DIALOGUE ENTRE UN SCEPTIQUE CURIEUX ET UN CHRETIEN EVANGELIQUE

Table des matières

DIALOGUE ENTRE UN SCEPTIQUE CURIEUX ET UN CHRETIEN EVANGELIQUE. 1

Liste de versets concernant le salut par grâce. 3

A propos de l’espérance au temps de l’Ancien Testament. 5

Une vision d'éternité commune à tous les peuples anciens. 6

De l’espérance terrestre à l’espérance céleste. 7

Tout d’abord, une espérance à courte vue. 7

Remise en cause de la théologie de la rétribution. 8

L'espérance collective, une perspective nouvelle pour Israël 8

En route vers l'espérance céleste. 10

La grâce au temps de l’Ancien Testament. 12

(Dieu a donné à chaque être humain une conscience Romains 2 : 15). 14

1 – Introduction. 14

Les Néandertaliens que connaissons nous d’eux ?. 28

Réponse concernant l’âme du Néandertalien. 38

Corps, âme, esprit, de quoi sommes-nous faits ?. 38

Platon et les transhumanistes, même combat ?. 38

Lexique. 39

Qu’est-ce qui donne la vie au corps ? "L'âme" !. 39

Dans l’univers biblique. 40

L'Homme, la synthèse de trois entités : le corps, l'âme, l'esprit. 41

Pour Descartes, il y a d’un côté la "chose pensante", de l’autre, la "chose étendue. 43

Corps et âmes, entités mouvantes. 44

Informations concernant le dialogue :

Le sceptique curieux est désigné par SC, le chrétien évangélique par CE

SC – Je souhaiterais aborder avec toi la question de la nouvelle naissance. (Jean 3 : 1-21) [Sceptique : personne qui a tendance à mettre en doute les croyances et vérités couramment admises]

CE – Bien volontiers ! (Chrétien évangélique : personne croyant en Jésus-Christ, comme fils unique de Dieu)

SC – La doctrine des évangéliques veut que l’homme ne puisse accéder au Paradis (à la vie éternelle) que s’il est né de nouveau. Que cela signifie-t-il ? :

CE – La nouvelle naissance, que nous appelons aussi conversion (réception du Saint Esprit), se réalise en trois étapes :

     1 – En premier lieu, l’homme doit se reconnaître pécheur (comprendre son incapacité à prendre les bonnes décisions pour sa vie) et, de ce fait, savoir qu’il est destiné, après sa mort, à passer l’éternité en enfer. (Éloigné de Dieu pour l’éternité)

     2 – Il lui faut ensuite déplorer cet état de péché et s’en repentir profondément.

(Une fois que l’homme a pris conscience de ses mauvaises actions et désirs, il décide de modifier celles-ci)

     3 – Enfin, il doit croire que Jésus est mort pour le racheter et accepter le salut que ce sacrifice divin lui confère (Ayant appris par les écritures Bibliques que Dieu accepte de lui pardonner sa vie antérieure, il lui faut accepter de croire que le créateur a permis que Jésus-Christ se soit offert en victime expiatoire pour chaque manquement à sa vie passée, mais aussi pour d’autres fautes non encore commises). Ses péchés sont alors pardonnés et sa nature pécheresse est régénérée. Il vient de naître de nouveau, assuré de gagner le Ciel après son parcours terrestre. Ce processus, qui seul permet au sujet de se définir chrétien, est suivi naturellement d’une « nouveauté de vie » (Rom. VI, 4-5), accompagnée d’un baptême par immersion qui symbolise le passage des ténèbres à la lumière, d’une vie de péché à la recherche quotidienne d’une sanctification de son comportement. La non-recherche permanente de cette sanctification peut tout remettre en cause car, sans elle, « Nul ne verra le Seigneur » (Hébr. XII, 14). (Cependant et n’en déplaisent aux légalistes et à ceux qui se prennent pour des docteurs en matière de foi, il nous faut nous rappeler que le salut est accordé par grâce et non par des efforts humains).

Liste de versets concernant le salut par grâce

 Romains 5 :6-8

Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. A peine mourrait-on pour un juste ; quelqu'un peut-être mourrait il pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. Romains 9 :14-16

Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Loin de là ! Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion. Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.

Éphésiens 1 :7

En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce,

1 Timothée 1 :15-16

C'est une parole certaine et entièrement digne d'être reçue, que Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Mais j'ai obtenu miséricorde, afin que Jésus Christ fît voir en moi le premier toute sa longanimité, pour que je servisse d'exemple à ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

Exode 33 :19

Concept des Versets 

L'Éternel répondit : Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je proclamerai devant toi le nom de l’Éternel ; je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde.

Actes 4 :12

Concept des Versets 

Il n'y a de salut en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés.

Actes 20 :24

Concept des Versets 

Mais je ne fais pour moi-même aucun cas de ma vie, comme si elle m'était précieuse, pourvu que j'accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, d'annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.

Romains 5 :15-17

Mais il n'en est pas du don gratuit comme de l’offense ; car, si par l'offense d'un seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d'un seul homme, Jésus Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. Et il n'en est pas du don comme de ce qui est arrivé par un seul qui a péché ; car c'est après une seule offense que le jugement est devenu condamnation, tandis que le don gratuit devient justification après plusieurs offenses. Si par l'offense d'un seul la mort a régné par lui seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront-ils dans la vie par Jésus Christ lui seul.

2 Corinthiens 6 :2

Concept des Versets 

Car il dit : Au temps favorable je t'ai exaucé, Au jour du salut je t'ai secouru. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.

Colossiens 1 :13-14

Qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.

2 Thessaloniciens 2 :16

Concept des Versets 

Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père, qui nous a aimés, et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle et une bonne espérance,

Tite 2 :11

Concept des Versets 

Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée.

Hébreux 7 :23-25

De plus, il y a eu des sacrificateurs en grand nombre, parce que la mort les empêchait d'être permanents. Mais lui, parce qu'il demeure éternellement, possède un sacerdoce qui n'est pas transmissible. C'est aussi pour cela qu'il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur.

Apocalypse 7 :10

Et ils criaient d'une voix forte, en disant : Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'agneau.

Tite 3 :4-7

Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés, non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit, qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur.

Luc 18 :9-14

Il dit encore cette parabole, en vue de certaines personnes se persuadant qu'elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; lire plus.

Romains 11 :5-6

De même aussi dans le temps présent il y un reste, selon l'élection de la grâce. Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par les oeuvres ; autrement la grâce n'est plus une grâce. Et si c'est par les oeuvres, ce n'est plus une grâce ; autrement l'oeuvre n'est plus une oeuvre.

Galates 5 :4

Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce.

Romains 5 :20-21

Or, la loi est intervenue pour que l'offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé, afin que, comme le péché a régné par la mort, ainsi la grâce régnât par la justice pour la vie éternelle, par Jésus Christ notre Seigneur.

Romains 6 :14

Car le péché n'aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce.

Romains 8 :1-4

Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. En effet, la loi de l'esprit de vie en Jésus Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. Car-chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, -Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché.

Galates 2 :21

Je ne rejette pas la grâce de Dieu ; car si la justice s'obtient par la loi, Christ est donc mort en vain.

Galates 3 :17-18

Voici ce que j’entends : une disposition, que Dieu a confirmée antérieurement, ne peut pas être annulée, et ainsi la promesse rendue vaine, par la loi survenue quatre cents trente ans plus tard. Car si l'héritage venait de la loi, il ne viendrait plus de la promesse ; or, c'est par la promesse que Dieu a fait à Abraham ce don de sa grâce.

1 Timothée 1 :9

Sachant bien que la loi n'est pas faite pour le juste, mais pour les méchants et les rebelles, les impies et les pécheurs, les irréligieux et les profanes, les parricides, les meurtriers,

Éphésiens 2 :4-9

Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c'est par grâce que vous êtes sauvés) ; il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ.

Actes 15 :7-11

Une grande discussion s'étant engagée, Pierre se leva, et leur dit : Hommes frères, vous savez que dès longtemps Dieu a fait un choix parmi vous, afin que, par ma bouche, les païens entendissent la parole de l'Évangile et qu'ils crussent. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, en leur donnant le Saint Esprit comme à nous ; il n'a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi.

Actes 16 :30-31

Il les fit sortir, et dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Paul et Silas répondirent : Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille.

Romains 3 :21-24

Mais maintenant, sans la loi est manifestée la justice de Dieu, à laquelle rendent témoignage la loi et les prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous ceux qui croient. Il n'y a point de distinction. Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

Romains 4 :14-16

Car, si les héritiers le sont par la loi, la foi est vaine, et la promesse est anéantie, parce que la loi produit la colère, et que là où il n'y a point de loi il n'y a point non plus de transgression. C'est pourquoi les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d'Abraham, notre père à tous, selon qu'il est écrit :

Romains 5 :1-2

Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, à qui nous devons d'avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu.

Hébreux 4 :16

Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins.

SC – Je comprends bien mais je te demande comment aurait pu vivre cette nouvelle naissance, et être ainsi sauvé, l’individu qui est mort avant le sacrifice du Calvaire, l’acceptation de cette troisième condition semblant occuper une place capitale dans l’affaire.

CE – Dieu a son plan pour chacune de ses créatures. Nous ne sommes pas tenus de savoir. (Toutefois l’écriture parle à plusieurs endroits de ceux qui ont espéré voir le Messie et qui même l’ont vu).

A propos de l’espérance au temps de l’Ancien Testament

 

 Au regard de l’espérance lumineuse qui fait courir les chrétiens aujourd’hui, celle des hommes de l’Ancien Testament paraît bien terne ! On peut en effet être surpris que l’auteur du livre de l’Ecclésiaste – qui se présente comme un sage sous les traits du roi Salomon – reconnaisse avec lucidité et grande vénération que Dieu a « implanté au tréfonds de l’être humain le sens de l’éternité » (Ecclésiaste 3.11, La Bible du Semeur) … avant de confesser finalement l’aspect décevant de la vie humaine qui s’achève par la vieillesse et la mort (Ecclésiaste 12.1-7, 3.19-20) !

Paradoxalement, tandis que depuis longtemps les adeptes de certaines religions polythéistes de l’ancien Orient croient fermement à la résurrection et à une vie future, les enfants d'Israël, eux, s’ouvrent en dernier à cette croyance… et semblent voués inexorablement à la désespérance quant à l’au-delà ! Ce n’est en fait que tardivement (vers le VIe siècle av. J.-C.) qu’ils découvrent – ou redécouvrent (2) – progressivement l’idée d’éternité. Un comble pour le peuple qui deviendra celui de l’espérance ! Attardons-nous un instant sur ces questions.

Une vision d'éternité commune à tous les peuples anciens

La croyance en une « survie de l’individu » après la mort semble remonter aux origines de l’espèce humaine et de tout temps, dans toutes les civilisations, ce qui peut paraître étonnant, une grande majorité s’est ralliée à l’idée que l’homme est immortel par nature.

« Ce qui est commun aux religions [écrit le scientifique et ancien ministre Claude Allègre], c’est qu’elles ont toutes développé le concept de dieu, de transcendance et d’au-delà, faisant toutes espérer aux meilleurs l’immortalité »

Plus de 2000 ans av. J.-C., l’Egypte pharaonique est certainement l’une des premières civilisations à s’édifier dans la perspective de l’éternité. Les Egyptiens en effet, tout en reconnaissant la brièveté du temps terrestre, croient en une autre forme d’existence. Osiris, mort et ressuscité, devenu dieu de l’au-delà, leur apporte l’assurance d’une survie éternelle.

Environ 13 siècles plus tard, sur la base d'une espérance similaire, le philosophe persan Zoroastre (fondateur du zoroastrisme, ancienne religion de la Perse) promet à ses disciples l’avènement d'un sauveur suprême, Saoshyant, qui présidera à la résurrection et à l’émergence d'une vie éternelle après la mort. Notons que le zoroastrisme, religion dualiste fondée sur la lutte permanente entre un Dieu bon (Ahura Mazda) et un démon (Ahriman) enseigne aussi le libre arbitre, le jugement final, l’enfer, le paradis et la victoire finale du bien sur le mal. Ce qui représente, soit dit en passant, une sorte de préfiguration du christianisme… en tout cas, une incontestable révolution religieuse au début du VIIe siècle av. J.-C. !

Curieusement donc, en ce qui concerne cette idée de survie post mortem, les Hébreux restent imperméables à toute influence, égyptienne notamment. Face à la vision d'éternité commune à beaucoup de religions antiques, ils ne se lassent pas de nourrir une vague espérance dont ils semblent se satisfaire, mais qui toutefois se précise graduellement au cours des siècles.

De l’espérance terrestre à l’espérance céleste

Ce n’est en effet qu’à l’époque – VIe siècle av. J.-C. – de la rédaction du livre de Daniel (4) que le peuple juif, arrive enfin à croire peu à peu en la résurrection et en une vie après la mort. Durant de très nombreux siècles, étonnamment celui-ci se contente d’une espérance terrestre sans vision d’éternité (5), ou tout au plus d’une espérance en une survie nationale.

Tout d’abord, une espérance à courte vue

Ainsi, pendant longtemps, c’est le modèle de la rétribution – strictement terrestre – qui dicte la pensée des enfants d'Israël. Ceux-ci croient que Dieu « rétribue » ici-bas les hommes selon leurs actes, autrement dit que les justes sont récompensés par une longue vie tranquille et prospère tandis que les pécheurs sont condamnés à une vie malheureuse, courte et sans descendance… en attendant avec frayeur – justes comme pécheurs, d’ailleurs – le sort qui les attend, le shéol, où tous resteront abandonnés à jamais.

Mentionnons à cet égard quelques textes bibliques attestant cette espérance à courte vue : « Les jours de nos années s’élèvent à soixante-dix ans, et pour les plus robustes, à quatre-vingts ans. […] Enseigne-nous à bien compter nos jours, […] Rassasie-nous chaque matin de ta bonté, et nous serons toute notre vie dans la joie et l’allégresse. Réjouis-nous autant de jours que tu nous as humiliés, autant d’années que nous avons vu le malheur » (Psaume 90.10-15) ; « Donne-nous encore des jours comme ceux d'autrefois ! » (Lamentations 5.21) ; « Soutiens-moi pour que je vive, tu l’as promis, ne déçois pas mon espérance » (Psaume 119.116, BFC) ; « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie, et j’habiterai dans la maison de l’Eternel jusqu’à la fin de mes jours » (Psaume 23.6).

Comme il se dégage de nombreux passages de l’Ancien Testament, Dieu – dans un premier temps – répond à ses enfants sans leur proposer davantage : « Je te sauverai, et tu ne tomberas pas sous l'épée, ta vie sera ton butin, parce que tu as eu confiance en moi, dit l’Eternel » (Jérémie 39.18) ; « Celui qui m’écoute […] vivra tranquille et sans craindre aucun mal » (Proverbes 1.33) ; « Il m'invoquera, et je lui répondrai, je serai avec lui dans la détresse. Je le délivrerai et je le glorifierai. Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai voir mon salut » (Psaume 91.15-16) ; « N’oublie pas mes enseignements, […] car ils prolongeront les jours et les années de ta vie, et ils augmenteront ta paix » (Proverbes 3.1-2) ; « Ils [les justes] ne sont pas confondus au temps du malheur, et ils sont rassasiés aux jours de la famine » (Psaume 37.19) ; « Ceux qui espèrent en l’Eternel posséderont le pays » (Psaume 37.9) ; « Aimez le Seigneur votre Dieu, obéissez-lui, restez-lui fidèlement attachés, c’est ainsi que vous pourrez vivre et passer de nombreuses années dans le pays que le Seigneur a promis de donner à vos ancêtres Abraham, Isaac et Jacob » (Deutéronome 30.20, BFC)… Pour ne citer que ces versets !

Remise en cause de la théologie de la rétribution

 

Bien que la croyance en la rétribution soit historiquement ancrée dans la réalité quotidienne du peuple d’Israël, certains en voyant « le bonheur des méchants » (Psaume 73.3) – ou en quelque sorte, l’inversion de cette théorie de la rétribution – ont du mal à comprendre la justice de Dieu et se mettent à réfléchir. C’est le cas du roi David (Psaume 37) et du psalmiste Asaph (Psaume 73).

Job, héros des temps anciens, fait aussi partie de ceux qui osent remettre en cause la croyance classique (Job 12.13-25). « Contre cette corrélation rigoureuse [la liaison entre la souffrance et le péché personnel], Job s’élève avec toute la force de son innocence. Il ne nie pas les rétributions terrestres, il les attend, et Dieu les lui accordera finalement […] Mais c’est pour lui un scandale qu’elles lui soient refusées présentement et il cherche en vain le sens de son épreuve. Il lutte désespérément pour retrouver Dieu qui se dérobe et qu’il persiste à croire bon »

Dans l’un de ses « grands textes », il arrive finalement à la conclusion que le bien et le mal ont leur sanction outre-tombe plutôt qu’ici-bas, une avancée théologique considérable ! C’est ainsi qu’au-delà de l’espoir d’être délivré de ses maux en ce monde, il ose affirmer – certes, de façon imprécise, la traduction de ce passage reste difficile – son espérance en la résurrection : « Pour ma part, je sais que celui qui me rachète est vivant et qu'il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma peau aura été détruite, en personne je contemplerai Dieu. C’est lui que je contemplerai, et il me sera favorable. Mes yeux le verront, et non ceux d'un autre » (Job 19.25-27).

L'espérance collective, une perspective nouvelle pour Israël

Pour d’autres hommes de l’Ancien Testament également confrontés à l’injustice, l’espérance individuelle se mue alors en espérance collective. Si la réussite des méchants offre un spectacle révoltant, « le Seigneur s’intéresse à la vie de ceux qui sont irréprochables, le pays dont ils sont les héritiers leur est acquis pour toujours » (Psaume 37.18, BFC). Au VIIIe siècle av. J.-C., le prophète Esaïe à même l’intuition que son peuple « ressuscitera » : « Mon peuple, tes morts reprendront vie, alors les cadavres des miens ressusciteront ! Ceux qui sont couchés en terre se réveilleront et crieront de joie » (Esaïe 26.19, BFC). Vers la même époque, Osée, un autre porte-parole de Dieu, invite Israël à se repentir et évoque l’espérance d’une rénovation nationale : « Venez, retournons à l’Eternel ! Car il a déchiré, mais il nous guérira. Il a frappé, mais il bandera nos plaies. Il nous rendra la vie […] il nous relèvera, et nous vivrons devant lui » (Osée 6.1-2).

Mais c’est en réalité la grande épreuve de la déportation à Babylone qui amène les Juifs à s’interroger sur la « juste rétribution » de Dieu. En cette période particulièrement troublée, le prophète Jérémie (né vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C.), toujours soucieux du bien de ses compatriotes, se demande pourquoi ceux-ci lui manifestent tant de haine : « Seigneur, tu es trop juste pour que je m’en prenne à toi. Pourtant, j’aimerais discuter de justice avec toi. Pourquoi le chemin des méchants les mène-t-il au succès ? Et ceux qui te sont infidèles, pourquoi vivent-ils tranquilles ? » (Jérémie 12.1, BFC).

« Au-delà de la ruine qu’il voit approcher pour le peuple infidèle, il [Jérémie] entrevoit une sorte de résurrection dans le cadre d’une nouvelle alliance avec Dieu [le retour des survivants d’Israël et la reconstruction de Jérusalem, chapitre 31 de son livre]. Il témoigne alors de sa confiance en la victoire de Dieu par un surprenant geste d’espoir [l’acquisition d’un champ, acte symbolique, chapitre 32] (8). »

Après le châtiment, il y aura donc un rétablissement, un avenir pour le peuple de Dieu… de quoi raviver l'espérance : « Je rétablirai le peuple de Juda et le peuple d’Israël, et je les rétablirai dans leur ancienne situation » (Jérémie 33.7, BFC). « Je multiplierai les descendants de mon serviteur David […] ils seront aussi nombreux que les étoiles qu’on ne peut compter dans le ciel » (Jérémie 33.22, BFC).

Quant à Ezéchiel – contemporain comme Jérémie de la chute de Jérusalem (587 av. J.-C.) –, il est l’un des rares prophètes de l’Ancien Testament à proclamer aussi explicitement qu'il y a une espérance pour Israël… en dépit des circonstances dramatiques de l’époque ! Ainsi, dans sa célèbre vision des ossements desséchés (Ezéchiel 37.1-14), la renaissance de la nation d’Israël s’exprime pleinement. Bien qu’il s’agisse là plutôt d’une promesse de survie collective pour le peuple d’Israël, autrement dit d’une « résurrection nationale », on peut y voir en outre l'amorce de l'idée de résurrection individuelle. Citons quelques extraits de ce passage intéressant : « Voici ce que dit le Seigneur, l'Eternel : Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts et qu'ils revivent ! […] Je vais ouvrir vos tombes et je vous en ferai sortir, vous qui êtes mon peuple, et je vous ramènerai sur le territoire d'Israël » (Ezéchiel 37.9-12).

En route vers l'espérance céleste

En fait, le point de départ – discret – de ce lent cheminement vers le ciel peut être relevé dans le livre des Psaumes où certains versets portent en germe la notion de résurrection : « Non, Seigneur, tu ne m’abandonnes pas à la mort, tu ne permets pas que moi, ton fidèle, je m’approche de la tombe. Tu me fais savoir quel chemin mène à la vie. On trouve une joie pleine en ta présence, un plaisir éternel près de toi » (Psaume 16.10-11, BFC) ; « Eternel, tu as fait remonter mon âme du séjour des morts, tu m’as fait revivre loin de ceux qui descendent dans la tombe » (Psaume 30.4) ; « Dieu sauvera mon âme du séjour des morts » (Psaume 49.16) ; « Ta bonté envers moi est grande, et tu délivres mon âme des profondeurs du séjour des morts » (Psaume 86.13) ; « C’est lui qui délivre ta vie de la tombe, qui te couronne de bonté et de compassion » (Psaume 103.4).

Mais c’est surtout le livre de Daniel, qui nous éclaire un peu plus sur l’évolution de la conception de l’au-delà chez les Juifs. C’est bien d’une résurrection personnelle suivie d’une vie éternelle que les justes hériteront : « A cette époque-là [pouvons-nous lire dans Daniel 12.1-3] se dressera Michel, le grand chef, celui qui veille sur les enfants de ton peuple. Ce sera une période de détresse telle qu'il n'y en aura pas eu de pareille depuis qu’une nation existe jusqu'à cette époque-là. A ce moment-là, ceux de ton peuple qu’on trouvera inscrits dans le livre seront sauvés. Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l'horreur éternelle. Ceux qui auront été perspicaces brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice à beaucoup brilleront comme les étoiles, pour toujours et à perpétuité. »

Cependant, ce n’est vraiment qu’à partir du deuxième siècle avant Jésus-Christ que l’espérance en la résurrection devient une réalité pour le peuple juif. A la mort d’Alexandre le Grand, la Palestine « passe sous l’autorité des monarchies hellénistiques, des Lagides d’Egypte d’abord, puis des Séleucides de Syrie. La politique d’hellénisation radicale instaurée par Antiochus IV Epiphane (175-164 av. J.-C.), doublée d’une intolérance agressive vis-à-vis des Juifs, suscite un grand mouvement de révolte. Ce mouvement, à la fois national et religieux, est conduit par le prêtre Mattathias et son fils Judas, dit Maccabée. […] Antiochus IV s’efforce d’imposer aux Juifs les mœurs et la religion grecques. La pratique du judaïsme devient passible de mort (9) ».

Dans ce contexte de résistance et de répression féroce – où le dogme de la rétribution ici-bas est tragiquement mis en échec –, les nombreux martyrs, fidèles à la loi de Moïse, s’interrogent sérieusement sur la justice divine. Torturés et mis à mort pour leur foi, ils finissent par croire réellement que Dieu les ressuscitera et que leur rétribution sera d’outre-tombe.

Le deuxième livre des Maccabées, probablement écrit vers 120-100 av. J.-C., décrit justement l’héroïque résistance de sept frères « Maccabées » et de leur mère (modèles des premiers martyrs juifs) qui préfèrent être torturés à mort plutôt que de toucher à la viande de porc interdite par la loi. Citons ici quelques versets de ce livre deutérocanonique de l'Ancien Testament témoignant de cette foi naissante en la résurrection :

« Au moment de rendre le dernier soupir, il [le second supplicié] dit : Scélérat que tu es, tu nous exclus de la vie présente, mais le roi du monde, parce que nous serons morts pour ses lois, nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 Maccabées 7.9, TOB).

« On soumit le quatrième aux mêmes tortures cruelles. Sur le point d’expirer, il dit : Mieux vaut mourir de la main des hommes en attendant, selon les promesses faites par Dieu, d’être ressuscité par lui » (2 Maccabées 7.13-14, TOB).

« Eminemment admirable et digne d’une excellente renommée fut la mère, qui voyait mourir ses sept fils en l’espace d’un seul jour et le supportait avec sérénité, parce qu’elle mettait son espérance dans le Seigneur. Elle exhortait chacun d’eux dans la langue de ses pères. Remplie de nobles sentiments et animée d’un mâle courage, cette femme leur disait : Je ne sais pas comment vous avez apparu dans mes entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie, […] Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé l’homme à sa naissance et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il dans sa miséricorde et l’esprit et la vie, parce que vous vous sacrifiez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois » (2 Maccabées 7.20-23, TOB).

Enfin, on peut mentionner le livre de la Sagesse, autre apocryphe rédigé vers la même époque (Ier siècle av. J.-C.) dans lequel on trouve, quoique de façon larvée, le thème de la résurrection : « Les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus. Aux yeux des insensés, ils passèrent pour morts, et leur départ sembla un désastre, […] Pourtant, ils sont dans la paix. Même si, selon les hommes, ils ont été châtiés, leur espérance était pleine d’immortalité » (Sagesse 3.1-4, TOB).

Comme le remarque Jean Civelli, prêtre à Fribourg (Suisse), « cette idée d’une résurrection des morts ne devait plus s’oublier dans le judaïsme. Ce sont les Pharisiens qui la recueillirent, contrairement au parti des Sadducéens, parti des prêtres et de la noblesse du Temple de Jérusalem, qui, eux, n’acceptèrent pas ce qu’ils considéraient comme une doctrine fausse, car ils ne la trouvaient pas dans la Loi de Moïse (cf. Marc 12.18 et Actes 23.8). […] Le sceau définitif de cette foi en la résurrection sera donné par Jésus lui-même, dans sa propre résurrection (10) ».

« La croyance en la résurrection, qui va se développer dans le monde sémitique, [affirme de son côté, Marie Lucien, docteur en théologie de l'Université de Strasbourg] apparaît comme une nouveauté radicale et impressionnante […] La résurrection personnelle de chaque homme deviendra alors l’espérance commune aux trois religions monothéistes issues du monde sémitique, le judaïsme, le christianisme et l’islam (11). »

La grâce au temps de l’Ancien Testament

 

Nous ne saurions terminer ce rapide exposé sans dire quelques mots sur la question de la grâce avant le Christ. Les Ecritures nous apprennent que les sacrifices d'animaux de l’Ancien Testament (12) – ne pouvant satisfaire les exigences de la justice divine – annoncent et préfigurent le sacrifice parfait du Christ sur la croix… seul moyen agréé par Dieu pour le salut de l’homme : « Personne ne sera reconnu juste aux yeux de Dieu pour avoir obéi en tout à la loi ; la loi permet seulement de prendre connaissance du péché. Mais, maintenant, Dieu nous a montré comment il nous rend justes devant lui, et cela sans l’intervention de la loi. […] Dieu rend les hommes justes à ses yeux par leur foi en Jésus-Christ. […] Dieu l’a offert comme un sacrifice afin que, par sa mort, le Christ obtienne le pardon des péchés en faveur de ceux qui croient en lui. Dieu a montré ainsi qu’il est toujours juste : il l’était autrefois quand il a patienté et laissé impunis les péchés des hommes, il l’est dans le temps présent » (Romains 3.20-26, BFC).

A l’époque de l’Ancien Testament, tous ceux qui se tournaient vers Dieu en sacrifiant des animaux étaient réellement sauvés par le sacrifice rédempteur du Christ, bien que celui-ci n’ait pas encore été accompli. « Sa mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent la promesse de l’héritage éternel » (Hébreux 9.15, TOB).

« Bien avant la crucifixion, c’est déjà la croix qui sauvait les hommes d’un jugement immédiat (13) » écrit Richard Doulière. « Les croyants de l’Ancien Testament ont cru en Christ par anticipation et ont été sauvés, même s’ils n’ont pas connu le nom de Jésus ni les détails de son existence terrestre. » La grâce de Dieu – aussi ancienne que la loi – permet de la sorte aux hommes de tous les temps d’espérer.

Après avoir ainsi esquissé à grands traits l’histoire de l’espérance religieuse en Israël, une question demeure cependant : pourquoi cette dernière est restée si longtemps une piètre espérance… avant que finalement le Nouveau Testament ne la porte à son plus haut degré ? A défaut de pouvoir répondre ici avec certitude à cette question, nous voulons par contre dire toute notre admiration pour les hommes de l’Ancien Testament ayant fait le bon choix de faire confiance à Dieu et de marcher avec lui en se contentant de sa faveur et de l’assurance du pardon de leurs péchés… portés seulement par l’espérance d’une longue vie prospère – ici-bas – et en dépit du système simpliste des rétributions temporelles ne fonctionnant pas toujours.

Alors que nous, hommes et femmes du XXIe siècle, avons maintenant pour la plupart librement accès à la connaissance de l’Evangile et de sa promesse de vie (antécédent de la foi), alors que nous pouvons nous enorgueillir de cette belle espérance solidement ancrée dans la résurrection de Jésus-Christ – ce qui ne nous laisse plus aucune excuse pour notre incrédulité –, puissions-nous effectivement admirer ces anciens héros de la foi… d’autant plus que leurs louanges étaient adressées à un Dieu qu’ils n’imaginaient pas si généreux comme le montrent ces quelques passages de l’Ancien Testament : « Je chanterai l’Eternel tant que je vivrai, je célébrerai mon Dieu tant que j’existerai » (Psaume 104.33) ; « Voici ce que je veux repasser en mon cœur, ce qui me donnera de l'espérance : les bontés de l’Eternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne sont pas à leur terme, elles se renouvellent chaque matin. […] L’Eternel est mon partage, dit mon âme, c’est pourquoi je veux espérer en lui » (Lamentations 3.21-24).

SC – Effectivement, je n’ai découvert nulle part dans l’Ecriture la moindre information ou explication à ce sujet. Ma curiosité aimerait bien être satisfaite….  Je trouve anormal de traiter si différemment ses créatures en fonction de l’époque où elles ont vécu.

CE – Dieu fait ce qu’il veut et nous n’avons pas à le juger. On peut très bien supposer que dans le cas où le pécheur repenti n’a pas eu la possibilité de connaître le sacrifice divin mais pour autant qu’il ait rempli les deux premières conditions, Dieu lui applique rétrospectivement l’effet salvateur de la Croix, l’intéressé n’en étant informé que lors de son arrivée au Ciel. Mais nous, chrétiens évangéliques, nous ne nous posons jamais cette question.

(Certains chrétiens se sont quand même posés ce type de question et ont trouvé un certain nombre de réponses dans ce que nous appelons les livres saints, il vous suffit de relire ce que j’ai écrit plus haut dans les pages précédentes)

SC – Je sais. Mais ceux qui ne peuvent s’empêcher de vouloir savoir pensent non seulement aux générations qui ont précédé la mort expiatoire de Jésus mais aussi aux millions de nos concitoyens actuels qui ignorent tout du christianisme : certains êtres primaires en Afrique, par exemple, ou musulmans en Asie.  D’après le Vatican, cent millions de personnes vivant aujourd’hui n’ont jamais entendu parler de Jésus. Ils sont, en réalité, certainement bien plus nombreux.

Tous en enfer, même les honnêtes citoyens ?

(Dieu a donné à chaque être humain une conscience Romains 2 : 15)

1 – Introduction

 

La conscience, faculté propre à l’homme, a essentiellement deux fonctions :

L’une orientée vers le passé : donner à celui qui a commis une faute le sentiment de sa culpabilité ;

L’autre orientée vers le futur : évaluer au point de vue moral (c.-à-d. au niveau du bien et du mal) une action que l’on envisage.

Notre conscience, lorsqu’elle nous reprend pour une faute commise, doit nous conduire à confesser notre manquement à Dieu et à ceux que nous avons offensés. Et quant aux actions qui sont devant nous, notre conscience — éclairée par la parole de Dieu — doit nous aider à « peser le chemin de nos pieds », selon l’expression de Proverbes 4 :26.

L’expérience courante montre que la conscience peut être très diversement formée ou déformée, sensible ou endurcie. On peut l’écouter et tenir compte de ses avertissements, ou la faire taire et lui faire violence. « Les hommes faits », au sens spirituel de l’expression, « ont les sens exercés à discerner le bien et le mal » (Héb. 5 :14). Ce qui les a développés, c’est « la nourriture solide » de la parole de Dieu, et « le fait de l’habitude » — c’est-à-dire l’exercice régulier.

Les Écritures placent abondamment devant nous la conscience et son activité, la façon dont Dieu l’éveille et l’exerce, et la manière dont l’homme l’écoute ou la fait taire. De nombreux passages nous en parlent sans utiliser le mot « conscience » lui-même. Dans l’Ancien Testament, ce mot ne figure qu’une fois (*). Et dans le Nouveau, le mot « conscience » est utilisé presque exclusivement par l’apôtre Paul, bien que la notion de conscience apparaisse souvent (**).

(*) Il apparaît en 1 Rois 2 :44, dans l’expression « avoir conscience de ». Dans ce verset, la conscience elle-même est désignée par le mot « cœur », de même que dans plusieurs autres passages, par exemple : 1 Sam. 24 :6 ; 2 Sam. 24 :10.

(**) Pierre utilise le mot trois fois dans sa première épître (2 :19 ; 3 :16, 21).

Pour le chrétien, un bon état de la conscience est à la base d’une marche à la gloire de Dieu. La conscience est une faculté qui doit être éduquée, cultivée, exercée. Un peu paradoxalement, c’est une voix qui doit être écoutée, mais à laquelle il ne faut pas faire trop confiance ; nous reviendrons là-dessus. La conscience doit être maintenue pure, et si nous avons manqué, ne tardons pas à confesser nos fautes pour qu’elle soit rétablie dans son bon état. Vivre avec une mauvaise conscience, ou avec une conscience que l’on fait taire, conduit inévitablement au désastre.

Dans les lignes qui suivent, nous considérerons d’abord de quelle façon l’être humain a acquis une conscience, puis quelques exemples de l’Ancien Testament où on la voit en activité. Nous nous arrêterons ensuite sur l’immense changement que l’œuvre de Christ a introduit, en purifiant la conscience du croyant. Ceci nous amènera à considérer les nombreux enseignements du Nouveau Testament concernant le maintien d’une bonne conscience, et la manière dont nous avons à tenir compte d’elle — de la nôtre et de celle de nos frères.

2 - La connaissance du bien et du mal

La conscience a été acquise par nos premiers parents, dans le jardin d’Éden, par le péché (Gen. 3). Au milieu du jardin se trouvait l’arbre de la connaissance du bien et du mal, dont Dieu avait interdit de manger le fruit. Ayant transgressé le commandement divin, Adam et Ève ont éprouvé la honte de leur nudité (symbole de leur état de péché), se sont fait des ceintures de feuilles de figuier et se sont cachés de devant Dieu.

Le serpent leur avait dit : « Vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (v. 5). Et il en a été ainsi. Dieu lui-même le confirme : « Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal » (v. 22). Le serpent avait fait miroiter cette acquisition comme une chose désirable dont Dieu voulait priver sa créature. Quelle tromperie ! L’homme étant devenu pécheur, cette connaissance est en lui comme une voix accusatrice, source de profond malaise devant Dieu. Il réalise que le mal est en lui, et que le bien lui échappe. Dieu a la connaissance du bien et du mal en étant lui-même entièrement caractérisé par le bien. L’homme a la connaissance du bien et du mal — dans une mesure tout au moins — alors que le mal fait partie de sa nature.

La situation d’Adam et Ève se cachant de devant le regard de Dieu est l’image de la situation de tout homme, tant qu’il est dans son état naturel. Aussi longtemps qu’il n’a pas passé par la nouvelle naissance, ou qu’il n’a pas une connaissance claire du salut en Jésus Christ, la conscience de ses péchés lui donne un malaise devant Dieu.

3 - Quelques exemples du travail de la conscience, dans l’Ancien Testament

3.1 - Jacob

En Genèse 28, alors qu’il s’enfuit de devant son frère Ésaü, Jacob fait une halte à Bethel. Dieu se révèle à lui dans un songe avec une grande bonté et lui fait des promesses magnifiques. Mais Jacob n’est pas en état de jouir de ces communications. Il a peur, et dit : « Que ce lieu-ci est terrible ! Ce n’est autre chose que la maison de Dieu » (v. 17). Quand l’homme pécheur se trouve dans la présence de Dieu, sa conscience ne peut que lui donner un sentiment de malaise et de peur. C’est ce qu’on voit aussi dans le cas d’Adam, d’Ésaïe ou de Pierre.

3.2 - Les frères de Joseph

Ces hommes avaient sans doute des consciences bien endurcies, lorsqu’ils ont vendu leur jeune frère comme esclave, et qu’ils ont trompé leur père en lui faisant croire qu’une mauvaise bête l’avait dévoré (Gen. 37). Bien des années plus tard, ils se considèrent encore comme « d’honnêtes gens » — du moins ils n’ont pas honte de s’exprimer ainsi devant l’homme qui gouverne l’Égypte (42 :11). Mais lorsque la main de Dieu s’appesantit sur eux, leur conscience s’éveille. « Et ils se dirent l’un à l’autre : Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pourquoi cette détresse est venue sur nous » (42 :21). Et un peu plus tard, lorsque leur détresse est à son comble, ils disent : « Comment nous justifierons-nous ? Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (44 :16).

Ce récit nous montre comment Dieu nous discipline afin d’éveiller notre conscience et de nous amener à lui confesser nos fautes, même si elles sont lointaines et oubliées. Qu’il nous accorde de ne pas faire taire notre conscience, lorsqu’elle nous parle ! Si nous le faisons, nous nous exposons à une discipline qui peut être très douloureuse. Mais, si même elle doit s’abattre sur nous, elle est le témoignage de l’amour de notre Père qui travaille en vue de nous ramener.

3.3 - Quatre lépreux

La ville de Samarie, assiégée par les Syriens, souffrait d’une terrible famine. Quatre lépreux étaient assis à sa porte, attendant la mort (2 Rois 7). La pensée leur étant venue — de Dieu, sans nul doute — de se rendre dans le camp des ennemis, ils trouvent celui-ci désert, les tentes remplies de nourriture, de vêtements et de biens. Ils se mettent à manger, à piller et à cacher le butin. Mais voici que la voix de leur conscience se fait entendre : « Nous ne faisons pas bien. Ce jour est un jour de bonnes nouvelles, et nous nous taisons. Si nous attendons jusqu’à la lumière du matin, l’iniquité nous trouvera » (v. 9). Leur conscience les amène à réaliser leur responsabilité devant Dieu et le jugement auquel ils s’exposent. Heureusement, ils écoutent cette voix intérieure, pour leur bien et celui de tout le peuple.

3.4 - Ésaïe

Dans une vision glorieuse, le jeune prophète voit l’Éternel assis sur un trône haut et élevé, entouré des séraphins qui proclament sa sainteté. Réalisant son propre état de pécheur, il s’écrie : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures… car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées » (És. 6 :5). Ici ce n’est pas une faute particulière qui charge la conscience, c’est l’état de péché de l’homme qui est mis en lumière par le déploiement de la gloire de Dieu.

3.5 - Le résidu juif des derniers jours

Par l’épreuve intense qu’il devra traverser, ce résidu sera amené à reconnaître et à confesser la culpabilité du peuple juif dans le rejet de son Messie. « Ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé, et ils se lamenteront sur lui, comme on se lamente sur un fils unique… » (Zach. 12 :10). C’est un exemple de conscience collective.

4 - L’exemple particulier de David

Un des traits distinctifs de ce bien-aimé de Dieu, c’est une conscience délicate. Dans le contexte général de l’Ancien Testament, où il y a des guerres à livrer parce que le peuple terrestre de Dieu doit conquérir ou conserver l’héritage que l’Éternel lui a donné, la douceur et la délicatesse de conscience de David brillent de façon frappante.

Mentionnons d’abord l’épisode rapporté en 1 Samuel 24, lorsque Saül entre dans la caverne où David et ses hommes se sont cachés, et s’y endort. Ses amis lui affirment que c’est là l’occasion que l’Éternel lui offre de se débarrasser de son persécuteur. David coupe le pan de la robe de Saül, mais sans lui faire aucun mal. Puis — nous est-il dit — « le cœur de David le reprit de ce qu’il avait coupé le pan de la robe de Saül » (v. 6) et il empêche ses hommes de tuer le roi. Ce morceau d’étoffe lui permettra ensuite de prouver à Saül qu’il ne cherche pas à lui faire du mal, mais il ne nous est pas dit quelle était l’intention de David au moment où il l’a coupé. Quoi qu’il en soit, ce geste qui pourrait nous paraître anodin amène sa conscience à lui faire un reproche. Et David écoute la voix de sa conscience.

On voit une disposition de cœur analogue lorsque, dans la même période de sa vie, il parle légèrement et exprime le souhait de boire de l’eau du puits de Bethléhem (2 Sam. 23 :13-17). Il y avait alors un poste des Philistins à cet endroit, et aller y chercher de l’eau était très dangereux. Trois amis de David bravent le danger par amour et par dévouement pour leur chef, et lui rapportent de l’eau. Mais la conscience de David le reprend. Il voit cette eau comme le sang des hommes qui sont allés la chercher au péril de leur vie. Il ne veut pas la boire, mais en fait une libation à l’Éternel.

Dans la vie de David, il y a sans doute des périodes où il semble ne plus guère écouter sa conscience. On pense en particulier à son séjour chez Akish (1 Sam. 27-30) et aux mois qui ont suivi son grave péché avec Bath-Shéba (2 Sam. 11-12). Dans le premier de ces cas, il a fallu la sévère discipline de Dieu pour le ramener, et dans le second, le reproche du prophète Nathan. David a été amené à s’humilier de ses fautes, et sa relation avec Dieu a été restaurée. Le sentiment profond de ses fautes, en ce qui concerne la seconde circonstance, nous est décrit dans le psaume 51, en termes très remarquables.

Dans le psaume 32, où David décrit le bonheur de celui dont les péchés sont pardonnés (v. 1 et 2), nous trouvons l’évocation de l’état qu’il a connu alors qu’il faisait taire la voix de sa conscience et se refusait à confesser ses fautes : « Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour » (v. 3). Mais finalement, n’en pouvant plus, il a dit : « Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ». Et il peut ajouter : « Et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 5).

5 - Une conscience purifiée

Avant la venue de Christ, la question des péchés ne pouvait être réglée que d’une façon partielle et provisoire. D’une part il y avait la confession des péchés commis — l’exemple de David nous l’a montré. D’autre part, il y avait des sacrifices d’animaux à offrir. Ceux-ci étaient l’image du seul sacrifice qui peut réellement ôter les péchés, celui de Christ, et c’est pour cette raison qu’ils avaient quelque valeur devant Dieu. Mais l’épître aux Hébreux met en évidence la faiblesse, et même l’inutilité, de ces moyens provisoires. Dans le tabernacle étaient « offerts des dons et des sacrifices qui ne peuvent pas rendre parfait quant à la conscience celui qui rend le culte » (9 :9). En contraste avec les aspersions et les ablutions juives qui ne pouvaient que donner une pureté cérémonielle, cette épître nous déclare avec force la valeur du « sang du Christ » qui purifie la conscience « des œuvres mortes » — c’est-à-dire de toutes les œuvres produites par une nature pécheresse, moralement morte devant Dieu (v. 13, 14). C’est la part bienheureuse de tout pécheur qui se repent.

Si les sacrifices prescrits à Israël avaient eu une réelle efficacité — s’ils avaient pu « rendre parfaits ceux qui s’approchent » — ils auraient « cessé d’être offerts », puisque ceux qui les offraient « n’auraient plus eu aucune conscience de péchés » (10 :2). Mais le sang de Christ purifie entièrement le pécheur de ses péchés, il le rend propre pour la présence de Dieu — parfait à ses yeux. « Par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés » (10 :14). Et ce précieux sang donne à ceux qui ont été purifiés une bonne conscience devant Dieu. Ils peuvent s’approcher de lui dans une pleine liberté pour l’adorer. « Approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi, ayant les cœurs par aspersion purifies d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’eau pure » (10 :22) (*).

(*) L’eau pure est ici une image de la parole de Dieu qui a opéré le lavage fondamental dont le Seigneur parle en Jean 13 :10, lorsqu’il dit : « tout le corps lavé ».

Ces passages de l’épître aux Hébreux nous parlent donc de la purification initiale de la conscience. C’est de cela aussi que nous parle Pierre, dans sa première épître, quand il nous indique que le fondement de notre « bonne conscience » devant Dieu est « la résurrection de Jésus Christ, qui est à la droite de Dieu » (3 :21). Jésus a porté nos péchés, il les a expiés. Sa résurrection témoigne de son œuvre parfaitement achevée et nous place dans un état où nous avons bonne conscience devant Dieu.

D’un autre côté, il est vrai aussi que lorsqu’un croyant pèche, sa conscience se charge, et sa communion avec Dieu est troublée. La confession de sa faute est indispensable pour rétablir la communion avec Dieu et ramener la sérénité dans son cœur.

6 - La conscience et la parole de Dieu

Le chapitre 2 de l’épître aux Romains, dans les versets 12 et suivants, nous donne un enseignement de base au sujet de la conscience. L’apôtre parle du jugement de Dieu et des différences de responsabilité des hommes, selon qu’ils auront « péché sans loi » ou « sous la loi ». Dans ce contexte, il envisage le cas de personnes « qui n’ont point de loi » et qui « font naturellement les choses de la loi ». S’il en est ainsi, « elles montrent l’œuvre de la loi, écrite dans leurs cœurs, leur conscience rendant en même temps témoignage, et leurs pensées s’accusant entre elles, ou aussi s’excusant » (v. 15). L’apôtre ne dit pas si une telle chose est rare ou fréquente — et il exposera la culpabilité de tous au chapitre 3 — mais il parle du principe. Nous voyons ici que tout homme a une certaine notion naturelle du bien et du mal. C’est ce dont Dieu a parlé en Genèse 3 :22. L’homme possède une conscience qui peut l’accuser ou chercher à l’excuser. La responsabilité de ceux qui n’ont que leur conscience pour les éclairer est évidemment moindre que la responsabilité de ceux qui ont été instruits par la parole de Dieu ; et il en sera tenu compte au jour du jugement, « au jour où Dieu jugera par Jésus Christ les secrets des hommes » (v. 16).

Les notions de bien et de mal que la conscience naturelle de l’homme peut lui fournir sont assez rudimentaires, et on peut observer qu’elles varient selon les cultures. Dans les contrées où dominent des religions païennes (ou des religions qui ne sont qu’une déformation de la révélation de Dieu), le bien et le mal sont souvent confondus.

Au chapitre 7 de l’épître aux Romains, l’apôtre montre le rôle de la parole de Dieu pour éclairer la conscience et lui fournir des normes. Il dit, en donnant l’exemple de la convoitise : « Je n’aurais pas eu conscience de la convoitise, si la loi n’avait dit : Tu ne convoiteras point » (v. 7). Il dit ailleurs, d’une façon plus générale : « Par la loi est la connaissance du péché » (3 :20). Toute la parole de Dieu, qu’il s’agisse des commandements de la loi, des récits historiques, des livres poétiques, des prophéties, ou des écrits du Nouveau Testament, contribue à nous inculquer la pensée de Dieu quant au bien et au mal, donc à éclairer et à former notre conscience.

7 - Quelques exemples du travail de la conscience, dans le Nouveau Testament

7.1 - Simon Pierre

Tout au début de son ministère, depuis la barque de Simon, Jésus prêche à la foule qui se tient sur le rivage (Luc 5). Puis le Seigneur donne l’ordre de lancer les filets pour la pêche. En face de la prise miraculeuse qui vient d’être réalisée, celui qui va devenir le disciple Pierre s’écrie, en se jetant aux genoux de Jésus : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Luc 5 :8). Sa réaction rappelle celle de Jacob à Peniel et celle d’Ésaïe dans le temple.

7.2 - La Samaritaine

Avec une sagesse merveilleuse, Jésus avait parlé à son cœur et à sa conscience (Jean 4). Elle avait laissé la lumière divine éclairer son âme et commençait à discerner la gloire de Celui qui s’était révélé à elle. « Venez », dit-elle aux hommes de la ville, « voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ? » (V. 29). Sa conscience a été mise à découvert et son cœur a été attiré.

7.3 - Un fils d’abord désobéissant

Dans une petite parabole, le Seigneur parle de deux fils auxquels leur père demande d’aller travailler dans la vigne (Matt. 21 :28-31). L’un d’eux, d’abord récalcitrant, écoute les reproches que lui fait sa conscience et, en fin de compte, fait la volonté de son père. Le Seigneur montre par-là que les pécheurs notoires peuvent se repentir et devancer ceux qui soignent leur apparence de justice mais n’écoutent pas leur conscience.

7.4 - Le fils prodigue

Dans cette parabole de Luc 15, ce qui ramène le fils égaré, c’est à la fois le poids de la misère dans laquelle il s’est mis et la voix de sa conscience. Il ouvre les yeux sur son péché, sur son indignité, et trouve le chemin de la repentance.

7.5 - Trois mille âmes

Au jour de la Pentecôte, les paroles incisives prononcées par Pierre, sous la conduite de l’Esprit Saint, pénètrent profondément dans les consciences des Juifs (Act. 2 :22-36). Beaucoup ont « le cœur saisi de componction », c’est-à-dire d’un profond repentir. « Et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes » à l’assemblée chrétienne (v. 41).

7.6 - Pilate

En contraste avec les exemples précédents, dans lesquels nous voyons des hommes et des femmes qui écoutent leur conscience, citons le terrible exemple de Pilate. Il sait que Jésus, objet de la haine farouche des Juifs, ne mérite nullement la mort. Torturé par sa conscience, il cherche toutes sortes d’échappatoires pour éviter de prononcer une condamnation. Mais finalement, sous la pression des circonstances, il agit contre sa conscience et condamne le Juste.

8 - L’exemple particulier de Paul

En fait, toute la vie de l’apôtre, même celle qui a précédé sa conversion, a été marquée par une « conscience pure ». C’est ce qu’il dit à Timothée au début de la seconde épître (1 :3), et qu’il affirme hautement lorsqu’il comparaît devant le sanhédrin, après son arrestation : « Je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour » (Act. 23 :1). Il expliquera devant Agrippa : « J’ai pensé en moi-même qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen » (26 :9). Pharisien zélé et convaincu, il avait persécuté de toutes ses forces les disciples de Jésus, l’assemblée, et par conséquent Jésus lui-même ! (Cf. Gal. 1 :13 ; Actes 9 :4). Son exemple nous montre de la façon la plus éloquente que la conscience n’est pas un guide fiable, et qu’il ne suffit pas d’avoir bonne conscience pour se trouver dans un bon chemin.

Le Seigneur avait arrêté le persécuteur et le blasphémateur sur le chemin de Damas, et s’était révélé à lui. Brisé, Paul avait découvert son égarement et avait appris à connaître la merveilleuse grâce de Jésus. Le souvenir de ce qu’il avait été l’a accompagné tout au long de sa vie de service, et l’a tenu dans l’humilité. Dans le sentiment de la miséricorde dont il a été l’objet, il rappellera volontiers qu’il est le premier des pécheurs (1 Tim. 1 :15) et qu’il n’est pas digne d’être appelé apôtre (1 Cor. 15 :9). Éclairée par la révélation divine, sa conscience sera un instrument précieux, dans les mains de Dieu, pour le conduire et le maintenir dans un bon chemin.

Devant le gouverneur Félix, il fait une déclaration qui doit retenir particulièrement notre attention. Après avoir rappelé « qu’il y aura une résurrection, tant des justes que des injustes », il ajoute : « À cause de cela, moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » (Actes 24 :16). La pensée de la résurrection et du tribunal de Christ, devant lequel nous rendrons compte de toutes nos actions, devrait être pour nous un stimulant à marcher soigneusement, notre conscience pesant toutes choses selon les principes divins qui nous ont été révélés. Pour Paul, c’était un exercice constant, et le maintien de sa conscience dans un état où elle n’avait pas de reproches à lui faire était la base de sa relation pratique avec Dieu. Une bonne conscience « devant Dieu et devant les hommes », c’est une conscience qui ne craint ni le regard de Dieu ni celui des hommes. Cela implique une justice pratique devant Dieu et devant les hommes, et un jugement régulier de ses propres défaillances.

C’est en raison d’une bonne conscience que l’apôtre peut se recommander aux prières de ses frères dans la foi. Il peut dire : « Priez pour nous, car nous croyons que nous avons une bonne conscience, désirant de nous bien conduire en toutes choses » (Héb. 13 :18). Il n’affirme pas qu’il se conduise bien, mais peut dire que sa conscience est à l’aise.

Paul dit aux Corinthiens : « Je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié » (1 Cor. 4 :4). Avoir une conscience qui ne nous reproche rien, c’est essentiel. Mais ce n’est pas une garantie que nous marchions dans le bon chemin.

Il y avait à Corinthe des personnes qui cherchaient à dénigrer l’apôtre en vue de détacher les croyants de lui. Cela l’affligeait et l’inquiétait parce qu’il aimait ceux dont il était le père spirituel. Mais cela ne le troublait pas. Quels que soient les propos malveillants qui étaient répandus à son sujet, il se remettait au Seigneur, « qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (v. 5).

9 - L’entretien d’une bonne conscience

La manière dont l’apôtre Paul veillait à l’état de sa propre conscience donne un poids moral particulier à ses paroles. Dans l’enseignement qu’il donne à Timothée, dans la première épître, Paul revient à quatre reprises sur le sujet de la conscience. Tout d’abord, il indique quel était le but de la mission confiée à celui qui devait agir de sa part : « La fin de l’ordonnance, c’est l’amour qui procède d’un cœur pur et d’une bonne conscience et d’une foi sincère » (1 :5). L’amour doit imprégner tout le service qui s’exerce dans la maison de Dieu. Mais un amour selon Dieu est inséparable des trois vertus qu’il mentionne ici, et en particulier d’une bonne conscience.

Un peu plus loin, il exhorte « son enfant Timothée » à combattre le bon combat, « gardant la foi et une bonne conscience » (1 :19) — en contraste avec quelques-uns qui ont « rejeté » une telle conscience et, à cause de cela, ont « fait naufrage quant à la foi ». Une foi vivante et active, qui garde fidèlement ce que Dieu a révélé, doit aller de pair avec une bonne conscience. Il ne suffit pas de connaître ou de garder la vérité intellectuellement ; il faut qu’elle ait toute sa puissance sur l’âme.

Parmi les choses requises des serviteurs, l’apôtre mentionne : « gardant le mystère de la foi dans une conscience pure » (3 :9).

« Aux derniers temps, quelques-uns apostasieront de la foi » (4 :1). Après avoir pour un temps donné l’impression d’être des ouvriers du Seigneur, ils donneront un enseignement corrompu. Et ce qui les caractérisera moralement, c’est une « conscience cautérisée » (v. 2). Il s’agit là d’une conscience qui ne parle plus du tout. C’est ce qui arrive lorsqu’on prend l’habitude de la faire taire.

Une bonne conscience est le fondement de la relation pratique de l’âme avec Dieu. Elle donne au croyant de l’assurance lorsqu’il s’adresse à lui par la prière, parce qu’elle est inséparable d’une vraie communion avec lui. C’est ce que Jean écrit dans sa première épître, sans d’ailleurs utiliser le mot « conscience » : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui… » (1 Jean 3 :21, 22). Et « si notre cœur nous condamne » — si notre conscience nous fait sentir nos faiblesses et nos manquements — nous pouvons nous souvenir que « Dieu est plus grand que notre cœur et il sait toutes choses » (v. 20). Dans sa connaissance parfaite, Dieu voit en nous incomparablement plus de déficits que notre conscience ne saurait nous en montrer. Mais nous pouvons tout lui confesser et nous confier en sa grâce surabondante.

Remarquons enfin que la soumission du croyant à l’autorité terrestre n’a pas seulement pour but d’éviter la colère de celui qui peut punir, mais de ne pas entacher sa propre conscience. « Il est nécessaire d’être soumis, non seulement à cause de la colère, mais aussi à cause de la conscience » (Rom. 13 :5).

10 - Ma conscience et celle de mon frère

Les différences de culture, d’éducation ou de développement spirituel entraînent nécessairement des différences dans l’estimation que peut faire la conscience des croyants. Si nous connaissions mieux les Écritures, nous y découvririons davantage les normes divines ; elles nous formeraient et nous aurions une appréciation plus juste du bien et du mal dans les multiples situations qui se présentent à nous. Néanmoins, la vie nous place fréquemment dans des situations où nous n’avons pas à disposition un verset clair et précis pour nous diriger, et où notre discernement spirituel doit être exercé. Dans de telles situations, le rôle de notre conscience est déterminant.

L’apôtre Paul parle en détail de ce sujet aux Romains et aux Corinthiens. Dans chaque cas se dégage la conclusion : il faut avoir égard à sa propre conscience et à celle de son frère.

10.1 - 1 Corinthiens 8 et 10

La question soulevée est : un chrétien peut-il manger de la viande qui a été sacrifiée aux idoles ? C’était un problème lancinant pour des croyants vivant dans un pays païen, où les viandes provenant des sacrifices idolâtres pouvaient être mangées dans un temple d’idole ou vendues à la boucherie.

Convaincus « qu’une idole n’est rien » (8 :4) et que « la terre est au Seigneur et tout ce qu’elle contient » (10 :26), des croyants pouvaient se dire qu’il n’y avait en fait aucune différence entre une viande sacrifiée aux idoles et une autre, et avoir pleine liberté d’en manger. L’apôtre leur dit : « Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience » (10 :25). D’autres croyants, moins instruits, plus « faibles » (8 :7, 10, 12), avaient « jusqu’à maintenant conscience de l’idole » (v. 7). En voyant la viande, ils voyaient l’idole. S’ils avaient mangé de cette viande, leur conscience aurait été souillée. Il est bien clair que ceux-ci devaient s’abstenir. On ne doit jamais violer sa conscience.

Mais il y a un autre aspect des choses. Si mon comportement — tout en laissant ma conscience à l’aise — incite mon frère dont la conscience est « faible » à faire comme moi, je le conduis à « souiller » sa conscience. Je pèche contre lui. L’apôtre donne l’exemple extrême : « Car si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience à lui qui est faible, ne sera-t-elle pas enhardie à manger les choses sacrifiées à l’idole ? » (8 :10). Et il ajoute : « Or en péchant ainsi contre les frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre Christ » (v. 12). L’amour chrétien nous conduit à éviter certaines choses que nous pourrions avoir la liberté de faire, si notre conduite est en piège à nos frères. Il s’agit d’avoir soin aussi de leur conscience.

10.2 - Romains 14

Dans ce chapitre, sans utiliser le mot « conscience », l’apôtre donne un enseignement similaire, mais à l’occasion d’une autre chose. L’assemblée de Rome était composée de croyants issus du judaïsme et du paganisme. Les premiers avaient eu l’habitude de célébrer certains jours de fête, de s’abstenir des viandes « impures », et de respecter d’autres prescriptions de la loi de Moïse. Tout cela avait été clairement mis de côté par l’enseignement chrétien, mais le changement était difficile, surtout pour ceux qui s’étaient soumis à ces obligations par conscience envers Dieu. Les croyants qui étaient sortis du paganisme avaient abandonné sans peine leurs pratiques idolâtres, et pouvaient être tentés de « mépriser » leurs frères sortis du judaïsme. Ces derniers, par contre, pouvaient être portés à « juger » ceux qui n’observaient pas les prescriptions de la loi.

« L’un estime un jour plus qu’un autre jour, et l’autre estime tous les jours égaux ; que chacun soit pleinement persuadé dans son propre esprit ! » (V. 5). Que chacun fasse « à cause du Seigneur » et « ayant égard au Seigneur » ce que sa conscience lui dit de faire ! Mais que personne ne juge ni ne méprise son frère, qui est « le domestique d’autrui » ! « Chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu » (v. 12).

Concernant les viandes que la loi déclarait impures, l’apôtre dit : « Je sais, et je suis persuadé dans le Seigneur Jésus, que rien n’est souillé par soi-même, sauf qu’à celui qui croit qu’une chose est souillée, elle lui est souillée » (v. 14). Un peu plus loin il confirme : « Celui qui hésite, s’il mange, est condamné, parce qu’il n’agit pas sur un principe de foi. Or tout ce qui n’est pas sur le principe de la foi est péché » (v. 23). (« Condamné » signifie ici : condamné dans sa conscience.) Si je suis mal à l’aise avec telle ou telle action envisagée, je dois m’en abstenir, et ne pas faire violence à ma conscience.

Mais il y a aussi la conscience de mon frère que je dois ménager. « Jugez plutôt ceci, de ne pas mettre une pierre d’achoppement ou une occasion de chute devant votre frère » (v. 13). « Il est bon de ne pas manger de chair, de ne pas boire de vin, et de ne faire aucune chose en laquelle ton frère bronche, ou est scandalisé, ou est faible » (v. 21). « Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain, en vue du bien, pour l’édification ! » (15 :2).

Observons les mots utilisés dans ce chapitre. « L’un croit pouvoir manger de toutes choses » (v. 2) ; « l’un estime un jour plus qu’un autre » (v. 5) ; il s’agit d’être « pleinement persuadé dans son propre esprit » (v. 5) ; l’un « croit qu’une chose est souillée » (v. 14) ; un croyant « approuve » une chose (v. 22) ou « hésite » à son sujet (v. 23). Si le mot « conscience » n’apparaît pas ici, d’autres expressions en fournissent la pensée.

Pour conclure, remarquons que « la foi » encadre ce chapitre. Dans le premier verset, il est question de « celui qui est faible en foi ». Et dans le dernier, nous apprenons que c’est « sur un principe de foi » que tout, dans notre marche chrétienne, doit être fait. Notre relation pratique avec Dieu a pour pilier autant la foi que la conscience. Une chose faite « sur un principe de foi », c’est une chose faite avec Dieu, dans la conscience qu’elle est approuvée de lui.

    La même question se pose concernant certains hominidés et plus particulièrement l’homme de Neandertal.  A ce sujet, attribuez-vous, une âme (immortelle) au néandertalien comme vous en attribuez une à l’homo sapiens que nous sommes ? A moins que vous en soyez encore à Adam et Eve, refusant du même coup l’existence d’une âme chez celui qui fut notre voisin sur terre durant trois cent mille ans et dont certains humains actuels portent encore un pourcentage de gènes ? La science nous dit que les humains actuels possèdent entre 1,8 et 2,6 % de gènes néandertaliens et que 20% du génome de Neandertal survit dans l’ensemble de la population actuelle à différents endroits de notre génome. Rien ne permet d’affirmer que l’homme de Neandertal était moins intelligent que l’homo sapiens ; on peut même supposer qu’il l’était davantage : l’emplacement de son cerveau est plus grand que celui du nôtre.  Je ne vois pas pourquoi, contrairement à nous, vous priveriez ce cousin du droit à une âme, alors même qu’on l’appelle précisément « homme ». Alors, au Paradis pour les uns, en enfer pour les autres, sapiens et néandertaliens côte-à-côte ?

Les Néandertaliens que connaissons nous d’eux ?

 

I - Les Néandertaliens : évolution des idées

Les premières découvertes de fossiles de Néandertaliens ont été faites à Engis, en Belgique, en 1830, puis à Gibraltar en 1848. Mais, sur le moment, elles passèrent totalement inaperçues. Ce n'est qu'en 1856 que les Néandertaliens firent leur entrée dans l'histoire avec la découverte d'un squelette dans une petite grotte du vallon de Neander (Neandertal), à proximité de la ville de Düsseldorf (Rhénanie-Westphalie). Des ouvriers, travaillant dans une carrière de calcaire, furent amenés à vider une cavité qui avait été recoupée par le front de taille de l'exploitation. Des déblais, ils sortirent des os humains qui furent recueillis par Johann Carl Fuhlrott. Celui-ci, professeur à Elberfeld, comprit qu'il était en présence d'une forme humaine différente de l'homme actuel et témoin d'une humanité disparue. Mais il n'y avait aucun document permettant de dater ces ossements et aucun outil en pierre ni aucun os animal n'avait été recueilli. L'interprétation ne reposait que sur la seule morphologie. Dans le contexte scientifique de l'époque – l'anthropologie n'était pas encore reconnue et l'ouvrage de Charles Darwin sur l'origine des espèces ne sera publié que l'année suivante – cette interprétation fut rejetée par la majorité des anatomistes, à l'exception de Hermann Schaaffhausen. Et toutes les interprétations, même les plus saugrenues, furent proposées pour tenter d'expliquer les caractères très particuliers du squelette de Neandertal. Pour certains, c'étaient les restes d'un membre d'une des tribus barbares qui vivaient aux marges de l'Empire romain. Pour d'autres, il s'agissait d'un cosaque déserteur de l'armée russe qui poursuivait la Grande Armée en 1813.

C'est le biologiste britannique Thomas Huxley qui fit pencher la balance en montrant que la seule interprétation scientifique était celle proposée dès le début par Johann Carl Fuhlrott. Et en 1869, William King proposa de créer pour ce fossile une espèce : Homo neanderthalensis. Au XIXe siècle, en effet, le mot allemand die Tal (la vallée) s'écrivait encore die Thal. C'est la raison pour laquelle la transcription latine de Neandertal fut écrite avec un h. Au début du XXe siècle, une réforme de l'orthographe allemande supprima le h d'un certain nombre de mots, dont die Tal. Mais les règles de la systématique, définies par le Code international de nomenclature, interdisent d'apporter tout changement à la terminologie et le nom latin doit donc conserver son h d'origine. Peu de temps après, en 1886, Marcel De Puydt et Max Lohest mettaient au jour dans la grotte de Spy, près de Liège, les restes de deux individus semblables à l'homme de Neandertal. Cette fois il s'agissait de véritables fouilles, des outils en silex et des ossements d'espèces animales disparues accompagnaient les squelettes humains : le doute n'était plus permis. En 1908, la découverte dans le village de La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze, d'un squelette complet permit à Marcellin Boule de rédiger la première description détaillée d'un Néandertalien, et son travail servit de base aux recherches ultérieures pendant plus d'un demi-siècle. Cette découverte eut une autre conséquence essentielle. Les découvreurs avaient pu montrer que le squelette se trouvait dans une sépulture. Cela apportait un argument décisif en faveur du caractère pleinement humain de cette population fossile. Cependant, Marcellin Boule considéra que l'homme de Neandertal était « à peine sorti de l'animalité », et il en fit un intermédiaire entre l'homme et les grands singes. Cette interprétation très négative influença durablement la réflexion sur le comportement et le psychisme de cet homme fossile. Quoi qu'il en soit, au début du XXe siècle, les Néandertaliens étaient considérés comme un jalon très primitif sur la voie qui avait conduit des grands singes à l'homme actuel.

Les découvertes se multiplièrent en Europe et, à partir de 1920, les recherches anthropologiques en Afrique et en Asie amenèrent la mise au jour, sur ces continents, d'autres fossiles humains qui, pour certains, présentaient des ressemblances avec ceux d'Europe. Petit à petit s'imposa l'idée que les Néandertaliens, sous la forme connue en Europe, ou sous des formes voisines ailleurs, avaient occupé tout l'Ancien Monde. En même temps, la découverte de fossiles plus archaïques, que nous appelons maintenant australopithèques, Homo habilis et Homo erectus, montra que les Néandertaliens n'étaient pas si éloignés de nous qu'on l'avait cru, et l'anthropologue américain Alex Hrdlicka proposa dans les années 1920 un schéma de l'évolution humaine selon lequel l'humanité dans son ensemble était passée par une succession de stades morphologiques avant d'aboutir à l'homme actuel. Dans ce schéma, les Néandertaliens constituaient le stade précédant le nôtre.

L'étape suivante, entre 1929 et 1936, fut marquée par la découverte des hommes fossiles de Palestine. Bien que contemporains des Néandertaliens, ils présentaient des traits qui les rapprochaient des hommes actuels. Sous l'influence du généticien T. Dobzhansky devait émerger peu à peu l'idée que les derniers Néandertaliens et les premiers hommes modernes avaient été contemporains et qu'il y avait eu des métissages entre eux. Cela eut deux conséquences. Comme le métissage, en principe ne peut se produire qu'à l'intérieur d'une espèce, on proposa donc de donner aux Néandertaliens le statut d'une sous-espèce, Homo sapiens neanderthalensis, sœur de notre sous-espèce, Homo sapiens sapiens. La seconde conséquence fut une modification de la représentation de la structure phylogénétique de l'évolution humaine : en effet, s'il n'y a plus succession, mais contemporanéité, cela implique un schéma en arborescence.

Parallèlement, le développement des méthodes de la paléoanthropologie a permis, à partir des années 1960, une meilleure interprétation de la morphologie néandertalienne. Les ressemblances avec les fossiles africains et asiatiques ne sont en fait que des caractères hérités d'un ancêtre commun et ne signifient pas l'appartenance à une même population. En revanche, il existe des caractères spécifiquement néandertaliens qui ne se rencontrent que sur un nombre relativement faible de fossiles. Ils montrent que les Néandertaliens n'ont occupé qu'une partie de l'Ancien Monde : l'Europe, le Proche-Orient et une partie de l'Asie centrale. À partir de cette époque la plupart des anthropologues se sont rangés à cette interprétation.

Les méthodes de datation radiochronologiques se sont aussi beaucoup diversifiées dans les années 1970. Elles ont montré que les premiers traits de la morphologie néandertalienne sont apparus il y a plus de 400 000 ans et que celle-ci a acquis ses pleines caractéristiques il y a environ 120 000 ans. Elles nous montrent aussi que les derniers Néandertaliens ont vécu il y a moins de 30 000 ans.

II - Les caractéristiques néandertaliennes

Les caractéristiques morphologiques et phylogénétiques des Néandertaliens semblaient assez bien établies, mais de nouvelles découvertes ont poussé certains spécialistes à les remettre en cause à partir des années 1980. Il s'agit, soit de nouveaux fossiles comme ceux mis au jour à Atapuerca en Espagne, soit de la mise en œuvre de nouvelles méthodologies appliquées, par exemple, à l'organisation des canaux semi-circulaires de l'oreille moyenne, soit de la mise en évidence de segments de l'ADN des Néandertaliens. Elles relancent le problème du statut taxinomique de ce groupe fossile et donc de la possibilité d'un métissage avec l'homme moderne.

Génome de Néandertal Longtemps, les études sur les hommes fossiles n'ont pu reposer que sur la description des fossiles humains retrouvés et de l'équipement lithique qui les accompagnait. Dans la généalogie des Hominidés, on place ainsi dans l'ordre chronologique la séparation des grands singes (crâne de gorille) de l’Homo erectus (crâne de Zhoukoudian), l'homme de Néandertal (crâne de …

La morphologie néandertalienne a atteint son plein développement il y a environ 120 000 ans, c'est-à-dire à la fin de l'avant-dernière glaciation (Riss), et les fossiles européens dont l'âge est postérieur sont souvent appelés Néandertaliens classiques ou typiques. C'est à partir d'eux que la morphologie de cette population peut être décrite.

Les Néandertaliens étaient de taille moyenne, 1,65 m environ. Ils possédaient un squelette extrêmement robuste avec des os épais, des insertions musculaires marquées. Leurs membres étaient relativement courts avec de fortes articulations. Leur cage thoracique était très large.

Leur morphologie est constituée par un complexe de caractères archaïques hérités de leurs ancêtres, de caractères évolués qu'ils partagent avec les hommes modernes et de caractères spécifiques, propres à cette population. Ce sont ces derniers qui constituent son originalité. Le crâne est très volumineux, avec une cavité cérébrale dont la capacité est équivalente à celle de l'homme actuel, soit environ 1 400 cm3 et une variabilité individuelle qui s'étend de 1 200 à 1 800 cm3. Mais sa forme est différente : elle est longue, large, basse, avec un contour transversal ovale, alors que chez l'homme moderne elle est plus courte, haute et de forme pentagonale. Le cerveau des Néandertaliens n'avait pas la même forme que le nôtre, mais il avait le même volume, et rien ne permet de penser que ses performances étaient inférieures aux nôtres. La région postérieure porte un bourrelet osseux transversal, le torus occipital, comme chez tous les représentants archaïques du genre Homo, mais ce relief est divisé en deux lèvres dans sa partie médiane, lèvres qui délimitent une petite dépression. Ce caractère est propre aux Néandertaliens. La région temporale présente, elle aussi, une série de détails morphologiques qui sont propres à cette population fossile, par exemple, l'orifice auditif externe occupe une position relativement plus élevée que chez l'homme moderne.

Vu de face, le crâne néandertalien montre, sous une écaille frontale basse, un très fort épaississement du relief sus-orbitaire. Il s'agit, là encore, d'un caractère archaïque. Au-dessous, la face est à la fois haute et large. La région la plus remarquable est certainement celle qui est comprise entre le bord inférieur des orbites et les dents. Elle est en quelque sorte poussée vers l'avant et, de ce fait, les côtés de la face présentent une orientation générale oblique vers l'arrière et vers l'extérieur. Il n'y a ni la dépression sous-orbitaire, ni l'angle des pommettes que l'on observe sur tous les autres représentants du genre Homo. Le développement de cette région a parfois été interprété comme une adaptation au climat froid, la cavité nasale ayant plus de place pour réchauffer l'air glacé avant qu'il n'atteigne la trachée artère. La mandibule est très longue et présente, en arrière de la troisième molaire, un vaste espace libre.

On observe une réduction progressive du système dentaire au cours de l'histoire du genre Homo et, de ce point de vue, celui des Néandertaliens se place entre ceux des Homo erectus et ceux des hommes modernes. Mais les Néandertaliens ont cependant conservé des dents antérieures, surtout les incisives, de grandes dimensions. Ce fait et l'importance de la face moyenne ont parfois été interprétés comme une adaptation du système dentaire à des fonctions mécaniques importantes. Les Néandertaliens auraient utilisé leurs dents comme outils pour compenser les insuffisances de leur industrie lithique. La très forte usure des incisives du crâne de la Ferrassie, en Dordogne, et du crâne de Shanidar, en Irak, appuie cette remarque. Mais très peu de Néandertaliens présentent une telle usure, et les hommes de morphologie moderne qui ont été leurs contemporains et qui disposaient du même outillage ne la montrent jamais. Cette interprétation ne peut donc être retenue.

Le squelette postcrânien présente lui aussi toute une série de particularités. Par exemple, le bord latéral de la scapula (omoplate) ne possède qu'une seule gouttière, dorsale, alors que chez l'homme actuel il y en a deux, une dorsale et une ventrale. Cette différence a pu avoir des incidences sur les insertions musculaires et donc sur le fonctionnement mécanique de l'épaule, sans qu'il soit pour autant possible de les préciser. Le fémur ne possède pas sur sa face postérieure la forte crête osseuse, le pilastre, que l'on peut voir chez l'homme actuel. Les conséquences biomécaniques de l'absence de ce caractère ne sont pas encore bien comprises. Il serait possible de citer d'autres traits de la morphologie du squelette qui sont spécifiques de cette population. Il est certain que le « complexe morphologique » néandertalien individualise ce groupe à l'intérieur du genre Homo ; toutefois, l'analyse de la variabilité de chaque caractère montre que celle-ci rejoint le plus souvent celle qui est observée chez l'homme actuel. Il est cependant extrêmement difficile d'en tirer des conclusions sur le plan comportemental.

Il y donc une « architecture » néandertalienne que l'on retrouve sur les fossiles européens, entre — 120 000 et — 30 000 ans. La population qui, à la même époque, vivait au Proche-Orient, montre la même structure générale, mais les caractères néandertaliens y sont généralement moins fortement développés. La voûte crânienne est un peu plus haute, la partie moyenne de la face est moins développée, etc. En fait, l'ensemble des Néandertaliens apparaît de plus en plus composé de plusieurs populations régionales dans lesquelles les caractéristiques du groupe pouvaient s'exprimer différemment.

III - Origine et évolution des Néandertaliens

Les premières caractéristiques néandertaliennes sont apparues en Europe sur des fossiles ayant environ 400 000 ans. C'est le cas, en particulier, du crâne de l'Arago, à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, qui a été daté de cette époque du Pléistocène moyen. La région sous-orbitaire montre la morphologie en expansion typique des Néandertaliens. Mais les autres traits de ce crâne sont archaïques et n'évoquent pas la morphologie néandertalienne. Les très nombreux crânes et ossements postcrâniens découverts dans le gisement de La Sima de los Huesos, à Atapuerca, en Espagne (Castille-León) et qui datent de la même époque, présentent eux aussi toute une série de traits néandertaliens, mais la morphologie générale du crâne est encore assez différente de celle des Néandertaliens « classiques ».

Le crâne mis au jour à Steinheim, en Allemagne (Bade-Wurtemberg), en 1933, n'a pu être daté avec autant de précision et pourrait être un peu plus récent. Lui aussi est archaïque par la totalité de ses traits, à l'exception du bourrelet occipital, qui est subdivisé en deux lèvres dans la région médiane, comme celui des Néandertaliens.

Le crâne de Petralona, en Grèce (Chalcidique), a été découvert fortuitement en 1929, hors de tout contexte stratigraphique. Il ne peut donc pas être daté, mais sa morphologie générale archaïque est associée à des caractères néandertaliens.

Il ressort de ces exemples que les traits néandertaliens ont commencé à apparaître, plus ou moins indépendamment les uns des autres, sur des fossiles encore très archaïques par leur aspect général, au cours d'une période que l'on peut situer approximativement entre 400 000 et 250 000 ans. À partir de cette dernière date, les fossiles européens ont acquis la forme typiquement néandertalienne, mais les traits particuliers de cette morphologie n'ont pas encore atteint leur plein développement. On peut citer, pour illustrer cette période, les crânes découverts en 1976 à Biache-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais et ceux de Saccopastore (1929 et 1935), dans la banlieue de Rome. À partir de 120 000 ans, cette évolution morphologique s'est terminée en même temps que la population a atteint son maximum d'expansion géographique.

Ce découpage de l'évolution des Néandertaliens en trois épisodes correspondant à trois stades morphologiques est un peu arbitraire mais représente cependant assez bien l'histoire de cette population.

C'est au cours de la deuxième période que la population néandertalienne, jusque-là confinée à l'Europe, gagne le Proche-Orient. Le squelette découvert en 1929 dans la grotte de Tabun (mont Carmel, Israël) et qui a été daté de 110 000 ans au moins – peut-être même a-t-il 175 000 ans – pourrait témoigner de ce déplacement vers le sud. Les causes de ce mouvement de population sont encore inconnues, mais il est probable qu'une dégradation des conditions de milieu en Europe, liée au développement de l'avant-dernière glaciation et ayant rendu plus difficile la survie des groupes humains ait conduit certains groupes de Néandertaliens à gagner le Proche-Orient. Comme la morphologie néandertalienne est certainement, pour une part, liée au froid, les Néandertaliens du Proche-Orient, installés dans un milieu moins rigoureux, se seraient, en quelque sorte, moins spécialisés que leurs cousins européens. Une fois installés dans cette région, ils auraient évolué indépendamment des populations européennes, ce qui expliquerait que les formes classiques des deux contrées ne soient pas identiques.

IV - Une extinction inexpliquée

Les Néandertaliens disparurent, du Proche-Orient comme de l'Europe, après 40 000 ans. C'est en Europe que ce phénomène a pu être le mieux analysé. À partir de 40 000 ans leur nombre diminua et les derniers Néandertaliens connus proviennent des gisements d'Arcy-sur-Cure, dans l'Yonne, de Saint-Césaire, en Charente-Maritime et de Zafarraya dans le sud de l'Espagne. Ils sont datés de 35 000 ans. La présence, dans le sud-ouest de l'Europe, de gisements encore plus tardifs ayant livré des industries moustériennes caractéristiques des Néandertaliens permet de penser que leur disparition définitive est encore un peu plus tardive, probablement autour de 30 000 ans. Cette disparition s'est produite à l'Aurignacien, moment où arrivèrent en Europe les premières populations de morphologie moderne dotées d'une industrie lithique plus performante, et peut-être d'une organisation sociale plus structurée. Soumis à une compétition, en particulier pour la recherche de leur subsistance, il est possible que les Néandertaliens se soient trouvés en situation d'infériorité et qu'ils aient dû céder progressivement la place, jusqu'à disparaître définitivement.

Prénéanderthaliens et Néandertaliens : principaux gisements Aire de répartition et principaux gisements des Prénéanderthaliens et des Néandertaliens. La date entre parenthèses est la date de la découverte.

Ce schéma est certainement celui qui s'accorde le mieux avec les faits connus actuellement, mais il reste très hypothétique sur bien des points. En fait, nous ne connaissons pas les artisans qui ont fabriqué les premières industries aurignaciennes, nous n'avons pas de restes humains qui nous permettent d'affirmer que toutes ces industries ont été, depuis leurs débuts, l'œuvre d'hommes modernes. Nous ne pouvons que le supposer parce que les fossiles aurignaciens actuellement connus, même s'ils sont plus tardifs, sont bien de morphologie moderne. Nous ne savons pas, non plus, où l'Aurignacien est apparu, ni s'il a une origine unique. Dans le schéma que nous avons proposé, il est envisagé que cette culture paléolithique est née au Proche-Orient ou dans le sud-ouest de l'Asie et qu'elle a été apportée en Europe par les populations modernes. Mais les préhistoriens sont loin d'être unanimes sur ce point, d'autant que les datations disponibles ne montrent pas une antériorité des industries proche-orientales.

Le problème des éventuels contacts entre les deux populations n'est pas résolu. On peut supposer que, la contemporanéité ayant été de plusieurs millénaires, des groupes des deux populations ont dû se rencontrer. Quelles ont été les conséquences de ces contacts ? Sur le plan technique et culturel, on constate que certains Néandertaliens ont abandonné leurs industries moustériennes au moment de l'arrivée de l'Aurignacien et ont créé une nouvelle culture, le Châtelperronien. Peut-on envisager une relation de cause à effet entre ces deux observations ? Le Châtelperronien est-il le résultat d'une acculturation des Néandertaliens ? Ce n'est pas encore définitivement établi, mais cela prouverait qu'il y a eu des contacts entre les deux populations.

Une autre interrogation concerne les relations biologiques entre les deux populations et la possibilité d'un éventuel métissage entre elles. À ce jour, aucun fossile n'a pu être interprété comme un métis de Néandertaliens et d'homme moderne. Cela est interprété par certains spécialistes comme la preuve qu'il n'y avait pas interfécondité entre les deux. Mais nous disposons d'un trop petit nombre de fossiles pour la période comprise entre — 40 000 et — 30 000 ans pour que cette absence de métis puisse être un argument et, de plus, l'identification du métissage sur des restes le plus souvent fragmentaires serait très difficile à établir.

V - Les problèmes actuels

Les problèmes qui ont été évoqués font l'objet de recherches assidues depuis plusieurs dizaines d'années. Mais, de nouvelles interrogations sont apparues à propos des Néandertaliens à la suite d'une série de mises au jour.

Des découvertes importantes ont été faites en Espagne à partir de la fin des années 1970. Elles proviennent de gisements situés dans la zone karstique d'Atapuerca, à proximité de Burgos. Un de ces gisements, La Sima de los Huesos, a livré la plus importante série de fossiles de Prénéandertaliens jamais mis au jour. Plus de 3 000 ossements ont été dégagés, dont des crânes d'adultes et d'enfants. Leur datation n'est pas encore définitivement établie, mais elle se situe probablement autour de 400 000 ans. Les études en cours permettront de mieux comprendre la formation de la lignée néandertalienne.

Un autre site d'Atapuerca, la Gran Dolina, a livré, en 1994, des ossements beaucoup plus anciens, datés de 780 000 ans. On a créé pour eux une espèce nouvelle (1997), Homo antecessor, qui serait à l'origine, en Europe des Néandertaliens par l'intermédiaire d'une autre espèce Homo heidelbergensis, et, en Afrique, des hommes modernes, les vrais Homo sapiens. Un tel schéma évolutif ne peut être considéré actuellement que comme une hypothèse de travail.

En 1996, des chercheurs ont étudié, par imagerie médicale, la disposition des canaux semi-circulaires de l'oreille interne de certains Néandertaliens. Ils ont montré que la disposition de ces canaux était originale et différente de ce qu'elle est dans tous les autres groupes du genre Homo. Ils ont pu ainsi rapporter aux Néandertaliens un temporal isolé provenant d'un niveau châtelperronien (Paléolithique supérieur) d'Arcy-sur-Cure. Les conséquences fonctionnelles d'une telle différence, s'il y en a eu, nous échappent actuellement, mais celle-ci est souvent présentée comme un argument pour faire des Néandertaliens une espèce différente de la nôtre.

Enfin, une autre découverte très importante a été présentée en 1997 à l'université de Munich. Il s'agit de l'extraction d'un segment d'ADN à partir d'un fragment d'os provenant de l'homme de Neandertal lui-même. Ce segment a pu être comparé aux segments identiques des hommes actuels. Il a montré plus de différences avec eux qu'il n'y a de différences entre les populations actuelles. Depuis lors, d'autres analyses ont confirmé l'originalité génétique des Néandertaliens. Il y a là un argument souvent avancé pour faire de cette population une espèce particulière.

Comme on le voit, la répartition chronologique et géographique des Néandertaliens est assez bien connue, de même que leurs caractéristiques morphologiques. Les problèmes qui restent en suspens sont essentiellement de deux sortes. D'une part, la signification fonctionnelle des traits propres à cette population n'est pas encore clairement établie. C'est une des voies de recherches les plus dynamiques, mais aussi une des plus difficiles puisqu'il s'agit de savoir si les différences anatomiques entre les Néandertaliens et les hommes actuels ont eu des conséquences biomécaniques. Rien n'est encore prouvé mais, s'il y en a eu, elles ont peut-être contribué à la disparition des Néandertaliens européens lors de l'arrivée des hommes modernes. D'autre part, ces différences anatomiques et le résultat des analyses paléogénétiques remettent en cause le statut taxinomique de ce groupe humain fossile. Si les Néandertaliens ont formé une sous-espèce, ils étaient, comme nous, issus d'une population archaïque d'Homo sapiens et ont donc pu se métisser avec les premiers hommes modernes dont ils étaient contemporains. S'ils ont constitué une espèce indépendante, ils n'ont plus avec nous les mêmes relations ; les différences observées traduiraient alors un plus grand éloignement biologique. Toutefois, ce plus grand éloignement biologique n’aurait pas été un obstacle rédhibitoire au métissage entre les deux populations

CE – Nous sommes divisés sur ce sujet. Parmi nos anciens, surtout chez ceux qui portent peu d’intérêt à la science, on ne croit qu’à une seule espèce dotée d’une âme, l’homme, descendant du premier couple créé par Dieu il y a six mille ans. En revanche, chez beaucoup de nos jeunes, instruits et informés, les données de la science sont acceptées, ce qui les met dans l’embarras relativement à la réalité du péché originel. Le sujet reste tabou. Nous ne l’abordons jamais dans nos réunions, dans nos publications, nos prédications. Personnellement, je t’avoue que je ne pense jamais à ça.

SC – Tu as bien raison. Trop y songer pourrait faire naître le doute en toi et te conduire sur la voie du scepticisme, voire de l’incroyance.

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Réponse concernant l’âme du Néandertalien

 

Personnellement, je crois que si cet hominidé est doté d’une conscience, lui permettant de faire la différence entre le bien et le mal, il sera responsable devant l’architecte de toutes choses et bénéficiera comme tous ceux qui ont été dans la même espérance que les autres humains qui ont crû en un Dieu juste et bon ce qui correspond aux critères de descriptions émis par Jésus-Christ. Dans ce cas et je précise bien dans ce cas, il semble être doté d’une âme.

Corps, âme, esprit, de quoi sommes-nous faits ?

Une question vieille de 3000 ans

"Le corps est le tombeau de l’âme", a dit Platon (428- 348 av. J.-C.) au 4e siècle avant notre ère. Près de deux millénaires et demi plus tard, certains transhumanistes voudraient eux aussi congédier notre dépouille mortelle : réduit à son cerveau, simple réseau de neurones, l’être humain pourrait, selon eux, être téléchargé sur un ordinateur comme une vulgaire clé USB… des informaticiens se substituant sans doute aux médecins en cas de pépin !

Platon et les transhumanistes, même combat ?

Pas tout à fait. Certes, tous partagent un constat amer : le corps est un empêcheur de tourner en rond, car il est sujet à pléthore de maladies et source de pesantes servitudes. Tous pensent aussi que l’esprit peut perdurer au-delà de la mort : le philosophe, par le biais de la transmigration des âmes ; les transhumanistes, grâce au génie scientifique qui parviendra à fabriquer de nouvelles enveloppes de chair pour y glisser des consciences numériques. Mais si le corps est un obstacle pour Platon, c’est qu’il empêche l’âme de contempler le monde véritable, celui des Idées et du Bien. Alors que nos modernes aspirants à l’immortalité ne recherchent que la poursuite éternelle d’une vie terrestre augmentée.

La conception de la personne semble ainsi avoir singulièrement changé depuis le philosophe grec. La division si familière entre corps et esprit serait-elle moins immuable qu’elle nous le semble ? "Oui ! répond David Le Breton, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’université de Strasbourg. Car elle dépend des représentations sociales du temps."

Lexique

- Âme : Principe susceptible d’animer la matière. Utilisée encore par Descartes comme synonyme de pensée ou de conscience, la notion a été abandonnée par la suite en philosophie à cause de sa trop forte connotation religieuse.

- Esprit : Terme employé dès l’Antiquité grecque, chaque philosophe en donnant sa propre définition. Au sens contemporain, instance de pensée qui est en l’Homme.

- Dualisme : Toute doctrine soutenant l’existence de deux principes irréductibles l’un à l’autre, comme l’âme et le corps pour Descartes. S’oppose au monisme : doctrine selon laquelle il n’existe qu’un seul principe, le plus souvent la matière.

- Phénoménologie : Au sens général, étude des phénomènes. Au sens particulier, mouvement initié par le philosophe allemand Husserl (1859-1938), qui entend revenir "aux choses mêmes" pour fonder la philosophie comme science rigoureuse.

Qu’est-ce qui donne la vie au corps ? "L'âme" !

 

Reprenons le fil à l’époque de Platon, alors que s’engage pour la première fois une interrogation rationnelle sur la nature. L’une des questions essentielles des philosophes concerne l’être humain. Qu’est-ce qui donne la vie au corps ? "L’âme" est la réponse unanime. Une âme qui n’est pas une entité séparée du corps, d’origine surnaturelle, mais qui fait partie du cosmos. La manière dont elle anime le corps reste cependant discutée. Pour Empédocle (v. 490-430 av. J.-C.), c’est un mélange des quatre éléments, feu, air, eau et terre, dont le plus ou moins bon accord détermine l’acuité de la pensée. La vision de Démocrite (v. 460-370 av. J.-C.) apparaît plus concrète : un nuage d’atomes lisses et ronds, constamment renouvelés par la respiration, et qui fait jouer les muscles et les articulations. Quant à Aristote (385-322 av. J.-C.), il l’affirme : c’est une énergie donnant vie à la matière qu’est le corps, une substance qui est la perfection de l’être vivant et ne lui survit pas… sauf une petite partie, l’intellect.

Son maître Platon semble plus hésitant. L’âme est-elle corporelle, incorporelle ou mêle-t-elle matière et souffle ? Dans la République, il s’imagine en ouvrant une. Cette dissection laisse apparaître une hydre aux cent têtes représentant les désirs et les passions, un lion, métaphore de l’énergie vitale, et un homme minuscule face à ces bêtes tumultueuses qu’il doit dompter : c’est la raison, seule partie immortelle de l’âme. Tyran de l’âme, le corps témoigne pourtant de l’harmonie ou du dérèglement de cette dernière. Il s’agit donc non de le mépriser, mais de le discipliner par la gymnastique, la musique ou la médecine. Car la maladie, notamment mentale, est le fruit d’une lutte : "Si l’âme est plus forte que le corps, elle “le secoue tout entier du dedans”, produisant la manie ; si le corps est plus fort, l’âme tombe dans “la plus grande des maladies, l’ignorance”", rapporte Claude Quétel, ancien directeur de recherche au CNRS. Platon se démarque donc des conceptions archaïques considérant les affections comme envoyées par les dieux ou les démons, et susceptibles d’être soignées par des pratiques magico-religieuses.

Les quatre humeurs

C’est qu’il est contemporain du "père de la médecine", Hippocrate de Cos (460-356 av. J.-C.), premier à s’adonner à une thérapeutique rationnelle tirant sa puissance de l’observation. Les fondements de sa pratique resteront à la base de la conception du soin pendant près de deux millénaires ! Selon lui, le corps est constitué de quatre humeurs, sang, phlegme, bile noire et bile jaune, en correspondance avec les quatre éléments et les quatre qualités : froid, humide, chaud, sec. La bonne santé résulte de leur juste mélange. Qu’un élément l’emporte, et il faudra réaliser des exercices de purification, suivre un régime alimentaire pour rétablir l’harmonie du corps avec l’âme et le cosmos dont elle émane.

Dans l’univers biblique

 

C’est une tout autre vision de l’être humain qui a cours : pas de corps qui contiendrait une âme, pas même de mot pour le désigner. L’Homme est une personne indivisible, une chair dans laquelle corps et âme ne se distinguent pas. Et dont la maladie est la conséquence du péché, de l’imperfection humaine. La nouveauté radicale d’un dieu fait chair va naturellement reposer les termes du débat dans le monde gréco-romain. "Jésus s’incarne, mange, partage la vie quotidienne de ses disciples", rappelle David Le Breton. Entre ange attiré par le ciel et animal soumis aux instincts les plus grossiers, entre dualisme grec et monisme chrétien, l’être humain oscille.

L'Homme, la synthèse de trois entités : le corps, l'âme, l'esprit

 

Les premiers temps du christianisme hésiteront, faisant souvent de l’Homme la synthèse non pas de deux entités, mais… de trois : le corps, l’âme, l’esprit, chaque théologien les concevant à sa manière. Peu à peu, cependant, la partition dualiste s’affirme : au fil du temps, "une cohorte de traités sur l’âme et le corps répètent que la personne humaine est formée par la conjonction d’une âme, incorporelle, rationnelle et immortelle, et d’un corps, matériel et périssable, raconte Jérôme Baschet, enseignant chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales et à l’Université autonome du Chiapas, au Mexique.

Le corps est fait à l’instar du monde, l’âme à l’image de Dieu" : le premier porte les relations avec les parents proches, la seconde, une relation exclusive avec son créateur.

Pour autant, l’insistance mise sur cette dualité, qui s’accompagne d’une dévalorisation de la chair, s’atténue de plus en plus, notamment aux 12e et 13e siècles : les théologiens insistent davantage sur l’union positive des deux entités, avec parfois de jolies images. Ainsi de Hugues de Saint-Victor au 12e siècle : "La musique entre le corps et l’âme, c’est l’amitié naturelle par laquelle l’âme est reliée au corps, non par des entraves matérielles mais par des affects, afin de donner au corps mouvement et sensibilité." Reprenant Aristote, le dominicain Thomas d’Aquin ira plus loin au 13e siècle. Pour lui, "un état du corps séparé de l’âme est contre nature, explique Jérôme Baschet. Le corps est nécessaire à la plénitude de la personne, mais aussi à la perfection de l’âme". Jusque dans la mort ! S’impose alors l’image du corps glorieux, celui du ou de la ressuscité(e) : "Il reste un corps, fait de la même chair que les corps vivant sur terre. Mais il acquiert des qualités nouvelles qui sont normalement celles de l’âme." Il conserve aussi tous les organes dont il a été doté durant la vie terrestre. Au paradis, cependant, ceux qui servent normalement à la digestion et à la reproduction deviennent inutiles. "La cuisine et le sexe n’ont de place qu’en enfer", s’amuse Jérôme Baschet.

L’affirmation de cette vision équilibrée, hiérarchisée, de l’unité de la personne n’est pas anodine. L’Église entend en effet en faire le modèle de la société : le corps serait soumis à l’âme comme les fidèles, attachés aux choses terrestres, sont assujettis aux clercs que leur vie spirituelle rend supérieurs. Mais elle aura parfois du mal à la faire entendre : les cathares, par exemple, feront de Satan le créateur du corps, un ange étant envoyé en guise d’âme.

Dans ce contexte, l’Église joue un rôle essentiel dans la définition de la médecine, encore traversée de traditions populaires païennes. Contre celles-ci, elle encourage une vision du soin plus rationnelle. Dès le 12e siècle, la science médicale connaît un renouveau après la traduction de textes grecs et arabes, notamment le Canon d’Avicenne écrit vers 1030. L’Homme de l’art se doit de connaître l’anatomie, de rechercher les causes des maladies, toujours en se basant sur la théorie des humeurs d’Hippocrate. Ainsi, rapporte l’historien Georges Vigarello, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, le mélancolique qui croit que son corps est fait de beurre et refuse de s’approcher du feu par crainte de fondre n’est, pour son médecin, que la proie d’un dérèglement des humeurs… Quant aux malades, persuadés pour la plupart que leur affection est une punition divine, ils s’empressent de recourir aux pèlerinages ou aux pénitences et à toute une kyrielle de saints guérisseurs… L’effet psychologique joue à plein !

Pratiquées sous le manteau depuis des siècles, les dissections entrent enfin à l’Université

Dans les derniers siècles du Moyen Âge, le rapport qu’entretient l’Homme avec lui-même change profondément. La confession, qui prend son essor au 12e siècle, oblige le chrétien à scruter non plus seulement ses actes, mais ses intentions. S’ouvre alors tout grand le domaine des émotions, des sensations, des sentiments, la construction d’un espace intérieur, d’une conscience. Avec l’intensification des pratiques commerciales, les marchands, eux aussi, doivent réfléchir, anticiper, décider, chacun pour soi, de leurs actes. Au 16e siècle, les dissections, pratiquées sous le manteau depuis quelques centaines d’années, entrent au programme des universités. Un cercle savant distingue ainsi implicitement l’être humain de son corps, devenu "un fragment en quelque sorte autonome de l’Homme", remarque David Le Breton. Ces "spécialistes du corps" vont affirmer un mépris croissant envers les savoirs populaires, ceux des guérisseurs ou sorcières, encore attachés à considérer l’être humain en correspondance avec le cosmos.

L’individu, au sens moderne du mot, s’esquisse donc peu à peu ; l’art naissant du portrait en porte témoignage. Mais pour que cette dynamique aboutisse, il faudra une étape supplémentaire : Descartes !

Les Méditations métaphysiques de René Descartes (1596-1650), parues en 1641, ont pour objectif affiché de "démontrer l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme", afin de récuser les idées audacieuses de certains libres penseurs selon lesquels l’âme meurt avec le corps. L’un de ses passages, en instaurant le fameux dualisme cartésien, va changer le monde à jamais : "Parce que d’un côté j’ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue [non située dans l’espace, ndlr], et que d’un autre j’ai une idée distincte du corps, en tant qu’il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que ce moi, c’est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu’elle peut être ou exister sans lui."

Pour Descartes, il y a d’un côté la "chose pensante", de l’autre, la "chose étendue"

Voilà posée la grande distinction : d’un côté la "chose pensante", âme ou esprit, "qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent", n’a besoin d’aucun corps pour exister, et s’affirme comme la seule à pouvoir dire "je suis", ce que résume le célébrissime "je pense, donc je suis" ; de l’autre, la "chose étendue", le corps, occupant une position dans l’espace, qui ne pense pas et ne peut dire "je", mais est susceptible, comme tous les objets physiques (et Descartes est un scientifique !), d’être étudié de façon objective, détachée. Ainsi, "la personne est entièrement identifiée à la conscience qu’elle a d’elle-même", remarque Jérôme Baschet.

En outre, pour le philosophe français, dont l’ambition est de construire une science universelle de la nature, cette dernière "n’est plus pensée en référence à une entité divine surnaturelle, mais purement et simplement identifiée à la matière", raconte l’historien. Le corps, qui vit par lui-même, peut être décrit comme une machine, un automate, "un corps détaché de la singularité de la personne, un corps universel, purement biologique", analyse David Le Breton. C’est la voie dans laquelle s’engagera la médecine moderne, qui permettra des résultats spectaculaires mais aussi des échecs lorsque sera oubliée "l’efficacité symbolique de la relation entre le médecin et son patient, personne de chair et non corps ambulant", poursuit le chercheur.

"Je sens, donc j’existe"

Descartes lui-même, cependant, ne se montrera pas aussi "cartésien" que certains de ses successeurs, affirmant une certaine union de l’âme et du corps : "Je ne suis pas logé seulement dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire, mais je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui." Il précisera même où se situe le lien entre les deux substances : la glande pinéale, une petite structure située dans le cerveau.

Avec les Lumières, nouveau tournant : l’attention se déplace sur le sensible, comme le montre Georges Vigarello. Alors qu’auparavant, seuls étaient perçus l’âme, ou la conscience, et les sens extérieurs - vue, ouïe, odorat, goût, toucher - qui en étaient comme les portes d’entrée sur le monde, l’individu explore ses sensations internes, qui deviennent le socle de son identité. "Je sens, donc j’existe", dira l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814). Chez Diderot, le "soi" remplace l’âme, définissant l’identité "au croisement du charnel et du mental, mêlant l’immédiateté du corps à l’immédiateté de la conscience », remarque Georges Vigarello.

Corps et âmes, entités mouvantes

 

Combien d’âmes, combien de corps avez-vous ? Et quel sera leur destin à votre mort ? Question étrange pour un Occidental, moins pour les autres habitants de la planète. Pour les Inuits, par exemple, il existe deux âmes, la première éternellement vivante dans l’autre monde, la seconde promise à la réincarnation. Les Maenge de Nouvelle-Bretagne, en Océanie, se représentent deux corps. L’un extérieur, associé à la peau, l’autre interne, vu comme une pulpe porteuse de vie. À chacun d’eux est associé une âme. Dans presque toutes les sociétés, entités somatiques et animiques se disjoignent au moment de la mort… et parfois pendant la vie, occasionnant rêves, transes, mort apparente. Dès lors, qu’est-ce qu’une personne formée d’entités si mouvantes ? La vision de "l’individu comme point, le moi occidental défini par lui-même et pour lui-même" est une exception, comme le note Jérôme Baschet. Qui en appelle, à la suite de l’anthropologue anglaise Marilyn Strathern, à se représenter les personnes comme un tissu de relations. Des liens qui ne s’ajouteraient pas à un individu déjà là, mais le constitueraient tout au long de sa vie. De quoi replacer chaque être humain au sein d’un univers relationnel et cosmique négligé par l’Occident depuis Descartes.

"Tous les aspects opératoires, intellectuels de ce qu’on appelle l’esprit sont capturés par les sciences cognitives et neuro-cognitives"

En médecine, les notions d’humeurs sont remplacées par l’intérêt porté aux nerfs et à la sensibilité. Le médecin des Lumières tentera de comprendre ce que ressent l’Homme au corps de beurre. Laennec, en 1819, invente le stéthoscope qui permet de "voir" l’intérieur du corps vivant et de diagnostiquer la tuberculose avant même que le malade en ait conscience. Les hommes de l’art commencent à prendre au sérieux les récits de leurs patients, et ces descriptions de symptômes ouvrent la voie à une psychologie de plus en plus affinée. Jusqu’au début du 20e siècle qui voit l’invention du "schéma corporel" : le corps physique est dès lors représenté de façon spatiale dans l’esprit.

Par la suite, ce corps intériorisé va devenir l’objet de projets de transformation : relaxation, sport, danse… et ce sera tout l’éventail des pratiques psychocorporelles. Avec l’avènement des sciences cognitives, à partir des années 1950, l’esprit lui-même va être matérialisé, réduit au simple fonctionnement du cerveau et, en dernière analyse, à des processus physico-chimiques. "Tous les aspects opératoires, intellectuels de ce qu’on appelle l’esprit sont capturés par les sciences cognitives et neuro-cognitives, ou par l’intelligence artificielle", appuie le philosophe et physicien Michel Bitbol, directeur de recherche au CNRS).

Deux écoles s’imposent alors. En Europe, particulièrement en France, les philosophes approfondissent la phénoménologie de l’Allemand Edmund Husserl (1859-1938) : la conscience est liée à la perception que j’ai des choses. L’ultime évidence, c’est celle de l’expérience vécue. Ou, pour le dire à la Descartes, "je ressens mon corps, donc je suis, donc le monde aussi". Tandis que la voie anglo-saxonne occupe des myriades de chercheurs autour du mind-body problem pour lequel seule la matière existe, tout l’enjeu consistant à déterminer comment les processus mentaux, émanations du corps, s’articulent avec les processus corporels. Avec pour certains, au bout du projet, le corps jetable des transhumanistes.

Conclusion

 

Monsieur Gaspard ces réponses à la question posée sont celles d’un novice en ce qui concerne le domaine des Néandertaliens aussi dans aucun cas elles ne peuvent être le reflet de la pensée du monde chrétien.

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