Actes 1 :15–2 :4) est particulière parce qu’elle s’est faite en deux temps. Il faut la distinguer de celle des trois mille (Actes 2 :37–41).

L’on peut dire de ces cent vingt qu’ils étaient frères dans la foi et disciples du Seigneur avant la Pentecôte. La foi en Christ les avait conduits à la conversion et au pardon des péchés, sinon comment comprendre des passages tels que Matthieu 16 :13–17 ; Jean 6 :66–69 ; 13 :10 ; 15 :3 ; 17 :6–26 ; 20 :17 ?

Ils furent baptisés dans l’Esprit le jour de la Pentecôte. De par leur situation historique, « ces croyants ne pouvaient recevoir le don de la Pentecôte avant la Pentecôte ! ». Cela ne signifie pas qu’ils n’eurent aucune part à l’Esprit avant la Pentecôte (Jean 20 :19–23). Le souffle du Seigneur sur Ses disciples craintifs, rassemblés dans la chambre haute au soir de la résurrection, pouvait être à la fois une préfiguration de l’événement de la Pentecôte et les arrhes de ce qu’ils allaient recevoir en plénitude cinquante jours après la résurrection. N’oublions pas que ces hommes vivaient la situation particulière d’un changement d’économie et qu’ils allaient être privés de la présence physique de leur Seigneur au bout de quarante jours. En prévision de ces dix jours d’attente, n’avaient-ils pas besoin d’un soutien particulier ?

Et, après tout, l’Esprit n’était-ll pas venu sur certains hommes de l’ancienne alliance, pour les rendre capables de s’acquitter de certaines missions ? (Juges 11 :29)

ll n’est donc pas correct, à partir de la situation historique particulière de ces 120 disciples, d’enseigner qu’il y a deux étapes distinctes dans la réception du Saint-Esprit et que les convertis doivent s’attendre à une «seconde expérience», ou supplier le Seigneur pendant des jours et des nuits pour qu’ll leur accorde «la seconde bénédiction».

4. Le baptême de l’Esprit et les trois milles

L’expérience des trois mille (cp. Actes 2 :37–41) est normative pour tout le temps de l’Eglise. En effet, lors de leur conversion, datant du jour de la Pentecôte et non antérieure à cet événement, ces trois mille croyants reçurent immédiatement et simultanément le pardon des péchés et le baptême (ou don) du Saint-Esprit, suite à une prédication de Pierre comportant un enseignement.

On ne peut donc honnêtement prétendre qu’il doit y avoir un délai, une attente entre la conversion (acte de l’homme, par lequel il se tourne vers Dieu sous l’attraction du Saint-Esprit) et le baptême de l’Esprit (acte du Seigneur qui fait de nous les membres de Son corps).

5. Le baptême de l’Esprit et les cas particuliers

Les cas particuliers des Samaritains et des disciples de Jean à Ephèse ne peuvent servir de critère en ce qui concerne l’expérience normale du baptême ou de la réception du Saint-Esprit.

a) Les Samaritains (Actes 8 :5–17)

Les chapitres Actes 1–9 représentent ce que l’on a appelé à juste titre «la période juive » de la prédication. Nous croyons qu’il est bon de tenir compte de ce fait dans l’analyse des événements couvrant cette période.

Nous partageons la pensée de plusieurs commentateurs sérieux de l’Ecriture sur le cas des Samaritains. Compte tenu de l’inimitié séculaire entre Juifs et Samaritains (cp. Jean 4 :9 et Luc 9 :53), peut-être aussi pour que ces Samaritains admettent que « le salut vient des Juifs » (Jean 4 :22), enfin pour éviter de futurs schismes dans l’Eglise, Dieu a voulu que l’incorporation des Samaritains à Christ fût sanctionnée par la présence des apôtres et leur intervention. C’est pourquoi le baptême de l’Esprit fut différé jusqu’à l’arrivée de Pierre et de Jean. Dans ce cas spécial, le baptême d’eau (Actes 8 :12) a précédé le baptême de l’Esprit.

A la lumière du contexte, l’on peut aussi se demander si la foi des Samaritains – envoûtés depuis longtemps par Simon le magicien –, avait été réellement accompagnée du repentir et s’il ne manquait pas un élément fondamental à leur expérience, ce qui expliquerait pourquoi le Saint-Esprit n’était encore descendu sur aucun d’eux (Actes 8 :15–16). Il s’agit là, bien sûr, d’une simple hypothèse.

Note sur la conversion des non-Juifs réunis chez Corneille

L’Ecriture nous montre qu’une procédure particulière relève d’une situation ou d’un moment particulier (par exemple lors d’une prédication inaugurale). Ce fait apparait en Actes 10 :34–48) lors de l’ouverture du royaume des cieux aux païens, dans la maison de Corneille. Le don des langues accordé aux païens baptisés de l’Esprit s’explique parfaitement si l’on tient compte du fait que les Juifs n’auraient pas cru à ce baptême, et n’auraient pas accueilli ces croyants païens dans l’Eglise, sans un signe extérieur audible.

« Tous les fidèles circoncis qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les païens. Car ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu. Alors Pierre dit : Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? Et il ordonna qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur » (Actes 10 :45–48).

Gardons-nous d’inférer de ce moment d’inauguration que toutes les conversions de païens devaient, par la suite, être en tous points conformes au schéma d’Actes 10, c’est-à-dire accompagnées du parler en langues. La suite du livre des Actes nous prouve que ce ne fut pas le cas (lisez Actes 16 :14–15, 30–34 ; 17 :34 ; 18 :8).

b) les disciples de Jean à Ephèse (cp. Actes 19 :1–7)

Remarquons d’abord que la question de Paul est inhabituelle et qu’on ne la trouve nulle part ailleurs dans le livre des Actes. Par conséquent, il est indéniable que ces hommes représentaient un cas d’espèce, ce que Paul a très vite discerné.

Soulignons ensuite que Paul n’a pas dit : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez cru », mais « avez-vous reçu le Saint-Esprit, quand vous avez cru ?»

Ces hommes n’étaient pas des croyants au sens plein et habituel du terme. Faute de connaissance, leur foi n’était pas encore centrée sur Jésus. Simples disciples de Jean-Baptiste, ils avaient besoin d’un complément d’instruction, c’est pourquoi Paul les conduisit plus loin : « Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en Celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus » (Actes 19 :4).

Avant de rencontrer Paul, ils étaient en deçà de la foi évangélique, et par conséquent en deçà de l’expérience chrétienne normale. De la repentance ils devaient passer à la foi en Christ, mort pour leurs péchés et ressuscité pour leur justification. Pour eux-mêmes et pour leur entourage, il était important et même nécessaire qu’ils reçussent une preuve sensible de la venue du Saint-Esprit, dont ils n’avaient pas entendu parler jusqu’à ce moment-là ! (Cp. Actes 19 :2)

« Lorsque Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit vint sur eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient » (Actes 19 :6).

Encore une fois, ne prenons pas pour règle les expériences d’hommes ayant appartenu à deux dispensations, alors que nous appartenons à la seule dispensation de la grâce, à la dispensation de l’Esprit.

6. le baptême de l’Esprit et la nouvelle alliance

Le baptême de l’Esprit est la bénédiction distinctive de la nouvelle alliance.

« Ll nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue (la loi de Moise, ministère de condamnation et de mort), mais l’Esprit vivifie » (2 Corinthiens 3 :6).

La Pentecôte a inauguré l’ère de l’Esprit qui rend possible ce qui ne l’était pas sous la loi de Moïse. Le fait majeur de la nouvelle alliance, c’est que Jésus baptise du Saint-Esprit tous ceux qui croient en lui. L’Ecriture déclare qu’il y a un seul baptême (Ephésiens 4 :5), par conséquent les expressions « baptisés en Christ », « baptisés en Sa mort » (cp. Romains 6 :3 ; Galates 3 :27), « baptisés du Saint-Esprit » (Actes 1 :5) désignent le même fait.

Plongés en Jésus-Christ par le baptême de l’Esprit, nous mourons à nous-mêmes et revivons avec lui. Le baptême d’eau est le signe visible de ce fait spirituel invisible, il en est le sceau. C’est pourquoi Pierre a dit chez Corneille, après la conversion de son auditoire païen : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ?» (Actes 10 :47)

Encore une remarque : dans Actes 10 :44–48 ; 11 :15–17, l’Ecriture emploie plusieurs expressions pour décrire un seul fait. Il est tantôt question de descente du Saint-Esprit, de don du Saint-Esprit, de réception du Saint-Esprit, de baptême du Saint-Esprit.

7. Le baptême de l’Esprit, bénédiction initiale

Cette bénédiction est reçue à la conversion, au point de départ de la vie chrétienne, sur la base de la repentance et de la foi en Christ. « Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Actes 2 :38). L’emploi du futur, « vous recevrez », n’implique pas un délai entre la conversion et le baptême de l’Esprit, mais plutôt qu’il n’y a pas de réception du Saint-Esprit sans conversion.

L’on reçoit l’Esprit lorsque l’on répond positivement à la prédication de la foi. La conversion débouche sur deux expériences simultanées : le baptême de l’Esprit et la régénération. Cette bénédiction est reçue en même temps que le pardon des péchés. La théorie qui veut dissocier le pardon des péchés du baptême de l’Esprit n’est pas biblique.

Voici le commentaire que nous pouvons faire d’Ephésiens 4:5–6: «Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous…»: «Un seul Seigneur, l’objet de la foi du pécheur; une seule foi: centrée sur cet unique Seigneur; un seul baptême: celui du Saint-Esprit par lequel le pécheur appartient à son Sauveur; un seul Dieu et Père de tous: la nouvelle relation entre l’homme et Dieu à laquelle le pécheur accède lorsque, par le baptême de l’Esprit, il a part à l’adoption. Ici, le baptême se situe au début de la vie chrétienne, il suit immédiatement la foi au Seigneur et se trouve aussitôt suivi d’une nouvelle relation avec Dieu, qui devient un Père pour le croyant. »

8. le baptême de l’Esprit et le salut

Le baptême de l’Esprit est une bénédiction qui fait partie intégrante du salut.

 Deux choses vont toujours ensemble dans le ministère de Jésus comme Sauveur. Ces deux choses conjointes sont deux grâces : le pardon des péchés et le baptême de l’Esprit. Dans le merveilleux passage de Jean 1 :29–34, nous voyons Jésus comme Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Ensuite seulement Il est présenté comme Celui qui baptise du Saint-Esprit, la seconde opération dépendant de la première. Les prophètes de l’Ancien Testament et les apôtres lient inséparablement le don du pardon et le don de l’Esprit, car l’Esprit ne peut habiter que là où la paix a été faite avec Dieu par le sang de la croix. Ce lien apparaît dans les passages suivants : Jérémie 31 :33–34 ; Ezéchiel 36 :25–27 ; Zacharie 12 :10 ; 13 :1 ; Actes 2 :38 ; 2 Corinthiens 3 :7–9 ; Tite 3 :4–7.

   Dans ce dernier passage il est question du « bain de la régénération » et du « renouvellement du Saint-Esprit », en tant qu’effets de «la bonté de Dieu notre Sauveur, de Son amour pour les hommes et de Sa miséricorde ». « Les auteurs du Nouveau Testament acceptent comme un fait consommé que Dieu a donné Son Esprit à tous les croyants dans le salut en Jésus. Jamais ils n’exhortent ceux-ci à le recevoir » ou à Le chercher. (Lire Romains 5 :5 ; 1 Corinthiens 3 :16 ; 6 :19 ; 12 :13 ; 1 Thessaloniciens 4 :8 ; 1 Jean 3 :24 ; 4 :13) Remarquez que les Corinthiens, malgré toutes les faiblesses que dénonce Paul (orgueil, divisions, jalousie, disputes, impureté, désordre, cp. 1 Corinthiens 1 :10–11 ; 3 :1–3 ; 4 :18 ; 5 :1–2 ; 6 :4, 15–18), sont toujours envisagés et traités comme des frères, des membres du corps de Christ, des chrétiens en qui l’Esprit habite mais est contristé.

   Par manque d’enseignement (ce qui n’était pas le cas des Corinthiens), ou par négligence (ce qui était leur cas), on peut malheureusement en arriver à ignorer ou à oublier le fait capital et béni de la présence de l’Esprit en nous. C’est pourquoi, dans la première Epître aux Corinthiens, reviennent souvent les quatre mots : « Ne savez-vous pas… ?» Les chrétiens de Corinthe avaient oublié et négligé des faits aussi essentiels que ceux-ci : qu’ils étaient le temple de Dieu, qu’un peu de levain fait lever toute la pâte, que nos corps sont les membres de Christ, que nous ne nous appartenons point à nous-mêmes, que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul remporte le prix ! (Cp. 1 Corinthiens 3 :16 ; 5 :6 ; 6 :15, 19 ; 9 :24).

N’imitons pas le mauvais exemple et rappelons-nous que celui qui croit être debout doit prendre garde de tomber. En effet, nous ne sommes pas « automatiquement » préservés des tentations, pas plus que nous n’y sommes fatalement soumis. En même temps que la tentation, permise de Dieu, nous est impartie la force nécessaire pour la supporter. 1 Corinthiens 10 :10–13.

   Dans l’Epitre de Jude, le contraste ne peut échapper au chrétien entre une catégorie d’hommes : « les bien-aimés » qui possèdent l’Esprit (cp. Jude 1 :3, 5, 17, 20) et l’autre catégorie : les impies, les incrédules, gens qui murmurent et se plaignent, moqueurs marchant selon leurs convoitises impies et provoquant des divisions, « hommes sensuels, n’ayant pas l’Esprit » (cp. Jude 1 :4, 5, 15–16, 18–19).

9. Le baptême de l’Esprit accordé à tous les croyants

Pendant tout le temps de la grâce, le baptême de l’Esprit est une bénédiction réservée à tous les croyants.

Si nous avions été à la place de l’apôtre Paul, objet du jugement de ceux dont il était le père spirituel, je ne sais pas comment nous aurions qualifié les Corinthiens ! Et pourtant c’est à ces Corinthiens qu’il écrivait, en se plaçant sur le plan objectif du salut : « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Corinthiens 12 :13).

Ce texte établit trois faits :

a)  Tous les croyants sont baptisés de l’Esprit.

b)  Il n’y a pas d’exception ni de distinction tenant à la race ou à la condition sociale (pas plus qu’au sexe, cp. Galates 3 :27–28).

c)  le baptême, qui fait de nous des membres du corps de Christ et nous établit dans notre position « en lui » (Jean 14 :20) est le secret même de l’unité du corps de Christ, et jamais un facteur de division.

Comme je l’ai écrit dans l’introduction, il est infiniment triste pour l’Eglise, et scandaleux devant le monde, que ce qui nous unit devant le Père devienne ici-bas un des thèmes les plus générateurs de disputes. C’est manifestement une des plus grandes réussites de l’adversaire, qui rugit contre l’unité effective et visible des enfants de Dieu. Lui laisserons-nous plus longtemps « l’avantage sur nous », tout en faisant profession de connaître ses desseins ? Obéissons plutôt à l’injonction d’Ephésiens 4 :1–3 : « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité, vous efforçant de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ».

Dans ses éléments essentiels et permanents, le baptême est identique dans tous les cas et pour tout le temps de l’Eglise. Voici ce qu’en dit Mc Conkey : « le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit est descendu pour former l’Eglise, le corps mystique de Christ. En ce grand jour, le Christ baptisa l’Eglise du Saint-Esprit. En conséquence, puisque chacun de nous devient, par la foi, un membre de ce corps, nous sommes baptisés du même Esprit qui habite dans ce corps ; nous recevons le don du Saint-Esprit. »

Il faut toujours distinguer entre les éléments extrinsèques du baptême de l’Esprit et ses éléments intrinsèques.

   Les phénomènes miraculeux, extraordinaires ou extérieurs (bruit, langues de feu, parler en langues, imposition des mains, prière) ont un caractère périphérique, occasionnel, passager et accessoire. Cela convenait à un temps de transition (entre le messianisme juif et le christianisme), d’inauguration (jour de la grâce), et d’établissement (l’Eglise). Il s’agit là « d’éléments d’accompagnement » et non d’éléments constitutifs et intrinsèques.

Pour Stott, les éléments intrinsèques comportent le sujet, les objets, l’agent et le but du baptême. C’est Christ qui baptise les croyants dans le Saint-Esprit pour faire d’eux les membres de Son corps.

   Celui qui nous baptise, en tant que tête du corps, a été oint de l’Esprit lors de Son baptême dans le Jourdain. C’est donc discutable de dire que Jésus a été baptisé de l’Esprit (Lire Esaïe 42 :1 ; 61 :1 ; Luc 3 :21–22 ; 4 :16–21 ; Jean 1 :29–34 ; 3 :34 ; 6 :27 ; Actes 10 :38 ; Hébreux 1 :9).

Je crois utile de préciser cela vu la confusion de certaines théories

  1. L’une de ces théories prétend qu’il y a un baptême d’ordre général, effectué par le Saint-Esprit, pour nous incorporer à l’Eglise et qu’il y a ensuite un baptême d’ordre particulier, effectué par Jésus-Christ, avec ou dans l’Esprit.
  2. Une autre théorie, qui renverse les termes de celle que nous venons de citer, attribue le premier baptême à Jésus-Christ et dit qu’en second lieu le Saint-Esprit nous baptise en Son propre nom !

   Cette dernière théorie méconnaît le fait que le Saint-Esprit glorifie le Christ, prend de ce qui est à Lui pour nous l’annoncer. Si le Fils plaide la cause des hommes auprès du Père, l’Esprit plaide la cause du Fils auprès des hommes, Son but étant d’attirer les âmes à Christ et de les convaincre du péché de ne pas croire en Celui qui « a porté nos péchés en Son corps sur le bois » ( Jean 16 :5–11).

   Toute saine doctrine du Saint-Esprit et toute expérience de Sa présence et de Son action doivent nécessairement nous attacher plus solidement au Chef et «nous faire parvenir à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en Celui qui est le Chef, Christ.

C’est en Lui, et grâce à tous les liens de Son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité (Ephésiens 4 :13–16).

10. Le baptême de l’Esprit reçu une fois pour toutes

Le baptême de l’Esprit est une bénédiction reçue une fois pour toutes ; elle est pleinement suffisante. Les Epîtres n’incitent pas les croyants « à rechercher quelque bénédiction entièrement nouvelle et distincte, mais nous rappellent ce que nous sommes déjà par la grâce de Dieu, et nous exhortent à vivre en conformité. »

   Citons, par exemple, Romains 6 :1–3 : « Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là !  Nous qui sommes morts au péché (le baptême de l’Esprit nous a établis dans cette position), comment vivrions-nous encore dans le péché ? (il s’agit ici de notre condition présente sur la terre, de notre conduite.) Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en Sa mort que nous avons été baptisés ?»

   En d’autres termes, l’Ecriture distingue toujours entre le fait « d’être en Christ » et celui de « demeurer en Christ » (cp. Jean 15 :1–11). C’est là que se situe la différence entre « être baptisé de l’Esprit » et « être rempli de l’Esprit ».

Ainsi le baptême de l’Esprit correspond à ce que nous sommes « en Christ » (position) et la plénitude de l’Esprit représente le fait de vivre (condition) en conformité avec ce que nous sommes.

Nous trouvons ces deux plans dans une série de passages : 1 Corinthiens 5 :7 ; Ephésiens 4 :17–24 ; 5 :8 ; Colossiens 3 :1–4, 12–13 ; 1 Pierre 1 :14–16, 22–23 ; 2 :1–3 ; 2 Pierre 1 :3–7. Je ne retiendrai que le premier :

Dans 1 Corinthiens 5 :7, l’apôtre appelle les Corinthiens à vivre ce qu’ils sont en Christ : « Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle (expérience progressive de la sanctification), puisque vous êtes sans levain (position en Christ), car Christ, notre Pâque, a été immolé ».

« Par la grâce de Dieu nous avons déjà été bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles en Christ (cp. Ephésiens 1 :3) ; et notre responsabilité consiste à nous approprier sans cesse et progressivement ce qui nous appartient déjà en Christ. Par notre union avec Christ, Dieu nous a tout donné, et, maintenant, nous ne devons rien attendre de nouveau si ce n’est la résurrection et la glorification de nos corps » (cp. Romains 8 :18–25).

Ainsi «la possibilité et la nécessité de la sainteté, – selon la première Epitre de Jean – ne dépendent pas de quelque « baptême » spécial de l’Esprit que nous aurions déjà eu ou que nous devrions encore expérimenter, mais de notre nouvelle naissance et de notre permanence en Christ. » (Cp. 1 Jean 2 :6, 28–29 ; 3 :6, 9–10 ; 5 :1–4, 18).

Pour prévenir toute illusion et prétention perfectionnistes, ajoutons encore que la preuve de notre appartenance à Christ ne consiste pas dans la disparition de tout péché, mais en la présence dans notre vie de nouveaux goûts, désirs et affections d’en haut qui sont plus forts que la chair, le péché et le monde. « Il faut qu’il croisse, et que je diminue » (Jean 3 :30).

La nouvelle naissance coïncide avec le baptême de l’Esprit et ne saurait en être séparée. Ce sont les deux aspects distincts d’une réalité unique. Bénissons Dieu de tout ce qu’il nous a accordé en Son Bien-aimé, et entonnons avec Paul ce cantique de louanges ;

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ! En Lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant Lui, nous ayant prédestinés dans Son amour à être Ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de Sa volonté, à la louange de la gloire de Sa grâce qu’il nous a accordée en Son Bien-aimé. En Lui nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de Sa grâce, que Dieu a répandue abondamment sur nous par toute espèce de sagesse et d’intelligence, nous faisant connaître le mystère de Sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en Lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. En Lui nous sommes aussi devenus héritiers… » (Ephésiens 1 :3–11).

III. La plénitude du Saint-Esprit

Préambule

   L’expression « plénitude du Saint-Esprit » ne se trouve pas dans l’Ecriture. Il y est question de croyants « remplis de l’Esprit », comme on peut le voir dans Actes 2 :4 ; 4 :8, 31 ; 9 :17 ; 13 :9.

   Le passage d’Ephésiens 5 :18 est le seul qui comporte une injonction : « Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit ». Si donc nous employons le mot « plénitude », n’oublions pas que les réceptacles de cette plénitude sont imparfaits.

Le mot plénitude implique une notion d’absolu qui ne convient, en fait, qu’à notre Seigneur Jésus-Christ – vrai Homme et vrai Dieu – « conçu du Saint-Esprit » (Matthieu 1 :20), puis « oint de l’Esprit » à l’entrée de Son ministère terrestre (cp. Luc 3 :21–22), qu’ll accomplit constamment « rempli de l’Esprit » (cp. Luc 4 :1, 14), sans l’ombre d’une défaillance, à la différence des hommes, même les plus spirituels, qui ne connaîtront vraiment la plénitude, au sens absolu, que dans l’état céleste, loin de toute présence et de toute possibilité de péché. Ici-bas nous sont accordées les « prémices », les « arrhes » de l’Esprit (cp. Romains 8 :23 ; 2 Corinthiens 1 :21–22 ; 5 :5). Qui, d’entre les humains, oserait en effet dire ce que « Celui qui n’a point connu le péché » affirme :

« … le prince du monde vient. Il n’a rien en Moi » (Jean 14 :30) et

« Celui qui m’a envoyé est avec Moi ; Il ne m’a pas laissé seul, parce que Je fais toujours ce qui Lui est agréable » (Jean 8 :29) ? Personne.

Mais, du Saint-Esprit et de Jésus-Christ, voici ce que Campbell Morgan peut écrire : « La carrière terrestre de Jésus offre l’exemple d’une vie humaine parfaite, perpétuellement inspirée du Saint-Esprit de Dieu et nourrie par Lui. Depuis la naissance, en passant par la croissance, les années de formation et le ministère, jusqu’à la mort, la résurrection et l’organisation de l’apostolat, l’ensemble apparaît comme une harmonie perpétuelle jamais en défaut, une harmonie créée par l’Esprit de Dieu dans l’instrument de choix d’un Etre humain parfait. »

La Bible décrit l’homme comme un vase (cp. 2 Corinthiens 4 :7 ; 2 Timothée 2 :21), un temple (cp. 1 Corinthiens 3 :16). Ce vase, ce temple peut contenir ce qui est bon et ce qui est mauvais, comme le temple de Jérusalem a « contenu » Jésus-Christ, mais aussi les changeurs et les vendeurs, qui n’avaient rien à y trafiquer.

Tout au contraire, le corps de Jésus-Christ, que lui-même présente comme un temple : « Détruisez ce temple, et en trois jours Je le relèverai » (Jean 2 :19), fut le temple « idéal » du Saint-Esprit sur cette terre, car la vie sans péché du second Adam, vie d’obéissance permanente, totale et parfaite, lui offrit des possibilités « idéales », illimitées. Tandis que dans la vie du meilleur chrétien tout ce qui peut gêner l’Esprit ne disparaîtra jamais complètement.

Exposé sur la plénitude de l’Esprit

   Quand Dieu fait un don à l’homme, ce don est parfait et complet. « Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation » (Jacques 1 :17). Toutefois n’oublions jamais que le réceptacle humain est imparfait et limité et que, tant que nous vivrons dans cette chair corruptible, quelque chose manquera toujours à ce que nous appelons « plénitude ». Dans la gloire seulement Dieu sera tout en tous (cp. 1 Corinthiens 15 :28).

   A l’idéalisme, au perfectionnisme, au pessimisme nous opposons le réalisme. Certes, Dieu remplit de Son Esprit les « vases de terre » que nous sommes, mais que sera-ce quand le Seigneur « transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de Sa gloire ?» (Philippiens 3 :21) La nature et la capacité du contenant auront changé. Les termes symboliques qu’emploie l’Ecriture pour parler de l’Esprit font penser à l’abondance, à la fraîcheur, à la puissance, à la permanence. Le don de Dieu à l’âme qui croit n’a pas de commune mesure avec ce que le monde peut donner et la manière dont il donne.

   Dieu a promis de répandre des eaux sur le sol altéré, et des ruisseaux sur la terre desséchée (cp. Esaïe 44 :1–4), d’ouvrir une source abondante de paix et de fidélité (Jérémie 33 :6), de nous donner une eau qui deviendra en nous une source d’eau jaillissant jusqu’en vie éternelle (cp. Jean 4 :13–14, de faire couler de notre sein des fleuves d’eau vive (cp. Jean 7 :38

« Oh ! si tu étais attentif à Mes commandements ! Ton bien-être serait comme un fleuve, et ton bonheur comme les flots de la mer » (Esaïe 48 :18).

« Si tu connaissais le don de Dieu et qui est Celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu Lui aurait toi-même demandé à boire, et Il t’aurait donné de l’eau vive » (Jean 4 :10).

1. L’œuvre de Christ et la plénitude

   La plénitude de l’Esprit est à considérer en relation avec la venue et l’œuvre de Jésus-Christ. Jésus-Christ est venu pour que Ses brebis aient la vie et qu’elles soient dans l’abondance (cp. Jean 10 :10).

L’œuvre parfaitement accomplie à la croix a ouvert une source de paix et de fidélité, les eaux vivifiantes ont pu couler et se répandre librement. Je vois un symbole de ce fait dans Jean 19 :33–34.

« S’étant approchés de Jésus, et Le voyant déjà mort, ils ne Lui brisèrent pas les jambes ; mais un des soldats Lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau ».

   Après avoir fait la purification de nos péchés, le Seigneur s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts et Il a demandé au Père de répandre l’Esprit promis, dont la venue en plénitude attestait la glorification de Jésus.

« Et Moi, Je prierai le Père, et Il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’ll demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité » (Jean 14 :16).

« Cependant Je vous dis la vérité : il vous est avantageux que Je m’en aille, car si Je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si Je m’en vais, Je vous l’enverrai » (Jean 16 :7).

« C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Elevé par la droite de Dieu, Il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis, et Il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez » (Actes 2 :32–33).

   Le but de l’Esprit en tant que plénipotentiaire divin consiste toujours à glorifier Christ, à L’annoncer, à Le représenter. Quand Jésus a parlé d’un autre Consolateur, Il a voulu marquer l’identité d’origine, de nature et d’action de son Esprit, tout comme si un autre « Lui-même » devait habiter le cœur de Ses disciples. Ce fait merveilleux apparaît principalement dans Jean 14 :15–20 ; 16 :12–15. Dans 1 Corinthiens 15 :45, l’apôtre parle du dernier Adam, qui est « devenu un Esprit vivifiant », et dans 2 Corinthiens 3 :17–18, après avoir déclaré : « Or, le Seigneur c’est l’Esprit », il affirme que nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, « comme par le Seigneur, l’Esprit ». L’eau coule du Rocher. Il faut donc s’approcher du Rocher pour recevoir l’abondance de cette eau.

Celui qui est privé de l’Esprit est dans une situation d’orphelin (cp. Jean 14 :18), tandis que celui qui croit en Jésus-Christ « a tout pleinement en Lui ». Cette plénitude est donc en Christ et elle se déverse, dans l’âme qui croit, par le Saint-Esprit (cp. Colossiens 2 :10 ; Romains 5 :5 ; 1 Jean 3 :24 ; 4 :13).

« Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5 :12). Par conséquent : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne Lui appartient pas » (Romains 8 :9).

Beaucoup d’enfants de Dieu, voulant ressentir les grâces divines, oublient que le juste vit par la foi, cette foi qui s’approprie continuellement et de plus en plus les bénédictions dont nous avons été bénis en Christ dans les lieux célestes.

Au lieu que leur foi se fortifie et acquière une nouvelle capacité (dans le sens de l’augmentation du volume d’un récipient), elle s’étiole, tandis que le psychisme s’exacerbe. C’est par la foi que nous avons eu accès à la grâce de la justification ; c’est par la foi que nous aurons accès à toute la plénitude du salut en Christ (sanctification et achèvement parfait). « Or, c’est par Lui (Le Père céleste) que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption, afin, comme il est écrit, que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur » (1 Corinthiens 1 :30–31).

Enfin, cette plénitude est destinée à tous ceux qui croient, elle n’est pas réservée à une sélection de croyants. « Et nous avons tous reçu de Sa plénitude, et grâce pour grâce » (Jean 1 :16).

 

 

 

 

 

2. Le chrétien et la plénitude

   La plénitude est l’état normal du chrétien. Jésus-Christ baptise le croyant et le remplit du Saint-Esprit dès sa conversion. Ce fut le cas de Saul de Tarse lors de sa « reddition » au Seigneur (cp. Actes 9 :17), et des païens d’Antioche de Pisidie lorsqu’ils se tournèrent vers Jésus-Christ après avoir entendu la parole du Seigneur (cp. Actes 13 :52).

  Dans l’Eglise primitive l’on savait reconnaître les hommes remplis de l’Esprit et on les estimait capables de s’acquitter d’une fonction, humble ou éminente. C’est ce que l’on voit dans le cas des diacres d’Actes 6 :3, 5 et dans celui de Barnabas à Antioche (cp. Actes 11 :24). Ici, d’ailleurs, la plénitude s’exprime davantage par un caractère spirituel et moral (fruit de l’Esprit), que par une manifestation de puissance dans le service, ou le témoignage, ou la souffrance, comme cela apparaît en Actes 4 :8 ; 7 :55 ; 13 :9.

3. Baptême du Saint-Esprit et plénitude

   Même si le baptême et la plénitude sont liés entre eux dans la pensée divine, et dans une expérience chrétienne normale, ils n’en sont pas moins distincts l’un de l’autre et il faut se garder de les confondre.

Tous les croyants sont baptisés de l’Esprit, mais tous ne sont pas nécessairement remplis de l’Esprit, bien que tous puissent l’être. L’expérience des Corinthiens le prouve. Paul s’adressait à eux comme à des hommes baptisés de l’Esprit (cp. 1 Corinthiens 12 :13), il leur reconnaissait beaucoup de dons (cp. 1 Corinthiens 1 :5–7), mais il ne pouvait pas leur parler comme à des hommes spirituels, car ils étaient pleins d’orgueil, d’esprit de clan, de tolérance à l’égard du péché plutôt que pleins d’Esprit-Saint. Paul les caractérise par les expressions : « hommes charnels, enfants en Christ » (cp. 1 Corinthiens 3 :1–3 ; 4 :18–21 ; 5 :1–8).

Le baptême de l’Esprit est définitif. Il ne peut ni se perdre, ni se répéter. La plénitude de l’Esprit doit être maintenue par la constance de la soumission à Dieu. En cas de perte elle peut être retrouvée.

L’Ecriture ne nous dit jamais : « Soyez baptisés de l’Esprit », mais : « Soyez remplis de l’Esprit » (Ephésiens 5 :18). Tout le contexte de ce passage (cp. Ephésiens 4 :25–5 :17) montre ce qui peut empêcher ou interrompre la plénitude : mensonge, colère, malhonnêteté, amertume, calomnie, animosité, dureté, impudicité, propos malséants, cupidité, idolâtrie.

A l’occasion d’une circonstance spéciale et précise, Dieu peut accorder une manifestation particulière de la plénitude, une sorte d’afflux de puissance, comme nous l’avons écrit précédemment.

Nous croyons qu’en Actes 4 :8 Pierre, rempli de l’Esprit depuis la Pentecôte, est au bénéfice d’un afflux de puissance spécial et passager pour affronter avec autorité le sanhédrin. Le même phénomène permet à Etienne de témoigner de la résurrection de Christ et de Sa glorification devant les Juifs déchaînés et lui confère la capacité d’endurer victorieusement le martyre (cp. Actes 7 :51–60). L’Esprit de gloire le subjugue.

Face au magicien Elymas, Paul, rempli du Saint-Esprit depuis sa conversion, reçoit une habilitation particulière pour dénoncer la puissance des ténèbres qui énergise l’adversaire de l’Evangile, et pour administrer le jugement temporel du Seigneur sur « ce fils du diable » (cp. Actes 13 :6–12). Nous pensons que le « renouvellement », de la plénitude va de pair avec un approfondissement de notre dépendance de Dieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4. Vie crucifiée et plénitude

   Le verset d’Ephésiens 5 :18 : « Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit » peut être aussi traduit : « Permettez que l’Esprit vous remplisse », ou « Laissez-Le vous remplir » ! L’Esprit remplit le croyant qui Lui laisse toute la place et Lui abandonne tous les domaines de sa vie.

   La vérité dont nous traitons ici est si simple que beaucoup de croyants n’y prêtent pas attention, occupés qu’ils sont à rechercher des choses extraordinaires, des signes, des émotions, des sensations. Quant au diable, il fera tout pour que les chrétiens s’épuisent et s’égarent dans la recherche d’expériences alléchantes et excitantes, pour qu’ils passent à côté de l’essentiel qui réside dans la connaissance toujours plus intime du Seigneur et l’union toujours plus étroite avec lui dans la vie d’obéissance et de dépendance. « Celui qui s’attache au Seigneur est avec Lui un seul esprit » (1 Corinthiens 6 :17). C’est à dessein que le chapitre Jean 15, traitant du cep et des sarments, est encadré par deux chapitres (Jean 14 ; 16) annonçant la venue du Consolateur, le Saint-Esprit, sève divine passant du Cep dans les sarments.

Paul, l’ancien persécuteur des croyants, exprimait ainsi son expérience d’une vie pleine de Christ, donc pleine de l’Esprit : « J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2 :20). Il est impossible d’être à la fois plein de soi-même et plein de l’Esprit. Ceux qui veulent faire l’économie de la croix ne doivent pas s’attendre à recevoir la plénitude. Ils la demandent en vain. Dès qu’ils seront d’accord de « perdre leur vie » ils seront envahis par celle de Christ. « Quand un pécheur se convertit, l’Esprit entre en lui ; quand il renonce à lui-même, l’Esprit, déjà rentré, prend possession de son être.»

Le fait de nous désaltérer sans cesse à la source – et la continuité de notre soumission à l’Esprit qui assurent la continuité de la plénitude. « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive… » (Jean 7 :37). « Celui qui a Mes commandements et qui les garde… Je me ferai connaître à lui. » (Jean 14 :21). Qu’est-ce à dire ? « Puisque la manifestation de l’Esprit est pour celui qui fait la volonté de Dieu, la manifestation permanente de l’Esprit est seulement pour celui qui fait continuellement la volonté de Dieu. »

Ici se montrent de nouveau le rôle de la responsabilité du croyant et l’importance de son attitude de foi dans la conservation de la plénitude, qui, répétons-le, même si elle représente l’état normal du chrétien, n’est pas en soi statique, mais susceptible d’une progression. Hélas, on la prend trop souvent pour un point d’arrivée. Or, c’est précisément quand on se croit arrivé au sommet de la vie spirituelle qu’on perd la plénitude. La perfection, ne l’oublions pas, n’appartient qu’à l’état céleste (cp. Philippiens 3 :12–14 et Apocalypse 3 :17–18). Ici-bas, notre expérience chrétienne sera toujours soumise à la loi de croissance, car il ne cessera d’y avoir une marge pour le progrès.

5. Croissance de la plénitude

   Nous croyons que les versets d’Ephésiens 3 :14–19 portent sur la croissance de la plénitude.

«A cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, duquel tire son nom toute famille dans les cieux et sur la terre, afin qu’ll vous donne, selon la richesse de Sa gloire, d’être puissamment fortifiés par Son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu».

Sans nul doute, les derniers mots de ce texte : « en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu », font état d’une croissance ou d’un élargissement de la plénitude, du passage d’un stade à un autre. Cette croissance de la plénitude dépend étroitement du développement de l’intelligence spirituelle, comme cela ressort de l’emploi des verbes « comprendre » et « connaître » dans le contexte immédiat (cp. Ephésiens 3 :18–19). D’ailleurs, ce développement de l’intelligence spirituelle est déjà dans la pensée de l’apôtre à Ephésiens 1 :17–19, et il y revient dans Philippiens 1 :9–11 et Colossiens 1 :9–11.

En résumé, l’on peut donc dire qu’à chaque âge spirituel correspond une certaine plénitude, selon le degré ou la capacité de compréhension propre à cet âge. Plus la compréhension s’élargit ou croît, plus la plénitude croît.

Pour illustrer cette vérité, comparons la capacité respiratoire d’un bébé ou d’un adulte, tous deux ont les poumons remplis d’air. Toutefois, les poumons de l’adulte possèdent une capacité qui dépasse de loin celle des poumons de l’enfant.

Notre foi est appelée à croître parallèlement à notre compréhension spirituelle, afin que nous fassions nôtre, au fur et à mesure, ce qui nous est révélé.

« Par l’esprit, organe du divin, qui n’a de vitalité que dans une union organique et croissante avec le Saint-Esprit, l’homme peut en venir à être rempli de toute plénitude de Dieu ; un vase rempli, qui s’agrandit à mesure qu’il se remplit et se remplit à mesure qu’il s’agrandit. »

« En même temps cette présence de l’Esprit est permanente dans son principe, elle est graduelle et progressive dans ses effets. On peut la comparer au soleil ; Le soleil s’est levé ; de ses rayons il a inondé le monde intime de l’âme convertie, mais il n’est pas encore au zénith. Ce qui est doit être toujours plus ; le chrétien a à devenir en fait ce qu’il est déjà en principe ; saint en Christ il est appelé à devenir saint, enfant de lumière, à marcher dans la lumière, revêtu de Christ, à revêtir Ses dispositions ; mort, à faire mourir. Le don du Saint-Esprit est un dépôt qu’il faut garder et faire valoir ; c’est la mine qu’il faut exploiter ; c’est l’arbre, c’est le sarment, plutôt, qui, dans son union croissante avec le cep, portera du fruit, plus de fruit, beaucoup de fruit, et du fruit permanent. »

6. Perte et récupération de la plénitude

   Le cas des Corinthiens, dominés par la chair et non par l’Esprit, est un triste exemple de la perte de cette plénitude (ou de l’obstacle à sa manifestation). Les dons spirituels, si précieux soient-ils, ne sont pas en eux-mêmes un signe de plénitude.

   Suggérer, pour expliquer l’absence de plénitude, que Dieu nous impose une attente est faux. Nous avons déjà battu en brèche cet argument en montrant que l’attente ne se justifiait qu’avant la Pentecôte. Il serait plus honnête de reconnaître que nous faisons attendre Dieu, que ce délai nous est imputable, qu’il provient de notre négligence, de notre désobéissance, de nos doutes, de notre prétention.

   L’eau est là, mais les puits sont remplis de poussière, comme au temps d’Isaac (lire Genèse 26 :18–19, 32). L’huile est intarissable, mais ce sont les récipients qui font défaut, comme chez cette veuve, protégée d’Elisée (cp. 2 Rois 4 :1–7). Faisons l’application spirituelle du verset 2 Rois 4 :6 qui comporte une leçon très profonde, surtout si l’on se reporte à l’ordre du prophète de ne pas demander des vases vides en petit nombre : « Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils : Présente-moi encore un vase. Mais il lui répondit : Il n’y a plus de vase. Et l’huile s’arrêta. »

Tout ce qui attriste l’Esprit l’empêche de nous envahir et de se manifester dans Sa plénitude. Le péché attriste l’Esprit (cp. Ephésiens 4 :30), l’état de péché L’éteint (cp. 1 Thessaloniciens 5 :14–22). La consécration à Dieu, la séparation d’avec le mal, l’attitude de foi sont les conditions de la plénitude de l’Esprit (cp. Romains 12 :1–2; 2 Corinthiens 6:14–7:1; Jean 7:38).

La plénitude peut être retrouvée par la confession et l’abandon de ce qui nous l’a fait perdre… Celui qui cache ses transgressions ne prospère point » (Proverbes 28 :13). « Si nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1 :9).

   Certains chrétiens, mal instruits, ne savent pas qu’ils ont eu part à la plénitude et qu’ils l’ont perdue. Aussi, lorsqu’ils la retrouvent, parient-ils d’une seconde bénédiction, comme s’il s’agissait d’une nouvelle effusion de l’Esprit, alors qu’en réalité un renouveau d’obéissance de leur part a « libéré » la puissance de cet Esprit. Beaucoup de chrétiens appellent baptême de l’Esprit le recouvrement de la plénitude ou l’une de ses manifestations spéciales. Il en résulte une confusion qui se perpétue dans le mouvement pentecôtiste et charismatique. « Ainsi donc, quand on presse les croyants de recevoir le baptême de l’Esprit, nous sommes d’accord si l’on veut, mais avec l’arrière-pensée qu’il s’agit d’une plénitude de l’Esprit qui n’est encore ni connue, ni possédée, bien qu’elle soit notre apanage d’enfants de Dieu. L’expression employée n’est pas heureuse, car à notre connaissance, elle n’est jamais employée en ce sens dans l’Ecriture et elle induit les hommes en erreur, en leur faisant attacher à une certaine phrase une signification différente de celle que Dieu lui donne. »

7. Signes de la plénitude

   Disons d’emblée que ces signes n’ont rien de sensationnel. En fait, la recherche du sensationnel égare les croyants, les maintient dans l’état d’enfance, les soumet aux manifestations psychiques et parfois aux démons, en un mot les prive de la plénitude. Il nous faut reconnaître qu’une majorité de croyants se contentent de ce qui nourrit le psychisme mais laisse l’homme intérieur dans une grande pauvreté. L’indigence spirituelle est camouflée par un déploiement d’énergie, de ressources et de méthodes humaines. Le prophète a dit, en parlant du secours de l’Egypte : « J’appelle cela du bruit qui n’aboutit à rien » (Esaïe 30 :7). Force-nous est de constater que l’Eglise infidèle emprunte beaucoup au monde parce qu’elle ne vit plus du Seigneur, ni de Sa Parole.

La croissance régulière et harmonieuse de la vie chrétienne est le premier signe de la plénitude de l’Esprit. Le croyant est fondé et enraciné en Christ, affermi par la foi, une foi qui se nourrit des Ecritures (cp. Colossiens 2 :6–7).

   Comme cela diffère d’une « marche » par la vue, par les sentiments, vouée à sombrer dans le subjectivisme ! L’homme rempli de l’Esprit ne cherche pas à « sentir », il croit seulement. Et, parce qu’il croit, il croît ! Là où la Parole, qui est esprit et vie, « habite abondamment », l’Esprit habite aussi abondamment.

La manifestation du fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bénignité, fidélité, douceur, tempérance (cp. Galates 5 :22), ce qui est d’ordre spirituel et moral (et non miraculeux), ce qui constitue l’essence du caractère chrétien, voilà le deuxième signe de la plénitude. Le chrétien rempli de l’Esprit possède la maîtrise de tout son être, la victoire sur le péché.

   Cet aspect et cette marque de la vraie spiritualité ne sont-ils pas négligés au sein d’une chrétienté qui repousse la croix, ou la déforme, préférant l’activisme et ce qui flatte l’orgueil à la vie crucifiée ? Sans Paul les Corinthiens « avaient commencé à régner », de la mauvaise manière, en intronisant le « vieil homme » (cp. 1 Corinthiens 4 :8–20). Quant à l’apôtre, il portait toujours avec lui dans son corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans son corps (cp. 2 Corinthiens 4 :7–12).

   L’esprit de louange envers Dieu et l’attitude ouverte, humble et soumise envers les frères, assurant des relations loyales, justes et harmonieuses au sein du corps de Christ, accompagnent tout naturellement le fruit de l’Esprit et constituent le troisième signe de la plénitude. Paul fait sans doute allusion à cela dans Ephésiens 5 :18–21. En revanche, « le zèle amer et l’esprit de dispute », l’attitude fermée, méfiante et intolérante, l’absolutisme sont la négation même de la plénitude, ainsi que l’hypocrisie, la faiblesse, la déloyauté et la lâcheté. Grâce et vérité sont certainement les dominantes de la vie d’un chrétien rempli de l’Esprit de grâce et de vérité.

   En dernier lieu la plénitude se manifeste par la puissance dans le service, la constance et la patience dans l’épreuve, la persévérance inébranlable. La puissance n’est jamais accordée pour la satisfaction du croyant mais pour la gloire de Dieu et l’efficacité du service.

   En annonçant la venue de l’Esprit, le Seigneur a dit : « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez Mes témoins » (Actes 1 :8). La puissance n’est pas une fin en soi et c’est ce que Paul montre dans Romains 1 :17–19 : « J’ai donc sujet de me glorifier en Jésus-Christ, pour ce qui regarde les choses de Dieu. Car je n’oserais mentionner aucune chose que Christ n’ait pas faite par moi pour amener les païens à l’obéissance, par la parole et par les actes, par la puissance des miracles et des prodiges, par la puissance de l’Esprit de Dieu, en sorte que, depuis Jérusalem et les pays voisins jusqu’en lllyrie, j’ai abondamment répandu l’Evangile de Christ ».

Il nous faut donc toujours bien examiner ce qui motive la recherche de la puissance.

   L’acceptation de la souffrance, de « l’écharde dans la chair », la constance et la patience dans l’épreuve sont des faits tout aussi glorieux et éloquents que des manifestations de puissance miraculeuse. Timothée a suivi de près l’enseignement de l’apôtre Paul, mais aussi sa conduite, ses résolutions, sa foi, sa douceur, sa charité, sa constance, ses persécutions, ses souffrances (cp. 2 Timothée 3 :10–11). Il est une puissance qui «se perfectionne dans la faiblesse » et une faiblesse que l’on accepte à cause de la grâce qui suffit.

   Si c’est par cette voie-là que Dieu veut nous faire passer afin que la puissance de Christ repose sur nous et que Sa gloire apparaisse, n’adoptons pas une attitude de résignation mais estimons-nous heureux. Le monde et les chrétiens en seront plus impressionnés que par tous les dons spirituels, qui risqueraient de faire de nous une vedette.

   En définitive, c’est l’identification volontaire à Christ dans Son opprobre, Sa mort, Son ensevelissement et Sa résurrection qui constitue à travers tous les siècles la marque par excellence de l’authentique vie chrétienne. N’ayons pas d’autre ambition que d’être une même plante avec Lui, et notre pèlerinage dans ce monde atteindra son but ultime. Ne pourrait-on pas dire que si la vie crucifiée est une condition de la plénitude, elle en est aussi l’expression ?

«Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, et d’être trouvé en Lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi, afin de connaître Christ, et la puissance de Sa résurrection, et la communion de Ses souffrances, en devenant conforme à Lui dans Sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts.

Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ. Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ » (Philippiens 3 :8–14).

Bibliographie

The Baptism and Fullness ofthe Holy Spirit, J.R.W. Stott, Inter-Varsity Press, éd. 1964

Le triple secret du Saint-Esprit, J.H. Mc Conkey, Editions Le Bon Livre, éd. 1962

L’Esprit de Dieu, G. Campbell Morgan, Croisade du Livre Chrétien, éd. 1957

Le Saint-Esprit, G. Tophel, Editions des Groupes Missionnaires, éd. 1965[1]

 

[1] Dubois, J.-J. (2016). Baptême et plénitude du Saint-Esprit (p. 3‑49). La Maison de la Bible.

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