Le Royaume de Dieu vu par Jésus
Par
Bernard IRRMANN
Une dissertation requise pour le certificat intitulé :
DOCTORAT EN THEOLOGIE
A l’attention de :
BIBLEDOC
P.O. BOX 118
USA
Nous nous proposons dans cette dissertation de décrire le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Ce travail consistera à montrer l’accomplissement du Royaume, par la vie, les paroles, les actes, les miracles, l’enseignement du Christ, la recherche sera faite à partir des évangiles. Le but de cette étude étant de montrer que le Royaume est présent tout en étant à venir.
Date : 14/01/2022
Table des matières
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. i
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu. I
Le Royaume à travers les siècles. II
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu. II
L’alliance dans l’Ancien Testament. III
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ. VI
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts. VI
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?. VII
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?. VIII
Le centre du message de Jésus. VIII
Les références concernant le Royaume de Dieu. IX
Un résumé du message de Jésus. X
Une variété de contextes et de locutions verbales. X
Un symbole de l’activité divine. XI
La perte de la notion de Royaume. XII
Comprendre le contenu du message de Jésus. XIII
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?. XIV
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape. XV
A : La proclamation du Royaume. XV
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu. XV
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives. XV
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière. XV
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent XVI
L’activité divine déployée en Jésus. XVI
Jésus proclame un évènement XVI
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions. XVI
La sanctification du nom divin. XVII
La vision théocratique du Christ XVII
Pour Christ proclamer le Royaume. XVII
Les résultats de la reconnaissance. XVII
De la reconnaissance, découlera des bienfaits. XVII
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu. XVIII
A ne pas confondre avec les bienfaits. XVIII
Le Royaume comme programme. XVIII
L’étiquette Royaume de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu est proche. XIX
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu. XIX
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus. XIX
Le Royaume a déjà commencé. XIX
Le temps d’attente est terminé. XX
Le Royaume est donc venu vers vous. XX
Le Royaume est au milieu de vous. XX
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?. XX
L’importance de prêter attention à ce qui se passe. XX
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui XX
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume. XXI
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur. XXI
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle. XXI
Le Royaume est à la fois actuel et à venir. XXI
L’aspect présent et futur du Royaume. XXI
La nature même du Royaume. XXI
Le Royaume est un évènement dynamique. XXII
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent XXII
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future. XXII
F : Le mystère du Royaume. XXII
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé. XXII
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention. XXII
Le fameux mystère du Royaume de Dieu. XXIII
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives. XXIII
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment XXIII
La présence du Royaume à des répercutions visibles. XXIII
Une avancée sans recours à la violence. XXIII
G : l’orientation du Royaume. XXIII
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde. XXIV
Prophète de son temps et des derniers temps. XXIV
L’aspect apocalyptique du Royaume. XXIV
Le langage apocalyptique est présent XXIV
La parabole des dix vierges. XXIV
Une bataille cosmique dans le monde spirituel XXIV
Les thèmes des apocalypses Juifs standards. XXIV
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps. XXV
Le Royaume de Dieu concerne le Présent XXV
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles. XXV
Un discernement spirituel pour voir le Royaume. XXV
Le Royaume est tourné vers l’avenir. XXV
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps. XXV
Le Royaume est une puissance libératrice. XXV
Le Royaume : concret ou abstrait ?. XXVI
Les clés pour entrer dans le Royaume. XXVI
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu. XXVI
Le Royaume de Dieu a un caractère national XXVI
Le Messie royal envoyé par Dieu. XXVI
La sanctification du nom de Dieu. XXVII
Sur la terre comme au ciel XXVII
Activité spécifique de Dieu dans le monde. XXVII
Espérance de remplir toute la terre. XXVII
Quelque chose qui se passera sur la terre. XXVII
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?. XXVII
Un écrit pour les Juifs. XXVIII
Mon Royaume n’est pas de ce monde. XXVIII
L’autorité qui vient du ciel XXVIII
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël XXVIII
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre. XXVIII
Dieu va rassembler le peuple du Royaume. XXVIII
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. XXIX
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu. XXIX
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu. XXX
Celui qui vient au nom du Seigneur. XXX
Crucifierai-je votre roi ?. XXX
La relation exacte entre Jésus et le Royaume. XXX
Le Royaume est avant tout une personne. XXX
Le statut personnel du Messie. XXXI
J : Les bénéficiaires du Royaume. XXXI
Les interrogations du Royaume. XXXI
Tous ne comprendront pas le message. XXXI
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume. XXXI
Pas de distinction entre les être humains. XXXII
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu. XXXII
K : Les différentes demandes du Royaume. XXXII
Repentez-vous car le Royaume est proche. XXXII
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu. XXXIII
Se soumettre à l’autorité divine. XXXIII
La rébellion à l’égard de Dieu. XXXIII
Porter sa croix chaque jour. XXXIII
La reconnaissance du Règne de Dieu. XXXIV
Rechercher une vie conforme à Dieu. XXXIV
Le mode de vie du Royaume de Dieu. XXXIV
Faire les choix éthiques de Dieu. XXXIV
Le renversement des valeurs sociales. XXXIV
Ceux qui font la volonté de mon Père. XXXV
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens. XXXV
Il faut prendre sa croix. XXXV
Il faut calculer la dépense. XXXV
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner. XXXV
Ils retrouveront leurs vies. XXXVI
L : La communauté du Royaume. XXXVI
Il choisit des disciples. XXXVI
Ceux qui suivaient Jésus. XXXVI
La nouvelle communauté de croyants. XXXVII
J’ai voulu rassembler tes enfants. XXXVII
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. XXXVII
Une communauté messianique. XXXVII
Une nouvelle fraternité. XXXVII
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ
Parler du Royaume de Dieu de la manière et de la façon à laquelle le Seigneur Jésus de Nazareth le voit, pourra sembler pour beaucoup une gageure, voire même un manque d’humilité. Pourtant, en entreprenant ce travail de rédaction, mon but essentiel est de mieux comprendre ce que le Messie voulait dire en mentionnant le Royaume de Dieu.
En octobre 1970, un changement énorme s’est produit dans ma vie d’adolescent et de jeune adulte, suite au témoignage de la rencontre avec Jésus d’un jeune homme qui habitait au foyer de jeunes travailleurs de Dijon. Cet homme avait le même âge que moi. Le discours de ce témoin de Christ m’avait marqué à cause des détails, qu’il m’avait donné sur les suites de cette conversion à Dieu et à son fils Jésus-Christ. Ce témoin de Christ, dont j’ignore le prénom et le nom, avait facilité mes recherches d’emploi en me prêtant son vélo, alors qu’il ignorait tout de moi.
Lors de certains échanges que j’avais eu avec lui, cet homme qui est devenu mon frère sans qu’il l’apprenne, m’avait témoigné, d’une part de la joie qu’il avait eu de connaître le Messie, mais aussi et surtout, c’est cela qui m’avait le plus marqué à l’époque, des soucis qui étaient les siens, après sa découverte de la foi dans le fils de Dieu. Ainsi, j’ai appris qu’il avait des difficultés avec sa fiancée qui ne le comprenait plus, il en était de même pour son employeur, qui lui aussi se demandait ce qui s’était produit chez son salarié. En écoutant cela, la pensée qui m’était venue n’était pas très positive, il me semblait en écoutant ce témoignage qu’avoir la foi, n’était qu’une source de soucis supplémentaires dans ce monde.
Quelques jours après cet échange avec ce jeune dijonnais, mon entretien d’embauche n’ayant pas abouti, j’ai quitté cette auberge de jeunesse pour retourner dans la région Lilloise. Toutefois, je n’ai pas revu l’homme qui m’avait prêté sa bicyclette, j’ai donc laissé celle-ci à un endroit, que nous avions prévu, pour qu’il puisse la récupérer. Quelques mois plus tard, alors que je me trouvais sur un chantier dans le Douaisis, je me suis souvenu de ce jeune, de son témoignage qui m’avait marqué par ses paroles et par l’aide qu’il m’avait aussi apportée lors de mes difficultés de recherche d’emploi dans la région Dijonnaise. Cette période d’octobre 1970 était une phase particulière dans ma vie de jeune adulte, j’étais à cette époque-là en lutte contre tout, mes parents, le monde et moi-même.
Le 6 octobre 1970 quelque de chose de particulier s’est produit, alors qu’il y avait en moi un combat intense, un désir de tout détruire autour de moi, je me suis rappelé du témoignage de ce jeune qui avait des soucis avec sa fiancée et son patron. Et aussitôt une sorte de dialogue/monologue s’est produit dans mes pensées et je me suis entendu dire à Dieu, où est ton royaume ?
Je n’ai pas eu de réponse concernant le Royaume de Dieu, mais tout au fond de moi une voix s’est fait entendre avec ses mots « pardonne-leur ». Aussitôt, sans comprendre ce que je faisais, j’ai obéi à cette injonction qui m’était donnée avec douceur. À peine avais-je accepté de pardonner, une métamorphose s’est produite en moi, il me semblait que je voyais le soleil, la nature, le monde d’une autre manière, ma façon de regarder et d’appréhender les gens et les choses venait de changer, tout me semblait plus beau, plus joyeux, l’herbe était plus verte, les oiseaux plus beaux. Une paix m’avait rempli, j’avais de l’amour à donner aux autres.
J’étais né de nouveau, bien sûr, je n’avais pas encore tout compris du message de Christ, mais j’avais commencé à entrevoir le Royaume de Dieu (Jean 3 : 3-5). Mais, allons ensemble à la recherche de ce Royaume de Dieu vu par Jésus.
Lors de mon baptême en avril 1977, presque sept ans après ma rencontre avec l’esprit de Jésus, j’ai eu une discussion avec un des responsables de la communauté d’Hérmanches en Suisse. Cet évangéliste à qui j’avais raconté ma manière de concevoir le Royaume de Dieu, m’avait dit à l’époque que c’était un esprit mauvais qui m’avait donné cette vision du Royaume, car pour lui on ne verra le Royaume de Dieu que lorsque le Messie reviendra. Pendant longtemps, voire trop longtemps, je suis resté avec cette pensée au fond de mon cœur et de mon esprit.
Aujourd’hui après 52 ans de marche avec celui qui est devenu mon Seigneur et qui m’a fait connaître le Père ainsi que la vie éternelle, tout en me servant des mots de Jésus relatés par les premiers disciples du Christ, j’essaierai de démontrer que l’entrée dans le Royaume de Dieu débute à notre nouvelle naissance. Pour cela il me faudra reprendre un grand nombre d’enseignements, de paraboles, d’actes y compris l’acceptation de la croix par Jésus-Christ pour étayer mon propos sur le Royaume de Dieu et son apparition sur notre terre. Il sera même utile de rechercher dans certains passages de ce que nous appelons Ancien testament pour mieux comprendre la réalité du message du Messie d’Israël et des nations. D’une manière simple, mais aussi pédagogique, je vais essayer de vous montrer comment j’imagine le regard de Jésus-Christ sur le Royaume de Dieu.
Si vous l’acceptez ? J’aimerais demander au Père de mon Seigneur Jésus-Christ de poser sa main sur ce travail de recherche.
Père, toi qui as envoyé Jésus pour nous montrer le chemin qui mène à toi et à la vie éternelle, permet que nous puissions découvrir, grâce aux propos de ton fils Jésus de Nazareth, la réalité de ton Royaume, le commencement de celui-ci et l’importance de comprendre son réalisme dans chacune de nos vies. Donne-nous Père Saint l’intelligence et le discernement pour comprendre ton plan et ton amour dans ce Royaume. Merci Père pour ton aide dans nos faiblesses de compréhension. « Chercher premièrement le Royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6 : 33).
« Le Royaume de Dieu est habituellement traité comme une question d’eschatologie. Il est introduit en dernier comme quelque chose à considérer après l’examen de toutes les autres doctrines. Mais d’où vient cette idée que notre théologie devrait se conclure avec le Royaume quand Jésus a commencé avec lui ? »
(Howard A. Snyder, A. Kingdom Manifesto, Pages 119-120)
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu
« Je dois aussi annoncer aux autres villes le Royaume de Dieu, c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43)
Aussi inimaginable et déconcertant que cela puisse paraitre, nous pouvons dire que, d’une certaine manière et à un moment donné de notre vie, quand nous nous sommes tournés vers le Christ, dans la repentance et la foi, nous ne connaissions pas sa vision à propos du Royaume de Dieu. Notre foi en Jésus est sincère, toutefois notre connaissance vis à vis du Royaume, elle, est déficiente. Pour beaucoup, la thématique du Royaume n’a jamais été dans nos pensées et par là même nous n’avons aucune vision de ce qu’est réellement le Royaume de Dieu. Puissions-nous dire après cette étude « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois » (Jean 9 : 25).
Pour faire cette étude, nous essayerons de suivre Jésus-Christ dans son ministère sur terre « évènements tels qu’ils nous ont été racontés par les témoins qui les ont vus de leurs propres yeux et qui ont eux-mêmes obéit à la parole de Dieu et l’ont répandue. » (Luc 1 : 2).
Pour avoir une compréhension du Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, nous chercherons à découvrir les différentes façons qui ont été employées par le Messie pour annoncer et expliquer le Royaume de Dieu. En observant les évangiles nous voyons qu’il y a eu la proclamation, Jésus annonce le Royaume de Dieu.
Par son enseignement, le Christ décrit l’éthique du Royaume de Dieu. Par les paraboles, le Messie redéfinit la nature du Royaume de Dieu. Par ses actions Jésus démontre la puissance et la vie du Royaume de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ rend possible notre participation au Royaume de Dieu.
L’imminence du Royaume de Dieu proclamé par Jésus signifiait que Dieu était sur le point d’agir en vue de l’accomplissement du salut et d’un nouvel ordre rédempteur. Sa mort et sa résurrection en ont constitué le climat tout en étant la dernière étape avant la pentecôte.
Pour appuyer mon enseignement sur le Royaume de Dieu, je mettrai en parallèle les travaux d’autres exégètes qui ont écrit sur ce thème. Beaucoup d’auteurs voient dans la thématique du Royaume de Dieu le thème unificateur et central du nouveau testament et même de toute la Bible. Il serait impossible de les mentionner tous. Aussi nous en prendrons cinq parmi ceux que je connais par leurs écrits.
Tour d’abord, je vous citerai Graeme Goldsworthy qui a beaucoup écrit sur le thème du Royaume de Dieu. Dans ses ouvrages il propose de voir le Royaume de Dieu comme constituant la trame de toute l’écriture. Je prendrai deux phrases qu’il a écrit dans l’ouvrage « The Kingdom of God as Hermeneutic, Gid », SBJT, 12/1, 2008, pages 11, 14, 7. »
« Dans sa plus simple expression, le Royaume de Dieu réfère au règne de Dieu. La tâche de la théologie biblique consiste à essayer de discerner comment ce principe fondamental est révélé et exprimé partout dans le canon biblique ».
Ou encore : « La proposition d’une définition simplifiée du Royaume de Dieu telle [Le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu sous le règne de Dieu] peut être vérifiée à la lumière de l’ensemble du canon de l’écriture. En fait, je ne trouve pas un seul endroit dans les écritures qui n’a pas un rapport avec cette structure. ».
Le Royaume à travers les siècles
Dans son livre : « Le Royaume révélé de l’ancien testament à l’Evangile », Goldsworthy nous propose de voir le plan de Dieu comme étant composé des étapes suivantes :
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu est promis (avec Abraham et les patriarches)
- Le Royaume de Dieu est préfiguré (avec David et la monarchie)
- Le Royaume de Dieu est présent dans le temps et l’histoire (avec Jésus)
- Le Royaume de Dieu est parfaitement accompli (lors du retour de Jésus)
Comme deuxième exégète et écrivain, je prendrai Vaughan Robert qui a écrit un ouvrage qui se nomme : « God’s Big Picture, tracing the Storyline of the Bible ». Dans ce livre, cet exégète conçoit le Royaume de Dieu comme thème unificateur des écritures.
Je prendrai comme exemple une de ses phrases :
« Tout thème unificateur utilisé pour nous aider à voir comment la Bible se tient ensemble doit provenir des écritures elles-mêmes plutôt que de leur être imposées ; et il doit être suffisamment général pour permettre à chaque élément d’apporter sa propre contribution. Le thème du Royaume de Dieu respecte ces deux conditions ».
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu
Vaughan Robert définit le Royaume de Dieu de la même manière que Goldsworthy, c’est-à-dire : « Le Royaume de Dieu, comme étant le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu, sous le règne de Dieu et la bénédiction de Dieu ». Il divise la Bible en huit sections qui correspondent aux différentes époques de la réalisation du plan de Dieu en vue de restaurer son Royaume.
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu évaporé (la chute)
- Le Royaume promis (les patriarches)
- Le Royaume partiel (les rois)
- Le Royaume prophétisé (les prophètes)
- Le Royaume présent (avec Jésus)
- Le Royaume proclamé (période de l’église)
- Le Royaume parachevé (retour de Jésus).
L’alliance dans l’Ancien Testament
Le troisième exemple que je prendrai pour étayer mes propos se trouve dans le livre qu’ont écrit ensemble Craig G. Bartholomew et Michael w. Goheen et dont l’ouvrage se nomme : « The Drama of Scripture. Finding Our Place in the Biblical Story ».
Pour eux, il y a deux grands thèmes unificateurs dans les écritures : L’alliance dans l’Ancien Testament et le Royaume de Dieu dans le Nouveau Testament. Ces deux thèmes résument l’activité de Dieu à travers l’histoire humaine. Ils constituent des éléments importants pour comprendre le but rédempteur de Dieu. La lecture de la Bible doit être faite comme si on lisait une histoire constituée de six actes principaux.
1. Premier acte : Dieu établit son Royaume (la création)
2. Deuxième acte : les humains se rebellent contre le Royaume (la chute)
3. Troisième acte : le Roi choisit Israël (la rédemption est initiée)
Interlude : le Royaume attend son dénouement (période intertestamentaire)
4. Quatrième acte : la venue du Roi (la rédemption est accomplie)
5. Cinquième acte : la propagation de la nouvelle du Roi (la mission de l’église)
6. Sixième acte : le retour du Roi (la rédemption est achevée).
Pour ces deux coauteurs : la création, le péché, Israël, Jésus, l’Eglise et la nouvelle création forment les six grands actes de l’histoire Biblique. Le Royaume de Dieu est successivement établi, contesté, initié, attendu, accompli, proclamé puis complété.
J’aimerais vous faire lire une des phrases écrites dans le livre précité et qui se trouve à la page 27 « Un des développements les plus passionnants en recherche Biblique au cours des dernières décennies est que certains spécialistes reconnaissent de plus en plus que la Bible à la forme d’un récit... Elle fait fonction de Parole de Dieu qui a autorité pour nous quand elle devient le récit de base au moyen duquel nous comprenons nos propres expériences et pensées et le fondement sur lequel nous appuyons nos décisions et nos actes ».
Essayons de comprendre comment les coauteurs voient les six actes et cela de façon plus développée.
Le premier acte : est la création à ce moment de l’histoire du monde, l’être humain vit en plein accord avec son créateur. Le règne de Dieu est expérimenté.
Dans le deuxième acte : on voit que l’être humain se détourne du créateur en commettant le péché. Le règne de Dieu est contesté.
Pour le troisième acte : Israël naît : Dieu amorce un processus de rédemption. Le Royaume de Dieu est préparé. Ce règne est la promesse faite à Abraham et aux patriarches. Il a été initié par Moise et Josué, préfiguré par David et par ses descendants ainsi que prophétisé par différents prophètes.
Un interlude de plus de 400 ans, appelé la période intertestamentaire, va amener Israël à soupirer pour une intervention de Dieu. Le Royaume de Dieu est espéré.
Dans le quatrième acte : Jésus-Christ vient pour inaugurer le royaume de Dieu. Dieu réalise son plan rédempteur via la mort et la résurrection du Messie.
Pour le cinquième acte : Nous voyons les croyants qui propagent la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du sauveur Jésus-Christ. Nous assistons à la proclamation du Royaume de Dieu. C’est le temps de l’église.
Au sixième acte : Jésus revient chercher les siens, apporter la justice et renouveler le monde. Le Règne de Dieu est réalisé. C’est le temps de la nouvelle création.
Ma méthode de travail
Pour rédiger cette dissertation de type : Thèse doctrinale et particulièrement pour le sujet entrepris : Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je prendrai certaines paroles de Jésus concernant le Royaume de Dieu dans l’ensemble des évangiles. Il est impossible de fournir une étude détaillée de tous les versets ou de faire une étude approfondie pour chaque évangéliste qui a écrit sur le Royaume, il va de soi que chaque évangéliste pourrait apporter une touche spéciale à ce travail de recherche. Mais le but initial est d’apporter au lecteur une vue d’ensemble sur le Royaume de Dieu et de montrer qu’un des buts de l’enseignement de Jésus-Christ, voire le principal, était d’annoncer l’arrivée du Royaume de Dieu.
Mon approche sera d’ordre macroscopique et non microscopique. Je regarderai cette étude en alliant la théologie biblique et théologie systématique : La théologie biblique me permettra de comprendre ce que veut dire la Bible en ses propres termes et me permettra de tracer le développement historique de la thématique du Royaume de Dieu. La théologie systématique me permettra de fournir un effort de systématisation des données bibliques qui ont un rapport avec le Royaume de Dieu et voir la perspective d’ensemble que dégage les évangiles.
Pour traiter ce sujet, je resterai volontairement dans les écrits canoniques, je laisserai de côté les sources extrabibliques en privilégiant les écrits du nouveau Testament. Le but de ce travail est de fournir un discours sur le Royaume de Dieu compréhensif à tous. Enfin, je chercherai à être le plus concis possible dans mes explications et j’éviterai diverses controverses sur les questions d’ordres exégétiques ou herméneutiques. Il me parait impossible de traiter de manière approfondie tous les sujets que nous aborderons. Discours sur la montagne, les paraboles, les miracles, la crucifixion, et autres.
Le but principal de cette dissertation est d’analyser l’objet de notre recherche, soit : le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Tout sera fait pour rester dans cet objectif et apporter si cela est possible un éclaircissement biblique et théologique sur certaines questions propres au Royaume de Dieu. Cette thèse sera donc écrite en fonction de trois éléments : les textes bibliques, les paroles de Jésus, l’unité structurelle des écritures.
Pour rédiger ce travail sur le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je traiterai le sujet en cinq parties, toutefois les éléments des diverses parties se chevaucheront souvent et seront confondus avec les différents thèmes abordés.
Tout d’abord nous regarderons comment Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, comment il définit son objet, son contenu, son origine. J’essaierai de montrer la place que tient le Royaume de Dieu dans la pensée du Christ, comment celui-ci comprenait et concevait le Royaume de Dieu.
Dans une deuxième approche nous examinerons l’enseignement de Jésus pour voir ce qu’il dit concernant le Royaume de Dieu. Le sermon sur la montagne nous servira de cas type pour comprendre l’enseignement éthique de Jésus.
Dans la troisième forme de recherche, nous chercherons à découvrir comment le Christ s’insère dans la proclamation du Royaume de Dieu et à quoi ressemble une vie vécue en rapport avec ce Royaume. Puis nous nous concentrerons sur les paraboles, surtout celles qui ont trait au Royaume de Dieu, afin de découvrir ce qu’elles nous disent à ce sujet. Les paraboles ont été une partie non négligeable de l’enseignement de Jésus, mais il convient de les aborder d’une manière particulière étant donnée cette forme de communication spéciale. Quand on regarde les évangiles on se rend compte que Jésus aimait beaucoup cette méthode d’enseignement.
En quatrième point, nous étudierons l’activité de Jésus en lien avec sa proclamation du Royaume de Dieu. Nous observerons ses comportements sociaux de même que ses œuvres miraculeuses telles qu’elles ont été rapportées par les évangélistes. Notre regard sur les activités du Christ nous révélera la nature et l’orientation du Royaume de Dieu proclamé par jésus.
Enfin en cinquième point nous tenterons de comprendre la mort et la résurrection du Messie à la lumière du Royaume de Dieu, quelle incidence sa mort et sa résurrection ont sur le message du Royaume.
En examinant la proclamation, l’enseignement, les paraboles, les comportements sociaux, les miracles, ainsi que la mort et la résurrection du Christ, nous pourrons nous faire une idée de la manière dont Jésus comprenait (voyait) le Royaume de Dieu et les conséquences qui en découlent pour nous aujourd’hui.
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ
« Il faut que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » (Luc 4 : 43)
Avant de commencer à regarder comment Jésus se met à proclamer le Royaume de Dieu, j’aimerais que nous nous attardions quelques minutes sur l’image que nous avons du Messie. Si nous demandions à plusieurs, y compris à des chrétiens ou en tout cas à des personnes qui fréquentent des églises, certaines questions concernant le Christ nous serions surpris de leurs réponses. Ainsi si nous demandions à certains quel a été le message du Christ ? Qu’a-t-il proclamé et enseigné ?
Nous aurions toutes sortes de réponses. Pour beaucoup Jésus est le messager de la paix, de la compassion, de l’amour, de la justice. Un certain nombre le considère comme un philosophe, un maître de sagesse, un leader charismatique, pour d’autres encore l’image, et le message qu’ils croient entendre de la bouche de Jésus, correspond à celle d’un socialiste, voire même d’un altermondialiste.
Le Messie est considéré comme un homme qui a fait du bien au peuple mais qui, par son comportement social, a dérangé les autorités publiques et religieuses de son époque et de ce fait a été condamné à mourir sur une croix comme agitateur politique. La plupart des personnes retiennent de lui et de son enseignement des valeurs morales.
La plupart des choses qui sont dites sur Jésus sont vraies. Toutefois ce portrait est-il parfaitement juste ? Reflète-t-il le Jésus que nous voyons dans les évangiles ? Considérer Le Christ comme un philosophe, un maître de sagesse, voire un activiste social, n’est-il pas une image inspirée par notre époque. Il est vrai que le Messie a parlé d’amour et de compassion, de même il a dénoncé l’hypocrisie, l’exploitation humaine, les injustices, mais ce portrait correspond-il vraiment au Jésus qui est révélé par les évangélistes du Nouveau Testament.
Le Christ n’est-il qu’un réformateur social et religieux, qui prône des valeurs de haut niveau. Voulait-il simplement repenser la pensée religieuse en cherchant à humaniser le monde ?
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts
« Etant donné la popularité de Jésus, vous pourriez penser que la plupart des gens ont une compréhension raisonnablement juste du message qu’il a proclamé et incarné il y plus de 2000 ans en Judée. Pourtant, selon mes observations, tel n’est pas le cas. La plupart des gens ne peuvent décrire le message de Jésus d’une manière qui reflète les premiers documents historiques de son enseignement que nous retrouvons dans les Evangiles du Nouveau Testament ».
Selon N.T. Wright, il y a un problème bien ancré dans le christianisme actuel et qui touche les branches et tendance de l’église chrétienne, il écrit « nous avons tous oublié de quoi il est question dans les évangiles ». Il continue en disant ceux-ci parlent bien de Dieu et de Jésus, mais que nous disent-ils exactement sur Dieu, sur Jésus et même sur le mouvement chrétien ?
Pour Wright, les quatre évangélistes ont cherché à nous communiquer un seul et même message, à savoir que Dieu est devenu roi sur la terre comme au ciel, via la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Leur message concerne directement Dieu et son Royaume. Dieu est devenu roi, en ce sens qu’il a manifesté son règne et l’histoire ; il a répondu, bien que de manière inattendue, aux attentes de son peuple, en la personne même de Jésus. Selon Wright, cette idée d’un royaume sur la terre comme au ciel, venu en la personne même de Jésus a été perdue de vue avec le temps, probablement à cause des diverses controverses auxquelles l’Eglise a été confrontée au cours de son histoire. Pourtant, c’est bien là le message des évangélistes, le Royaume est venu dans les événements entourant la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Certains diront si tel est le cas, que faire des différents maux qui existent encore sur terre (la maladie, la corruption, les cataclysmes, etc.) ? n’est-ce pas la preuve que le Royaume de Dieu n’est pas encore manifesté ? De plus cette idée d’un Dieu roi n’est-elle pas à l’opposé de nos sensibilités modernes, ne nous ramène-t-elle pas à la mise en place d’une théocratie ? Pour Wright, ces questions sont importantes, mais n’invalident pas, aussi surprenant que ce soit, l’affirmation des quatre évangélistes : Dieu a manifesté son règne via la vie, la mort et la résurrection de Jésus, règne qu’il déploie à la fois au présent et au futur. Le Royaume n’a pas été compris, tant par les révolutionnaires que par les apocalypticiens. Il a bien proclamé une théocratie, mais une théocratie de nature très différente. Et puisque Dieu agit en la personne de Jésus, personne ne peut ou ne doit y rester indifférent. Voilà le message oublié ou négligé des évangiles.
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?
A plusieurs endroits dans les évangiles nous voyons Jésus accompagné de ses disciples parcourir la Palestine, rassembler les foules, susciter l’admiration et raviver l’espérance (Mt 4 : 23-25 ; Mc 1 : 32-39 ; Luc 4 : 42-44). On peut se demander à juste raison ce que Jésus dit pour susciter tant d’intérêts ? Pourquoi les foules écoutent ses enseignements ? Quelles sont les raisons qui amènent des personnes à tout laisser pour le suivre ? Qu’y a-t-il de spécial dans son message ?
En regardant avec attention les évangiles on voit le Messie proclamer l’irruption dans le monde d’une nouvelle réalité, le Royaume de Dieu, avec les bienfaits et les demandes qui l’accompagnent.
Partout où il va il prêche le Royaume de Dieu. Matthieu nous dit que Jésus commence son ministère en disant : « Repentez- vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 4 : 17 ; cf. aussi Mt 4 : 23).
Marc introduit le ministère public de Jésus de façon analogue en plaçant dès le début de son évangile cette parole de Jésus : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Luc lui ne fait pas immédiatement mention du Royaume de Dieu, mais rapporte qu’au début du ministère de Jésus, Jésus lit un passage du prophète Esaïe dans la synagogue de Nazareth où il est question d’une bonne nouvelle apportée aux pauvres, d’une guérison pour les cœurs brisés, d’une délivrance pour les captifs, d’un recouvrement de la vue pour les aveugles, de la publication d’une année de grâce du Seigneur (Luc 4 : 18-19). Jésus déclarera ensuite : « Aujourd’hui cette parole de l’écriture, que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21).
Pour Beasley-Murray, ce sermon inaugural de Jésus est évident car le grand jubilé de Dieu vient de commencer. Toujours dans l’évangile de Luc, Jésus présente son ministère comme la proclamation du Royaume de Dieu : « Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43).
Il y a selon Luc, un lien étroit entre le jubilé de Dieu et le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu avec sa puissance libératrice fait irruption. De toute évidence on voit dans les évangiles qu’avec Jésus quelque chose de nouveau est en train d’arriver : les espérances du peuple juif se réalisent, le Royaume de Dieu tant espéré et attendu depuis si longtemps est sur le point de devenir réalité.
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?
A l’époque de Jésus, l’arrivée du Royaume de Dieu devait impliquer le salut d’Israël, le jugement de ses ennemis, l’éradication du mal, le renversement des puissances de ce monde, la conquête du péché, l’élimination de la maladie, la justification des justes, la remise en ordre des choses dans le monde.
Pour Jésus, cependant, le Royaume de Dieu ne se manifestera pas tel qu’imaginé par ses contemporains. Il viendra d’une manière plus discrète et voilée via ses paroles et ses actions. En conséquence le peuple de Dieu devra réexaminer ses attentes à l’égard du Royaume de Dieu.
Dans cette thèse concernant le Royaume de Dieu vu par Jésus, nous chercherons à comprendre la place que tenait le Royaume de Dieu dans la pensée de Jésus ? Comment Jésus le concevait-il ? Comment en est-il venu à le proclamer ? C’est à la lumière du contexte socioreligieux du temps de Jésus et du judaïsme de l’époque de Jésus que nous trouverons les réponses.
Le centre du message de Jésus
Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, mais quelle a été la place de ce Royaume de Dieu dans l’ensemble du message que le Messie est venu apporter sur terre ?
Ce message est-il une partie importante du message de Jésus, ou bien la catégorie autour de laquelle tout gravite ? Beaucoup d’auteurs, sinon la majorité, appuient la deuxième lecture.
Fuellenbach écrit : « le message central de la prédication et du ministère de Jésus était le royaume de Dieu. Tout ce qu’il a dit et fait était relié à ce message et doit être compris à sa lumière »[1].
Un autre auteur Kraybill affirme : « le thème central du ministère et de l’enseignement de Jésus était le Royaume de Dieu....C’est ce qui lie tout son message. Le [Royaume de Dieu] a imprégné le ministère de Jésus, lui donnant de la cohérence et de la clarté. C’est le noyau incontesté, l’essence même, de sa vie et de son enseignement »[2] .
Wiebe, après avoir survolé quelques passages des évangiles, écrit que « l’impression que Jésus a parlé du Royaume de manière répétée et que ce thème se trouve au centre de sa proclamation et de son enseignement s’est confirmée »[3]. Qu’est-ce qui amène ces auteurs et bien d’autres, à affirmer le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus ? Plusieurs éléments dont les suivants.
Les références concernant le Royaume de Dieu
Premièrement, la centralité de cette thématique est fortement suggérée par les nombreuses références au Royaume de Dieu que nous retrouvons dans les évangiles. Il y a 160 mentions du mot Royaume dans le nouveau testament, dont 120 fois dans les évangiles synoptiques. Parfois le mot Royaume apparaît seul, d’autres fois, il est suivi de Dieu ou des cieux.
L’expression Royaume de Dieu (hé basileia tou theou) ou Royaume des cieux (he basileia tôn ouranôn) est répartie comme suit dans les évangiles synoptiques : 55 fois chez Matthieu, 14 fois chez Marc, 39 fois chez Luc. Dans la bouche de Jésus ces expressions reviennent 90 fois[4] Quant au mot Royaume en lui-même (he basileia), il apparaît 13 fois chez Matthieu, 7 fois chez Luc et 3 fois chez Jean (le mot n’apparaît pas chez Marc)[5].
Daniel Marguerat nous dit : « Même si l’on ne peut exclure une inflation de cette locution dans la tradition postpascale, la fréquence statistique dénote que nous tenons là un vocable appartenant au langage préféré du Nazaréen »[6] .
Il est intéressant de souligner que ces multiples références au Royaume de Dieu détonnent lorsque l’on compare les évangiles avec les autres écrits de l’époque. En effet, l’expression « Royaume de Dieu » apparaît à quelques reprises seulement dans les prières synagogales et très peu dans l’Ancien Testament et dans la littérature intertestamentaire[7] .
L’expression apparaît plus fréquemment, dans la littérature rabbinique, mais d’après Jeremias, les mentions du Royaume de Dieu se limitent surtout à des tournures stéréotypées, par exemple « prendre sur soi la royauté du ciel », c’est-à-dire « se soumettre à Dieu »[8].
En comparaisons des écrits juifs qui font peu mention du Royaume de Dieu « il faut bien convenir, écrit Jeremias, que l’abondance des témoignages dans les évangiles synoptiques ne manque pas de surprendre »[9].
Un résumé du message de Jésus
Les évangélistes eux-mêmes font mention du « Royaume de Dieu » pour résumer le message de Jésus (Mt 4 : 17,23 ; 9 : 35 ; Mc 1 : 15 ; Lc 4 : 43 ; 8 : 1). Pour eux, l’expression « Royaume de Dieu » semble bien exprimer la préoccupation principale de Jésus et elle apparaît assez tôt dans les évangiles synoptiques. Ce qui peut laisser supposer que c’est bien par elle que les évangélistes veulent introduire la proclamation de Jésus et qu’ils tentent d’orienter la compréhension de leurs lecteurs en ce qui concerne la suite du ministère de Jésus.
Une variété de contextes et de locutions verbales
La notion de Royaume de Dieu apparaît dans les évangiles au sein de différents contextes. Jésus fait allusion à maintes reprises au Royaume de Dieu, entre autre quand il prononce ses béatitudes (Mc 5 : 3 ; Luc 6 : 20), quand il présente ses exigences éthiques Mt 5 : 21), quand il définit la priorité des disciples (Mt 6 : 33 ; Luc 11 : 31), quand il envoie les disciples en mission (Mt 10 : 7 ; Luc 9 : 2), quand il expulse les démons (Mt 12 : 28), quand il enseigne en paraboles (Mt 13 : 11 ; Mc 4 : 11), quand il bénit les petits enfants (Mt 19 : 14 ; Mc 10 : 14), quand il annonce la fondation de son église (Mt 18 : 16), quand il dénonce l’hypocrisie religieuse (Mt 23 : 13), quand il enseigne sur la fin des temps (Mt 24 : 14), quand il décrit le jugement dernier (Mt 25 : 34), quand il s’entretient avec Nicodème au sujet de la nouvelle naissance (Jean 3 : 5). Cet échantillonnage à lui seul suggère que la notion de Royaume de Dieu est très présente chez Jésus et qu’elle revient à plusieurs reprises au cours de son ministère.
Un symbole de l’activité divine
Longtemps on a pensé que le Royaume de Dieu était un concept, c’est-à-dire qu’il renvoyait à quelque chose de précis. Aujourd’hui il est de plus en plus reconnu que l’expression « Royaume de Dieu » est un symbole plutôt qu’un concept ou une image.
Le risque, cependant avec une telle approche, est de proposer une définition trop rigide, inflexible du Royaume de Dieu. France signale ce danger : « Tenter de définir le Royaume de Dieu conduit inévitablement à une restriction de la portée du terme qui le prive de sa richesse et le conduit à une injustice flagrante au vu de l’usage qui en est fait par les évangélistes dans différents contextes. Dans son commentaire sur l’évangile de Matthieu, il souligne l’importance de « maintenir une perspective large et de ne pas permettre que notre compréhension de la formule Royaume de Dieu soit appliquée trop vite et de façon restrictive à un domaine particulier ».
Pour France, l’expression « Royaume de Dieu » est utilisée dans tellement de contextes différents et est associée à un si grand nombre de choses, par exemple à la volonté de Dieu (Mt 6 : 33), à la justice de Dieu (Mt 6 : 33), à la vie de disciple (Luc 9 : 61-62), à la situation présente ou future du peuple de Dieu (Mt 7 : 21-23 ; 8 : 11-12 ; 13 : 43), à la prédication de l’évangile (Mc4 : 26, 30 ; Mt 13 : 33), à l’expérience présente des convertis (Mt 13 : 44-46), etc, qu’elle ne peut se réduire à quelque chose d’unique à une réunion spécifique ou à un évènement particulier qui serait le « Royaume de Dieu ». Le Royaume de Dieu est plutôt un symbole pour désigner l’action souveraine de Dieu accomplissant ses desseins, que ce soit dans le passé, le présent ou l’avenir.
On a aussi parfois parlé du « Royaume de Dieu », comme une image ou une métaphore pour décrire l’action de Dieu dans le monde et le lien qu’il désire avoir avec les humains. L’expression « Royaume de Dieu » ne serait qu’une représentation partielle, et donc limitée de l’action de Dieu en Jésus-Christ. Elle découlerait de l’usage d’une catégorie culturelle compréhensible pour l’époque. Cette approche a l’avantage de nous aider à comprendre et à nous représenter l’action divine à partir d’images que nous connaissons (exemple la monarchie). Le désavantage c’est qu’une métaphore n’offre qu’une perspective limitée : une seule image ne peut expliquer et illustrer à elle seule ce qu’est le « Royaume de Dieu ». Il faudrait plusieurs images pour décrire le Royaume de Dieu.
En présentant le Royaume de Dieu comme un symbole, l’on évite les deux écueils précédents, celui d’une vision trop rigide du Royaume (découlant du concept) et d’une vision trop limitative (découlant de la métaphore). En effet si le « Royaume de Dieu » est un symbole, cela signifie qu’on a affaire à une expression qui évoque un ensemble d’expériences, d’images, d’idées, et d’associations reliées à l’activité divine dans le monde. Le Royaume de Dieu peut être définit comme un symbole général qui est comme un élastique. Il s’étend par devant et par derrière, en largeur et en hauteur avec plusieurs significations. Ainsi plutôt que de s’interroger au sujet du temps du Royaume de Dieu, il vaut mieux s’interroger sur ce qu’il évoque ou représente. Le fait de représenter le « Royaume de Dieu » comme un symbole permet d’y incorporer un ensemble d éléments bibliques, faisant ainsi place à une vision du Royaume qui se veut plus globale.
En résumé, l’expression « Royaume de Dieu » fait référence à l’activité révélatrice de Dieu en Jésus-Christ dans le temps et l’histoire en vue de réaliser les prophéties de l’Ancien Testament, mais évoque un ensemble de choses pour ceux qui entendent cette expression. Si le « Royaume de Dieu » n’était qu’un concept, il ne serait qu’un thème biblique parmi d’autres, S’il n’était qu’une métaphore, il ne ferait que décrire partiellement une vérité spirituelle. Mais comme il est aussi un symbole, le Royaume de Dieu peut inclure un ensemble de thèmes ou se relier facilement à d’autres thèmes, d’où son caractère central et unificateur. Il devient facile d’y lier, d’une façon ou d’une autre, de manière directe ou indirecte, l’ensemble de la vie et du ministère de Jésus-Christ. Il ne reste alors qu’à préciser de quelle manière cela est possible. C’est d’ailleurs ce que nous tentons de faire, à savoir proposer une lecture de la vie et du ministère de Jésus à la lumière de la notion du Royaume de Dieu. Pour moi l’essence même de la vie et de la mission de Jésus gravite autour de la notion du Royaume de Dieu.
Jésus est apparu comme celui qui a proclamé le Royaume de Dieu ; tout le reste de son message et de son ministère jouait un rôle en rapport avec cette proclamation et en tire son sens. Les questions difficiles comme la vie de disciple, l’enseignement éthique, les polémiques autour de la tradition orale ou de la loi cérémonielle, même la déclaration du pardon des péchés et l’accueil des exclus au nom de Dieu, doivent être comprises de ce point de vue, sinon elles ne seront pas comprises.
Mortimer Arias nous dit : Que ce point de vue est une opinion commune, répandue et acceptée par la grande majorité des théologiens et des biblistes. Les spécialistes du Nouveau Testament, qu’ils soient protestants, catholiques ou évangéliques conservateurs, après avoir sondé pendant plus d’un siècle les évangiles et l’enseignement de Jésus, sont d’accord pour dire que le Royaume de Dieu a constitué le paradigme dominant du message originel de Jésus.
La perte de la notion de Royaume
Si le caractère central du Royaume de Dieu est une évidence dans les évangiles, comment expliquer que pendant des siècles, cela n’ait pas été vu et reconnu davantage ? Pourquoi la thématique du Royaume a-t-elle été reléguée au silence ou lui a-t-on donné un rôle plutôt secondaire dans la théologie chrétienne, et ce pendant plus de 1900 ans ? Il semble que la littérature des siècles passés n’attachait qu’une importance secondaire au Royaume de Dieu et par conséquent, il n’y avait pas matière à contestation. C’est essentiellement la controverse qui est apparue au 19e siècle autour de la notion d’eschatologie et de Royaume de Dieu qui a permis à la thématique du Royaume de sortir de l’ombre.
La controverse théologique a donc, apparemment permis de remettre à l’honneur ce qui pourtant apparaît comme assez évident dans les évangiles, à savoir le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus. Etonnamment, ce que cela nous dit, c’est qu’il est possible de lire la bible pendant longtemps sans même y remarquer l’importance du Royaume de Dieu. Il est possible que plusieurs chrétiens aient lu la bible avec un état d’esprit dominé par certaines orientations doctrinales ou avec un état d’esprit dominé par une tradition ecclésiastique, ou encore par une certaine approche de la spiritualité, et qu’en conséquence, ils aient éliminé la perspective du Royaume.
En tenant compte que le thème du Royaume de Dieu est central dans les évangiles, nous devons changer de paradigme. Il ne faut plus d’abord lire la bible à la lumière de l’alliance, de la justification, de la sanctification, de la croissance d’église, etc., mais à la lumière du Royaume et du plan global de Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de négliger les autres thématiques bibliques, mais de leur accorder leur juste place et de les situer à l’intérieur d’une notion plus large.
Gordon Fee, lors d’une de ses conférences, affirmait ceci : « Vous ne pouvez quoi que ce soit au niveau de Jésus, oui quoi que ce soit si vous ignorez le Royaume de Dieu... Vous passez à côté de son message si vous ne cherchez pas, à comprendre ce terme. Je suis désolé de le dire aussi ouvertement, mais ceci constitue le plus grand échec du christianisme évangélique. Nous avons eu Jésus sans le Royaume, et en conséquence, avons directement mis Jésus de côté. ».
Comprendre le contenu du message de Jésus
L’étude du Royaume de Dieu suscite de nombreuses questions qui s’avèrent assez complexes. Il n’est pas difficile de trouver, dans l’histoire de l’église, des interprétations divergentes et parfois même opposées. C’est ainsi que le Royaume de Dieu a été à l’au-delà, à la fin du monde, à une expérience spirituelle, à la croissance de l’église, à une culture chrétienne, à une idéologie sociale, parfois même à une unité nationale (Israël).
Mais qu’en est-il de Jésus ? Quelle idée se faisait-il du Royaume de Dieu ? Quand il disait « le Royaume de Dieu est proche », qu’est-ce qui était sur le point d’advenir ? La réponse à cette question diverge selon les biblistes et les théologiens. Regardons ensemble les options les plus populaires à l’heure actuelle dans le domaine de la recherche biblique.
I : La fin du monde : Jésus annonçait la fin du monde, le nouvel ordre apocalyptique. En proclamant la venue du Royaume de Dieu, Jésus aurait averti ses contemporains de l’apparition d’un cataclysme cosmique venant soudainement mettre fin au monde actuel pour établir un monde nouveau. Si tel est le cas, on peut aisément comprendre que Jésus s’est trompé puisque ce Royaume n’est pas venu.
II : Une réforme religieuse : Jésus aurait tenté de réformer la foi d’Israël ainsi que ses institutions divines. Son but n’était pas de réaliser un salut spirituel, ni d’établir une église et encore moins de fonder une nouvelle religion, mais de ramener le peuple d’Israël sur la voie de la fidélité à Dieu en reconfigurant la loi autour de ses préceptes majeurs. Mais malheureusement, Jésus aurait échoué dans son entreprise. Il n’a pas pu apporter les réformes sociales et religieuses qu’il désirait mettre en place, même si de nouvelles impulsions ont été données, que ses disciples reprendront après sa résurrection.
III : Un nouvel ordre mondial : Jésus serait un prophète du changement social. Il aurait voulu lancer une espèce de révolte paysanne, dénoncer la corruption politique, s’attaquer aux injustices sociales, démasquer l’hypocrisie religieuse et aurait souhaité une société plus juste, équitable et égalitaire. Mais, Jésus n’a pas pu mener à terme son programme à cause de l’opposition rencontrée, terminant ainsi sa vie sur une croix.
IV : Une restauration nationale : Lorsque Jésus est venu, il avait à l’esprit la restauration nationale d’Israël, le rétablissement du royaume Davidique. Mais Israël aurait rejeté l’offre du royaume annoncé par Jésus, ce qui l’aurait amené à reporter ce royaume à plus tard et à instituer l’Eglise entre temps. Le plan de Dieu pour Israël n’aurait pas été mis en échec pour autant, les prophéties bibliques concernant la nation juive se réaliseront lors du millénium à venir.
V : Un jugement divin imminent : Jésus aurait averti ses contemporains de l’approche non pas de la fin du monde, mais de la fin de l’ordre sociopolitique actuel des choses, la fin d’un monde en quel sorte, celui du judaïsme primitif centré sur le temple, sa hiérarchie, ses scribes et le territoire d’Israël. L’idée d’un jugement à venir sur Israël aurait constitué un élément majeur de la proclamation de Jésus. Un jugement semblable à celui annoncé par Jérémie autrefois était sur le point de se produire, d’où les nombreux appels de Jésus à la repentance. Le jugement aurait atteint la nation en l’an 70 de notre ère.
VI : Une intervention divine salvatrice : Jésus aurait annoncé l’approche d’une intervention divine importante dans l’histoire d’Israël et dont la portée serait salvifique, non seulement pour Israël, mais aussi pour le monde entier. Jésus serait venu réaliser les prophéties, mais d’une manière totalement inattendue. Via sa vie, sa mort et sa résurrection, il aurait accompli une œuvre de rédemption qui va au-delà d’une délivrance sociopolitique et aurait inauguré l’ère du salut, ère qui deviendra celle du Royaume de Dieu dans sa forme présente tout en conservant une dimension future.
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?
Cette question en amène une autre : où devons-nous chercher la réponse ? Cette question peut vous surprendre. Nombre de lecteurs me diront dans les évangiles. D’accord, mais où dans les évangiles ? Sur la base de quels textes ? Faut-il se baser uniquement sur les paroles dites authentiques de Jésus quant au Royaume de Dieu.
Certains exégètes croient que plusieurs paroles de Jésus ne proviennent pas de lui, mais qu’elles ont été rajoutées par l’Eglise primitive. Pour d’autres exégètes, il faut croire l’ensemble des paroles de Jésus, car ils acceptent substantiellement le message donné par les évangélistes.
Une autre question se pose, faut-il se cantonner aux textes où il fait explicitement mention du Royaume de Dieu ou faut-il aussi prendre en considération les textes qui ne font pas strictement mention du « Royaume de Dieu », mais qui sont susceptibles d’éclairer le sens que Jésus attribuait au Royaume de Dieu ?
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape.
A : La proclamation du Royaume
La proclamation du Royaume de Dieu faite par Jésus répond à une espérance juive. Elle s’inscrit à l’intérieur d’une histoire, celle du peuple d’Israël. Le message de Jésus ne peut être détaché de son contexte sociohistorique et religieux. Quand Jésus arrive sur la scène et dit « le temps est accompli » (Mc 1 : 15) ou, encore « aujourd’hui cette parole de l’écriture que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21), c’est parce que le peuple d’Israël attendait un évènement : La manifestation du Royaume de Dieu (même si cette attente est parfois formulée différemment).
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu
La proclamation de Jésus se situe à l’intérieur d’une époque particulièrement troublée où des espérances de restauration nationale sont exprimées avec force. Si nous prenons l’exemple du précurseur de Jésus-Christ, Jean-Baptiste qui fait des appels à la repentance « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 3 : 32), il est immédiatement entouré de foules qui souhaitent la réalisation de leurs espérances à propos du Royaume. On vient de partout en Palestine pour confesser ses péchés et se faire baptiser par lui dans les eaux du Jourdain (Matthieu 3 : 5). Un autre exemple : C’est celui des deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ils discutent ensemble de la mort du Christ et de leurs déceptions concernant la délivrance d’Israël qui s’est envolée avec la crucifixion de Jésus (Luc 24 : 17-21).
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives
C’est dans ce contexte qu’il faut situer la proclamation de Jésus sur le Royaume de Dieu et qu’elle y prend tout son sens. Le Royaume de Dieu est présenté dans les évangiles comme réalisant les prophéties de l’Ancien Testament et les espérances juives, il semble toutefois que la manière dont Jésus comble les espérances des juifs soit déroutante pour eux.
B : La venue du Royaume
Jésus annonce la venue, voire l’arrivée du Royaume de Dieu tant attendu. Le Royaume de Dieu est une nouvelle réalité introduite par la vie et le ministère de Jésus.
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière
A ce propos, il serait bon de faire une différenciation entre le Royaume de Dieu dans sa forme universelle qui est la souveraineté générale sur le monde et le Royaume de Dieu dans sa forme particulière ou eschatologique qui est une activité spécifique de Dieu dans le monde.
En tant que créateur, Dieu soutient et gouverne le monde (Mt 5 : 45 ; 6 : 25-34). Dieu est roi même si cette royauté n’est pas toujours reconnue et célébrée.
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent
Mais lorsque Jésus parle de la venue du Royaume de Dieu, il parle d’un ordre des choses tout à fait différent. Il fait allusion à une activité divine spécifique qui s’exerce et se manifeste dans le monde via sa vie et son ministère en vue de réaliser l’espérance de l’Ancien Testament.
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus désigne le temps du salut, la réalisation des promesses de Dieu, la reconstitution du peuple de Dieu.
L’activité divine déployée en Jésus
J’aimerais insister sur la différence qui existe entre le Royaume universel de Dieu sur le monde, qui est en fait l’exercice de sa souveraineté et de sa providence, et le Royaume particulier ou eschatologique de Dieu dans le monde, qui est l’activité divine déployée en Jésus-Christ.
Le Royaume qui vient
Le premier est le Royaume qui est, le deuxième est le Royaume qui vient. Dans cette étude nous parlons du Royaume que vient, celui annoncé par Jésus et qui comble les espérances juives, bien que d’une manière inattendue.
Jésus proclame un évènement
En proclamant que le Royaume de Dieu s’approchait, Jésus déclarait que les prières juives où l’on exprimait le souhait d’une intervention divine, étaient exaucées. Dieu commençait à régner sur la terre comme au ciel, dans le ministère même de Jésus. Le Royaume de Dieu est donc un royaume eschatologique, il est lié au temps, Jésus n’est pas venu proclamer des vérités spirituelles intemporelles, mais plutôt un évènement, la venue du nouveau monde de Dieu, lequel pénètre déjà le temps présent. Le Royaume de Dieu fait référence à une manifestation de la puissance divine dans le temps et l’histoire.
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions
Comment Jésus a-t-il annoncé la venue du Royaume ? L’ensemble des évangiles rapportent à la fois des paroles et des actions. Parfois Jésus annonce directement et publiquement l’entrée en scène du Royaume de Dieu tel un hérault (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15).
L’enseignement de Jésus
D’autre fois, c’est par son enseignement privé ou public (Mt 5 : 1-2) ou par le moyen des paraboles (Mt 13 ; Mc 4) qu’il annonce la venue du Royaume de Dieu.
Les miracles de Jésus
Les miracles de Jésus, nous communiquent aussi des éléments du Royaume de Dieu, qu’ils soient en rapport avec les guérisons, les exorcismes, les miracles sur la nature. (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 22-23).
Les comportements sociaux de Jésus
Il en est de même de ses comportements sociaux, la fréquentation des pauvres, des marginaux de la société de même son attitude à l’égard des femmes, son accueil des enfants, etc. on peut aussi remarquer ses gestes symboliques tel l’entrée à Jérusalem sur un âne, la purification du temple, le dernier repas, la crucifixion.
Matthieu tend à regrouper tous ces éléments de la vie et du ministère de Jésus autour de trois grands axes : Son ministère de proclamateur, d’enseignant et de guérisseur.
C : Le roi du Royaume
Le royaume de Dieu, c’est le règne de Dieu, c’est une personne, ce n’est pas l’idée d’un programme qui se trouve au cœur du message de Jésus.
La sanctification du nom divin
Pour le Messie, parler du Royaume, c’est avant tout parler de Dieu lui-même et non d’un projet humain quelconque, qu’il soit de nature religieuse, sociale, humanitaire, économique ou politique...Ce qui préoccupe Jésus, c’est la sanctification du nom divin, le déploiement de son règne, l’accomplissement de la volonté du Père dans le monde entier.
La vision théocratique du Christ
Si on prend en référence la prière du « Notre Père », on remarque que la vision de Jésus est celle d’un peuple, Israël, mais aussi de l’entièreté de l’humanité, qui reconnaît et vit selon la volonté du Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6 : 9). Le Christ a une vision théocentrique du monde. Le peuple de Dieu ne peut trouver son plein épanouissement et son bonheur que dans la mesure où il se situe dans un juste rapport avec son Père céleste.
Pour Christ proclamer le Royaume
Pour le Christ proclamer le Royaume de Dieu, c’est réaffirmer que Dieu est roi, que le règne lui appartient. C’est aussi demander, la reconnaissance de ce règne par les humains.
Les résultats de la reconnaissance
Ce n’est pas, premièrement, désirer la paix humaine, la justice sociale, la transformation de la société, voire le bonheur de l’homme, même si toutes ces choses ne sont pas à exclure, mais il s’agit là des résultats de la reconnaissance du nom, du règne et de la volonté divine.
De la reconnaissance, découlera des bienfaits
De cette reconnaissance, disais-je il découlera des bienfaits, le pardon, la paix, la justice, la guérison, etc. Toutefois l’ensemble de ces bienfaits ne sera acquis que par une foi dans la royauté de Dieu, cela implique la foi, la repentance, une vie de disciple.
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu
Une nouvelle fois, il est bon de se souvenir que le Royaume de Dieu ne désigne pas la sphère céleste, ni la vie après la mort, ni la fin du monde, ni même l’église, ni une société christianisée, ni la justice sociale, ni la paix dans le monde, ni un slogan politique, ni une connaissance théologique. Quand on parle du Royaume de Dieu, en fait on parle du Règne de Dieu.
A ne pas confondre avec les bienfaits
Toutefois, il ne faut pas confondre ce qu’est le Royaume de Dieu et ce qu’il apporte c’est-à-dire les bienfaits qui peuvent se produire suite à l’acceptation du Règne de Dieu dans notre vie.
Le Royaume comme programme
Le Royaume de Dieu concerne avant tout une personne : Dieu. Il est courant de nos jours de considérer le Royaume de Dieu comme un programme ou une idéologie à promouvoir.
L’étiquette Royaume de Dieu
Ainsi on peut justifier à peu près n’importe quelle action en lui donnant l’étiquette « Royaume de Dieu ». Parfois on a aussi tendance à colporter l’idée que le Royaume de Dieu est présent dans la société même lorsque Dieu et Jésus-Christ n’y sont pas reconnus, ni confessés, ni célébrés, comme Seigneur et sauveur.
Un Royaume sans Dieu
On soutient que le Royaume de Dieu peut être assimilé aux progrès sociaux et qu’il peut même progresser grâce au travail de ceux qui prônent la dignité humaine, la paix, la justice sociale, et., tout cela sans presqu’aucune référence à Dieu ou à Jésus-Christ. Certains vont même jusqu’à dire que le Royaume de Dieu peut avancer dans le monde, par le biais même de ceux qui ne reconnaissent ni ne confessent Jésus-Christ et qui n’ont aucun lien avec son église.
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu
La problématique avec ce type de discours, c’est que l’on dissocie complètement le Royaume de Dieu et la personne de Dieu et de Jésus. On parle bien de Royaume mais pas de Dieu. Ce Royaume est un royaume humaniste en réalité, il s’agit d’un programme social ou éthique, ce royaume est une chose, une idéologie, il n’a rien à voir avec le Royaume de Dieu qui consiste en un Règne, celui d’une personne, c’est-à-dire : Dieu.
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu
Le Royaume de Dieu exprime quelque chose sur Dieu, quand Jésus dit que le Royaume s’est approché, c’est comme s’il disait : Dieu est proche...Dieu vient, il se tient devant la porte et même...Il est déjà là. Pour Jésus, le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu sur les affaires humaines.
D : La nature du Royaume
Le Royaume de Dieu, c’est le Règne de Dieu. Plusieurs biblistes et théologiens préfèrent parler du Règne de Dieu plutôt que du « Royaume de Dieu » pour éviter toutes confusions. Bien sûr, Dieu est déjà roi, il est le Dieu de l’univers, le créateur du monde, mais ce statut doit se manifester, se concrétiser et s’actualiser dans le monde. C’est pourquoi, nous prions que « ton Règne vienne » (Mt 6 : 10).
Le Royaume de Dieu est proche
Quand Jésus a parlé du Royaume de Dieu, il ne pensait pas en termes de localisation, mais d’autorité. La signification première du mot désigne l’autorité, le Règne, la souveraineté, la puissance, le pouvoir royal. Lorsque le Messie disait : « le Royaume de Dieu est proche » (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17), il ne voulait pas dire par là qu’un lieu ou qu’un territoire s’approchait, mais que l’autorité et la puissance royale de Dieu étaient sur le Point de se manifester.
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu
Dans l’Ancien Testament le mot hébreu malkuth renvoie souvent au Règne de Dieu. Cela se remarque dans certains psaumes dits du Règne de Dieu (les psaumes 96 à 99), mais aussi dans d’autres psaumes tels que : (Ps 93 : 1 ; 103 : 19 ; 145 : 11-13). En ce qui concerne le Nouveau Testament, le mot basileia est lui aussi souvent traduit par Règne (Mt 6 : 10 ; Luc 1 : 33 ; 23 : 42 ; 1 Co 15 : 25 ; Ap 12 : 10). Il n’est donc pas surprenant que plusieurs biblistes et théologiens comprennent l’expression Royaume de Dieu comme se référant avant tout à l’autorité de Dieu.
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus
Le Royaume de Dieu, que ce soit dans l’hébreu, l’araméen ou le grec, désigne Dieu en tant que roi et son contrôle actif sur les affaires humaines. Le fait de ne pas tenir compte de ce sens est la source de beaucoup de confusion dans l’étude contemporaine du Royaume de Dieu. Celui-ci n’est pas un territoire, une entité publique, un régime ou une dynastie, c’est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus, ou le Règne souverain, dynamique et eschatologique de Dieu, ou encore l’activité rédemptrice de Dieu, sa volonté salvatrice en action.
E : Le temps du Royaume
Le Royaume de Dieu est à la fois une réalité actuelle et à venir, il a une dimension présente et future. La discussion sur le Royaume de Dieu a souvent porté sur la question de sa temporalité.
Pendant longtemps, les biblistes et les théologiens se sont demandés si le Royaume de Dieu était soit présent (eschatologie réalisée), soit futur (eschatologie conséquente) ou les deux (eschatologie inaugurée ou en cours de réalisation), obstruant ainsi d’autres questions pourtant valables concernant le Royaume de Dieu.
Le Royaume a déjà commencé
Toutefois même si cette question ne doit pas dominer, elle reste cependant importante. En effet, la temporalité du Royaume de Dieu a une incidence sur notre compréhension du Règne de Dieu. La majorité des exégètes d’aujourd’hui choisissent la troisième option. Pour eux le Royaume de Dieu a déjà commencé, quoique dans une forme quasi imperceptible, même s’il reste encore à être accompli. Dés le début de son ministère, Jésus proclame : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Le temps d’attente est terminé
Ces paroles laissent supposer que le temps d’attente est terminé, que Dieu est sur le point de combler les espérances juives, que le Royaume va se réaliser dans sa vie et son ministère.
Le temps est proche
L’accomplissement des temps fait référence à une intervention divine dans l’histoire humaine. C’est maintenant le temps opportun, le temps désigné, le temps de Dieu. Le temps de Dieu est proche, est arrivé, ou s’est approché.
Le Royaume est donc venu vers vous
Devant ceux qui l’accusent d’accomplir ses exorcismes par la puissance du diable, Jésus déclare illogique une telle accusation en soulignant que Satan ne peut chasser Satan, car son royaume s’en trouverait divisé. Il affirme plutôt que c’est par l’Esprit de Dieu ou le doigt de Dieu qu’il chasse les démons, ce qui est pour lui un signe de l’irruption du Royaume de Dieu : « Le Royaume de Dieu est donc venu vers vous » (Mt 12 : 28 ; Luc 11 : 20).
Le Royaume est au milieu de vous
Aux pharisiens qui lui demandent quand viendra le Royaume, Jésus leur dit qu’il est déjà présent, à l’intérieur même des évènements qui se produisent, même si eux ne le voient pas : « Le Royaume est au milieu de vous » (Luc 17 : 20-21). Inutile donc de chercher des signes avant-coureurs, car le Royaume de Dieu est là, parmi eux, au milieu d’eux, à leur portée.
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?
En réponse à une question qui est posée par les disciples de Jean-Baptiste concernant le Messie : Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ? Jésus répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11 : 2-6) ; Luc 7 : 18-23).
L’importance de prêter attention à ce qui se passe
Dans son discours en paraboles de Matthieu 13, Jésus déclare à ceux qui veulent bien entendre, que quelque chose d’important est en train de se manifester sous leurs yeux, d’où l’importance de prêter attention à ce qui se passe (Mt 3 : 16-17 ; Luc 10 : 23-24).
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui
Tout en faisant l’éloge de Jean-Baptiste, le Messie déclare que « Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui » (Luc 16 : 16 ; Mt 11 : 11). Une telle déclaration ne peut se comprendre sans tenir compte des étapes de l’histoire du salut. Jésus parle ici d’un privilège qui était jusque-là indisponible.
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume
En lui le Royaume de Dieu se fait présent de sorte que celui qui en croît en lui se trouve déjà dans le Royaume de Dieu, alors que cela n’était pas possible auparavant. Le Royaume de Dieu est donc à la fois déjà là et pas encore là.
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur
On retrouve plusieurs tensions temporelles dans les paraboles : On le voit dans la parabole des semailles (Mc 4 : 26-29 ; Mt 3 : 24-30), entre graine et plante épanouie (Mc 4 : 30-32), entre l’embauche des journaliers pour travailler dans la vigne et la rétribution de ces ouvriers à la fin de la journée (Mt 20 : 1-16) entre le renoncement présent et la récompense à venir (Luc 18 : 29), entre l’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur (Mt 16 : 19 ; 24 : 14).
Le « Notre Père » (Mt 6 : 9-13), semble l’exemple même de la prière de ceux qui sont entre deux temps, le temps de l’église.
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle, il se prolonge dans le présent et se manifestera pleinement à la fin du monde. Ce message est nouveau pour ceux qui l’entendent, car Jésus proclame l’acte divin du salut comme étant inauguré en en cours de réalisation.
Le Royaume est à la fois actuel et à venir
La nouveauté sera d’avoir apporté deux dimensions, présente et future, à la venue du Royaume de Dieu que les juifs de l’époque continuaient de voir comme un évènement strictement futur. Jésus pourtant ne semble pas voir son message comme incohérent ; c’est bien volontairement qu’il parlait du Royaume de Dieu comme étant à la fois actuel et à venir.
L’aspect présent et futur du Royaume
En proclamant un Royaume présent et futur, il y a tout lieu de croire que Jésus savait ce qu’il faisait. Dans les évangiles, les passages bibliques pointant vers le déjà et ceux pointant vers le pas encore coexistent harmonieusement sans qu’il y ait nécessairement contradiction. Ces deux éléments, l’aspect présent et futur du Royaume de Dieu, font tous deux partie de l’enseignement authentique de Jésus. Le seul dilemme est d’arriver à les concilier l’un et l’autre.
La nature même du Royaume
On peut penser avec justesse que si Jésus n’a pas éprouvé le besoin de nous expliquer ce qui nous semble paradoxal, ce n’est sans doute pas simplement parce qu’il ne se souciait pas du principe de non-contradiction. La vraie réponse à ce paradoxe se trouve peut-être dans la nature même du Royaume de Dieu...
Le Royaume est un évènement dynamique
Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord une situation ou un lieu, mais plutôt l’ensemble de l’évènement dynamique que constitue la venue de Dieu avec puissance pour exercer sa souveraineté sur son peuple d’Israël à la fin des temps.
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent
C’est un symbole à haute potentialité, une réalité à multiples facettes, tout un récit mythique en miniature qu’il est impossible de saisir en une seule formule ou une seule définition. C’est pourquoi Jésus peut parler d’un Royaume à la fois imminent et pourtant déjà présent.
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future
Quoi qu’il en soit, la plupart des érudits reconnaissent une certaine tension entre les deux. On peut en conclure que ceux qui accentuent la présence du Royaume de Dieu dans les œuvres de Jésus permettent aussi un accomplissement ou une consommation future du Royaume de Dieu, alors que ceux qui défendent la dimension future du Royaume de Dieu reconnaissent aussi les effets de l’imminence du Royaume de Dieu dans le ministère de Jésus.
F : Le mystère du Royaume
Le Royaume dans sa forme présente se manifeste dans le monde d’une manière quasi imperceptible. C’est ce que semble dire Jésus au moyen des paraboles. Celles-ci tiennent une grande place dans l’enseignement de Jésus. Matthieu, de même que Marc, nous rapporte que Jésus s’adressait souvent à la foule et à ses disciples en paraboles (Mt 13 : 3 ; Mc 4 : 2, 33-34). Leur présence répétée dans les évangiles et l’utilisation qu’en fait Jésus indiquent que l’étude de celles-ci est essentielle pour qui veut comprendre l’enseignement de Jésus sur le Royaume de Dieu.
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé
Les paraboles dites du Royaume que l’on retrouve en Matthieu 13 et en Marc 4 : Parabole du semeur et des terrains, de l’ivraie et du bon grain ; du grain de moutarde, du levain, etc, ont surtout pour but de répondre à une objection : Si le Royaume se fait présent dans le monde, comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé ? Que la souffrance ne soit pas éradiquée ? Que les nouveaux cieux et la nouvelle terre n’aient pas encore fait leur apparition ? La présence du Royaume n’est-elle pas supposée transformer le monde ? Jésus décrit par ces paraboles comment le Royaume de Dieu se présente au monde, comment il agit et se manifeste.
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention
Le Messie semble nous dire que le Royaume de Dieu est une réalité discrète et pacifique en ce monde, mais dont les effets sont bien visibles pour ceux qui savent le discerner. Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention, à frapper les regards. Il n’a pas le caractère sociopolitique ou apocalyptique qu’on lui prêtait. Il ne s’agit pas d’une intervention directe, évidente et massive de Dieu une fois pour toute dans l’histoire ou au-delà de l’histoire. Il agit puissamment dans le monde, mais sans renverser l’ordre actuel des choses, il se fait présent dans le monde, mais de manière, à peine perceptible, sous une forme voilée, même cachée.
Le fameux mystère du Royaume de Dieu
C’est probablement là, le fameux mystère du Royaume de Dieu dont Jésus parle à ses disciples. Le Royaume est là, mais pas comme on s’y attendait ! Un mystère dans les écritures n’est pas quelque chose d’inexplicable, mais quelque chose qui ne peut être connu que par révélation divine. Cette nouvelle révélation, c’est que le Royaume de Dieu se manifeste d’une manière voilée dans la personne, les paroles et les œuvres de Jésus.
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives
L’originalité du message de Jésus apparaît davantage si on le compare aux attentes du judaïsmes à l’époque de Jésus pour qui la venue du Royaume de Dieu concernait d’abord et avant tout des événements publics : Le retour de l’exil, le renversement des puissances païennes, l’exaltation d’Israël, le retour de Yahvé à Sion pour Juger et sauver son peuple. Et à plus grande échelle, il impliquait le renouvellement du monde, l’établissement de la justice de par la terre entière.
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment
Or, les paraboles du Royaume exigent un certain délai, un intervalle entre sa manifestation discrète et pacifique dans le temps présent et sa manifestation glorieuse et certaine à la fin des temps. Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment. Son action n’est pas toujours évidente ou visible à l’œil nu, mais quand même bien présente. Il viendra un temps, cependant, où le Royaume se manifestera pleinement.
Le Royaume présent finira par prévaloir, même s’il est en ce moment humble, petit et modeste, il fera place au Royaume glorieux à venir.
La présence du Royaume à des répercutions visibles
Cette présence discrète et pacifique signifie-t-elle que le Royaume ne peut pas être vu dans le monde ? C’est tout le contraire, la présence du Royaume a des répercussions visibles, et principalement dans la vie de ceux qui côtoient Jésus. Il signale qu’en lui se réalisent les œuvres que les prophètes avaient annoncées (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 21-23).
Une avancée sans recours à la violence
On peut dire que le Royaume de Dieu, dans sa forme actuelle, avance, progresse et grandit dans le monde sans agresser l’environnement dans lequel il se trouve. Son avancée se fait sans aucun recours à la force ou à la violence.
Un jour le Royaume sera victorieux, glorieux, majestueux, même si pour l’instant, sa progression semble lente, pénible et difficile. Dieu le fera survenir au moment voulu.
G : l’orientation du Royaume
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus présente deux orientations. Une qui agit à l’intérieur de l’histoire que je nommerai prophétique, elle aborde les situations présentes. Et l’autre qui peut être considérée comme apocalyptique, celle qui viendra de l’extérieur de l’histoire et qui ne concerne que l’avenir. Je reste sur la même pensée que précédemment : Le Royaume de Dieu est à la fois présent et futur.
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde
Dans sa forme présente le Royaume prend une forme prophétique ; Dans sa forme future, il prend une forme apocalyptique. Jésus semble nous communiquer que le Royaume de Dieu agit lentement et progressivement dans le monde, d’où son orientation prophétique et d’autre part, qu’il apparaitra soudainement et instantanément au moment déterminé par Dieu, d’où son orientation apocalyptique.
Prophète de son temps et des derniers temps
Jésus est à la fois le prophète de son temps et celui des derniers temps. Il savait emprunter des éléments propres à chacune de ces deux traditions que l’on peut considérer comme sociale/prophétique et eschatologique/apocalyptique tout en les modifiant pour créer la perspective unique qui était la sienne. Dans une perspective, le Royaume de Dieu est une réalité future qui surviendra suite à une intervention divine.
L’aspect apocalyptique du Royaume
Nous pouvons repérer dans les évangiles la trame eschatologique avec des connotations apocalyptiques, nous avons déjà cité les textes qui annonçaient le Royaume futur (Mt 6 : 9 ; 25 : 34). Quant à L’aspect apocalyptique du Royaume, l’arrivée soudaine, dérangement historique, perturbations cosmiques, etc, il se voit très bien dans les discours de Jésus (Mt 24 : 1-51 ; Mc 13 : 1-13 ; Luc 21 : 5-33).
Le langage apocalyptique est présent
Que ces discours fassent référence à la destruction du temple et de la ville de Jérusalem en 70 de notre ère ou à des évènements de la fin du monde, ou encore qu’il renvoie à ces deux évènements, le langage apocalyptique y est présent. Nous y retrouvons un langage cosmique avec des signes dans le ciel, dans la lune et dans les étoiles, une référence au fils de l’homme : (Daniel 7 : 13) et un appel à la vigilance, puisque personne ne connaît ni le jour et l’heure.
La parabole des dix vierges
Jésus se sert d’une parabole dite des dix vierges pour appuyer l’aspect de la vigilance dans l’attente du Royaume (Mt 25 : 1-13, 31-46 ; Luc 12 : 35-40) et compare l’arrivée du Royaume au déluge du temps de Noé et à la destruction de Sodome et Gomorrhe (Luc 17 : 26-30 ; Mt 24 : 36-39).
Une bataille cosmique dans le monde spirituel
Les exorcismes de Jésus peuvent être considéré comme une bataille cosmique dans le monde spirituel (Mt 12 : 24-30 ; Luc 11 : 14-23) et l’on retrouve dans les évangiles une division du temps qui provient de la pensée apocalyptique : Le siècle présent est caractérisé par le mal et le siècle à venir caractérisé par le Règne de Dieu.
Les thèmes des apocalypses Juifs standards
Le passage de l’un à l’autre se fera suite à une intervention décisive et finale de Dieu (Mt 12 : 32 ; Luc 20 : 34-45 ; Mc 10 : 29-30). Tous ces éléments ont un rapport direct avec les thèmes des apocalypses juifs standards et laissent entendre que Jésus partageait avec eux au moins une partie de leur orientation apocalyptique du Royaume de Dieu.
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps
Par contre Jésus ne s’est jamais attardé sur le calendrier ni aux détails, il laissait cela au Père céleste (Mt 24 : 36-44 ; Mc 13 : 32). A cet égard le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps, il ne cherchait pas à définir de manière précise le comment de la venue du Royaume de Dieu.
Le Royaume de Dieu concerne le Présent
Dans une perspective prophétique le Royaume de Dieu concerne le présent, il se soucie des situations actuelles, il agit au sein même de l’histoire humaine à l’intérieur des structures temporelles de ce monde.
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles
Nous avons déjà relevé les textes qui annoncent sa présence dans le temps et l’histoire (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17 ; 12 : 28 ; Luc 17 : 21). En plus nous pouvons trouver la forme prophétique du Royaume présent dans paraboles dites du Royaume, auxquelles nous avons déjà fait allusion (Mc 4 ; Mt 13). En effet ces paraboles nous disent que le Royaume a pénétré l’histoire humaine, via le ministère de Jésus, mais sans aucune apparence apocalyptique.
Un discernement spirituel pour voir le Royaume
Un discernement donné spirituellement par le Père céleste est nécessaire pour le voir (Mc 10 : 15 ; Luc 8 : 10 ; Luc 9 : 27 ; Luc 17 : 20 ; Jn 3 : 3 ; Jn 3 : 5). Le Royaume de Dieu se fait présent dans le monde mais sans éclater les structures de ce monde.
Le Royaume est tourné vers l’avenir
La dimension eschatologique s’y fait toujours présente, le Royaume est tourné vers l’avenir, mais sans aucune connotation apocalyptique. Les paraboles dites du Royaume suggèrent que Jésus ne concevait pas le Royaume de Dieu comme se réduisant à un seul moment apocalyptique de l’histoire humaine, mais comme un processus de longue durée initié par sa vie et son ministère.
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps
Les préoccupations socioéconomiques de Jésus ne doivent pas non plus être ignorées. Elles démontrent que le Royaume de Dieu se préoccupe des situations de son temps. Nous voyons cela en particulier dans l’évangile de Luc. Celui-ci s’intéresse particulièrement, aux conditions de vie des gens, à leur marginalisation sociale, à leur pauvreté économique, à leur exclusion de la vie communautaire. Bien sûr, il ne faut pas en conclure que Luc écrit purement un évangile social. Toutefois pour faire justice à ses écrits, évangiles et actes des apôtres, l’on doit souligner l’importance qu’il apporte aux répercutions sociales du message de Jésus.
Le Royaume est une puissance libératrice
Un texte particulièrement éclairant est celui du discours de la synagogue de Nazareth qui décrit sa mission en termes de libération (Luc 4 :18-19). Le Royaume de Dieu est une puissance libératrice, il affecte la vie des êtres humains, ici-bas et maintenant, il a un aspect tangible, visible et observable (Luc 7 : 18-23 ; Mt 11 : 2-6). Cet aspect prophétique du Royaume a des origines vétérotestamentaires. Dans l’Ancien Testament, on retrouve plusieurs paroles à propos d’une ère de justice, de paix et d’harmonie initiée par le Messie, ainsi que de nombreux appels à la justice sociale. Pour Jésus le Royaume de Dieu œuvre en ce moment à l’intérieur de l’histoire humaine tout en conservant la perspective d’une transformation globale du monde à venir.
H : La visée du Royaume
Le Royaume de Dieu a une visée locale et aussi universelle. Aborder l’étude du Royaume de Dieu vu par Jésus, c’est dépasser le cadre de sa temporalité pour se questionner aussi sur sa localisation, car le Règne de Dieu, bien qu’il soit une activité, est aussi un domaine où cette activité est manifestée.
Le Royaume : concret ou abstrait ?
Certains exégètes affirment qu’il n’y a pas lieu d’attribuer au Royaume de Dieu un sens concret, se contentant de lui conférer un sens abstrait : Le Royaume ne serait pas une sphère mais tout simplement une activité. Pourtant il est difficile, même inutile, de dissocier le sens abstrait (le Règne de Dieu) de son sens concret (la sphère où il règne). Il n’y a pas d’objections théologiques ou philologiques sérieuses pour dissocier les deux. La Bible n’aborde pas la question du Royaume de manière abstraite. Si Dieu règne, il règne quelque part, même si ce quelque part est partout. Il n’y a pas de règne abstrait sans une sphère concrète.
Les clés pour entrer dans le Royaume
Il est possible de rentrer dans le Royaume (Mt 5 : 20 ; 7 : 21 ; 18 : 3 ; Mc 9 : 47 ; 10 : 15, 23-24 ; Luc 23 : 42 ; Jean 3 : 5), y demeurer (Mt 11 : 11 ; 13 : 42 ; 18 : 1, 4 ; 20 : 21 ; Mc 14 : 25 ; Luc 7 : 7, 28 ; 14 : 15 ; 22 : 18), en être expulsé (Mt 8 : 12 ; 13 : 41), y festoyer (Mt 8 : 11 ; Luc 13 : 28-29), en être plus ou moins loin (Mc 12 : 34), des clés en permettent d’en réglementer l’accès (Mt 16 : 19 ; 23 : 13).
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu, l’exercice de son autorité, la manifestation de sa royauté, le pouvoir de son gouvernement, et ensuite, le domaine et la sphère où ce Règne est exercé. Il est difficile d’imaginer un règne qui n’a aucune sphère, soit-elle physique, territoriale ou spirituelle.
Le Royaume de Dieu a un caractère national
Les exégètes privilégient le sens « Règne », mais d’autres avertissent qu’on doit conjoindre l’idée de la sphère, de son exercice. Pour un grand nombre des interlocuteurs juifs de Jésus, le Royaume de Dieu a un caractère national, géographique, territorial et ethnique. Il doit s’actualiser dans la nation d’Israël ou du moins à l’intérieur de ses frontières géographiques. Les Juifs étant sous la domination romaine, plusieurs espèrent et attendent un retour en force et en gloire de la nation juive.
Le Messie royal envoyé par Dieu
Ils entrevoient une époque future où Dieu rétablira la suprématie d’Israël dans le monde comme au temps du roi David. Le Royaume de Dieu est synonyme pour eux « de Royaume d’Israël », il est perçu comme étant géographique, terrestre, ancré dans l’histoire et instauré à la suite d’une victoire politique et militaire via le roi idéal de la fin des temps ou le Messie royal envoyé par Dieu (Luc 24 : 21).
La sanctification du nom de Dieu
Or, pour Jésus, le Royaume de Dieu dépasse ces préoccupations nationales, il n’est pas limité au territoire d’Israël avec des frontières de temps et d’espace. Pour lui ce n’est pas la glorification de Jérusalem et le retour en gloire de la nation juive qui importe, mais la sanctification du nom de Dieu, le déploiement de sa royauté et l’accomplissement de sa volonté sur la terre entière, même si Jésus a limité son ministère terrestre à la nation d’Israël.
Sur la terre comme au ciel
La prière concernant le nôtre Père nous montre les préoccupations du Christ (Mt 6 : 10), qui nous donne un premier élément de réponse quant à la visée ou à la portée du Royaume de Dieu. Lorsque nous prions « Que ton nom sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » où ce nom, ce règne et cette volonté doivent-ils se manifester et se déployer ? La réponse est claire : « sur la terre comme au ciel ». Le lieu du Royaume, là où la royauté divine doit être reconnue et acceptée, ne peut être que sur la terre et de surcroit sur la terre entière.
Activité spécifique de Dieu dans le monde
J’ai déjà mentionné que lorsque Jésus parle du Royaume, il ne parle pas de la souveraineté générale de Dieu sur le monde (ce royaume a toujours existé), mais d’une activité spécifique de Dieu dans le monde. Ce Royaume est en cours de réalisation, il cherche à s’étendre partout. Voilà la visée ou la portée du Royaume de Dieu initié par Jésus-Christ.
Espérance de remplir toute la terre
Cette espérance de voir remplir toute le terre remonte à l’Ancien Testament (Genèse 17 : 4, 5, 6, 16). Si on demande à plusieurs personnes où se trouve le Règne de Dieu, il est probable que nous entendions ce type de réponse : Dieu règne dans les cieux, Jésus ne parle-t-il pas « du Royaume des cieux » ? et ne dit-il pas que son Royaume n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) ?
Quelque chose qui se passera sur la terre
Pourtant, lorsque Jésus dit que le temps d’attente est terminé et que le Royaume s’approche (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15), il ne fait pas allusion à quelque chose qui se passera là-haut dans les cieux, mais à quelque chose qui aura lieu ici-bas sur cette terre.
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?
La confusion pour nous et non pour les contemporains de Matthieu, vient du fait que Matthieu utilise l’expression « Royaume des cieux », d’où la déduction que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux. Or cette déduction typique à Matthieu est tout simplement synonyme de Royaume de Dieu. Les Juifs du premier siècle évitaient de prononcer le nom de Dieu par respect et révérence envers lui. On lui substituait alors différentes expressions qui étaient perçues comme des allusions indirectes à Dieu (Mt 5 : 34-35 ; 23 : 20-22).
Un écrit pour les Juifs
Matthieu écrivant surtout pour des Juifs, et désirant tenir compte de leurs sensibilité, utilise couramment l’expression « Royaume des cieux » (Mt 3 : 2), alors que Marc et Luc préfèrent l’expression « Royaume de Dieu » (Mc 1 : 15 ; Luc 4 : 43) sans doute plus facile à comprendre pour les non-juifs. Dans les deux cas, l’expression renvoie à la même réalité.
La nature du Royaume
Le Royaume des cieux ne désigne donc pas le lieu du Royaume, mais la nature ou l’origine du Royaume. C’est un Royaume qui vient de Dieu, qui prend sa source en Dieu, qui trouve sa raison d’être en Dieu.
Mon Royaume n’est pas de ce monde
Jésus ne dit pas que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux (quoique cela soit vrai aussi !), mais qu’il vient des cieux. De même quand Jésus dit : « Mon Royaume n’est pas de ce monde », cela n’indique pas que Jésus renonce à tout jamais à établir son Règne en Israël et sur toute la terre, mais que son Royaume ne tire pas sa légitimité de ce monde : Jésus ne parle pas de la localisation du Royaume, mais de la source de son autorité royale.
L’autorité qui vient du ciel
Contrairement à Pilate, il ne reçoit pas son autorité d’une source terrestre (César), mais de Dieu. Beaucoup comprennent le message de l’Evangile simplement. Ils font le parallèle entre aller au ciel et le commencement de la vie éternelle, comme si le Royaume de Dieu était l’équivalent de la vie après la mort.
La vie éternelle
De même le concept de « vie éternelle » ne consiste pas à avoir une vie sans fin après la mort, mais à faire partie du siècle à venir, à participer au monde nouveau que Dieu instaurera. L évangile ne nous dit pas comment aller au ciel après la mort, mais comment avoir part au Royaume de Dieu, à la nouvelle création, que Dieu est sur le point d’inaugurer dans le temps et l’histoire par la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël
Lorsque les disciples demandent à Jésus en Actes 1 : 6 « Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël ? », il ne faut pas y voir une limitation de la portée du Royaume de Dieu comme si celui-ci se limitait à Israël et ne visait pas le monde entier. La suite du verset révèle la visée universelle du Royaume.
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre
Cette question permet à Jésus de dévoiler une partie du programme divin, celle qui consiste à annoncer l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre afin de rassembler le peuple du Royaume (Actes 1 : 7-8).
Dieu va rassembler le peuple du Royaume
Cette visée universelle du Royaume ne renie en aucun cas son lien avec Israël. D’ailleurs les écrits de Luc (évangile et Actes) contiennent de nombreuses mentions à cet effet (Luc 1 : 45-55, 68-79 ; 2 : 25-32 ; 24 : 21 ; Actes 1 : 6-7 ; 3 : 21). La réponse de Jésus souligne que, pour l’heure, le moment de l’établissement du Royaume sur la terre renouvelée, avec une Jérusalem transfigurée (Apo 21 : 10-22, 5), n’est pas arrivé mais que Dieu va rassembler le peuple du Royaume, de Jérusalem jusque dans le monde entier.
I : L’agent du Royaume
Jésus est présenté dans les évangiles comme l’agent du Royaume de Dieu, il est celui par qui s’approche le Règne de Dieu. Jésus a prêché le Royaume de Dieu et non lui-même. Pourtant nous voyons dans les évangiles que le Royaume est inséparable du Messie. Jésus est le représentant (Luc 17 : 20-21), le révélateur (Mc 4 : 11-12 ; Mt 11 : 25-27), le champion (Mc 3 : 27), l’initiateur (Mt 11 : 12), l’instrument (Mt 12 : 28), le médiateur (Mc 2 : 18-19) et l’agent du Royaume (Mt 11 : 2-5).
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus
On ne peut dissocier le Royaume de Dieu de la personne de Jésus, le messager est lié au message. La réception du message passe par le messager. Recevoir Jésus, c’est recevoir le Royaume et recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. Les deux sont si étroitement liés que d’une certaine façon, on peut dire que le Royaume, c’est Jésus lui-même.
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu
On peut dire que Jésus est le Royaume en personne ou comme le disait Origène : « Jésus est le Royaume de Dieu, réalisé en lui-même ». Pour d’autres exégètes la formulation sera : « Le Royaume réside en Jésus lui-même » ou encore « Jésus-Christ porte en lui-même le Royaume de Dieu ». Il est intéressant de souligner que les évangélistes, que ce soit : Matthieu, Marc, Luc ou Jean, ont tous une christologie royale. Ils ont tous une compréhension de la personne et de l’œuvre de Jésus qui est liée au Royaume d’Israël et par extension au Royaume de Dieu.
Jésus comme Messie
Outre les différentes désignations que l’on retrouve pour Jésus dans les évangiles : Maître, Messie, Fils de l’homme, Fils de David, Fils de Dieu, Seigneur, etc., les évangélistes conçoivent tous Jésus comme un roi, et de surcroit le roi d’Israël. Ils font fréquemment mention de l’autorité, du règne et du Royaume de Jésus.
Jésus le Fils de David
Pour Matthieu, Jésus est le fils de David, l’héritier du trône d’Israël (Mt 1 : 1 ; 21 : 9), le Christ (Mt 1 : 16), celui qui sauvera son peuple de ses péchés (1 : 21), l’Emmanuel, Dieu avec nous (1 : 23), il est le roi des Juifs que les mages veulent honorer (2 : 2), le chef qui paîtra Israël (2 : 6), le roi qui vient, plein de douceur, monté sur un âne (21 : 5), celui qui est assis à la droite de Dieu et qui viendra sur les nuées du ciel (26 : 64). Jésus confirme être le roi des Juifs devant Pilate (27 : 11). C’est en tant que roi des Juifs qu’il est couronné d’épines, maltraité et crucifié, c’est pour la même raison qu’on le nargue de descendre de la croix (27 : 29, 37, 41). C’est à lui que toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre (28 : 18).
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu
Pour Marc, Jésus est celui qui viendra dans la gloire de son père avec les anges Mc 8 : 38), certains seront assis à sa droite et à sa gauche lorsqu’il sera dans la gloire (Mc 10 : 37), il est celui qui rentre dans Jérusalem en tant que roi (Mc 11 : 9-10), il est le Christ, le Fils du Dieu béni, le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu et venant sur les nuées du ciel (Mc 14 : 61). Jésus confirme à Pilate être le roi des Juifs (Mc 15 : 2), c’est en tant que tel qu’il est maltraité et crucifié (Mc 15 : 17-18, 26, 32).
Le Fils du Très-Haut
Luc, lui, présente Jésus comme le Fils du Très-Haut, celui qui héritera du trône de David et qui règnera sur la maison de Jacob éternellement (Luc 2 : 11), le roi qui vient au nom du Seigneur (Luc 19 : 38). Jésus disposera du Royaume en faveur de ses disciples tout comme le père en a disposé en sa faveur (Luc 22 : 29). Jésus parle de sa table et de son Royaume (Luc 22 : 30) et c’est en tant que roi qu’il est mis en accusation devant Pilate (Luc 23 : 2-3), qu’il est crucifié et qu’on se moque de lui (Luc 23 : 36-38). Un malfaiteur demande à Jésus de se souvenir de lui quand il viendra dans son Règne (Luc 23 : 42).
Celui qui vient au nom du Seigneur
Jean est celui qui ne fait pas souvent mention du Royaume de Dieu (Jean 3 : 3, 5). Toutefois cela ne l’empêche pas de présenter Jésus comme un roi. Jésus est le roi d’Israël, celui qui vient au nom du Seigneur (Jean 12 : 13-15). À trois reprises devant Pilate, Jésus parle de son Royaume qui n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) et confirme être le roi des Juifs (Jean 18 : 37).
Crucifierai-je votre roi ?
C’est en tant que roi des Juifs qu’il est maltraité par les soldats romains et qu’il est couronné d’épines (Jean 19 : 2-3). Pilate présente Jésus aux dirigeants Juifs en disant voici votre roi et les interroge en leur demandant « Crucifierai-je votre roi ? » (Jean 19 : 15). L’inscription à la croix indique clairement, Jésus en tant que roi des Juifs : « Jésus de Nazareth le roi des Juifs » (Jean 19 : 19).
Jésus roi des Juifs
Bref si tous les évangélistes nous présentent Jésus comme le roi d’Israël, donc s’ils présentent d’une part Jésus comme le roi d’Israël et d’autre part comme celui qui a prêché le Royaume de Dieu, il est difficile de ne pas en déduire qu’un lien étroit existe entre les deux.
La relation exacte entre Jésus et le Royaume
Il n’est pas facile de décrire avec précision la relation exacte entre Jésus et le Royaume de Dieu. Jésus-Christ est-il celui qui proclame, apporte, inaugure, présente, réalise, initie, porte ou manifeste le Royaume ?
Le temps du Royaume
A ceux qui lui demandent quand viendra le Royaume de Dieu, Jésus répond qu’il est déjà là, présent au milieu d’eux, il est juste devant leur yeux !
Le Royaume est avant tout une personne
Jean-Paul II avait compris le principe du Royaume, selon moi, lorsqu’il écrivait : « Le Royaume de Dieu n’est pas un concept, une doctrine ou un programme sujet à l’interprétation libre, mais c’est d’abord et avant tout, une personne avec le visage, la personnalité, le nom de Jésus de Nazareth, il est l’image de Dieu invisible. Si le Royaume est séparé de Jésus, ce n’est plus du tout le Royaume de Dieu tel qu’il l’a révélé ».
Le statut personnel du Messie
L’enseignement de Jésus n’a jamais été concentré en premier sur son statut personnel, mais sur l’annonce du Royaume de Dieu, il n’en demeure pas moins qu’un lien inséparable les unit.
J : Les bénéficiaires du Royaume
Le Royaume de Dieu, selon Jésus, est une réalité accessible à tous, même à ceux qu’on avait tendance à exclure. Dans les évangiles, nous voyons que Jésus se fait proche de ceux qui sont en marge de la société, leur accordant son attention, il leur annonce la bonne nouvelle du Royaume. Il côtoie ceux qui sont exclus de toute vie sociale, tels les lépreux et les démoniaques, ceux qui se trouvent dans des conditions de vie difficile, tels les pauvres, les opprimés, les indigents, les aveugles, les boiteux, les estropiés, les malades, et ceux qui sont méprisés socialement, tels les publicains, les prostituées et les gens de mauvaise vie (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Les interrogations du Royaume
Le Royaume de Dieu, proclamé par Jésus comporte plusieurs interrogations qui concernent : le quand, le comment, le qui du Royaume de Dieu. D’abord le Royaume se manifeste d’une façon inattendue, il vient de manière voilée, à peine perceptible, c’est ce que nous voyons dans les paraboles du Royaume (c’est le comment).
Les invités surprises
Finalement les bénéficiaires du Royaume ne sont pas ceux auxquels on s’attendait : il y a des invités surprises ! Dans le Royaume de Dieu, il y aura des pêcheurs, des pauvres, des marginaux, des exclus, etc, même des gentils, c’est-à-dire des païens (Luc 7 : 22).
Tous ne comprendront pas le message
Beaucoup de pharisiens, de saducéens et de religieux divers ne comprendront pas le messager et l’enseignement qu’il apporte. Leurs certitudes quant à leur qualification d’être admis dans le Royaume par leur naissance en tant que juifs ou par leurs pratiques religieuses ne correspond pas au message que Dieu donne pour l’entrée dans son Royaume.
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume
Pour Jésus, il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume de Dieu ou même de faire partie de la nation d’Israël, mais d’accueillir le message qu’il proclame avec foi et repentance. Par ses fréquentations nous voyons que Jésus destine son message à tous les êtres humains, peu importe leurs situations sociales (qu’ils fassent partie de l’élite sociale ou non), économiques (qu’ils soient riches ou pauvres) et morales (que leurs vies soient exemplaires ou non).
Pour lui le Royaume est ouvert à tous, nul n’en est exclu de prime abord, même si l’on est classé comme indésirable par la société.
Pas de distinction entre les être humains
Le Royaume de Dieu n’oublie personne, il ne fait aucune distinction entre les êtres humains. Il les situe tous sur le même pied d’égalité. Tous font partie des invités du Royaume et tous peuvent en être les convives, s’ils répondent favorablement à l’invitation qui leur est adressée et s’ils orientent leur vie en conséquence, même les indésirables. « Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle », dit Jésus (Mc 1 : 15).
Jésus ne se ménage pas
C’est sur ce principe essentiel que l’entrée dans le Royaume de Dieu s’effectue. Jésus ne ménage donc pas ni ses paroles ni ses efforts pour rejoindre ceux qui sont exclus de toute vie sociale, qui se trouvent dans des conditions de vie difficile et qui sont méprisés socialement (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu
Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Il semble qu’un ensemble de raisons explique ses agissements. Mais ce qui est clair, c’est que par ses comportements sociaux, Jésus rejoint ceux et celles qu’on avait naturellement tendance à écarter ou à exclure de la vie du Royaume. Car nombre de ces personnes par la vie qu’elles menaient, étaient loin de convenir aux normes sociales, morales, religieuses et rituelles d’alors. Si Jésus accorde son attention à ceux qui sont en marge de la société, c’est d’abord pour démontrer que le Royaume de Dieu, leur est aussi adressé. Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu.
C’est pourquoi la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, se doit de leur être particulièrement annoncée (Luc 4 : 18-19 ; 7 : 22).
K : Les différentes demandes du Royaume
Le Royaume ne vient pas qu’avec des bienfaits, il vient aussi avec des demandes. Jésus n’invite pas seulement ses auditeurs à la conversion, mais aussi à une vie de disciple.
En lien avec les demandes du Royaume, trois thèmes sont importants : La conversion au Royaume, Le chemin du Royaume, Le coût du Royaume.
Repentez-vous car le Royaume est proche
Regardons d’abord la conversion au Royaume. Pour Jésus, la proclamation du Royaume de Dieu au milieu de son peuple ne doit laisser personne indifférent : Chaque personne doit se situer par rapport au message qu’il proclame. Il dénonce d’ailleurs l’indifférence des gens à son égard et celle exprimée envers son message (Luc 10 : 13-14). Lorsque Jésus proclame le Royaume de Dieu, il y adjoint simultanément un appel à la conversion : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche » (Mt 4 : 17). L’évangile de Marc ajoute « et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15). Jésus demande la conversion des personnes qui l’écoutent, c’est-à-dire, la repentance (Retour à Dieu) et la foi (la confiance en Dieu).
Repentir et Foi
C’est la lumière de la proximité, de la venue ou de l’arrivée du Royaume que la repentance et la foi trouvent tout leur sens. Ces deux termes, la repentance et la foi, mentionnés parfois côte à côte ou l’un après l’autre, expriment tous deux la réponse adéquate au message de Jésus, même s’il ne faut pas les voir comme des synonymes. La repentance implique un changement de direction alors que la foi dépeint la confiance que l’on porte à l’égard de Dieu. Dans le langage du Royaume, se convertir, s’est se placer soi-même sous le Règne de Dieu. La conversion est un changement d’allégeance, une reconnaissance de la royauté et du règne divin.
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu
C’est un choix volontaire et délibéré de placer sa vie ou sa propre autorité sous celle de Dieu et de reconsidérer sa vie en conséquence. Il est difficile, voire inconcevable, de croire qu’une personne puisse entrer dans le Royaume de Dieu sans respecter l’autorité du roi qui y règne. La conversion n’est pas une simple décision par rapport au Royaume de Dieu, mais une réorientation de vie quant à ce Royaume. Pour Jésus, il ne peut y avoir de conversion véritable sans soumission au roi. La soumission libre et volontaire fait partie intégrante de la conversion.
Prendre son joug
Jésus invite tous ceux qui viennent vers lui à prendre son joug et cela sans aucune crainte puisqu’il se présente comme « doux et humble de cœur » (Mt 11 : 25-31). Dans le langage biblique prendre sur soi le joug de quelqu’un, c’est reconnaître son autorité et la respecter. D’ailleurs, quand Jésus invite ses disciples à « porter leur croix » (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27), il s’agit là d’un symbole de renoncement et de souffrance, mais aussi de soumission.
Se soumettre à l’autorité divine
En effet « porter sa croix », c’est d’abord et avant tout se soumettre volontairement au Règne de Dieu. Pour Jésus, devenir son disciple ne consiste pas simplement à accepter une souffrance morale, sociale ou physique qui peut résulter d’une identification avec lui, c’est aussi se soumettre à l’autorité divine.
La rébellion à l’égard de Dieu
Pour Jésus, le vrai problème d’Israël n’est pas la captivité politique (la présence de Rome), mais sa captivité spirituelle due au péché, cet état de rébellion à l’égard de Dieu.
Porter sa croix chaque jour
Or, en portant sa croix, il y là, de la part du disciple, la reconnaissance volontaire d’une autre autorité ! En effet, Jésus demande de porter sa croix volontairement et non par force, et ce chaque jour. Il y a toujours dans le cœur humain une résistance à faire l’œuvre de Dieu, même après sa conversion.
La révolte contre Rome
Lorsque Jésus parlait de porter sa croix, les disciples ne pensaient pas à la mort et à la crucifixion de Jésus, mais à ceux qui se révoltaient contre Rome et qui en conséquence, devait porter une poutre sur leurs épaules jusqu’au lieu de leur crucifixion. Pour eux, porter sa croix signifiait la soumission, la cessation d’une rébellion, la reconnaissance sous contrainte, bien sûr de la puissance Romaine.
La reconnaissance du Règne de Dieu
En transportant cette réalité historique dans le domaine spirituel, il y a, une invitation à reconnaître le Règne de Dieu et de s’y soumettre volontairement en suivant Jésus.
Une vie sans rébellion
Les disciples ont cessé de se rebeller contre la puissance de Dieu (le Règne de Dieu). Celui qui porte une croix est maintenant dans une position et déclare publiquement que sa rébellion à l’égard de Dieu est maintenant terminée.
Rechercher une vie conforme à Dieu
Le chemin du Royaume, c’est accueillir le Règne de Dieu, c’est rechercher une vie conforme au Royaume de Dieu, c’est reconsidérer ses voies, réorienter sa vie, à défaut de quoi, il n’y aura pas de repentance, aucun changement de direction.
Le mode de vie du Royaume de Dieu
Le Royaume que Jésus proclame vient avec son propre mode de vie, avec ses valeurs, ses priorités, ses demandes. Le sermon sur la montagne (Mt 5-7 ; Luc 6 : 17-49) en constitue un bel exemple, Jésus y décrit, en effet, les sujets privilégiés du Royaume (Ceux qui ont la faveur de Dieu - Mt 5 : 1-16), la justice du Royaume (Jusqu’où va l’obéissance à la loi divine - Mt 5 : 17-48), la pratique sincère du Royaume (dans quel esprit accomplir ses devoirs religieux - Mt 6 : 1-18), les priorités du Royaume (de quoi il faut se préoccuper avant tout - Mt 6 : 19-34), les relations nouvelles du Royaume (comment se comporter à l’égard de Dieu et des autres - Mt 7 : 1-12), et le choix ultime du Royaume (comment accéder à la vraie vie - Mt 7 : 13-28).
Faire les choix éthiques de Dieu
Pour Jésus, l’adhésion au Royaume de Dieu implique non seulement une déclaration de foi, une pratique religieuse, une transformation intérieure, mais aussi des choix éthiques conformes à la volonté de Dieu. Jésus met en garde ceux qui l’écoutent contre les dangers d’une vie religieuse sans transformation intérieure, d’une déclaration de foi sans véritable vie de disciple, d’un enthousiasme charismatique sans répercussions éthiques et d’une écoute de ses paroles sans leur mise pratique.
Le renversement des valeurs sociales
Le Royaume de Dieu que Jésus proclame renverse les mentalités et les valeurs sociales existantes, transforme les personnes de l’intérieur, réaligne leurs pratiques religieuses, réoriente leurs priorités de vie et redéfinit leurs relations à Dieu et aux autres.
Ceux qui font la volonté de mon Père
Pour le Messie, l’accueil sincère du Royaume ne peut se faire autrement. Les frères et sœurs de Jésus, sont ceux qui font la volonté du Père, voilà sa vraie famille (Mt 12 : 46-50 ; Mc 3 : 31-35 ; Luc 8 : 19-20).
Connaître le coût
Cherchons maintenant à connaître le coût du Royaume. En lisant les évangiles, il est bien évident qu’à l’égard du Royaume de Dieu, Jésus demande une réponse totale de l’être humain. Cette décision n’est pas à prendre à la légère. Il faut en calculer le coût, en mesurer les impacts pour sa vie.
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens
L’éthique de Jésus est radicale, elle est exigeante. Jésus dit qu’il faut surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5 : 20), qu’il faut résister à la vengeance et à la violence (Mt 5 : 38-42), qu’il faut aimer et prier pour ses ennemis, c’est-à-dire pour l’occupant romain (Mt 5 : 43-48), qu’il faut être parfait à l’image du Père céleste, c’est-à-dire refléter le caractère et les agissements de Dieu, même face aux méchants et aux injustes (Mt 5 : 45-48), qu’il faut accomplir ses devoirs religieux dans le secret, c’est-à-dire en étant libre de tout désir d’être vu et admiré (Mt 6 : 1-18), qu’il faut surveiller les allégeances de son cœur afin que Mammon, la richesse, n’y prenne pas la place de Dieu (Mt 6 : 19-24), qu’il faut rechercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice avant les choses secondaires de la vie (Mt 6 : 25-34), qu’il faut entrer par la porte étroite et choisir le chemin resserré, cette décision impopulaire et à contre-courant, qui mène à la vie (Mt 7 : 13-14), qu’il faut faire la volonté du Père, et non seulement professer une foi en lui (Mt 7 : 21-23), qu’il faut pratiquer ses paroles et non pas se contenter de les écouter (Mt 7 : 24-27).
Il faut prendre sa croix
Comme le prix pour suivre ce chemin est lourd. En effet, il faut renoncer à soi-même, se charger de sa croix, suivre Jésus aux risques et périls de sa vie, ne pas avoir honte de se déclarer pour lui ici-bas malgré le rejet et la souffrance possible due à une telle association (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27).
Dans l’évangile de Luc, Jésus souligne le sérieux de l’engagement à l’égard du Royaume de Dieu à l’aide de deux illustrations.
Il faut calculer la dépense
Tout comme il faut s’assurer d’être capable d’achever son projet de construction avant de pouvoir commencer à bâtir et tout comme il faut évaluer la puissance de son armée avant d’entreprendre une campagne militaire, de même il faut réfléchir aux conséquences d’un choix en faveur du Royaume de Dieu (Luc 14 : 28-32).
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner
Pour Jésus, cet engagement envers le Royaume et envers lui se doit d’être plus important que le travail (Luc 5 : 11, 27-28), que les possessions matérielles (Luc 12 : 13-21 ; 12 : 33-44 ; 18 : 18-27), que les obligations sociales (Luc 9 : 57-62), que les soucis et les préoccupations normales de la vie (Luc 12 : 22-23), plus que les liens familiaux (Luc 14 : 26 ; 18 : 28-30) et que sa propre vie (Luc 9 : 23-25 ; 14 : 27).
Jésus ne fait pas de fausses promesses. Il révèle dès le départ ce qu’implique une vie à sa suite et invite toute personne qui désire le suivre à examiner soigneusement ses motivations.
Ils seront consolés
Le Règne de Dieu réclame le cœur et la vie entière des disciples. Cet engagement complet et total se comprend à la lumière du Royaume de Dieu. A ceux et celles qui lui répondent favorablement, le Messie promet des récompenses, les béatitudes en font foi : Ils auront part au Royaume de Dieu, ils seront consolés, ils hériteront la terre, ils seront rassasiés de justice, ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu, ils seront appelés fils et filles de Dieu (Mt 5 : 3-12, Luc 6 : 20-26). Ils prendront possession du Royaume (Mt 5 : 25 : 34).
Ils retrouveront leurs vies
De plus, ils découvriront une nouvelle famille ici-bas, recevront au centuple ce qu’ils ont perdu à cause de lui et hériteront la vie éternelle (Mt19 : 27-30 ; Luc 18 : 28-30). Bref, ils retrouveront leur vie (Mt 10 : 39).
L : La communauté du Royaume
Finalement le Royaume de Dieu proclamé par Jésus implique l’établissement d’une nouvelle communauté de foi : Une communauté messianique centrée sur la personne de Jésus.
Dans les évangiles, nous voyons que le ministère de Jésus a pour résultat la création d’une communauté. L’annonce du Royaume attire les foules (Mt 5 : 1 ; Mc 3 : 7-8) et ceux qui répondent au message de Jésus deviennent ses disciples.
Il choisit des disciples
Le terme disciple, désigne les douze hommes que Jésus choisit pour l’accompagner dans son ministère itinérant, ceux-ci représentent symboliquement les douze tribus d’Israël (Mt 10 : 1 ; Mc 3 : 13-14 ; Luc 9 : 1 ; 22 : 29-30), mais il se réfère aussi à un nombre plus grand que Jésus envoie en mission, tels les soixante-dix disciples (Luc 10 : 1), et d’une manière plus large à ceux qui accueillent son message et son enseignement.
Jésus semble avoir été accompagné non seulement par les douze et les soixante-dix mais aussi par de nombreuses personnes favorables à sa prédication (Mc 4 : 10 ; Luc 6 : 17 ; 19 : 37 ; 24 : 33 ; Jean 4 : 1-2 ; 6 : 66).
Ceux qui suivaient Jésus
Le livre des Actes fait mention d’un nombre de disciples assez nombreux au cours du ministère de Jésus (Ac 1 : 13-14, 21).
Apparemment, Jésus avait déjà commencé durant son ministère à rassembler un groupe de disciples assez important ; certains le suivaient constamment, d’autres pas.
Il est intéressant de mentionner que Jésus définit sa mission à la fois en termes de proclamation du Royaume (Luc 4 : 43) et de rassemblement des brebis perdues du Royaume d’Israël (Mt 10 : 5-6 ; 15 : 24).
La nouvelle communauté de croyants
Quoique la majorité de ses contemporains n’ait pas fait bon accueil à son message (Mt 11 : 20-24 ; Luc 10 : 13-15), ceux qui l’ont reçu ont formé, même si ce n’est qu’à l’état embryonnaire, la nouvelle communauté de croyants, composée de ceux qui suivent Jésus et le reconnaissent comme maître et Messie
J’ai voulu rassembler tes enfants.
La parole de Jésus, « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu » (Mt 23 : 37 ; Luc 13 : 34), pourrait être considéré comme un échec en ce qui concerne le rassemblement. Toutefois, cet échec du rassemblement de tout Israël, ne signifie pas l’échec du ministère de Jésus.
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume
Le Messie va poursuivre son activité proclamatrice du Royaume de Dieu, avec le nombre relativement restreint de ses disciples. Pour Jésus, il n’y a pas d’inquiétude à avoir concernant le nombre de disciples. Il dit à ceux qui le suivent « Ne crains pas petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc12 : 32).
En Jésus et par son ministère de proclamation, d’enseignant et de guérisseur, Dieu lui-même rassemblait donc les brebis perdues d’Israël, le peuple.
Une communauté messianique
Si nous regardons les évangiles avec attention, nous nous rendons compte, que la proclamation initiale du Royaume de Dieu, ainsi que le rassemblement initial du peuple de Dieu a commencé en Palestine. On assiste déjà à la formation d’une communauté du vivant de Jésus, une sorte de communauté messianique, avant l’établissement de l’église.
Un nouveau peuple
La mission de Jésus impliquait la création d’un peuple qui devait être les sujets du Règne de Dieu et qui devait jouir des bienfaits de ce Règne. Puisque Jésus a averti le peuple d’Israël qu’il était, en tant que nation, sur le point d’être rejeté par Dieu, Jésus a dû envisager la création d’un nouveau peuple, en incorporant des éléments du peuple ancien, mais aussi en l’ouvrant plus largement, et l’a constitué d’une nouvelle allégeance.
Une nouvelle fraternité
L’annonce du Royaume de Dieu faite par Jésus n’excluait pas l’établissement d’une nouvelle fraternité de gens rassemblés autour de lui de son vivant, même si cette nouvelle fraternité a pris une forme plus officielle après sa mort et sa résurrection ce que l’on nomme aujourd’hui l’église. Dans l’évangile de Matthieu, lorsque Jésus parle de l’Eglise, il s’agit d’une communauté ou d’une assemblée comme il en existait déjà à l’époque. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que Jésus désire former ou constituer sa propre communauté, « Mon église ».
Conclusion
Nous voici arrivés à la fin de cette dissertation. Comme je vous l’avais dit en introduction, l’objectif de ce travail avait pour but la réalisation de ma thèse de théologie biblique, d’une part et de prouver que l’arrivée du Royaume de Dieu avait bien été accomplie avec le ministère de Jésus sur la terre, d’autre part ; J’ai fait mon possible pour mettre le maximum d’informations concernant « Le Royaume de Dieu vu par Jésus » en un minimum de mots, ce qui correspondait au challenge à réaliser. Une nouvelle fois, je suis bien conscient que d’avoir voulu décrire la manière dont Jésus voyait le Royaume de Dieu, semble une gageure, toutefois, ce n’est pas sans plaisir que j’ai redécouvert à travers la Bible et particulièrement les évangiles, comment le Messie regardait son Royaume. Pour être le plus fidèle possible aux propos du Christ, la presque totalité, voire l’intégralité de ce texte a été prise dans les évangiles. Ma méthode de travail est le fruit de ce que j’ai découvert au fur et à mesure de mes travaux avec BibleDoc et dans certains ouvrages qui seront notés dans la bibliographie. Cette étude, n’est qu’une goutte d’eau dans la découverte du Royaume de Dieu vu par Jésus, il faudrait des mois, voire des années, pour pouvoir expliquer le pourquoi et le comment en ce qui concerne le Royaume de Dieu.
Bibliographie
Cours BibleDoc : année 2005
Logiciel Logos : année 2019
Logiciel Bible Online : année 2011
L’évangile.com
La Bible TOB : Les éditions du Cerf : année 2010
Le Grand dictionnaire Biblique : édition Excelsis année 2017
Graeme GOLDSWORTHY : Le Royaume révélé de l’Ancien Testament à l’évangile, éditions Excelsis 2004
Vaughan Robert : Panorama de la Bible Editions Farel 2012
LADD George Eldon : L’évangile du Royaume, exposé sur le royaume de Dieu éditions Emmaüs 2001
Ben WITHERRINGTON : Histoire du Nouveau Testament Editions Excelsis 2003
[1]John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p. 95.
[2] Donald B. KRAYBILL, the Upside-Down Kingdom, Scottale, Herald, 2003, p. 16
[3] Ben WIEBE, Messianic Ethics. Jesus’ Proclamation of the Kingdom of God and the Church in Response, Scottdale, Herald, 1992, p. 95.
[4] John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p.4.
[5]Darell L. BOCK, The Kingdom of God in New Testament Theology.
[6] Daniel MARGUERAT, l’aube du christianisme, Le Monde la Bible, 60, Genève/Paris, Labor et Fides/Bayard,2008 ? P. 90
[7] Joachim JEREMIAS, Théologie du Nouveau Testament. La prédication de Jésus tome 1, Paris, Cerf, 1973 p.43.
[8]. Ibid, p.43-44.
[9]. Ibid, p.44.
Le Royaume de Dieu vu par Jésus
Par
Bernard IRRMANN
Une dissertation requise pour le certificat intitulé :
DOCTORAT EN THEOLOGIE
A l’attention de :
BIBLEDOC
P.O. BOX 118
USA
Nous nous proposons dans cette dissertation de décrire le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Ce travail consistera à montrer l’accomplissement du Royaume, par la vie, les paroles, les actes, les miracles, l’enseignement du Christ, la recherche sera faite à partir des évangiles. Le but de cette étude étant de montrer que le Royaume est présent tout en étant à venir.
Date : 14/01/2022
Table des matières
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. i
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu. I
Le Royaume à travers les siècles. II
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu. II
L’alliance dans l’Ancien Testament. III
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ. VI
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts. VI
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?. VII
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?. VIII
Le centre du message de Jésus. VIII
Les références concernant le Royaume de Dieu. IX
Un résumé du message de Jésus. X
Une variété de contextes et de locutions verbales. X
Un symbole de l’activité divine. XI
La perte de la notion de Royaume. XII
Comprendre le contenu du message de Jésus. XIII
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?. XIV
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape. XV
A : La proclamation du Royaume. XV
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu. XV
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives. XV
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière. XV
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent XVI
L’activité divine déployée en Jésus. XVI
Jésus proclame un évènement XVI
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions. XVI
La sanctification du nom divin. XVII
La vision théocratique du Christ XVII
Pour Christ proclamer le Royaume. XVII
Les résultats de la reconnaissance. XVII
De la reconnaissance, découlera des bienfaits. XVII
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu. XVIII
A ne pas confondre avec les bienfaits. XVIII
Le Royaume comme programme. XVIII
L’étiquette Royaume de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu est proche. XIX
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu. XIX
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus. XIX
Le Royaume a déjà commencé. XIX
Le temps d’attente est terminé. XX
Le Royaume est donc venu vers vous. XX
Le Royaume est au milieu de vous. XX
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?. XX
L’importance de prêter attention à ce qui se passe. XX
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui XX
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume. XXI
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur. XXI
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle. XXI
Le Royaume est à la fois actuel et à venir. XXI
L’aspect présent et futur du Royaume. XXI
La nature même du Royaume. XXI
Le Royaume est un évènement dynamique. XXII
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent XXII
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future. XXII
F : Le mystère du Royaume. XXII
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé. XXII
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention. XXII
Le fameux mystère du Royaume de Dieu. XXIII
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives. XXIII
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment XXIII
La présence du Royaume à des répercutions visibles. XXIII
Une avancée sans recours à la violence. XXIII
G : l’orientation du Royaume. XXIII
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde. XXIV
Prophète de son temps et des derniers temps. XXIV
L’aspect apocalyptique du Royaume. XXIV
Le langage apocalyptique est présent XXIV
La parabole des dix vierges. XXIV
Une bataille cosmique dans le monde spirituel XXIV
Les thèmes des apocalypses Juifs standards. XXIV
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps. XXV
Le Royaume de Dieu concerne le Présent XXV
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles. XXV
Un discernement spirituel pour voir le Royaume. XXV
Le Royaume est tourné vers l’avenir. XXV
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps. XXV
Le Royaume est une puissance libératrice. XXV
Le Royaume : concret ou abstrait ?. XXVI
Les clés pour entrer dans le Royaume. XXVI
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu. XXVI
Le Royaume de Dieu a un caractère national XXVI
Le Messie royal envoyé par Dieu. XXVI
La sanctification du nom de Dieu. XXVII
Sur la terre comme au ciel XXVII
Activité spécifique de Dieu dans le monde. XXVII
Espérance de remplir toute la terre. XXVII
Quelque chose qui se passera sur la terre. XXVII
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?. XXVII
Un écrit pour les Juifs. XXVIII
Mon Royaume n’est pas de ce monde. XXVIII
L’autorité qui vient du ciel XXVIII
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël XXVIII
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre. XXVIII
Dieu va rassembler le peuple du Royaume. XXVIII
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. XXIX
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu. XXIX
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu. XXX
Celui qui vient au nom du Seigneur. XXX
Crucifierai-je votre roi ?. XXX
La relation exacte entre Jésus et le Royaume. XXX
Le Royaume est avant tout une personne. XXX
Le statut personnel du Messie. XXXI
J : Les bénéficiaires du Royaume. XXXI
Les interrogations du Royaume. XXXI
Tous ne comprendront pas le message. XXXI
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume. XXXI
Pas de distinction entre les être humains. XXXII
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu. XXXII
K : Les différentes demandes du Royaume. XXXII
Repentez-vous car le Royaume est proche. XXXII
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu. XXXIII
Se soumettre à l’autorité divine. XXXIII
La rébellion à l’égard de Dieu. XXXIII
Porter sa croix chaque jour. XXXIII
La reconnaissance du Règne de Dieu. XXXIV
Rechercher une vie conforme à Dieu. XXXIV
Le mode de vie du Royaume de Dieu. XXXIV
Faire les choix éthiques de Dieu. XXXIV
Le renversement des valeurs sociales. XXXIV
Ceux qui font la volonté de mon Père. XXXV
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens. XXXV
Il faut prendre sa croix. XXXV
Il faut calculer la dépense. XXXV
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner. XXXV
Ils retrouveront leurs vies. XXXVI
L : La communauté du Royaume. XXXVI
Il choisit des disciples. XXXVI
Ceux qui suivaient Jésus. XXXVI
La nouvelle communauté de croyants. XXXVII
J’ai voulu rassembler tes enfants. XXXVII
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. XXXVII
Une communauté messianique. XXXVII
Une nouvelle fraternité. XXXVII
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ
Parler du Royaume de Dieu de la manière et de la façon à laquelle le Seigneur Jésus de Nazareth le voit, pourra sembler pour beaucoup une gageure, voire même un manque d’humilité. Pourtant, en entreprenant ce travail de rédaction, mon but essentiel est de mieux comprendre ce que le Messie voulait dire en mentionnant le Royaume de Dieu.
En octobre 1970, un changement énorme s’est produit dans ma vie d’adolescent et de jeune adulte, suite au témoignage de la rencontre avec Jésus d’un jeune homme qui habitait au foyer de jeunes travailleurs de Dijon. Cet homme avait le même âge que moi. Le discours de ce témoin de Christ m’avait marqué à cause des détails, qu’il m’avait donné sur les suites de cette conversion à Dieu et à son fils Jésus-Christ. Ce témoin de Christ, dont j’ignore le prénom et le nom, avait facilité mes recherches d’emploi en me prêtant son vélo, alors qu’il ignorait tout de moi.
Lors de certains échanges que j’avais eu avec lui, cet homme qui est devenu mon frère sans qu’il l’apprenne, m’avait témoigné, d’une part de la joie qu’il avait eu de connaître le Messie, mais aussi et surtout, c’est cela qui m’avait le plus marqué à l’époque, des soucis qui étaient les siens, après sa découverte de la foi dans le fils de Dieu. Ainsi, j’ai appris qu’il avait des difficultés avec sa fiancée qui ne le comprenait plus, il en était de même pour son employeur, qui lui aussi se demandait ce qui s’était produit chez son salarié. En écoutant cela, la pensée qui m’était venue n’était pas très positive, il me semblait en écoutant ce témoignage qu’avoir la foi, n’était qu’une source de soucis supplémentaires dans ce monde.
Quelques jours après cet échange avec ce jeune dijonnais, mon entretien d’embauche n’ayant pas abouti, j’ai quitté cette auberge de jeunesse pour retourner dans la région Lilloise. Toutefois, je n’ai pas revu l’homme qui m’avait prêté sa bicyclette, j’ai donc laissé celle-ci à un endroit, que nous avions prévu, pour qu’il puisse la récupérer. Quelques mois plus tard, alors que je me trouvais sur un chantier dans le Douaisis, je me suis souvenu de ce jeune, de son témoignage qui m’avait marqué par ses paroles et par l’aide qu’il m’avait aussi apportée lors de mes difficultés de recherche d’emploi dans la région Dijonnaise. Cette période d’octobre 1970 était une phase particulière dans ma vie de jeune adulte, j’étais à cette époque-là en lutte contre tout, mes parents, le monde et moi-même.
Le 6 octobre 1970 quelque de chose de particulier s’est produit, alors qu’il y avait en moi un combat intense, un désir de tout détruire autour de moi, je me suis rappelé du témoignage de ce jeune qui avait des soucis avec sa fiancée et son patron. Et aussitôt une sorte de dialogue/monologue s’est produit dans mes pensées et je me suis entendu dire à Dieu, où est ton royaume ?
Je n’ai pas eu de réponse concernant le Royaume de Dieu, mais tout au fond de moi une voix s’est fait entendre avec ses mots « pardonne-leur ». Aussitôt, sans comprendre ce que je faisais, j’ai obéi à cette injonction qui m’était donnée avec douceur. À peine avais-je accepté de pardonner, une métamorphose s’est produite en moi, il me semblait que je voyais le soleil, la nature, le monde d’une autre manière, ma façon de regarder et d’appréhender les gens et les choses venait de changer, tout me semblait plus beau, plus joyeux, l’herbe était plus verte, les oiseaux plus beaux. Une paix m’avait rempli, j’avais de l’amour à donner aux autres.
J’étais né de nouveau, bien sûr, je n’avais pas encore tout compris du message de Christ, mais j’avais commencé à entrevoir le Royaume de Dieu (Jean 3 : 3-5). Mais, allons ensemble à la recherche de ce Royaume de Dieu vu par Jésus.
Lors de mon baptême en avril 1977, presque sept ans après ma rencontre avec l’esprit de Jésus, j’ai eu une discussion avec un des responsables de la communauté d’Hérmanches en Suisse. Cet évangéliste à qui j’avais raconté ma manière de concevoir le Royaume de Dieu, m’avait dit à l’époque que c’était un esprit mauvais qui m’avait donné cette vision du Royaume, car pour lui on ne verra le Royaume de Dieu que lorsque le Messie reviendra. Pendant longtemps, voire trop longtemps, je suis resté avec cette pensée au fond de mon cœur et de mon esprit.
Aujourd’hui après 52 ans de marche avec celui qui est devenu mon Seigneur et qui m’a fait connaître le Père ainsi que la vie éternelle, tout en me servant des mots de Jésus relatés par les premiers disciples du Christ, j’essaierai de démontrer que l’entrée dans le Royaume de Dieu débute à notre nouvelle naissance. Pour cela il me faudra reprendre un grand nombre d’enseignements, de paraboles, d’actes y compris l’acceptation de la croix par Jésus-Christ pour étayer mon propos sur le Royaume de Dieu et son apparition sur notre terre. Il sera même utile de rechercher dans certains passages de ce que nous appelons Ancien testament pour mieux comprendre la réalité du message du Messie d’Israël et des nations. D’une manière simple, mais aussi pédagogique, je vais essayer de vous montrer comment j’imagine le regard de Jésus-Christ sur le Royaume de Dieu.
Si vous l’acceptez ? J’aimerais demander au Père de mon Seigneur Jésus-Christ de poser sa main sur ce travail de recherche.
Père, toi qui as envoyé Jésus pour nous montrer le chemin qui mène à toi et à la vie éternelle, permet que nous puissions découvrir, grâce aux propos de ton fils Jésus de Nazareth, la réalité de ton Royaume, le commencement de celui-ci et l’importance de comprendre son réalisme dans chacune de nos vies. Donne-nous Père Saint l’intelligence et le discernement pour comprendre ton plan et ton amour dans ce Royaume. Merci Père pour ton aide dans nos faiblesses de compréhension. « Chercher premièrement le Royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6 : 33).
« Le Royaume de Dieu est habituellement traité comme une question d’eschatologie. Il est introduit en dernier comme quelque chose à considérer après l’examen de toutes les autres doctrines. Mais d’où vient cette idée que notre théologie devrait se conclure avec le Royaume quand Jésus a commencé avec lui ? »
(Howard A. Snyder, A. Kingdom Manifesto, Pages 119-120)
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu
« Je dois aussi annoncer aux autres villes le Royaume de Dieu, c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43)
Aussi inimaginable et déconcertant que cela puisse paraitre, nous pouvons dire que, d’une certaine manière et à un moment donné de notre vie, quand nous nous sommes tournés vers le Christ, dans la repentance et la foi, nous ne connaissions pas sa vision à propos du Royaume de Dieu. Notre foi en Jésus est sincère, toutefois notre connaissance vis à vis du Royaume, elle, est déficiente. Pour beaucoup, la thématique du Royaume n’a jamais été dans nos pensées et par là même nous n’avons aucune vision de ce qu’est réellement le Royaume de Dieu. Puissions-nous dire après cette étude « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois » (Jean 9 : 25).
Pour faire cette étude, nous essayerons de suivre Jésus-Christ dans son ministère sur terre « évènements tels qu’ils nous ont été racontés par les témoins qui les ont vus de leurs propres yeux et qui ont eux-mêmes obéit à la parole de Dieu et l’ont répandue. » (Luc 1 : 2).
Pour avoir une compréhension du Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, nous chercherons à découvrir les différentes façons qui ont été employées par le Messie pour annoncer et expliquer le Royaume de Dieu. En observant les évangiles nous voyons qu’il y a eu la proclamation, Jésus annonce le Royaume de Dieu.
Par son enseignement, le Christ décrit l’éthique du Royaume de Dieu. Par les paraboles, le Messie redéfinit la nature du Royaume de Dieu. Par ses actions Jésus démontre la puissance et la vie du Royaume de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ rend possible notre participation au Royaume de Dieu.
L’imminence du Royaume de Dieu proclamé par Jésus signifiait que Dieu était sur le point d’agir en vue de l’accomplissement du salut et d’un nouvel ordre rédempteur. Sa mort et sa résurrection en ont constitué le climat tout en étant la dernière étape avant la pentecôte.
Pour appuyer mon enseignement sur le Royaume de Dieu, je mettrai en parallèle les travaux d’autres exégètes qui ont écrit sur ce thème. Beaucoup d’auteurs voient dans la thématique du Royaume de Dieu le thème unificateur et central du nouveau testament et même de toute la Bible. Il serait impossible de les mentionner tous. Aussi nous en prendrons cinq parmi ceux que je connais par leurs écrits.
Tour d’abord, je vous citerai Graeme Goldsworthy qui a beaucoup écrit sur le thème du Royaume de Dieu. Dans ses ouvrages il propose de voir le Royaume de Dieu comme constituant la trame de toute l’écriture. Je prendrai deux phrases qu’il a écrit dans l’ouvrage « The Kingdom of God as Hermeneutic, Gid », SBJT, 12/1, 2008, pages 11, 14, 7. »
« Dans sa plus simple expression, le Royaume de Dieu réfère au règne de Dieu. La tâche de la théologie biblique consiste à essayer de discerner comment ce principe fondamental est révélé et exprimé partout dans le canon biblique ».
Ou encore : « La proposition d’une définition simplifiée du Royaume de Dieu telle [Le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu sous le règne de Dieu] peut être vérifiée à la lumière de l’ensemble du canon de l’écriture. En fait, je ne trouve pas un seul endroit dans les écritures qui n’a pas un rapport avec cette structure. ».
Le Royaume à travers les siècles
Dans son livre : « Le Royaume révélé de l’ancien testament à l’Evangile », Goldsworthy nous propose de voir le plan de Dieu comme étant composé des étapes suivantes :
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu est promis (avec Abraham et les patriarches)
- Le Royaume de Dieu est préfiguré (avec David et la monarchie)
- Le Royaume de Dieu est présent dans le temps et l’histoire (avec Jésus)
- Le Royaume de Dieu est parfaitement accompli (lors du retour de Jésus)
Comme deuxième exégète et écrivain, je prendrai Vaughan Robert qui a écrit un ouvrage qui se nomme : « God’s Big Picture, tracing the Storyline of the Bible ». Dans ce livre, cet exégète conçoit le Royaume de Dieu comme thème unificateur des écritures.
Je prendrai comme exemple une de ses phrases :
« Tout thème unificateur utilisé pour nous aider à voir comment la Bible se tient ensemble doit provenir des écritures elles-mêmes plutôt que de leur être imposées ; et il doit être suffisamment général pour permettre à chaque élément d’apporter sa propre contribution. Le thème du Royaume de Dieu respecte ces deux conditions ».
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu
Vaughan Robert définit le Royaume de Dieu de la même manière que Goldsworthy, c’est-à-dire : « Le Royaume de Dieu, comme étant le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu, sous le règne de Dieu et la bénédiction de Dieu ». Il divise la Bible en huit sections qui correspondent aux différentes époques de la réalisation du plan de Dieu en vue de restaurer son Royaume.
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu évaporé (la chute)
- Le Royaume promis (les patriarches)
- Le Royaume partiel (les rois)
- Le Royaume prophétisé (les prophètes)
- Le Royaume présent (avec Jésus)
- Le Royaume proclamé (période de l’église)
- Le Royaume parachevé (retour de Jésus).
L’alliance dans l’Ancien Testament
Le troisième exemple que je prendrai pour étayer mes propos se trouve dans le livre qu’ont écrit ensemble Craig G. Bartholomew et Michael w. Goheen et dont l’ouvrage se nomme : « The Drama of Scripture. Finding Our Place in the Biblical Story ».
Pour eux, il y a deux grands thèmes unificateurs dans les écritures : L’alliance dans l’Ancien Testament et le Royaume de Dieu dans le Nouveau Testament. Ces deux thèmes résument l’activité de Dieu à travers l’histoire humaine. Ils constituent des éléments importants pour comprendre le but rédempteur de Dieu. La lecture de la Bible doit être faite comme si on lisait une histoire constituée de six actes principaux.
1. Premier acte : Dieu établit son Royaume (la création)
2. Deuxième acte : les humains se rebellent contre le Royaume (la chute)
3. Troisième acte : le Roi choisit Israël (la rédemption est initiée)
Interlude : le Royaume attend son dénouement (période intertestamentaire)
4. Quatrième acte : la venue du Roi (la rédemption est accomplie)
5. Cinquième acte : la propagation de la nouvelle du Roi (la mission de l’église)
6. Sixième acte : le retour du Roi (la rédemption est achevée).
Pour ces deux coauteurs : la création, le péché, Israël, Jésus, l’Eglise et la nouvelle création forment les six grands actes de l’histoire Biblique. Le Royaume de Dieu est successivement établi, contesté, initié, attendu, accompli, proclamé puis complété.
J’aimerais vous faire lire une des phrases écrites dans le livre précité et qui se trouve à la page 27 « Un des développements les plus passionnants en recherche Biblique au cours des dernières décennies est que certains spécialistes reconnaissent de plus en plus que la Bible à la forme d’un récit... Elle fait fonction de Parole de Dieu qui a autorité pour nous quand elle devient le récit de base au moyen duquel nous comprenons nos propres expériences et pensées et le fondement sur lequel nous appuyons nos décisions et nos actes ».
Essayons de comprendre comment les coauteurs voient les six actes et cela de façon plus développée.
Le premier acte : est la création à ce moment de l’histoire du monde, l’être humain vit en plein accord avec son créateur. Le règne de Dieu est expérimenté.
Dans le deuxième acte : on voit que l’être humain se détourne du créateur en commettant le péché. Le règne de Dieu est contesté.
Pour le troisième acte : Israël naît : Dieu amorce un processus de rédemption. Le Royaume de Dieu est préparé. Ce règne est la promesse faite à Abraham et aux patriarches. Il a été initié par Moise et Josué, préfiguré par David et par ses descendants ainsi que prophétisé par différents prophètes.
Un interlude de plus de 400 ans, appelé la période intertestamentaire, va amener Israël à soupirer pour une intervention de Dieu. Le Royaume de Dieu est espéré.
Dans le quatrième acte : Jésus-Christ vient pour inaugurer le royaume de Dieu. Dieu réalise son plan rédempteur via la mort et la résurrection du Messie.
Pour le cinquième acte : Nous voyons les croyants qui propagent la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du sauveur Jésus-Christ. Nous assistons à la proclamation du Royaume de Dieu. C’est le temps de l’église.
Au sixième acte : Jésus revient chercher les siens, apporter la justice et renouveler le monde. Le Règne de Dieu est réalisé. C’est le temps de la nouvelle création.
Ma méthode de travail
Pour rédiger cette dissertation de type : Thèse doctrinale et particulièrement pour le sujet entrepris : Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je prendrai certaines paroles de Jésus concernant le Royaume de Dieu dans l’ensemble des évangiles. Il est impossible de fournir une étude détaillée de tous les versets ou de faire une étude approfondie pour chaque évangéliste qui a écrit sur le Royaume, il va de soi que chaque évangéliste pourrait apporter une touche spéciale à ce travail de recherche. Mais le but initial est d’apporter au lecteur une vue d’ensemble sur le Royaume de Dieu et de montrer qu’un des buts de l’enseignement de Jésus-Christ, voire le principal, était d’annoncer l’arrivée du Royaume de Dieu.
Mon approche sera d’ordre macroscopique et non microscopique. Je regarderai cette étude en alliant la théologie biblique et théologie systématique : La théologie biblique me permettra de comprendre ce que veut dire la Bible en ses propres termes et me permettra de tracer le développement historique de la thématique du Royaume de Dieu. La théologie systématique me permettra de fournir un effort de systématisation des données bibliques qui ont un rapport avec le Royaume de Dieu et voir la perspective d’ensemble que dégage les évangiles.
Pour traiter ce sujet, je resterai volontairement dans les écrits canoniques, je laisserai de côté les sources extrabibliques en privilégiant les écrits du nouveau Testament. Le but de ce travail est de fournir un discours sur le Royaume de Dieu compréhensif à tous. Enfin, je chercherai à être le plus concis possible dans mes explications et j’éviterai diverses controverses sur les questions d’ordres exégétiques ou herméneutiques. Il me parait impossible de traiter de manière approfondie tous les sujets que nous aborderons. Discours sur la montagne, les paraboles, les miracles, la crucifixion, et autres.
Le but principal de cette dissertation est d’analyser l’objet de notre recherche, soit : le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Tout sera fait pour rester dans cet objectif et apporter si cela est possible un éclaircissement biblique et théologique sur certaines questions propres au Royaume de Dieu. Cette thèse sera donc écrite en fonction de trois éléments : les textes bibliques, les paroles de Jésus, l’unité structurelle des écritures.
Pour rédiger ce travail sur le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je traiterai le sujet en cinq parties, toutefois les éléments des diverses parties se chevaucheront souvent et seront confondus avec les différents thèmes abordés.
Tout d’abord nous regarderons comment Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, comment il définit son objet, son contenu, son origine. J’essaierai de montrer la place que tient le Royaume de Dieu dans la pensée du Christ, comment celui-ci comprenait et concevait le Royaume de Dieu.
Dans une deuxième approche nous examinerons l’enseignement de Jésus pour voir ce qu’il dit concernant le Royaume de Dieu. Le sermon sur la montagne nous servira de cas type pour comprendre l’enseignement éthique de Jésus.
Dans la troisième forme de recherche, nous chercherons à découvrir comment le Christ s’insère dans la proclamation du Royaume de Dieu et à quoi ressemble une vie vécue en rapport avec ce Royaume. Puis nous nous concentrerons sur les paraboles, surtout celles qui ont trait au Royaume de Dieu, afin de découvrir ce qu’elles nous disent à ce sujet. Les paraboles ont été une partie non négligeable de l’enseignement de Jésus, mais il convient de les aborder d’une manière particulière étant donnée cette forme de communication spéciale. Quand on regarde les évangiles on se rend compte que Jésus aimait beaucoup cette méthode d’enseignement.
En quatrième point, nous étudierons l’activité de Jésus en lien avec sa proclamation du Royaume de Dieu. Nous observerons ses comportements sociaux de même que ses œuvres miraculeuses telles qu’elles ont été rapportées par les évangélistes. Notre regard sur les activités du Christ nous révélera la nature et l’orientation du Royaume de Dieu proclamé par jésus.
Enfin en cinquième point nous tenterons de comprendre la mort et la résurrection du Messie à la lumière du Royaume de Dieu, quelle incidence sa mort et sa résurrection ont sur le message du Royaume.
En examinant la proclamation, l’enseignement, les paraboles, les comportements sociaux, les miracles, ainsi que la mort et la résurrection du Christ, nous pourrons nous faire une idée de la manière dont Jésus comprenait (voyait) le Royaume de Dieu et les conséquences qui en découlent pour nous aujourd’hui.
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ
« Il faut que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » (Luc 4 : 43)
Avant de commencer à regarder comment Jésus se met à proclamer le Royaume de Dieu, j’aimerais que nous nous attardions quelques minutes sur l’image que nous avons du Messie. Si nous demandions à plusieurs, y compris à des chrétiens ou en tout cas à des personnes qui fréquentent des églises, certaines questions concernant le Christ nous serions surpris de leurs réponses. Ainsi si nous demandions à certains quel a été le message du Christ ? Qu’a-t-il proclamé et enseigné ?
Nous aurions toutes sortes de réponses. Pour beaucoup Jésus est le messager de la paix, de la compassion, de l’amour, de la justice. Un certain nombre le considère comme un philosophe, un maître de sagesse, un leader charismatique, pour d’autres encore l’image, et le message qu’ils croient entendre de la bouche de Jésus, correspond à celle d’un socialiste, voire même d’un altermondialiste.
Le Messie est considéré comme un homme qui a fait du bien au peuple mais qui, par son comportement social, a dérangé les autorités publiques et religieuses de son époque et de ce fait a été condamné à mourir sur une croix comme agitateur politique. La plupart des personnes retiennent de lui et de son enseignement des valeurs morales.
La plupart des choses qui sont dites sur Jésus sont vraies. Toutefois ce portrait est-il parfaitement juste ? Reflète-t-il le Jésus que nous voyons dans les évangiles ? Considérer Le Christ comme un philosophe, un maître de sagesse, voire un activiste social, n’est-il pas une image inspirée par notre époque. Il est vrai que le Messie a parlé d’amour et de compassion, de même il a dénoncé l’hypocrisie, l’exploitation humaine, les injustices, mais ce portrait correspond-il vraiment au Jésus qui est révélé par les évangélistes du Nouveau Testament.
Le Christ n’est-il qu’un réformateur social et religieux, qui prône des valeurs de haut niveau. Voulait-il simplement repenser la pensée religieuse en cherchant à humaniser le monde ?
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts
« Etant donné la popularité de Jésus, vous pourriez penser que la plupart des gens ont une compréhension raisonnablement juste du message qu’il a proclamé et incarné il y plus de 2000 ans en Judée. Pourtant, selon mes observations, tel n’est pas le cas. La plupart des gens ne peuvent décrire le message de Jésus d’une manière qui reflète les premiers documents historiques de son enseignement que nous retrouvons dans les Evangiles du Nouveau Testament ».
Selon N.T. Wright, il y a un problème bien ancré dans le christianisme actuel et qui touche les branches et tendance de l’église chrétienne, il écrit « nous avons tous oublié de quoi il est question dans les évangiles ». Il continue en disant ceux-ci parlent bien de Dieu et de Jésus, mais que nous disent-ils exactement sur Dieu, sur Jésus et même sur le mouvement chrétien ?
Pour Wright, les quatre évangélistes ont cherché à nous communiquer un seul et même message, à savoir que Dieu est devenu roi sur la terre comme au ciel, via la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Leur message concerne directement Dieu et son Royaume. Dieu est devenu roi, en ce sens qu’il a manifesté son règne et l’histoire ; il a répondu, bien que de manière inattendue, aux attentes de son peuple, en la personne même de Jésus. Selon Wright, cette idée d’un royaume sur la terre comme au ciel, venu en la personne même de Jésus a été perdue de vue avec le temps, probablement à cause des diverses controverses auxquelles l’Eglise a été confrontée au cours de son histoire. Pourtant, c’est bien là le message des évangélistes, le Royaume est venu dans les événements entourant la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Certains diront si tel est le cas, que faire des différents maux qui existent encore sur terre (la maladie, la corruption, les cataclysmes, etc.) ? n’est-ce pas la preuve que le Royaume de Dieu n’est pas encore manifesté ? De plus cette idée d’un Dieu roi n’est-elle pas à l’opposé de nos sensibilités modernes, ne nous ramène-t-elle pas à la mise en place d’une théocratie ? Pour Wright, ces questions sont importantes, mais n’invalident pas, aussi surprenant que ce soit, l’affirmation des quatre évangélistes : Dieu a manifesté son règne via la vie, la mort et la résurrection de Jésus, règne qu’il déploie à la fois au présent et au futur. Le Royaume n’a pas été compris, tant par les révolutionnaires que par les apocalypticiens. Il a bien proclamé une théocratie, mais une théocratie de nature très différente. Et puisque Dieu agit en la personne de Jésus, personne ne peut ou ne doit y rester indifférent. Voilà le message oublié ou négligé des évangiles.
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?
A plusieurs endroits dans les évangiles nous voyons Jésus accompagné de ses disciples parcourir la Palestine, rassembler les foules, susciter l’admiration et raviver l’espérance (Mt 4 : 23-25 ; Mc 1 : 32-39 ; Luc 4 : 42-44). On peut se demander à juste raison ce que Jésus dit pour susciter tant d’intérêts ? Pourquoi les foules écoutent ses enseignements ? Quelles sont les raisons qui amènent des personnes à tout laisser pour le suivre ? Qu’y a-t-il de spécial dans son message ?
En regardant avec attention les évangiles on voit le Messie proclamer l’irruption dans le monde d’une nouvelle réalité, le Royaume de Dieu, avec les bienfaits et les demandes qui l’accompagnent.
Partout où il va il prêche le Royaume de Dieu. Matthieu nous dit que Jésus commence son ministère en disant : « Repentez- vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 4 : 17 ; cf. aussi Mt 4 : 23).
Marc introduit le ministère public de Jésus de façon analogue en plaçant dès le début de son évangile cette parole de Jésus : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Luc lui ne fait pas immédiatement mention du Royaume de Dieu, mais rapporte qu’au début du ministère de Jésus, Jésus lit un passage du prophète Esaïe dans la synagogue de Nazareth où il est question d’une bonne nouvelle apportée aux pauvres, d’une guérison pour les cœurs brisés, d’une délivrance pour les captifs, d’un recouvrement de la vue pour les aveugles, de la publication d’une année de grâce du Seigneur (Luc 4 : 18-19). Jésus déclarera ensuite : « Aujourd’hui cette parole de l’écriture, que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21).
Pour Beasley-Murray, ce sermon inaugural de Jésus est évident car le grand jubilé de Dieu vient de commencer. Toujours dans l’évangile de Luc, Jésus présente son ministère comme la proclamation du Royaume de Dieu : « Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43).
Il y a selon Luc, un lien étroit entre le jubilé de Dieu et le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu avec sa puissance libératrice fait irruption. De toute évidence on voit dans les évangiles qu’avec Jésus quelque chose de nouveau est en train d’arriver : les espérances du peuple juif se réalisent, le Royaume de Dieu tant espéré et attendu depuis si longtemps est sur le point de devenir réalité.
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?
A l’époque de Jésus, l’arrivée du Royaume de Dieu devait impliquer le salut d’Israël, le jugement de ses ennemis, l’éradication du mal, le renversement des puissances de ce monde, la conquête du péché, l’élimination de la maladie, la justification des justes, la remise en ordre des choses dans le monde.
Pour Jésus, cependant, le Royaume de Dieu ne se manifestera pas tel qu’imaginé par ses contemporains. Il viendra d’une manière plus discrète et voilée via ses paroles et ses actions. En conséquence le peuple de Dieu devra réexaminer ses attentes à l’égard du Royaume de Dieu.
Dans cette thèse concernant le Royaume de Dieu vu par Jésus, nous chercherons à comprendre la place que tenait le Royaume de Dieu dans la pensée de Jésus ? Comment Jésus le concevait-il ? Comment en est-il venu à le proclamer ? C’est à la lumière du contexte socioreligieux du temps de Jésus et du judaïsme de l’époque de Jésus que nous trouverons les réponses.
Le centre du message de Jésus
Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, mais quelle a été la place de ce Royaume de Dieu dans l’ensemble du message que le Messie est venu apporter sur terre ?
Ce message est-il une partie importante du message de Jésus, ou bien la catégorie autour de laquelle tout gravite ? Beaucoup d’auteurs, sinon la majorité, appuient la deuxième lecture.
Fuellenbach écrit : « le message central de la prédication et du ministère de Jésus était le royaume de Dieu. Tout ce qu’il a dit et fait était relié à ce message et doit être compris à sa lumière »[1].
Un autre auteur Kraybill affirme : « le thème central du ministère et de l’enseignement de Jésus était le Royaume de Dieu....C’est ce qui lie tout son message. Le [Royaume de Dieu] a imprégné le ministère de Jésus, lui donnant de la cohérence et de la clarté. C’est le noyau incontesté, l’essence même, de sa vie et de son enseignement »[2] .
Wiebe, après avoir survolé quelques passages des évangiles, écrit que « l’impression que Jésus a parlé du Royaume de manière répétée et que ce thème se trouve au centre de sa proclamation et de son enseignement s’est confirmée »[3]. Qu’est-ce qui amène ces auteurs et bien d’autres, à affirmer le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus ? Plusieurs éléments dont les suivants.
Les références concernant le Royaume de Dieu
Premièrement, la centralité de cette thématique est fortement suggérée par les nombreuses références au Royaume de Dieu que nous retrouvons dans les évangiles. Il y a 160 mentions du mot Royaume dans le nouveau testament, dont 120 fois dans les évangiles synoptiques. Parfois le mot Royaume apparaît seul, d’autres fois, il est suivi de Dieu ou des cieux.
L’expression Royaume de Dieu (hé basileia tou theou) ou Royaume des cieux (he basileia tôn ouranôn) est répartie comme suit dans les évangiles synoptiques : 55 fois chez Matthieu, 14 fois chez Marc, 39 fois chez Luc. Dans la bouche de Jésus ces expressions reviennent 90 fois[4] Quant au mot Royaume en lui-même (he basileia), il apparaît 13 fois chez Matthieu, 7 fois chez Luc et 3 fois chez Jean (le mot n’apparaît pas chez Marc)[5].
Daniel Marguerat nous dit : « Même si l’on ne peut exclure une inflation de cette locution dans la tradition postpascale, la fréquence statistique dénote que nous tenons là un vocable appartenant au langage préféré du Nazaréen »[6] .
Il est intéressant de souligner que ces multiples références au Royaume de Dieu détonnent lorsque l’on compare les évangiles avec les autres écrits de l’époque. En effet, l’expression « Royaume de Dieu » apparaît à quelques reprises seulement dans les prières synagogales et très peu dans l’Ancien Testament et dans la littérature intertestamentaire[7] .
L’expression apparaît plus fréquemment, dans la littérature rabbinique, mais d’après Jeremias, les mentions du Royaume de Dieu se limitent surtout à des tournures stéréotypées, par exemple « prendre sur soi la royauté du ciel », c’est-à-dire « se soumettre à Dieu »[8].
En comparaisons des écrits juifs qui font peu mention du Royaume de Dieu « il faut bien convenir, écrit Jeremias, que l’abondance des témoignages dans les évangiles synoptiques ne manque pas de surprendre »[9].
Un résumé du message de Jésus
Les évangélistes eux-mêmes font mention du « Royaume de Dieu » pour résumer le message de Jésus (Mt 4 : 17,23 ; 9 : 35 ; Mc 1 : 15 ; Lc 4 : 43 ; 8 : 1). Pour eux, l’expression « Royaume de Dieu » semble bien exprimer la préoccupation principale de Jésus et elle apparaît assez tôt dans les évangiles synoptiques. Ce qui peut laisser supposer que c’est bien par elle que les évangélistes veulent introduire la proclamation de Jésus et qu’ils tentent d’orienter la compréhension de leurs lecteurs en ce qui concerne la suite du ministère de Jésus.
Une variété de contextes et de locutions verbales
La notion de Royaume de Dieu apparaît dans les évangiles au sein de différents contextes. Jésus fait allusion à maintes reprises au Royaume de Dieu, entre autre quand il prononce ses béatitudes (Mc 5 : 3 ; Luc 6 : 20), quand il présente ses exigences éthiques Mt 5 : 21), quand il définit la priorité des disciples (Mt 6 : 33 ; Luc 11 : 31), quand il envoie les disciples en mission (Mt 10 : 7 ; Luc 9 : 2), quand il expulse les démons (Mt 12 : 28), quand il enseigne en paraboles (Mt 13 : 11 ; Mc 4 : 11), quand il bénit les petits enfants (Mt 19 : 14 ; Mc 10 : 14), quand il annonce la fondation de son église (Mt 18 : 16), quand il dénonce l’hypocrisie religieuse (Mt 23 : 13), quand il enseigne sur la fin des temps (Mt 24 : 14), quand il décrit le jugement dernier (Mt 25 : 34), quand il s’entretient avec Nicodème au sujet de la nouvelle naissance (Jean 3 : 5). Cet échantillonnage à lui seul suggère que la notion de Royaume de Dieu est très présente chez Jésus et qu’elle revient à plusieurs reprises au cours de son ministère.
Un symbole de l’activité divine
Longtemps on a pensé que le Royaume de Dieu était un concept, c’est-à-dire qu’il renvoyait à quelque chose de précis. Aujourd’hui il est de plus en plus reconnu que l’expression « Royaume de Dieu » est un symbole plutôt qu’un concept ou une image.
Le risque, cependant avec une telle approche, est de proposer une définition trop rigide, inflexible du Royaume de Dieu. France signale ce danger : « Tenter de définir le Royaume de Dieu conduit inévitablement à une restriction de la portée du terme qui le prive de sa richesse et le conduit à une injustice flagrante au vu de l’usage qui en est fait par les évangélistes dans différents contextes. Dans son commentaire sur l’évangile de Matthieu, il souligne l’importance de « maintenir une perspective large et de ne pas permettre que notre compréhension de la formule Royaume de Dieu soit appliquée trop vite et de façon restrictive à un domaine particulier ».
Pour France, l’expression « Royaume de Dieu » est utilisée dans tellement de contextes différents et est associée à un si grand nombre de choses, par exemple à la volonté de Dieu (Mt 6 : 33), à la justice de Dieu (Mt 6 : 33), à la vie de disciple (Luc 9 : 61-62), à la situation présente ou future du peuple de Dieu (Mt 7 : 21-23 ; 8 : 11-12 ; 13 : 43), à la prédication de l’évangile (Mc4 : 26, 30 ; Mt 13 : 33), à l’expérience présente des convertis (Mt 13 : 44-46), etc, qu’elle ne peut se réduire à quelque chose d’unique à une réunion spécifique ou à un évènement particulier qui serait le « Royaume de Dieu ». Le Royaume de Dieu est plutôt un symbole pour désigner l’action souveraine de Dieu accomplissant ses desseins, que ce soit dans le passé, le présent ou l’avenir.
On a aussi parfois parlé du « Royaume de Dieu », comme une image ou une métaphore pour décrire l’action de Dieu dans le monde et le lien qu’il désire avoir avec les humains. L’expression « Royaume de Dieu » ne serait qu’une représentation partielle, et donc limitée de l’action de Dieu en Jésus-Christ. Elle découlerait de l’usage d’une catégorie culturelle compréhensible pour l’époque. Cette approche a l’avantage de nous aider à comprendre et à nous représenter l’action divine à partir d’images que nous connaissons (exemple la monarchie). Le désavantage c’est qu’une métaphore n’offre qu’une perspective limitée : une seule image ne peut expliquer et illustrer à elle seule ce qu’est le « Royaume de Dieu ». Il faudrait plusieurs images pour décrire le Royaume de Dieu.
En présentant le Royaume de Dieu comme un symbole, l’on évite les deux écueils précédents, celui d’une vision trop rigide du Royaume (découlant du concept) et d’une vision trop limitative (découlant de la métaphore). En effet si le « Royaume de Dieu » est un symbole, cela signifie qu’on a affaire à une expression qui évoque un ensemble d’expériences, d’images, d’idées, et d’associations reliées à l’activité divine dans le monde. Le Royaume de Dieu peut être définit comme un symbole général qui est comme un élastique. Il s’étend par devant et par derrière, en largeur et en hauteur avec plusieurs significations. Ainsi plutôt que de s’interroger au sujet du temps du Royaume de Dieu, il vaut mieux s’interroger sur ce qu’il évoque ou représente. Le fait de représenter le « Royaume de Dieu » comme un symbole permet d’y incorporer un ensemble d éléments bibliques, faisant ainsi place à une vision du Royaume qui se veut plus globale.
En résumé, l’expression « Royaume de Dieu » fait référence à l’activité révélatrice de Dieu en Jésus-Christ dans le temps et l’histoire en vue de réaliser les prophéties de l’Ancien Testament, mais évoque un ensemble de choses pour ceux qui entendent cette expression. Si le « Royaume de Dieu » n’était qu’un concept, il ne serait qu’un thème biblique parmi d’autres, S’il n’était qu’une métaphore, il ne ferait que décrire partiellement une vérité spirituelle. Mais comme il est aussi un symbole, le Royaume de Dieu peut inclure un ensemble de thèmes ou se relier facilement à d’autres thèmes, d’où son caractère central et unificateur. Il devient facile d’y lier, d’une façon ou d’une autre, de manière directe ou indirecte, l’ensemble de la vie et du ministère de Jésus-Christ. Il ne reste alors qu’à préciser de quelle manière cela est possible. C’est d’ailleurs ce que nous tentons de faire, à savoir proposer une lecture de la vie et du ministère de Jésus à la lumière de la notion du Royaume de Dieu. Pour moi l’essence même de la vie et de la mission de Jésus gravite autour de la notion du Royaume de Dieu.
Jésus est apparu comme celui qui a proclamé le Royaume de Dieu ; tout le reste de son message et de son ministère jouait un rôle en rapport avec cette proclamation et en tire son sens. Les questions difficiles comme la vie de disciple, l’enseignement éthique, les polémiques autour de la tradition orale ou de la loi cérémonielle, même la déclaration du pardon des péchés et l’accueil des exclus au nom de Dieu, doivent être comprises de ce point de vue, sinon elles ne seront pas comprises.
Mortimer Arias nous dit : Que ce point de vue est une opinion commune, répandue et acceptée par la grande majorité des théologiens et des biblistes. Les spécialistes du Nouveau Testament, qu’ils soient protestants, catholiques ou évangéliques conservateurs, après avoir sondé pendant plus d’un siècle les évangiles et l’enseignement de Jésus, sont d’accord pour dire que le Royaume de Dieu a constitué le paradigme dominant du message originel de Jésus.
La perte de la notion de Royaume
Si le caractère central du Royaume de Dieu est une évidence dans les évangiles, comment expliquer que pendant des siècles, cela n’ait pas été vu et reconnu davantage ? Pourquoi la thématique du Royaume a-t-elle été reléguée au silence ou lui a-t-on donné un rôle plutôt secondaire dans la théologie chrétienne, et ce pendant plus de 1900 ans ? Il semble que la littérature des siècles passés n’attachait qu’une importance secondaire au Royaume de Dieu et par conséquent, il n’y avait pas matière à contestation. C’est essentiellement la controverse qui est apparue au 19e siècle autour de la notion d’eschatologie et de Royaume de Dieu qui a permis à la thématique du Royaume de sortir de l’ombre.
La controverse théologique a donc, apparemment permis de remettre à l’honneur ce qui pourtant apparaît comme assez évident dans les évangiles, à savoir le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus. Etonnamment, ce que cela nous dit, c’est qu’il est possible de lire la bible pendant longtemps sans même y remarquer l’importance du Royaume de Dieu. Il est possible que plusieurs chrétiens aient lu la bible avec un état d’esprit dominé par certaines orientations doctrinales ou avec un état d’esprit dominé par une tradition ecclésiastique, ou encore par une certaine approche de la spiritualité, et qu’en conséquence, ils aient éliminé la perspective du Royaume.
En tenant compte que le thème du Royaume de Dieu est central dans les évangiles, nous devons changer de paradigme. Il ne faut plus d’abord lire la bible à la lumière de l’alliance, de la justification, de la sanctification, de la croissance d’église, etc., mais à la lumière du Royaume et du plan global de Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de négliger les autres thématiques bibliques, mais de leur accorder leur juste place et de les situer à l’intérieur d’une notion plus large.
Gordon Fee, lors d’une de ses conférences, affirmait ceci : « Vous ne pouvez quoi que ce soit au niveau de Jésus, oui quoi que ce soit si vous ignorez le Royaume de Dieu... Vous passez à côté de son message si vous ne cherchez pas, à comprendre ce terme. Je suis désolé de le dire aussi ouvertement, mais ceci constitue le plus grand échec du christianisme évangélique. Nous avons eu Jésus sans le Royaume, et en conséquence, avons directement mis Jésus de côté. ».
Comprendre le contenu du message de Jésus
L’étude du Royaume de Dieu suscite de nombreuses questions qui s’avèrent assez complexes. Il n’est pas difficile de trouver, dans l’histoire de l’église, des interprétations divergentes et parfois même opposées. C’est ainsi que le Royaume de Dieu a été à l’au-delà, à la fin du monde, à une expérience spirituelle, à la croissance de l’église, à une culture chrétienne, à une idéologie sociale, parfois même à une unité nationale (Israël).
Mais qu’en est-il de Jésus ? Quelle idée se faisait-il du Royaume de Dieu ? Quand il disait « le Royaume de Dieu est proche », qu’est-ce qui était sur le point d’advenir ? La réponse à cette question diverge selon les biblistes et les théologiens. Regardons ensemble les options les plus populaires à l’heure actuelle dans le domaine de la recherche biblique.
I : La fin du monde : Jésus annonçait la fin du monde, le nouvel ordre apocalyptique. En proclamant la venue du Royaume de Dieu, Jésus aurait averti ses contemporains de l’apparition d’un cataclysme cosmique venant soudainement mettre fin au monde actuel pour établir un monde nouveau. Si tel est le cas, on peut aisément comprendre que Jésus s’est trompé puisque ce Royaume n’est pas venu.
II : Une réforme religieuse : Jésus aurait tenté de réformer la foi d’Israël ainsi que ses institutions divines. Son but n’était pas de réaliser un salut spirituel, ni d’établir une église et encore moins de fonder une nouvelle religion, mais de ramener le peuple d’Israël sur la voie de la fidélité à Dieu en reconfigurant la loi autour de ses préceptes majeurs. Mais malheureusement, Jésus aurait échoué dans son entreprise. Il n’a pas pu apporter les réformes sociales et religieuses qu’il désirait mettre en place, même si de nouvelles impulsions ont été données, que ses disciples reprendront après sa résurrection.
III : Un nouvel ordre mondial : Jésus serait un prophète du changement social. Il aurait voulu lancer une espèce de révolte paysanne, dénoncer la corruption politique, s’attaquer aux injustices sociales, démasquer l’hypocrisie religieuse et aurait souhaité une société plus juste, équitable et égalitaire. Mais, Jésus n’a pas pu mener à terme son programme à cause de l’opposition rencontrée, terminant ainsi sa vie sur une croix.
IV : Une restauration nationale : Lorsque Jésus est venu, il avait à l’esprit la restauration nationale d’Israël, le rétablissement du royaume Davidique. Mais Israël aurait rejeté l’offre du royaume annoncé par Jésus, ce qui l’aurait amené à reporter ce royaume à plus tard et à instituer l’Eglise entre temps. Le plan de Dieu pour Israël n’aurait pas été mis en échec pour autant, les prophéties bibliques concernant la nation juive se réaliseront lors du millénium à venir.
V : Un jugement divin imminent : Jésus aurait averti ses contemporains de l’approche non pas de la fin du monde, mais de la fin de l’ordre sociopolitique actuel des choses, la fin d’un monde en quel sorte, celui du judaïsme primitif centré sur le temple, sa hiérarchie, ses scribes et le territoire d’Israël. L’idée d’un jugement à venir sur Israël aurait constitué un élément majeur de la proclamation de Jésus. Un jugement semblable à celui annoncé par Jérémie autrefois était sur le point de se produire, d’où les nombreux appels de Jésus à la repentance. Le jugement aurait atteint la nation en l’an 70 de notre ère.
VI : Une intervention divine salvatrice : Jésus aurait annoncé l’approche d’une intervention divine importante dans l’histoire d’Israël et dont la portée serait salvifique, non seulement pour Israël, mais aussi pour le monde entier. Jésus serait venu réaliser les prophéties, mais d’une manière totalement inattendue. Via sa vie, sa mort et sa résurrection, il aurait accompli une œuvre de rédemption qui va au-delà d’une délivrance sociopolitique et aurait inauguré l’ère du salut, ère qui deviendra celle du Royaume de Dieu dans sa forme présente tout en conservant une dimension future.
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?
Cette question en amène une autre : où devons-nous chercher la réponse ? Cette question peut vous surprendre. Nombre de lecteurs me diront dans les évangiles. D’accord, mais où dans les évangiles ? Sur la base de quels textes ? Faut-il se baser uniquement sur les paroles dites authentiques de Jésus quant au Royaume de Dieu.
Certains exégètes croient que plusieurs paroles de Jésus ne proviennent pas de lui, mais qu’elles ont été rajoutées par l’Eglise primitive. Pour d’autres exégètes, il faut croire l’ensemble des paroles de Jésus, car ils acceptent substantiellement le message donné par les évangélistes.
Une autre question se pose, faut-il se cantonner aux textes où il fait explicitement mention du Royaume de Dieu ou faut-il aussi prendre en considération les textes qui ne font pas strictement mention du « Royaume de Dieu », mais qui sont susceptibles d’éclairer le sens que Jésus attribuait au Royaume de Dieu ?
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape.
A : La proclamation du Royaume
La proclamation du Royaume de Dieu faite par Jésus répond à une espérance juive. Elle s’inscrit à l’intérieur d’une histoire, celle du peuple d’Israël. Le message de Jésus ne peut être détaché de son contexte sociohistorique et religieux. Quand Jésus arrive sur la scène et dit « le temps est accompli » (Mc 1 : 15) ou, encore « aujourd’hui cette parole de l’écriture que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21), c’est parce que le peuple d’Israël attendait un évènement : La manifestation du Royaume de Dieu (même si cette attente est parfois formulée différemment).
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu
La proclamation de Jésus se situe à l’intérieur d’une époque particulièrement troublée où des espérances de restauration nationale sont exprimées avec force. Si nous prenons l’exemple du précurseur de Jésus-Christ, Jean-Baptiste qui fait des appels à la repentance « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 3 : 32), il est immédiatement entouré de foules qui souhaitent la réalisation de leurs espérances à propos du Royaume. On vient de partout en Palestine pour confesser ses péchés et se faire baptiser par lui dans les eaux du Jourdain (Matthieu 3 : 5). Un autre exemple : C’est celui des deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ils discutent ensemble de la mort du Christ et de leurs déceptions concernant la délivrance d’Israël qui s’est envolée avec la crucifixion de Jésus (Luc 24 : 17-21).
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives
C’est dans ce contexte qu’il faut situer la proclamation de Jésus sur le Royaume de Dieu et qu’elle y prend tout son sens. Le Royaume de Dieu est présenté dans les évangiles comme réalisant les prophéties de l’Ancien Testament et les espérances juives, il semble toutefois que la manière dont Jésus comble les espérances des juifs soit déroutante pour eux.
B : La venue du Royaume
Jésus annonce la venue, voire l’arrivée du Royaume de Dieu tant attendu. Le Royaume de Dieu est une nouvelle réalité introduite par la vie et le ministère de Jésus.
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière
A ce propos, il serait bon de faire une différenciation entre le Royaume de Dieu dans sa forme universelle qui est la souveraineté générale sur le monde et le Royaume de Dieu dans sa forme particulière ou eschatologique qui est une activité spécifique de Dieu dans le monde.
En tant que créateur, Dieu soutient et gouverne le monde (Mt 5 : 45 ; 6 : 25-34). Dieu est roi même si cette royauté n’est pas toujours reconnue et célébrée.
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent
Mais lorsque Jésus parle de la venue du Royaume de Dieu, il parle d’un ordre des choses tout à fait différent. Il fait allusion à une activité divine spécifique qui s’exerce et se manifeste dans le monde via sa vie et son ministère en vue de réaliser l’espérance de l’Ancien Testament.
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus désigne le temps du salut, la réalisation des promesses de Dieu, la reconstitution du peuple de Dieu.
L’activité divine déployée en Jésus
J’aimerais insister sur la différence qui existe entre le Royaume universel de Dieu sur le monde, qui est en fait l’exercice de sa souveraineté et de sa providence, et le Royaume particulier ou eschatologique de Dieu dans le monde, qui est l’activité divine déployée en Jésus-Christ.
Le Royaume qui vient
Le premier est le Royaume qui est, le deuxième est le Royaume qui vient. Dans cette étude nous parlons du Royaume que vient, celui annoncé par Jésus et qui comble les espérances juives, bien que d’une manière inattendue.
Jésus proclame un évènement
En proclamant que le Royaume de Dieu s’approchait, Jésus déclarait que les prières juives où l’on exprimait le souhait d’une intervention divine, étaient exaucées. Dieu commençait à régner sur la terre comme au ciel, dans le ministère même de Jésus. Le Royaume de Dieu est donc un royaume eschatologique, il est lié au temps, Jésus n’est pas venu proclamer des vérités spirituelles intemporelles, mais plutôt un évènement, la venue du nouveau monde de Dieu, lequel pénètre déjà le temps présent. Le Royaume de Dieu fait référence à une manifestation de la puissance divine dans le temps et l’histoire.
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions
Comment Jésus a-t-il annoncé la venue du Royaume ? L’ensemble des évangiles rapportent à la fois des paroles et des actions. Parfois Jésus annonce directement et publiquement l’entrée en scène du Royaume de Dieu tel un hérault (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15).
L’enseignement de Jésus
D’autre fois, c’est par son enseignement privé ou public (Mt 5 : 1-2) ou par le moyen des paraboles (Mt 13 ; Mc 4) qu’il annonce la venue du Royaume de Dieu.
Les miracles de Jésus
Les miracles de Jésus, nous communiquent aussi des éléments du Royaume de Dieu, qu’ils soient en rapport avec les guérisons, les exorcismes, les miracles sur la nature. (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 22-23).
Les comportements sociaux de Jésus
Il en est de même de ses comportements sociaux, la fréquentation des pauvres, des marginaux de la société de même son attitude à l’égard des femmes, son accueil des enfants, etc. on peut aussi remarquer ses gestes symboliques tel l’entrée à Jérusalem sur un âne, la purification du temple, le dernier repas, la crucifixion.
Matthieu tend à regrouper tous ces éléments de la vie et du ministère de Jésus autour de trois grands axes : Son ministère de proclamateur, d’enseignant et de guérisseur.
C : Le roi du Royaume
Le royaume de Dieu, c’est le règne de Dieu, c’est une personne, ce n’est pas l’idée d’un programme qui se trouve au cœur du message de Jésus.
La sanctification du nom divin
Pour le Messie, parler du Royaume, c’est avant tout parler de Dieu lui-même et non d’un projet humain quelconque, qu’il soit de nature religieuse, sociale, humanitaire, économique ou politique...Ce qui préoccupe Jésus, c’est la sanctification du nom divin, le déploiement de son règne, l’accomplissement de la volonté du Père dans le monde entier.
La vision théocratique du Christ
Si on prend en référence la prière du « Notre Père », on remarque que la vision de Jésus est celle d’un peuple, Israël, mais aussi de l’entièreté de l’humanité, qui reconnaît et vit selon la volonté du Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6 : 9). Le Christ a une vision théocentrique du monde. Le peuple de Dieu ne peut trouver son plein épanouissement et son bonheur que dans la mesure où il se situe dans un juste rapport avec son Père céleste.
Pour Christ proclamer le Royaume
Pour le Christ proclamer le Royaume de Dieu, c’est réaffirmer que Dieu est roi, que le règne lui appartient. C’est aussi demander, la reconnaissance de ce règne par les humains.
Les résultats de la reconnaissance
Ce n’est pas, premièrement, désirer la paix humaine, la justice sociale, la transformation de la société, voire le bonheur de l’homme, même si toutes ces choses ne sont pas à exclure, mais il s’agit là des résultats de la reconnaissance du nom, du règne et de la volonté divine.
De la reconnaissance, découlera des bienfaits
De cette reconnaissance, disais-je il découlera des bienfaits, le pardon, la paix, la justice, la guérison, etc. Toutefois l’ensemble de ces bienfaits ne sera acquis que par une foi dans la royauté de Dieu, cela implique la foi, la repentance, une vie de disciple.
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu
Une nouvelle fois, il est bon de se souvenir que le Royaume de Dieu ne désigne pas la sphère céleste, ni la vie après la mort, ni la fin du monde, ni même l’église, ni une société christianisée, ni la justice sociale, ni la paix dans le monde, ni un slogan politique, ni une connaissance théologique. Quand on parle du Royaume de Dieu, en fait on parle du Règne de Dieu.
A ne pas confondre avec les bienfaits
Toutefois, il ne faut pas confondre ce qu’est le Royaume de Dieu et ce qu’il apporte c’est-à-dire les bienfaits qui peuvent se produire suite à l’acceptation du Règne de Dieu dans notre vie.
Le Royaume comme programme
Le Royaume de Dieu concerne avant tout une personne : Dieu. Il est courant de nos jours de considérer le Royaume de Dieu comme un programme ou une idéologie à promouvoir.
L’étiquette Royaume de Dieu
Ainsi on peut justifier à peu près n’importe quelle action en lui donnant l’étiquette « Royaume de Dieu ». Parfois on a aussi tendance à colporter l’idée que le Royaume de Dieu est présent dans la société même lorsque Dieu et Jésus-Christ n’y sont pas reconnus, ni confessés, ni célébrés, comme Seigneur et sauveur.
Un Royaume sans Dieu
On soutient que le Royaume de Dieu peut être assimilé aux progrès sociaux et qu’il peut même progresser grâce au travail de ceux qui prônent la dignité humaine, la paix, la justice sociale, et., tout cela sans presqu’aucune référence à Dieu ou à Jésus-Christ. Certains vont même jusqu’à dire que le Royaume de Dieu peut avancer dans le monde, par le biais même de ceux qui ne reconnaissent ni ne confessent Jésus-Christ et qui n’ont aucun lien avec son église.
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu
La problématique avec ce type de discours, c’est que l’on dissocie complètement le Royaume de Dieu et la personne de Dieu et de Jésus. On parle bien de Royaume mais pas de Dieu. Ce Royaume est un royaume humaniste en réalité, il s’agit d’un programme social ou éthique, ce royaume est une chose, une idéologie, il n’a rien à voir avec le Royaume de Dieu qui consiste en un Règne, celui d’une personne, c’est-à-dire : Dieu.
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu
Le Royaume de Dieu exprime quelque chose sur Dieu, quand Jésus dit que le Royaume s’est approché, c’est comme s’il disait : Dieu est proche...Dieu vient, il se tient devant la porte et même...Il est déjà là. Pour Jésus, le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu sur les affaires humaines.
D : La nature du Royaume
Le Royaume de Dieu, c’est le Règne de Dieu. Plusieurs biblistes et théologiens préfèrent parler du Règne de Dieu plutôt que du « Royaume de Dieu » pour éviter toutes confusions. Bien sûr, Dieu est déjà roi, il est le Dieu de l’univers, le créateur du monde, mais ce statut doit se manifester, se concrétiser et s’actualiser dans le monde. C’est pourquoi, nous prions que « ton Règne vienne » (Mt 6 : 10).
Le Royaume de Dieu est proche
Quand Jésus a parlé du Royaume de Dieu, il ne pensait pas en termes de localisation, mais d’autorité. La signification première du mot désigne l’autorité, le Règne, la souveraineté, la puissance, le pouvoir royal. Lorsque le Messie disait : « le Royaume de Dieu est proche » (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17), il ne voulait pas dire par là qu’un lieu ou qu’un territoire s’approchait, mais que l’autorité et la puissance royale de Dieu étaient sur le Point de se manifester.
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu
Dans l’Ancien Testament le mot hébreu malkuth renvoie souvent au Règne de Dieu. Cela se remarque dans certains psaumes dits du Règne de Dieu (les psaumes 96 à 99), mais aussi dans d’autres psaumes tels que : (Ps 93 : 1 ; 103 : 19 ; 145 : 11-13). En ce qui concerne le Nouveau Testament, le mot basileia est lui aussi souvent traduit par Règne (Mt 6 : 10 ; Luc 1 : 33 ; 23 : 42 ; 1 Co 15 : 25 ; Ap 12 : 10). Il n’est donc pas surprenant que plusieurs biblistes et théologiens comprennent l’expression Royaume de Dieu comme se référant avant tout à l’autorité de Dieu.
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus
Le Royaume de Dieu, que ce soit dans l’hébreu, l’araméen ou le grec, désigne Dieu en tant que roi et son contrôle actif sur les affaires humaines. Le fait de ne pas tenir compte de ce sens est la source de beaucoup de confusion dans l’étude contemporaine du Royaume de Dieu. Celui-ci n’est pas un territoire, une entité publique, un régime ou une dynastie, c’est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus, ou le Règne souverain, dynamique et eschatologique de Dieu, ou encore l’activité rédemptrice de Dieu, sa volonté salvatrice en action.
E : Le temps du Royaume
Le Royaume de Dieu est à la fois une réalité actuelle et à venir, il a une dimension présente et future. La discussion sur le Royaume de Dieu a souvent porté sur la question de sa temporalité.
Pendant longtemps, les biblistes et les théologiens se sont demandés si le Royaume de Dieu était soit présent (eschatologie réalisée), soit futur (eschatologie conséquente) ou les deux (eschatologie inaugurée ou en cours de réalisation), obstruant ainsi d’autres questions pourtant valables concernant le Royaume de Dieu.
Le Royaume a déjà commencé
Toutefois même si cette question ne doit pas dominer, elle reste cependant importante. En effet, la temporalité du Royaume de Dieu a une incidence sur notre compréhension du Règne de Dieu. La majorité des exégètes d’aujourd’hui choisissent la troisième option. Pour eux le Royaume de Dieu a déjà commencé, quoique dans une forme quasi imperceptible, même s’il reste encore à être accompli. Dés le début de son ministère, Jésus proclame : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Le temps d’attente est terminé
Ces paroles laissent supposer que le temps d’attente est terminé, que Dieu est sur le point de combler les espérances juives, que le Royaume va se réaliser dans sa vie et son ministère.
Le temps est proche
L’accomplissement des temps fait référence à une intervention divine dans l’histoire humaine. C’est maintenant le temps opportun, le temps désigné, le temps de Dieu. Le temps de Dieu est proche, est arrivé, ou s’est approché.
Le Royaume est donc venu vers vous
Devant ceux qui l’accusent d’accomplir ses exorcismes par la puissance du diable, Jésus déclare illogique une telle accusation en soulignant que Satan ne peut chasser Satan, car son royaume s’en trouverait divisé. Il affirme plutôt que c’est par l’Esprit de Dieu ou le doigt de Dieu qu’il chasse les démons, ce qui est pour lui un signe de l’irruption du Royaume de Dieu : « Le Royaume de Dieu est donc venu vers vous » (Mt 12 : 28 ; Luc 11 : 20).
Le Royaume est au milieu de vous
Aux pharisiens qui lui demandent quand viendra le Royaume, Jésus leur dit qu’il est déjà présent, à l’intérieur même des évènements qui se produisent, même si eux ne le voient pas : « Le Royaume est au milieu de vous » (Luc 17 : 20-21). Inutile donc de chercher des signes avant-coureurs, car le Royaume de Dieu est là, parmi eux, au milieu d’eux, à leur portée.
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?
En réponse à une question qui est posée par les disciples de Jean-Baptiste concernant le Messie : Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ? Jésus répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11 : 2-6) ; Luc 7 : 18-23).
L’importance de prêter attention à ce qui se passe
Dans son discours en paraboles de Matthieu 13, Jésus déclare à ceux qui veulent bien entendre, que quelque chose d’important est en train de se manifester sous leurs yeux, d’où l’importance de prêter attention à ce qui se passe (Mt 3 : 16-17 ; Luc 10 : 23-24).
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui
Tout en faisant l’éloge de Jean-Baptiste, le Messie déclare que « Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui » (Luc 16 : 16 ; Mt 11 : 11). Une telle déclaration ne peut se comprendre sans tenir compte des étapes de l’histoire du salut. Jésus parle ici d’un privilège qui était jusque-là indisponible.
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume
En lui le Royaume de Dieu se fait présent de sorte que celui qui en croît en lui se trouve déjà dans le Royaume de Dieu, alors que cela n’était pas possible auparavant. Le Royaume de Dieu est donc à la fois déjà là et pas encore là.
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur
On retrouve plusieurs tensions temporelles dans les paraboles : On le voit dans la parabole des semailles (Mc 4 : 26-29 ; Mt 3 : 24-30), entre graine et plante épanouie (Mc 4 : 30-32), entre l’embauche des journaliers pour travailler dans la vigne et la rétribution de ces ouvriers à la fin de la journée (Mt 20 : 1-16) entre le renoncement présent et la récompense à venir (Luc 18 : 29), entre l’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur (Mt 16 : 19 ; 24 : 14).
Le « Notre Père » (Mt 6 : 9-13), semble l’exemple même de la prière de ceux qui sont entre deux temps, le temps de l’église.
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle, il se prolonge dans le présent et se manifestera pleinement à la fin du monde. Ce message est nouveau pour ceux qui l’entendent, car Jésus proclame l’acte divin du salut comme étant inauguré en en cours de réalisation.
Le Royaume est à la fois actuel et à venir
La nouveauté sera d’avoir apporté deux dimensions, présente et future, à la venue du Royaume de Dieu que les juifs de l’époque continuaient de voir comme un évènement strictement futur. Jésus pourtant ne semble pas voir son message comme incohérent ; c’est bien volontairement qu’il parlait du Royaume de Dieu comme étant à la fois actuel et à venir.
L’aspect présent et futur du Royaume
En proclamant un Royaume présent et futur, il y a tout lieu de croire que Jésus savait ce qu’il faisait. Dans les évangiles, les passages bibliques pointant vers le déjà et ceux pointant vers le pas encore coexistent harmonieusement sans qu’il y ait nécessairement contradiction. Ces deux éléments, l’aspect présent et futur du Royaume de Dieu, font tous deux partie de l’enseignement authentique de Jésus. Le seul dilemme est d’arriver à les concilier l’un et l’autre.
La nature même du Royaume
On peut penser avec justesse que si Jésus n’a pas éprouvé le besoin de nous expliquer ce qui nous semble paradoxal, ce n’est sans doute pas simplement parce qu’il ne se souciait pas du principe de non-contradiction. La vraie réponse à ce paradoxe se trouve peut-être dans la nature même du Royaume de Dieu...
Le Royaume est un évènement dynamique
Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord une situation ou un lieu, mais plutôt l’ensemble de l’évènement dynamique que constitue la venue de Dieu avec puissance pour exercer sa souveraineté sur son peuple d’Israël à la fin des temps.
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent
C’est un symbole à haute potentialité, une réalité à multiples facettes, tout un récit mythique en miniature qu’il est impossible de saisir en une seule formule ou une seule définition. C’est pourquoi Jésus peut parler d’un Royaume à la fois imminent et pourtant déjà présent.
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future
Quoi qu’il en soit, la plupart des érudits reconnaissent une certaine tension entre les deux. On peut en conclure que ceux qui accentuent la présence du Royaume de Dieu dans les œuvres de Jésus permettent aussi un accomplissement ou une consommation future du Royaume de Dieu, alors que ceux qui défendent la dimension future du Royaume de Dieu reconnaissent aussi les effets de l’imminence du Royaume de Dieu dans le ministère de Jésus.
F : Le mystère du Royaume
Le Royaume dans sa forme présente se manifeste dans le monde d’une manière quasi imperceptible. C’est ce que semble dire Jésus au moyen des paraboles. Celles-ci tiennent une grande place dans l’enseignement de Jésus. Matthieu, de même que Marc, nous rapporte que Jésus s’adressait souvent à la foule et à ses disciples en paraboles (Mt 13 : 3 ; Mc 4 : 2, 33-34). Leur présence répétée dans les évangiles et l’utilisation qu’en fait Jésus indiquent que l’étude de celles-ci est essentielle pour qui veut comprendre l’enseignement de Jésus sur le Royaume de Dieu.
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé
Les paraboles dites du Royaume que l’on retrouve en Matthieu 13 et en Marc 4 : Parabole du semeur et des terrains, de l’ivraie et du bon grain ; du grain de moutarde, du levain, etc, ont surtout pour but de répondre à une objection : Si le Royaume se fait présent dans le monde, comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé ? Que la souffrance ne soit pas éradiquée ? Que les nouveaux cieux et la nouvelle terre n’aient pas encore fait leur apparition ? La présence du Royaume n’est-elle pas supposée transformer le monde ? Jésus décrit par ces paraboles comment le Royaume de Dieu se présente au monde, comment il agit et se manifeste.
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention
Le Messie semble nous dire que le Royaume de Dieu est une réalité discrète et pacifique en ce monde, mais dont les effets sont bien visibles pour ceux qui savent le discerner. Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention, à frapper les regards. Il n’a pas le caractère sociopolitique ou apocalyptique qu’on lui prêtait. Il ne s’agit pas d’une intervention directe, évidente et massive de Dieu une fois pour toute dans l’histoire ou au-delà de l’histoire. Il agit puissamment dans le monde, mais sans renverser l’ordre actuel des choses, il se fait présent dans le monde, mais de manière, à peine perceptible, sous une forme voilée, même cachée.
Le fameux mystère du Royaume de Dieu
C’est probablement là, le fameux mystère du Royaume de Dieu dont Jésus parle à ses disciples. Le Royaume est là, mais pas comme on s’y attendait ! Un mystère dans les écritures n’est pas quelque chose d’inexplicable, mais quelque chose qui ne peut être connu que par révélation divine. Cette nouvelle révélation, c’est que le Royaume de Dieu se manifeste d’une manière voilée dans la personne, les paroles et les œuvres de Jésus.
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives
L’originalité du message de Jésus apparaît davantage si on le compare aux attentes du judaïsmes à l’époque de Jésus pour qui la venue du Royaume de Dieu concernait d’abord et avant tout des événements publics : Le retour de l’exil, le renversement des puissances païennes, l’exaltation d’Israël, le retour de Yahvé à Sion pour Juger et sauver son peuple. Et à plus grande échelle, il impliquait le renouvellement du monde, l’établissement de la justice de par la terre entière.
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment
Or, les paraboles du Royaume exigent un certain délai, un intervalle entre sa manifestation discrète et pacifique dans le temps présent et sa manifestation glorieuse et certaine à la fin des temps. Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment. Son action n’est pas toujours évidente ou visible à l’œil nu, mais quand même bien présente. Il viendra un temps, cependant, où le Royaume se manifestera pleinement.
Le Royaume présent finira par prévaloir, même s’il est en ce moment humble, petit et modeste, il fera place au Royaume glorieux à venir.
La présence du Royaume à des répercutions visibles
Cette présence discrète et pacifique signifie-t-elle que le Royaume ne peut pas être vu dans le monde ? C’est tout le contraire, la présence du Royaume a des répercussions visibles, et principalement dans la vie de ceux qui côtoient Jésus. Il signale qu’en lui se réalisent les œuvres que les prophètes avaient annoncées (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 21-23).
Une avancée sans recours à la violence
On peut dire que le Royaume de Dieu, dans sa forme actuelle, avance, progresse et grandit dans le monde sans agresser l’environnement dans lequel il se trouve. Son avancée se fait sans aucun recours à la force ou à la violence.
Un jour le Royaume sera victorieux, glorieux, majestueux, même si pour l’instant, sa progression semble lente, pénible et difficile. Dieu le fera survenir au moment voulu.
G : l’orientation du Royaume
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus présente deux orientations. Une qui agit à l’intérieur de l’histoire que je nommerai prophétique, elle aborde les situations présentes. Et l’autre qui peut être considérée comme apocalyptique, celle qui viendra de l’extérieur de l’histoire et qui ne concerne que l’avenir. Je reste sur la même pensée que précédemment : Le Royaume de Dieu est à la fois présent et futur.
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde
Dans sa forme présente le Royaume prend une forme prophétique ; Dans sa forme future, il prend une forme apocalyptique. Jésus semble nous communiquer que le Royaume de Dieu agit lentement et progressivement dans le monde, d’où son orientation prophétique et d’autre part, qu’il apparaitra soudainement et instantanément au moment déterminé par Dieu, d’où son orientation apocalyptique.
Prophète de son temps et des derniers temps
Jésus est à la fois le prophète de son temps et celui des derniers temps. Il savait emprunter des éléments propres à chacune de ces deux traditions que l’on peut considérer comme sociale/prophétique et eschatologique/apocalyptique tout en les modifiant pour créer la perspective unique qui était la sienne. Dans une perspective, le Royaume de Dieu est une réalité future qui surviendra suite à une intervention divine.
L’aspect apocalyptique du Royaume
Nous pouvons repérer dans les évangiles la trame eschatologique avec des connotations apocalyptiques, nous avons déjà cité les textes qui annonçaient le Royaume futur (Mt 6 : 9 ; 25 : 34). Quant à L’aspect apocalyptique du Royaume, l’arrivée soudaine, dérangement historique, perturbations cosmiques, etc, il se voit très bien dans les discours de Jésus (Mt 24 : 1-51 ; Mc 13 : 1-13 ; Luc 21 : 5-33).
Le langage apocalyptique est présent
Que ces discours fassent référence à la destruction du temple et de la ville de Jérusalem en 70 de notre ère ou à des évènements de la fin du monde, ou encore qu’il renvoie à ces deux évènements, le langage apocalyptique y est présent. Nous y retrouvons un langage cosmique avec des signes dans le ciel, dans la lune et dans les étoiles, une référence au fils de l’homme : (Daniel 7 : 13) et un appel à la vigilance, puisque personne ne connaît ni le jour et l’heure.
La parabole des dix vierges
Jésus se sert d’une parabole dite des dix vierges pour appuyer l’aspect de la vigilance dans l’attente du Royaume (Mt 25 : 1-13, 31-46 ; Luc 12 : 35-40) et compare l’arrivée du Royaume au déluge du temps de Noé et à la destruction de Sodome et Gomorrhe (Luc 17 : 26-30 ; Mt 24 : 36-39).
Une bataille cosmique dans le monde spirituel
Les exorcismes de Jésus peuvent être considéré comme une bataille cosmique dans le monde spirituel (Mt 12 : 24-30 ; Luc 11 : 14-23) et l’on retrouve dans les évangiles une division du temps qui provient de la pensée apocalyptique : Le siècle présent est caractérisé par le mal et le siècle à venir caractérisé par le Règne de Dieu.
Les thèmes des apocalypses Juifs standards
Le passage de l’un à l’autre se fera suite à une intervention décisive et finale de Dieu (Mt 12 : 32 ; Luc 20 : 34-45 ; Mc 10 : 29-30). Tous ces éléments ont un rapport direct avec les thèmes des apocalypses juifs standards et laissent entendre que Jésus partageait avec eux au moins une partie de leur orientation apocalyptique du Royaume de Dieu.
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps
Par contre Jésus ne s’est jamais attardé sur le calendrier ni aux détails, il laissait cela au Père céleste (Mt 24 : 36-44 ; Mc 13 : 32). A cet égard le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps, il ne cherchait pas à définir de manière précise le comment de la venue du Royaume de Dieu.
Le Royaume de Dieu concerne le Présent
Dans une perspective prophétique le Royaume de Dieu concerne le présent, il se soucie des situations actuelles, il agit au sein même de l’histoire humaine à l’intérieur des structures temporelles de ce monde.
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles
Nous avons déjà relevé les textes qui annoncent sa présence dans le temps et l’histoire (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17 ; 12 : 28 ; Luc 17 : 21). En plus nous pouvons trouver la forme prophétique du Royaume présent dans paraboles dites du Royaume, auxquelles nous avons déjà fait allusion (Mc 4 ; Mt 13). En effet ces paraboles nous disent que le Royaume a pénétré l’histoire humaine, via le ministère de Jésus, mais sans aucune apparence apocalyptique.
Un discernement spirituel pour voir le Royaume
Un discernement donné spirituellement par le Père céleste est nécessaire pour le voir (Mc 10 : 15 ; Luc 8 : 10 ; Luc 9 : 27 ; Luc 17 : 20 ; Jn 3 : 3 ; Jn 3 : 5). Le Royaume de Dieu se fait présent dans le monde mais sans éclater les structures de ce monde.
Le Royaume est tourné vers l’avenir
La dimension eschatologique s’y fait toujours présente, le Royaume est tourné vers l’avenir, mais sans aucune connotation apocalyptique. Les paraboles dites du Royaume suggèrent que Jésus ne concevait pas le Royaume de Dieu comme se réduisant à un seul moment apocalyptique de l’histoire humaine, mais comme un processus de longue durée initié par sa vie et son ministère.
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps
Les préoccupations socioéconomiques de Jésus ne doivent pas non plus être ignorées. Elles démontrent que le Royaume de Dieu se préoccupe des situations de son temps. Nous voyons cela en particulier dans l’évangile de Luc. Celui-ci s’intéresse particulièrement, aux conditions de vie des gens, à leur marginalisation sociale, à leur pauvreté économique, à leur exclusion de la vie communautaire. Bien sûr, il ne faut pas en conclure que Luc écrit purement un évangile social. Toutefois pour faire justice à ses écrits, évangiles et actes des apôtres, l’on doit souligner l’importance qu’il apporte aux répercutions sociales du message de Jésus.
Le Royaume est une puissance libératrice
Un texte particulièrement éclairant est celui du discours de la synagogue de Nazareth qui décrit sa mission en termes de libération (Luc 4 :18-19). Le Royaume de Dieu est une puissance libératrice, il affecte la vie des êtres humains, ici-bas et maintenant, il a un aspect tangible, visible et observable (Luc 7 : 18-23 ; Mt 11 : 2-6). Cet aspect prophétique du Royaume a des origines vétérotestamentaires. Dans l’Ancien Testament, on retrouve plusieurs paroles à propos d’une ère de justice, de paix et d’harmonie initiée par le Messie, ainsi que de nombreux appels à la justice sociale. Pour Jésus le Royaume de Dieu œuvre en ce moment à l’intérieur de l’histoire humaine tout en conservant la perspective d’une transformation globale du monde à venir.
H : La visée du Royaume
Le Royaume de Dieu a une visée locale et aussi universelle. Aborder l’étude du Royaume de Dieu vu par Jésus, c’est dépasser le cadre de sa temporalité pour se questionner aussi sur sa localisation, car le Règne de Dieu, bien qu’il soit une activité, est aussi un domaine où cette activité est manifestée.
Le Royaume : concret ou abstrait ?
Certains exégètes affirment qu’il n’y a pas lieu d’attribuer au Royaume de Dieu un sens concret, se contentant de lui conférer un sens abstrait : Le Royaume ne serait pas une sphère mais tout simplement une activité. Pourtant il est difficile, même inutile, de dissocier le sens abstrait (le Règne de Dieu) de son sens concret (la sphère où il règne). Il n’y a pas d’objections théologiques ou philologiques sérieuses pour dissocier les deux. La Bible n’aborde pas la question du Royaume de manière abstraite. Si Dieu règne, il règne quelque part, même si ce quelque part est partout. Il n’y a pas de règne abstrait sans une sphère concrète.
Les clés pour entrer dans le Royaume
Il est possible de rentrer dans le Royaume (Mt 5 : 20 ; 7 : 21 ; 18 : 3 ; Mc 9 : 47 ; 10 : 15, 23-24 ; Luc 23 : 42 ; Jean 3 : 5), y demeurer (Mt 11 : 11 ; 13 : 42 ; 18 : 1, 4 ; 20 : 21 ; Mc 14 : 25 ; Luc 7 : 7, 28 ; 14 : 15 ; 22 : 18), en être expulsé (Mt 8 : 12 ; 13 : 41), y festoyer (Mt 8 : 11 ; Luc 13 : 28-29), en être plus ou moins loin (Mc 12 : 34), des clés en permettent d’en réglementer l’accès (Mt 16 : 19 ; 23 : 13).
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu, l’exercice de son autorité, la manifestation de sa royauté, le pouvoir de son gouvernement, et ensuite, le domaine et la sphère où ce Règne est exercé. Il est difficile d’imaginer un règne qui n’a aucune sphère, soit-elle physique, territoriale ou spirituelle.
Le Royaume de Dieu a un caractère national
Les exégètes privilégient le sens « Règne », mais d’autres avertissent qu’on doit conjoindre l’idée de la sphère, de son exercice. Pour un grand nombre des interlocuteurs juifs de Jésus, le Royaume de Dieu a un caractère national, géographique, territorial et ethnique. Il doit s’actualiser dans la nation d’Israël ou du moins à l’intérieur de ses frontières géographiques. Les Juifs étant sous la domination romaine, plusieurs espèrent et attendent un retour en force et en gloire de la nation juive.
Le Messie royal envoyé par Dieu
Ils entrevoient une époque future où Dieu rétablira la suprématie d’Israël dans le monde comme au temps du roi David. Le Royaume de Dieu est synonyme pour eux « de Royaume d’Israël », il est perçu comme étant géographique, terrestre, ancré dans l’histoire et instauré à la suite d’une victoire politique et militaire via le roi idéal de la fin des temps ou le Messie royal envoyé par Dieu (Luc 24 : 21).
La sanctification du nom de Dieu
Or, pour Jésus, le Royaume de Dieu dépasse ces préoccupations nationales, il n’est pas limité au territoire d’Israël avec des frontières de temps et d’espace. Pour lui ce n’est pas la glorification de Jérusalem et le retour en gloire de la nation juive qui importe, mais la sanctification du nom de Dieu, le déploiement de sa royauté et l’accomplissement de sa volonté sur la terre entière, même si Jésus a limité son ministère terrestre à la nation d’Israël.
Sur la terre comme au ciel
La prière concernant le nôtre Père nous montre les préoccupations du Christ (Mt 6 : 10), qui nous donne un premier élément de réponse quant à la visée ou à la portée du Royaume de Dieu. Lorsque nous prions « Que ton nom sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » où ce nom, ce règne et cette volonté doivent-ils se manifester et se déployer ? La réponse est claire : « sur la terre comme au ciel ». Le lieu du Royaume, là où la royauté divine doit être reconnue et acceptée, ne peut être que sur la terre et de surcroit sur la terre entière.
Activité spécifique de Dieu dans le monde
J’ai déjà mentionné que lorsque Jésus parle du Royaume, il ne parle pas de la souveraineté générale de Dieu sur le monde (ce royaume a toujours existé), mais d’une activité spécifique de Dieu dans le monde. Ce Royaume est en cours de réalisation, il cherche à s’étendre partout. Voilà la visée ou la portée du Royaume de Dieu initié par Jésus-Christ.
Espérance de remplir toute la terre
Cette espérance de voir remplir toute le terre remonte à l’Ancien Testament (Genèse 17 : 4, 5, 6, 16). Si on demande à plusieurs personnes où se trouve le Règne de Dieu, il est probable que nous entendions ce type de réponse : Dieu règne dans les cieux, Jésus ne parle-t-il pas « du Royaume des cieux » ? et ne dit-il pas que son Royaume n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) ?
Quelque chose qui se passera sur la terre
Pourtant, lorsque Jésus dit que le temps d’attente est terminé et que le Royaume s’approche (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15), il ne fait pas allusion à quelque chose qui se passera là-haut dans les cieux, mais à quelque chose qui aura lieu ici-bas sur cette terre.
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?
La confusion pour nous et non pour les contemporains de Matthieu, vient du fait que Matthieu utilise l’expression « Royaume des cieux », d’où la déduction que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux. Or cette déduction typique à Matthieu est tout simplement synonyme de Royaume de Dieu. Les Juifs du premier siècle évitaient de prononcer le nom de Dieu par respect et révérence envers lui. On lui substituait alors différentes expressions qui étaient perçues comme des allusions indirectes à Dieu (Mt 5 : 34-35 ; 23 : 20-22).
Un écrit pour les Juifs
Matthieu écrivant surtout pour des Juifs, et désirant tenir compte de leurs sensibilité, utilise couramment l’expression « Royaume des cieux » (Mt 3 : 2), alors que Marc et Luc préfèrent l’expression « Royaume de Dieu » (Mc 1 : 15 ; Luc 4 : 43) sans doute plus facile à comprendre pour les non-juifs. Dans les deux cas, l’expression renvoie à la même réalité.
La nature du Royaume
Le Royaume des cieux ne désigne donc pas le lieu du Royaume, mais la nature ou l’origine du Royaume. C’est un Royaume qui vient de Dieu, qui prend sa source en Dieu, qui trouve sa raison d’être en Dieu.
Mon Royaume n’est pas de ce monde
Jésus ne dit pas que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux (quoique cela soit vrai aussi !), mais qu’il vient des cieux. De même quand Jésus dit : « Mon Royaume n’est pas de ce monde », cela n’indique pas que Jésus renonce à tout jamais à établir son Règne en Israël et sur toute la terre, mais que son Royaume ne tire pas sa légitimité de ce monde : Jésus ne parle pas de la localisation du Royaume, mais de la source de son autorité royale.
L’autorité qui vient du ciel
Contrairement à Pilate, il ne reçoit pas son autorité d’une source terrestre (César), mais de Dieu. Beaucoup comprennent le message de l’Evangile simplement. Ils font le parallèle entre aller au ciel et le commencement de la vie éternelle, comme si le Royaume de Dieu était l’équivalent de la vie après la mort.
La vie éternelle
De même le concept de « vie éternelle » ne consiste pas à avoir une vie sans fin après la mort, mais à faire partie du siècle à venir, à participer au monde nouveau que Dieu instaurera. L évangile ne nous dit pas comment aller au ciel après la mort, mais comment avoir part au Royaume de Dieu, à la nouvelle création, que Dieu est sur le point d’inaugurer dans le temps et l’histoire par la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël
Lorsque les disciples demandent à Jésus en Actes 1 : 6 « Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël ? », il ne faut pas y voir une limitation de la portée du Royaume de Dieu comme si celui-ci se limitait à Israël et ne visait pas le monde entier. La suite du verset révèle la visée universelle du Royaume.
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre
Cette question permet à Jésus de dévoiler une partie du programme divin, celle qui consiste à annoncer l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre afin de rassembler le peuple du Royaume (Actes 1 : 7-8).
Dieu va rassembler le peuple du Royaume
Cette visée universelle du Royaume ne renie en aucun cas son lien avec Israël. D’ailleurs les écrits de Luc (évangile et Actes) contiennent de nombreuses mentions à cet effet (Luc 1 : 45-55, 68-79 ; 2 : 25-32 ; 24 : 21 ; Actes 1 : 6-7 ; 3 : 21). La réponse de Jésus souligne que, pour l’heure, le moment de l’établissement du Royaume sur la terre renouvelée, avec une Jérusalem transfigurée (Apo 21 : 10-22, 5), n’est pas arrivé mais que Dieu va rassembler le peuple du Royaume, de Jérusalem jusque dans le monde entier.
I : L’agent du Royaume
Jésus est présenté dans les évangiles comme l’agent du Royaume de Dieu, il est celui par qui s’approche le Règne de Dieu. Jésus a prêché le Royaume de Dieu et non lui-même. Pourtant nous voyons dans les évangiles que le Royaume est inséparable du Messie. Jésus est le représentant (Luc 17 : 20-21), le révélateur (Mc 4 : 11-12 ; Mt 11 : 25-27), le champion (Mc 3 : 27), l’initiateur (Mt 11 : 12), l’instrument (Mt 12 : 28), le médiateur (Mc 2 : 18-19) et l’agent du Royaume (Mt 11 : 2-5).
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus
On ne peut dissocier le Royaume de Dieu de la personne de Jésus, le messager est lié au message. La réception du message passe par le messager. Recevoir Jésus, c’est recevoir le Royaume et recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. Les deux sont si étroitement liés que d’une certaine façon, on peut dire que le Royaume, c’est Jésus lui-même.
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu
On peut dire que Jésus est le Royaume en personne ou comme le disait Origène : « Jésus est le Royaume de Dieu, réalisé en lui-même ». Pour d’autres exégètes la formulation sera : « Le Royaume réside en Jésus lui-même » ou encore « Jésus-Christ porte en lui-même le Royaume de Dieu ». Il est intéressant de souligner que les évangélistes, que ce soit : Matthieu, Marc, Luc ou Jean, ont tous une christologie royale. Ils ont tous une compréhension de la personne et de l’œuvre de Jésus qui est liée au Royaume d’Israël et par extension au Royaume de Dieu.
Jésus comme Messie
Outre les différentes désignations que l’on retrouve pour Jésus dans les évangiles : Maître, Messie, Fils de l’homme, Fils de David, Fils de Dieu, Seigneur, etc., les évangélistes conçoivent tous Jésus comme un roi, et de surcroit le roi d’Israël. Ils font fréquemment mention de l’autorité, du règne et du Royaume de Jésus.
Jésus le Fils de David
Pour Matthieu, Jésus est le fils de David, l’héritier du trône d’Israël (Mt 1 : 1 ; 21 : 9), le Christ (Mt 1 : 16), celui qui sauvera son peuple de ses péchés (1 : 21), l’Emmanuel, Dieu avec nous (1 : 23), il est le roi des Juifs que les mages veulent honorer (2 : 2), le chef qui paîtra Israël (2 : 6), le roi qui vient, plein de douceur, monté sur un âne (21 : 5), celui qui est assis à la droite de Dieu et qui viendra sur les nuées du ciel (26 : 64). Jésus confirme être le roi des Juifs devant Pilate (27 : 11). C’est en tant que roi des Juifs qu’il est couronné d’épines, maltraité et crucifié, c’est pour la même raison qu’on le nargue de descendre de la croix (27 : 29, 37, 41). C’est à lui que toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre (28 : 18).
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu
Pour Marc, Jésus est celui qui viendra dans la gloire de son père avec les anges Mc 8 : 38), certains seront assis à sa droite et à sa gauche lorsqu’il sera dans la gloire (Mc 10 : 37), il est celui qui rentre dans Jérusalem en tant que roi (Mc 11 : 9-10), il est le Christ, le Fils du Dieu béni, le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu et venant sur les nuées du ciel (Mc 14 : 61). Jésus confirme à Pilate être le roi des Juifs (Mc 15 : 2), c’est en tant que tel qu’il est maltraité et crucifié (Mc 15 : 17-18, 26, 32).
Le Fils du Très-Haut
Luc, lui, présente Jésus comme le Fils du Très-Haut, celui qui héritera du trône de David et qui règnera sur la maison de Jacob éternellement (Luc 2 : 11), le roi qui vient au nom du Seigneur (Luc 19 : 38). Jésus disposera du Royaume en faveur de ses disciples tout comme le père en a disposé en sa faveur (Luc 22 : 29). Jésus parle de sa table et de son Royaume (Luc 22 : 30) et c’est en tant que roi qu’il est mis en accusation devant Pilate (Luc 23 : 2-3), qu’il est crucifié et qu’on se moque de lui (Luc 23 : 36-38). Un malfaiteur demande à Jésus de se souvenir de lui quand il viendra dans son Règne (Luc 23 : 42).
Celui qui vient au nom du Seigneur
Jean est celui qui ne fait pas souvent mention du Royaume de Dieu (Jean 3 : 3, 5). Toutefois cela ne l’empêche pas de présenter Jésus comme un roi. Jésus est le roi d’Israël, celui qui vient au nom du Seigneur (Jean 12 : 13-15). À trois reprises devant Pilate, Jésus parle de son Royaume qui n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) et confirme être le roi des Juifs (Jean 18 : 37).
Crucifierai-je votre roi ?
C’est en tant que roi des Juifs qu’il est maltraité par les soldats romains et qu’il est couronné d’épines (Jean 19 : 2-3). Pilate présente Jésus aux dirigeants Juifs en disant voici votre roi et les interroge en leur demandant « Crucifierai-je votre roi ? » (Jean 19 : 15). L’inscription à la croix indique clairement, Jésus en tant que roi des Juifs : « Jésus de Nazareth le roi des Juifs » (Jean 19 : 19).
Jésus roi des Juifs
Bref si tous les évangélistes nous présentent Jésus comme le roi d’Israël, donc s’ils présentent d’une part Jésus comme le roi d’Israël et d’autre part comme celui qui a prêché le Royaume de Dieu, il est difficile de ne pas en déduire qu’un lien étroit existe entre les deux.
La relation exacte entre Jésus et le Royaume
Il n’est pas facile de décrire avec précision la relation exacte entre Jésus et le Royaume de Dieu. Jésus-Christ est-il celui qui proclame, apporte, inaugure, présente, réalise, initie, porte ou manifeste le Royaume ?
Le temps du Royaume
A ceux qui lui demandent quand viendra le Royaume de Dieu, Jésus répond qu’il est déjà là, présent au milieu d’eux, il est juste devant leur yeux !
Le Royaume est avant tout une personne
Jean-Paul II avait compris le principe du Royaume, selon moi, lorsqu’il écrivait : « Le Royaume de Dieu n’est pas un concept, une doctrine ou un programme sujet à l’interprétation libre, mais c’est d’abord et avant tout, une personne avec le visage, la personnalité, le nom de Jésus de Nazareth, il est l’image de Dieu invisible. Si le Royaume est séparé de Jésus, ce n’est plus du tout le Royaume de Dieu tel qu’il l’a révélé ».
Le statut personnel du Messie
L’enseignement de Jésus n’a jamais été concentré en premier sur son statut personnel, mais sur l’annonce du Royaume de Dieu, il n’en demeure pas moins qu’un lien inséparable les unit.
J : Les bénéficiaires du Royaume
Le Royaume de Dieu, selon Jésus, est une réalité accessible à tous, même à ceux qu’on avait tendance à exclure. Dans les évangiles, nous voyons que Jésus se fait proche de ceux qui sont en marge de la société, leur accordant son attention, il leur annonce la bonne nouvelle du Royaume. Il côtoie ceux qui sont exclus de toute vie sociale, tels les lépreux et les démoniaques, ceux qui se trouvent dans des conditions de vie difficile, tels les pauvres, les opprimés, les indigents, les aveugles, les boiteux, les estropiés, les malades, et ceux qui sont méprisés socialement, tels les publicains, les prostituées et les gens de mauvaise vie (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Les interrogations du Royaume
Le Royaume de Dieu, proclamé par Jésus comporte plusieurs interrogations qui concernent : le quand, le comment, le qui du Royaume de Dieu. D’abord le Royaume se manifeste d’une façon inattendue, il vient de manière voilée, à peine perceptible, c’est ce que nous voyons dans les paraboles du Royaume (c’est le comment).
Les invités surprises
Finalement les bénéficiaires du Royaume ne sont pas ceux auxquels on s’attendait : il y a des invités surprises ! Dans le Royaume de Dieu, il y aura des pêcheurs, des pauvres, des marginaux, des exclus, etc, même des gentils, c’est-à-dire des païens (Luc 7 : 22).
Tous ne comprendront pas le message
Beaucoup de pharisiens, de saducéens et de religieux divers ne comprendront pas le messager et l’enseignement qu’il apporte. Leurs certitudes quant à leur qualification d’être admis dans le Royaume par leur naissance en tant que juifs ou par leurs pratiques religieuses ne correspond pas au message que Dieu donne pour l’entrée dans son Royaume.
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume
Pour Jésus, il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume de Dieu ou même de faire partie de la nation d’Israël, mais d’accueillir le message qu’il proclame avec foi et repentance. Par ses fréquentations nous voyons que Jésus destine son message à tous les êtres humains, peu importe leurs situations sociales (qu’ils fassent partie de l’élite sociale ou non), économiques (qu’ils soient riches ou pauvres) et morales (que leurs vies soient exemplaires ou non).
Pour lui le Royaume est ouvert à tous, nul n’en est exclu de prime abord, même si l’on est classé comme indésirable par la société.
Pas de distinction entre les être humains
Le Royaume de Dieu n’oublie personne, il ne fait aucune distinction entre les êtres humains. Il les situe tous sur le même pied d’égalité. Tous font partie des invités du Royaume et tous peuvent en être les convives, s’ils répondent favorablement à l’invitation qui leur est adressée et s’ils orientent leur vie en conséquence, même les indésirables. « Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle », dit Jésus (Mc 1 : 15).
Jésus ne se ménage pas
C’est sur ce principe essentiel que l’entrée dans le Royaume de Dieu s’effectue. Jésus ne ménage donc pas ni ses paroles ni ses efforts pour rejoindre ceux qui sont exclus de toute vie sociale, qui se trouvent dans des conditions de vie difficile et qui sont méprisés socialement (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu
Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Il semble qu’un ensemble de raisons explique ses agissements. Mais ce qui est clair, c’est que par ses comportements sociaux, Jésus rejoint ceux et celles qu’on avait naturellement tendance à écarter ou à exclure de la vie du Royaume. Car nombre de ces personnes par la vie qu’elles menaient, étaient loin de convenir aux normes sociales, morales, religieuses et rituelles d’alors. Si Jésus accorde son attention à ceux qui sont en marge de la société, c’est d’abord pour démontrer que le Royaume de Dieu, leur est aussi adressé. Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu.
C’est pourquoi la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, se doit de leur être particulièrement annoncée (Luc 4 : 18-19 ; 7 : 22).
K : Les différentes demandes du Royaume
Le Royaume ne vient pas qu’avec des bienfaits, il vient aussi avec des demandes. Jésus n’invite pas seulement ses auditeurs à la conversion, mais aussi à une vie de disciple.
En lien avec les demandes du Royaume, trois thèmes sont importants : La conversion au Royaume, Le chemin du Royaume, Le coût du Royaume.
Repentez-vous car le Royaume est proche
Regardons d’abord la conversion au Royaume. Pour Jésus, la proclamation du Royaume de Dieu au milieu de son peuple ne doit laisser personne indifférent : Chaque personne doit se situer par rapport au message qu’il proclame. Il dénonce d’ailleurs l’indifférence des gens à son égard et celle exprimée envers son message (Luc 10 : 13-14). Lorsque Jésus proclame le Royaume de Dieu, il y adjoint simultanément un appel à la conversion : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche » (Mt 4 : 17). L’évangile de Marc ajoute « et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15). Jésus demande la conversion des personnes qui l’écoutent, c’est-à-dire, la repentance (Retour à Dieu) et la foi (la confiance en Dieu).
Repentir et Foi
C’est la lumière de la proximité, de la venue ou de l’arrivée du Royaume que la repentance et la foi trouvent tout leur sens. Ces deux termes, la repentance et la foi, mentionnés parfois côte à côte ou l’un après l’autre, expriment tous deux la réponse adéquate au message de Jésus, même s’il ne faut pas les voir comme des synonymes. La repentance implique un changement de direction alors que la foi dépeint la confiance que l’on porte à l’égard de Dieu. Dans le langage du Royaume, se convertir, s’est se placer soi-même sous le Règne de Dieu. La conversion est un changement d’allégeance, une reconnaissance de la royauté et du règne divin.
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu
C’est un choix volontaire et délibéré de placer sa vie ou sa propre autorité sous celle de Dieu et de reconsidérer sa vie en conséquence. Il est difficile, voire inconcevable, de croire qu’une personne puisse entrer dans le Royaume de Dieu sans respecter l’autorité du roi qui y règne. La conversion n’est pas une simple décision par rapport au Royaume de Dieu, mais une réorientation de vie quant à ce Royaume. Pour Jésus, il ne peut y avoir de conversion véritable sans soumission au roi. La soumission libre et volontaire fait partie intégrante de la conversion.
Prendre son joug
Jésus invite tous ceux qui viennent vers lui à prendre son joug et cela sans aucune crainte puisqu’il se présente comme « doux et humble de cœur » (Mt 11 : 25-31). Dans le langage biblique prendre sur soi le joug de quelqu’un, c’est reconnaître son autorité et la respecter. D’ailleurs, quand Jésus invite ses disciples à « porter leur croix » (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27), il s’agit là d’un symbole de renoncement et de souffrance, mais aussi de soumission.
Se soumettre à l’autorité divine
En effet « porter sa croix », c’est d’abord et avant tout se soumettre volontairement au Règne de Dieu. Pour Jésus, devenir son disciple ne consiste pas simplement à accepter une souffrance morale, sociale ou physique qui peut résulter d’une identification avec lui, c’est aussi se soumettre à l’autorité divine.
La rébellion à l’égard de Dieu
Pour Jésus, le vrai problème d’Israël n’est pas la captivité politique (la présence de Rome), mais sa captivité spirituelle due au péché, cet état de rébellion à l’égard de Dieu.
Porter sa croix chaque jour
Or, en portant sa croix, il y là, de la part du disciple, la reconnaissance volontaire d’une autre autorité ! En effet, Jésus demande de porter sa croix volontairement et non par force, et ce chaque jour. Il y a toujours dans le cœur humain une résistance à faire l’œuvre de Dieu, même après sa conversion.
La révolte contre Rome
Lorsque Jésus parlait de porter sa croix, les disciples ne pensaient pas à la mort et à la crucifixion de Jésus, mais à ceux qui se révoltaient contre Rome et qui en conséquence, devait porter une poutre sur leurs épaules jusqu’au lieu de leur crucifixion. Pour eux, porter sa croix signifiait la soumission, la cessation d’une rébellion, la reconnaissance sous contrainte, bien sûr de la puissance Romaine.
La reconnaissance du Règne de Dieu
En transportant cette réalité historique dans le domaine spirituel, il y a, une invitation à reconnaître le Règne de Dieu et de s’y soumettre volontairement en suivant Jésus.
Une vie sans rébellion
Les disciples ont cessé de se rebeller contre la puissance de Dieu (le Règne de Dieu). Celui qui porte une croix est maintenant dans une position et déclare publiquement que sa rébellion à l’égard de Dieu est maintenant terminée.
Rechercher une vie conforme à Dieu
Le chemin du Royaume, c’est accueillir le Règne de Dieu, c’est rechercher une vie conforme au Royaume de Dieu, c’est reconsidérer ses voies, réorienter sa vie, à défaut de quoi, il n’y aura pas de repentance, aucun changement de direction.
Le mode de vie du Royaume de Dieu
Le Royaume que Jésus proclame vient avec son propre mode de vie, avec ses valeurs, ses priorités, ses demandes. Le sermon sur la montagne (Mt 5-7 ; Luc 6 : 17-49) en constitue un bel exemple, Jésus y décrit, en effet, les sujets privilégiés du Royaume (Ceux qui ont la faveur de Dieu - Mt 5 : 1-16), la justice du Royaume (Jusqu’où va l’obéissance à la loi divine - Mt 5 : 17-48), la pratique sincère du Royaume (dans quel esprit accomplir ses devoirs religieux - Mt 6 : 1-18), les priorités du Royaume (de quoi il faut se préoccuper avant tout - Mt 6 : 19-34), les relations nouvelles du Royaume (comment se comporter à l’égard de Dieu et des autres - Mt 7 : 1-12), et le choix ultime du Royaume (comment accéder à la vraie vie - Mt 7 : 13-28).
Faire les choix éthiques de Dieu
Pour Jésus, l’adhésion au Royaume de Dieu implique non seulement une déclaration de foi, une pratique religieuse, une transformation intérieure, mais aussi des choix éthiques conformes à la volonté de Dieu. Jésus met en garde ceux qui l’écoutent contre les dangers d’une vie religieuse sans transformation intérieure, d’une déclaration de foi sans véritable vie de disciple, d’un enthousiasme charismatique sans répercussions éthiques et d’une écoute de ses paroles sans leur mise pratique.
Le renversement des valeurs sociales
Le Royaume de Dieu que Jésus proclame renverse les mentalités et les valeurs sociales existantes, transforme les personnes de l’intérieur, réaligne leurs pratiques religieuses, réoriente leurs priorités de vie et redéfinit leurs relations à Dieu et aux autres.
Ceux qui font la volonté de mon Père
Pour le Messie, l’accueil sincère du Royaume ne peut se faire autrement. Les frères et sœurs de Jésus, sont ceux qui font la volonté du Père, voilà sa vraie famille (Mt 12 : 46-50 ; Mc 3 : 31-35 ; Luc 8 : 19-20).
Connaître le coût
Cherchons maintenant à connaître le coût du Royaume. En lisant les évangiles, il est bien évident qu’à l’égard du Royaume de Dieu, Jésus demande une réponse totale de l’être humain. Cette décision n’est pas à prendre à la légère. Il faut en calculer le coût, en mesurer les impacts pour sa vie.
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens
L’éthique de Jésus est radicale, elle est exigeante. Jésus dit qu’il faut surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5 : 20), qu’il faut résister à la vengeance et à la violence (Mt 5 : 38-42), qu’il faut aimer et prier pour ses ennemis, c’est-à-dire pour l’occupant romain (Mt 5 : 43-48), qu’il faut être parfait à l’image du Père céleste, c’est-à-dire refléter le caractère et les agissements de Dieu, même face aux méchants et aux injustes (Mt 5 : 45-48), qu’il faut accomplir ses devoirs religieux dans le secret, c’est-à-dire en étant libre de tout désir d’être vu et admiré (Mt 6 : 1-18), qu’il faut surveiller les allégeances de son cœur afin que Mammon, la richesse, n’y prenne pas la place de Dieu (Mt 6 : 19-24), qu’il faut rechercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice avant les choses secondaires de la vie (Mt 6 : 25-34), qu’il faut entrer par la porte étroite et choisir le chemin resserré, cette décision impopulaire et à contre-courant, qui mène à la vie (Mt 7 : 13-14), qu’il faut faire la volonté du Père, et non seulement professer une foi en lui (Mt 7 : 21-23), qu’il faut pratiquer ses paroles et non pas se contenter de les écouter (Mt 7 : 24-27).
Il faut prendre sa croix
Comme le prix pour suivre ce chemin est lourd. En effet, il faut renoncer à soi-même, se charger de sa croix, suivre Jésus aux risques et périls de sa vie, ne pas avoir honte de se déclarer pour lui ici-bas malgré le rejet et la souffrance possible due à une telle association (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27).
Dans l’évangile de Luc, Jésus souligne le sérieux de l’engagement à l’égard du Royaume de Dieu à l’aide de deux illustrations.
Il faut calculer la dépense
Tout comme il faut s’assurer d’être capable d’achever son projet de construction avant de pouvoir commencer à bâtir et tout comme il faut évaluer la puissance de son armée avant d’entreprendre une campagne militaire, de même il faut réfléchir aux conséquences d’un choix en faveur du Royaume de Dieu (Luc 14 : 28-32).
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner
Pour Jésus, cet engagement envers le Royaume et envers lui se doit d’être plus important que le travail (Luc 5 : 11, 27-28), que les possessions matérielles (Luc 12 : 13-21 ; 12 : 33-44 ; 18 : 18-27), que les obligations sociales (Luc 9 : 57-62), que les soucis et les préoccupations normales de la vie (Luc 12 : 22-23), plus que les liens familiaux (Luc 14 : 26 ; 18 : 28-30) et que sa propre vie (Luc 9 : 23-25 ; 14 : 27).
Jésus ne fait pas de fausses promesses. Il révèle dès le départ ce qu’implique une vie à sa suite et invite toute personne qui désire le suivre à examiner soigneusement ses motivations.
Ils seront consolés
Le Règne de Dieu réclame le cœur et la vie entière des disciples. Cet engagement complet et total se comprend à la lumière du Royaume de Dieu. A ceux et celles qui lui répondent favorablement, le Messie promet des récompenses, les béatitudes en font foi : Ils auront part au Royaume de Dieu, ils seront consolés, ils hériteront la terre, ils seront rassasiés de justice, ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu, ils seront appelés fils et filles de Dieu (Mt 5 : 3-12, Luc 6 : 20-26). Ils prendront possession du Royaume (Mt 5 : 25 : 34).
Ils retrouveront leurs vies
De plus, ils découvriront une nouvelle famille ici-bas, recevront au centuple ce qu’ils ont perdu à cause de lui et hériteront la vie éternelle (Mt19 : 27-30 ; Luc 18 : 28-30). Bref, ils retrouveront leur vie (Mt 10 : 39).
L : La communauté du Royaume
Finalement le Royaume de Dieu proclamé par Jésus implique l’établissement d’une nouvelle communauté de foi : Une communauté messianique centrée sur la personne de Jésus.
Dans les évangiles, nous voyons que le ministère de Jésus a pour résultat la création d’une communauté. L’annonce du Royaume attire les foules (Mt 5 : 1 ; Mc 3 : 7-8) et ceux qui répondent au message de Jésus deviennent ses disciples.
Il choisit des disciples
Le terme disciple, désigne les douze hommes que Jésus choisit pour l’accompagner dans son ministère itinérant, ceux-ci représentent symboliquement les douze tribus d’Israël (Mt 10 : 1 ; Mc 3 : 13-14 ; Luc 9 : 1 ; 22 : 29-30), mais il se réfère aussi à un nombre plus grand que Jésus envoie en mission, tels les soixante-dix disciples (Luc 10 : 1), et d’une manière plus large à ceux qui accueillent son message et son enseignement.
Jésus semble avoir été accompagné non seulement par les douze et les soixante-dix mais aussi par de nombreuses personnes favorables à sa prédication (Mc 4 : 10 ; Luc 6 : 17 ; 19 : 37 ; 24 : 33 ; Jean 4 : 1-2 ; 6 : 66).
Ceux qui suivaient Jésus
Le livre des Actes fait mention d’un nombre de disciples assez nombreux au cours du ministère de Jésus (Ac 1 : 13-14, 21).
Apparemment, Jésus avait déjà commencé durant son ministère à rassembler un groupe de disciples assez important ; certains le suivaient constamment, d’autres pas.
Il est intéressant de mentionner que Jésus définit sa mission à la fois en termes de proclamation du Royaume (Luc 4 : 43) et de rassemblement des brebis perdues du Royaume d’Israël (Mt 10 : 5-6 ; 15 : 24).
La nouvelle communauté de croyants
Quoique la majorité de ses contemporains n’ait pas fait bon accueil à son message (Mt 11 : 20-24 ; Luc 10 : 13-15), ceux qui l’ont reçu ont formé, même si ce n’est qu’à l’état embryonnaire, la nouvelle communauté de croyants, composée de ceux qui suivent Jésus et le reconnaissent comme maître et Messie
J’ai voulu rassembler tes enfants.
La parole de Jésus, « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu » (Mt 23 : 37 ; Luc 13 : 34), pourrait être considéré comme un échec en ce qui concerne le rassemblement. Toutefois, cet échec du rassemblement de tout Israël, ne signifie pas l’échec du ministère de Jésus.
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume
Le Messie va poursuivre son activité proclamatrice du Royaume de Dieu, avec le nombre relativement restreint de ses disciples. Pour Jésus, il n’y a pas d’inquiétude à avoir concernant le nombre de disciples. Il dit à ceux qui le suivent « Ne crains pas petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc12 : 32).
En Jésus et par son ministère de proclamation, d’enseignant et de guérisseur, Dieu lui-même rassemblait donc les brebis perdues d’Israël, le peuple.
Une communauté messianique
Si nous regardons les évangiles avec attention, nous nous rendons compte, que la proclamation initiale du Royaume de Dieu, ainsi que le rassemblement initial du peuple de Dieu a commencé en Palestine. On assiste déjà à la formation d’une communauté du vivant de Jésus, une sorte de communauté messianique, avant l’établissement de l’église.
Un nouveau peuple
La mission de Jésus impliquait la création d’un peuple qui devait être les sujets du Règne de Dieu et qui devait jouir des bienfaits de ce Règne. Puisque Jésus a averti le peuple d’Israël qu’il était, en tant que nation, sur le point d’être rejeté par Dieu, Jésus a dû envisager la création d’un nouveau peuple, en incorporant des éléments du peuple ancien, mais aussi en l’ouvrant plus largement, et l’a constitué d’une nouvelle allégeance.
Une nouvelle fraternité
L’annonce du Royaume de Dieu faite par Jésus n’excluait pas l’établissement d’une nouvelle fraternité de gens rassemblés autour de lui de son vivant, même si cette nouvelle fraternité a pris une forme plus officielle après sa mort et sa résurrection ce que l’on nomme aujourd’hui l’église. Dans l’évangile de Matthieu, lorsque Jésus parle de l’Eglise, il s’agit d’une communauté ou d’une assemblée comme il en existait déjà à l’époque. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que Jésus désire former ou constituer sa propre communauté, « Mon église ».
Conclusion
Nous voici arrivés à la fin de cette dissertation. Comme je vous l’avais dit en introduction, l’objectif de ce travail avait pour but la réalisation de ma thèse de théologie biblique, d’une part et de prouver que l’arrivée du Royaume de Dieu avait bien été accomplie avec le ministère de Jésus sur la terre, d’autre part ; J’ai fait mon possible pour mettre le maximum d’informations concernant « Le Royaume de Dieu vu par Jésus » en un minimum de mots, ce qui correspondait au challenge à réaliser. Une nouvelle fois, je suis bien conscient que d’avoir voulu décrire la manière dont Jésus voyait le Royaume de Dieu, semble une gageure, toutefois, ce n’est pas sans plaisir que j’ai redécouvert à travers la Bible et particulièrement les évangiles, comment le Messie regardait son Royaume. Pour être le plus fidèle possible aux propos du Christ, la presque totalité, voire l’intégralité de ce texte a été prise dans les évangiles. Ma méthode de travail est le fruit de ce que j’ai découvert au fur et à mesure de mes travaux avec BibleDoc et dans certains ouvrages qui seront notés dans la bibliographie. Cette étude, n’est qu’une goutte d’eau dans la découverte du Royaume de Dieu vu par Jésus, il faudrait des mois, voire des années, pour pouvoir expliquer le pourquoi et le comment en ce qui concerne le Royaume de Dieu.
Bibliographie
Cours BibleDoc : année 2005
Logiciel Logos : année 2019
Logiciel Bible Online : année 2011
L’évangile.com
La Bible TOB : Les éditions du Cerf : année 2010
Le Grand dictionnaire Biblique : édition Excelsis année 2017
Graeme GOLDSWORTHY : Le Royaume révélé de l’Ancien Testament à l’évangile, éditions Excelsis 2004
Vaughan Robert : Panorama de la Bible Editions Farel 2012
LADD George Eldon : L’évangile du Royaume, exposé sur le royaume de Dieu éditions Emmaüs 2001
Ben WITHERRINGTON : Histoire du Nouveau Testament Editions Excelsis 2003
[1]John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p. 95.
[2] Donald B. KRAYBILL, the Upside-Down Kingdom, Scottale, Herald, 2003, p. 16
[3] Ben WIEBE, Messianic Ethics. Jesus’ Proclamation of the Kingdom of God and the Church in Response, Scottdale, Herald, 1992, p. 95.
[4] John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p.4.
[5]Darell L. BOCK, The Kingdom of God in New Testament Theology.
[6] Daniel MARGUERAT, l’aube du christianisme, Le Monde la Bible, 60, Genève/Paris, Labor et Fides/Bayard,2008 ? P. 90
[7] Joachim JEREMIAS, Théologie du Nouveau Testament. La prédication de Jésus tome 1, Paris, Cerf, 1973 p.43.
[8]. Ibid, p.43-44.
[9]. Ibid, p.44.
Le Royaume de Dieu vu par Jésus
Par
Bernard IRRMANN
Une dissertation requise pour le certificat intitulé :
DOCTORAT EN THEOLOGIE
A l’attention de :
BIBLEDOC
P.O. BOX 118
USA
Nous nous proposons dans cette dissertation de décrire le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Ce travail consistera à montrer l’accomplissement du Royaume, par la vie, les paroles, les actes, les miracles, l’enseignement du Christ, la recherche sera faite à partir des évangiles. Le but de cette étude étant de montrer que le Royaume est présent tout en étant à venir.
Date : 14/01/2022
Table des matières
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. i
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu. I
Le Royaume à travers les siècles. II
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu. II
L’alliance dans l’Ancien Testament. III
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ. VI
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts. VI
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?. VII
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?. VIII
Le centre du message de Jésus. VIII
Les références concernant le Royaume de Dieu. IX
Un résumé du message de Jésus. X
Une variété de contextes et de locutions verbales. X
Un symbole de l’activité divine. XI
La perte de la notion de Royaume. XII
Comprendre le contenu du message de Jésus. XIII
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?. XIV
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape. XV
A : La proclamation du Royaume. XV
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu. XV
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives. XV
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière. XV
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent XVI
L’activité divine déployée en Jésus. XVI
Jésus proclame un évènement XVI
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions. XVI
La sanctification du nom divin. XVII
La vision théocratique du Christ XVII
Pour Christ proclamer le Royaume. XVII
Les résultats de la reconnaissance. XVII
De la reconnaissance, découlera des bienfaits. XVII
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu. XVIII
A ne pas confondre avec les bienfaits. XVIII
Le Royaume comme programme. XVIII
L’étiquette Royaume de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu. XVIII
Le Royaume de Dieu est proche. XIX
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu. XIX
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus. XIX
Le Royaume a déjà commencé. XIX
Le temps d’attente est terminé. XX
Le Royaume est donc venu vers vous. XX
Le Royaume est au milieu de vous. XX
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?. XX
L’importance de prêter attention à ce qui se passe. XX
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui XX
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume. XXI
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur. XXI
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle. XXI
Le Royaume est à la fois actuel et à venir. XXI
L’aspect présent et futur du Royaume. XXI
La nature même du Royaume. XXI
Le Royaume est un évènement dynamique. XXII
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent XXII
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future. XXII
F : Le mystère du Royaume. XXII
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé. XXII
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention. XXII
Le fameux mystère du Royaume de Dieu. XXIII
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives. XXIII
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment XXIII
La présence du Royaume à des répercutions visibles. XXIII
Une avancée sans recours à la violence. XXIII
G : l’orientation du Royaume. XXIII
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde. XXIV
Prophète de son temps et des derniers temps. XXIV
L’aspect apocalyptique du Royaume. XXIV
Le langage apocalyptique est présent XXIV
La parabole des dix vierges. XXIV
Une bataille cosmique dans le monde spirituel XXIV
Les thèmes des apocalypses Juifs standards. XXIV
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps. XXV
Le Royaume de Dieu concerne le Présent XXV
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles. XXV
Un discernement spirituel pour voir le Royaume. XXV
Le Royaume est tourné vers l’avenir. XXV
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps. XXV
Le Royaume est une puissance libératrice. XXV
Le Royaume : concret ou abstrait ?. XXVI
Les clés pour entrer dans le Royaume. XXVI
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu. XXVI
Le Royaume de Dieu a un caractère national XXVI
Le Messie royal envoyé par Dieu. XXVI
La sanctification du nom de Dieu. XXVII
Sur la terre comme au ciel XXVII
Activité spécifique de Dieu dans le monde. XXVII
Espérance de remplir toute la terre. XXVII
Quelque chose qui se passera sur la terre. XXVII
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?. XXVII
Un écrit pour les Juifs. XXVIII
Mon Royaume n’est pas de ce monde. XXVIII
L’autorité qui vient du ciel XXVIII
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël XXVIII
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre. XXVIII
Dieu va rassembler le peuple du Royaume. XXVIII
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. XXIX
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu. XXIX
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu. XXX
Celui qui vient au nom du Seigneur. XXX
Crucifierai-je votre roi ?. XXX
La relation exacte entre Jésus et le Royaume. XXX
Le Royaume est avant tout une personne. XXX
Le statut personnel du Messie. XXXI
J : Les bénéficiaires du Royaume. XXXI
Les interrogations du Royaume. XXXI
Tous ne comprendront pas le message. XXXI
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume. XXXI
Pas de distinction entre les être humains. XXXII
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu. XXXII
K : Les différentes demandes du Royaume. XXXII
Repentez-vous car le Royaume est proche. XXXII
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu. XXXIII
Se soumettre à l’autorité divine. XXXIII
La rébellion à l’égard de Dieu. XXXIII
Porter sa croix chaque jour. XXXIII
La reconnaissance du Règne de Dieu. XXXIV
Rechercher une vie conforme à Dieu. XXXIV
Le mode de vie du Royaume de Dieu. XXXIV
Faire les choix éthiques de Dieu. XXXIV
Le renversement des valeurs sociales. XXXIV
Ceux qui font la volonté de mon Père. XXXV
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens. XXXV
Il faut prendre sa croix. XXXV
Il faut calculer la dépense. XXXV
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner. XXXV
Ils retrouveront leurs vies. XXXVI
L : La communauté du Royaume. XXXVI
Il choisit des disciples. XXXVI
Ceux qui suivaient Jésus. XXXVI
La nouvelle communauté de croyants. XXXVII
J’ai voulu rassembler tes enfants. XXXVII
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. XXXVII
Une communauté messianique. XXXVII
Une nouvelle fraternité. XXXVII
Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ
Parler du Royaume de Dieu de la manière et de la façon à laquelle le Seigneur Jésus de Nazareth le voit, pourra sembler pour beaucoup une gageure, voire même un manque d’humilité. Pourtant, en entreprenant ce travail de rédaction, mon but essentiel est de mieux comprendre ce que le Messie voulait dire en mentionnant le Royaume de Dieu.
En octobre 1970, un changement énorme s’est produit dans ma vie d’adolescent et de jeune adulte, suite au témoignage de la rencontre avec Jésus d’un jeune homme qui habitait au foyer de jeunes travailleurs de Dijon. Cet homme avait le même âge que moi. Le discours de ce témoin de Christ m’avait marqué à cause des détails, qu’il m’avait donné sur les suites de cette conversion à Dieu et à son fils Jésus-Christ. Ce témoin de Christ, dont j’ignore le prénom et le nom, avait facilité mes recherches d’emploi en me prêtant son vélo, alors qu’il ignorait tout de moi.
Lors de certains échanges que j’avais eu avec lui, cet homme qui est devenu mon frère sans qu’il l’apprenne, m’avait témoigné, d’une part de la joie qu’il avait eu de connaître le Messie, mais aussi et surtout, c’est cela qui m’avait le plus marqué à l’époque, des soucis qui étaient les siens, après sa découverte de la foi dans le fils de Dieu. Ainsi, j’ai appris qu’il avait des difficultés avec sa fiancée qui ne le comprenait plus, il en était de même pour son employeur, qui lui aussi se demandait ce qui s’était produit chez son salarié. En écoutant cela, la pensée qui m’était venue n’était pas très positive, il me semblait en écoutant ce témoignage qu’avoir la foi, n’était qu’une source de soucis supplémentaires dans ce monde.
Quelques jours après cet échange avec ce jeune dijonnais, mon entretien d’embauche n’ayant pas abouti, j’ai quitté cette auberge de jeunesse pour retourner dans la région Lilloise. Toutefois, je n’ai pas revu l’homme qui m’avait prêté sa bicyclette, j’ai donc laissé celle-ci à un endroit, que nous avions prévu, pour qu’il puisse la récupérer. Quelques mois plus tard, alors que je me trouvais sur un chantier dans le Douaisis, je me suis souvenu de ce jeune, de son témoignage qui m’avait marqué par ses paroles et par l’aide qu’il m’avait aussi apportée lors de mes difficultés de recherche d’emploi dans la région Dijonnaise. Cette période d’octobre 1970 était une phase particulière dans ma vie de jeune adulte, j’étais à cette époque-là en lutte contre tout, mes parents, le monde et moi-même.
Le 6 octobre 1970 quelque de chose de particulier s’est produit, alors qu’il y avait en moi un combat intense, un désir de tout détruire autour de moi, je me suis rappelé du témoignage de ce jeune qui avait des soucis avec sa fiancée et son patron. Et aussitôt une sorte de dialogue/monologue s’est produit dans mes pensées et je me suis entendu dire à Dieu, où est ton royaume ?
Je n’ai pas eu de réponse concernant le Royaume de Dieu, mais tout au fond de moi une voix s’est fait entendre avec ses mots « pardonne-leur ». Aussitôt, sans comprendre ce que je faisais, j’ai obéi à cette injonction qui m’était donnée avec douceur. À peine avais-je accepté de pardonner, une métamorphose s’est produite en moi, il me semblait que je voyais le soleil, la nature, le monde d’une autre manière, ma façon de regarder et d’appréhender les gens et les choses venait de changer, tout me semblait plus beau, plus joyeux, l’herbe était plus verte, les oiseaux plus beaux. Une paix m’avait rempli, j’avais de l’amour à donner aux autres.
J’étais né de nouveau, bien sûr, je n’avais pas encore tout compris du message de Christ, mais j’avais commencé à entrevoir le Royaume de Dieu (Jean 3 : 3-5). Mais, allons ensemble à la recherche de ce Royaume de Dieu vu par Jésus.
Lors de mon baptême en avril 1977, presque sept ans après ma rencontre avec l’esprit de Jésus, j’ai eu une discussion avec un des responsables de la communauté d’Hérmanches en Suisse. Cet évangéliste à qui j’avais raconté ma manière de concevoir le Royaume de Dieu, m’avait dit à l’époque que c’était un esprit mauvais qui m’avait donné cette vision du Royaume, car pour lui on ne verra le Royaume de Dieu que lorsque le Messie reviendra. Pendant longtemps, voire trop longtemps, je suis resté avec cette pensée au fond de mon cœur et de mon esprit.
Aujourd’hui après 52 ans de marche avec celui qui est devenu mon Seigneur et qui m’a fait connaître le Père ainsi que la vie éternelle, tout en me servant des mots de Jésus relatés par les premiers disciples du Christ, j’essaierai de démontrer que l’entrée dans le Royaume de Dieu débute à notre nouvelle naissance. Pour cela il me faudra reprendre un grand nombre d’enseignements, de paraboles, d’actes y compris l’acceptation de la croix par Jésus-Christ pour étayer mon propos sur le Royaume de Dieu et son apparition sur notre terre. Il sera même utile de rechercher dans certains passages de ce que nous appelons Ancien testament pour mieux comprendre la réalité du message du Messie d’Israël et des nations. D’une manière simple, mais aussi pédagogique, je vais essayer de vous montrer comment j’imagine le regard de Jésus-Christ sur le Royaume de Dieu.
Si vous l’acceptez ? J’aimerais demander au Père de mon Seigneur Jésus-Christ de poser sa main sur ce travail de recherche.
Père, toi qui as envoyé Jésus pour nous montrer le chemin qui mène à toi et à la vie éternelle, permet que nous puissions découvrir, grâce aux propos de ton fils Jésus de Nazareth, la réalité de ton Royaume, le commencement de celui-ci et l’importance de comprendre son réalisme dans chacune de nos vies. Donne-nous Père Saint l’intelligence et le discernement pour comprendre ton plan et ton amour dans ce Royaume. Merci Père pour ton aide dans nos faiblesses de compréhension. « Chercher premièrement le Royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6 : 33).
« Le Royaume de Dieu est habituellement traité comme une question d’eschatologie. Il est introduit en dernier comme quelque chose à considérer après l’examen de toutes les autres doctrines. Mais d’où vient cette idée que notre théologie devrait se conclure avec le Royaume quand Jésus a commencé avec lui ? »
(Howard A. Snyder, A. Kingdom Manifesto, Pages 119-120)
La vision du Christ concernant le Royaume de Dieu
« Je dois aussi annoncer aux autres villes le Royaume de Dieu, c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43)
Aussi inimaginable et déconcertant que cela puisse paraitre, nous pouvons dire que, d’une certaine manière et à un moment donné de notre vie, quand nous nous sommes tournés vers le Christ, dans la repentance et la foi, nous ne connaissions pas sa vision à propos du Royaume de Dieu. Notre foi en Jésus est sincère, toutefois notre connaissance vis à vis du Royaume, elle, est déficiente. Pour beaucoup, la thématique du Royaume n’a jamais été dans nos pensées et par là même nous n’avons aucune vision de ce qu’est réellement le Royaume de Dieu. Puissions-nous dire après cette étude « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois » (Jean 9 : 25).
Pour faire cette étude, nous essayerons de suivre Jésus-Christ dans son ministère sur terre « évènements tels qu’ils nous ont été racontés par les témoins qui les ont vus de leurs propres yeux et qui ont eux-mêmes obéit à la parole de Dieu et l’ont répandue. » (Luc 1 : 2).
Pour avoir une compréhension du Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, nous chercherons à découvrir les différentes façons qui ont été employées par le Messie pour annoncer et expliquer le Royaume de Dieu. En observant les évangiles nous voyons qu’il y a eu la proclamation, Jésus annonce le Royaume de Dieu.
Par son enseignement, le Christ décrit l’éthique du Royaume de Dieu. Par les paraboles, le Messie redéfinit la nature du Royaume de Dieu. Par ses actions Jésus démontre la puissance et la vie du Royaume de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ rend possible notre participation au Royaume de Dieu.
L’imminence du Royaume de Dieu proclamé par Jésus signifiait que Dieu était sur le point d’agir en vue de l’accomplissement du salut et d’un nouvel ordre rédempteur. Sa mort et sa résurrection en ont constitué le climat tout en étant la dernière étape avant la pentecôte.
Pour appuyer mon enseignement sur le Royaume de Dieu, je mettrai en parallèle les travaux d’autres exégètes qui ont écrit sur ce thème. Beaucoup d’auteurs voient dans la thématique du Royaume de Dieu le thème unificateur et central du nouveau testament et même de toute la Bible. Il serait impossible de les mentionner tous. Aussi nous en prendrons cinq parmi ceux que je connais par leurs écrits.
Tour d’abord, je vous citerai Graeme Goldsworthy qui a beaucoup écrit sur le thème du Royaume de Dieu. Dans ses ouvrages il propose de voir le Royaume de Dieu comme constituant la trame de toute l’écriture. Je prendrai deux phrases qu’il a écrit dans l’ouvrage « The Kingdom of God as Hermeneutic, Gid », SBJT, 12/1, 2008, pages 11, 14, 7. »
« Dans sa plus simple expression, le Royaume de Dieu réfère au règne de Dieu. La tâche de la théologie biblique consiste à essayer de discerner comment ce principe fondamental est révélé et exprimé partout dans le canon biblique ».
Ou encore : « La proposition d’une définition simplifiée du Royaume de Dieu telle [Le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu sous le règne de Dieu] peut être vérifiée à la lumière de l’ensemble du canon de l’écriture. En fait, je ne trouve pas un seul endroit dans les écritures qui n’a pas un rapport avec cette structure. ».
Le Royaume à travers les siècles
Dans son livre : « Le Royaume révélé de l’ancien testament à l’Evangile », Goldsworthy nous propose de voir le plan de Dieu comme étant composé des étapes suivantes :
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu est promis (avec Abraham et les patriarches)
- Le Royaume de Dieu est préfiguré (avec David et la monarchie)
- Le Royaume de Dieu est présent dans le temps et l’histoire (avec Jésus)
- Le Royaume de Dieu est parfaitement accompli (lors du retour de Jésus)
Comme deuxième exégète et écrivain, je prendrai Vaughan Robert qui a écrit un ouvrage qui se nomme : « God’s Big Picture, tracing the Storyline of the Bible ». Dans ce livre, cet exégète conçoit le Royaume de Dieu comme thème unificateur des écritures.
Je prendrai comme exemple une de ses phrases :
« Tout thème unificateur utilisé pour nous aider à voir comment la Bible se tient ensemble doit provenir des écritures elles-mêmes plutôt que de leur être imposées ; et il doit être suffisamment général pour permettre à chaque élément d’apporter sa propre contribution. Le thème du Royaume de Dieu respecte ces deux conditions ».
Le Royaume comme étant le peuple de Dieu
Vaughan Robert définit le Royaume de Dieu de la même manière que Goldsworthy, c’est-à-dire : « Le Royaume de Dieu, comme étant le peuple de Dieu, dans le territoire de Dieu, sous le règne de Dieu et la bénédiction de Dieu ». Il divise la Bible en huit sections qui correspondent aux différentes époques de la réalisation du plan de Dieu en vue de restaurer son Royaume.
- Le Royaume de Dieu établi (en Eden)
- Le Royaume de Dieu évaporé (la chute)
- Le Royaume promis (les patriarches)
- Le Royaume partiel (les rois)
- Le Royaume prophétisé (les prophètes)
- Le Royaume présent (avec Jésus)
- Le Royaume proclamé (période de l’église)
- Le Royaume parachevé (retour de Jésus).
L’alliance dans l’Ancien Testament
Le troisième exemple que je prendrai pour étayer mes propos se trouve dans le livre qu’ont écrit ensemble Craig G. Bartholomew et Michael w. Goheen et dont l’ouvrage se nomme : « The Drama of Scripture. Finding Our Place in the Biblical Story ».
Pour eux, il y a deux grands thèmes unificateurs dans les écritures : L’alliance dans l’Ancien Testament et le Royaume de Dieu dans le Nouveau Testament. Ces deux thèmes résument l’activité de Dieu à travers l’histoire humaine. Ils constituent des éléments importants pour comprendre le but rédempteur de Dieu. La lecture de la Bible doit être faite comme si on lisait une histoire constituée de six actes principaux.
1. Premier acte : Dieu établit son Royaume (la création)
2. Deuxième acte : les humains se rebellent contre le Royaume (la chute)
3. Troisième acte : le Roi choisit Israël (la rédemption est initiée)
Interlude : le Royaume attend son dénouement (période intertestamentaire)
4. Quatrième acte : la venue du Roi (la rédemption est accomplie)
5. Cinquième acte : la propagation de la nouvelle du Roi (la mission de l’église)
6. Sixième acte : le retour du Roi (la rédemption est achevée).
Pour ces deux coauteurs : la création, le péché, Israël, Jésus, l’Eglise et la nouvelle création forment les six grands actes de l’histoire Biblique. Le Royaume de Dieu est successivement établi, contesté, initié, attendu, accompli, proclamé puis complété.
J’aimerais vous faire lire une des phrases écrites dans le livre précité et qui se trouve à la page 27 « Un des développements les plus passionnants en recherche Biblique au cours des dernières décennies est que certains spécialistes reconnaissent de plus en plus que la Bible à la forme d’un récit... Elle fait fonction de Parole de Dieu qui a autorité pour nous quand elle devient le récit de base au moyen duquel nous comprenons nos propres expériences et pensées et le fondement sur lequel nous appuyons nos décisions et nos actes ».
Essayons de comprendre comment les coauteurs voient les six actes et cela de façon plus développée.
Le premier acte : est la création à ce moment de l’histoire du monde, l’être humain vit en plein accord avec son créateur. Le règne de Dieu est expérimenté.
Dans le deuxième acte : on voit que l’être humain se détourne du créateur en commettant le péché. Le règne de Dieu est contesté.
Pour le troisième acte : Israël naît : Dieu amorce un processus de rédemption. Le Royaume de Dieu est préparé. Ce règne est la promesse faite à Abraham et aux patriarches. Il a été initié par Moise et Josué, préfiguré par David et par ses descendants ainsi que prophétisé par différents prophètes.
Un interlude de plus de 400 ans, appelé la période intertestamentaire, va amener Israël à soupirer pour une intervention de Dieu. Le Royaume de Dieu est espéré.
Dans le quatrième acte : Jésus-Christ vient pour inaugurer le royaume de Dieu. Dieu réalise son plan rédempteur via la mort et la résurrection du Messie.
Pour le cinquième acte : Nous voyons les croyants qui propagent la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du sauveur Jésus-Christ. Nous assistons à la proclamation du Royaume de Dieu. C’est le temps de l’église.
Au sixième acte : Jésus revient chercher les siens, apporter la justice et renouveler le monde. Le Règne de Dieu est réalisé. C’est le temps de la nouvelle création.
Ma méthode de travail
Pour rédiger cette dissertation de type : Thèse doctrinale et particulièrement pour le sujet entrepris : Le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je prendrai certaines paroles de Jésus concernant le Royaume de Dieu dans l’ensemble des évangiles. Il est impossible de fournir une étude détaillée de tous les versets ou de faire une étude approfondie pour chaque évangéliste qui a écrit sur le Royaume, il va de soi que chaque évangéliste pourrait apporter une touche spéciale à ce travail de recherche. Mais le but initial est d’apporter au lecteur une vue d’ensemble sur le Royaume de Dieu et de montrer qu’un des buts de l’enseignement de Jésus-Christ, voire le principal, était d’annoncer l’arrivée du Royaume de Dieu.
Mon approche sera d’ordre macroscopique et non microscopique. Je regarderai cette étude en alliant la théologie biblique et théologie systématique : La théologie biblique me permettra de comprendre ce que veut dire la Bible en ses propres termes et me permettra de tracer le développement historique de la thématique du Royaume de Dieu. La théologie systématique me permettra de fournir un effort de systématisation des données bibliques qui ont un rapport avec le Royaume de Dieu et voir la perspective d’ensemble que dégage les évangiles.
Pour traiter ce sujet, je resterai volontairement dans les écrits canoniques, je laisserai de côté les sources extrabibliques en privilégiant les écrits du nouveau Testament. Le but de ce travail est de fournir un discours sur le Royaume de Dieu compréhensif à tous. Enfin, je chercherai à être le plus concis possible dans mes explications et j’éviterai diverses controverses sur les questions d’ordres exégétiques ou herméneutiques. Il me parait impossible de traiter de manière approfondie tous les sujets que nous aborderons. Discours sur la montagne, les paraboles, les miracles, la crucifixion, et autres.
Le but principal de cette dissertation est d’analyser l’objet de notre recherche, soit : le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ. Tout sera fait pour rester dans cet objectif et apporter si cela est possible un éclaircissement biblique et théologique sur certaines questions propres au Royaume de Dieu. Cette thèse sera donc écrite en fonction de trois éléments : les textes bibliques, les paroles de Jésus, l’unité structurelle des écritures.
Pour rédiger ce travail sur le Royaume de Dieu vu par Jésus-Christ, je traiterai le sujet en cinq parties, toutefois les éléments des diverses parties se chevaucheront souvent et seront confondus avec les différents thèmes abordés.
Tout d’abord nous regarderons comment Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, comment il définit son objet, son contenu, son origine. J’essaierai de montrer la place que tient le Royaume de Dieu dans la pensée du Christ, comment celui-ci comprenait et concevait le Royaume de Dieu.
Dans une deuxième approche nous examinerons l’enseignement de Jésus pour voir ce qu’il dit concernant le Royaume de Dieu. Le sermon sur la montagne nous servira de cas type pour comprendre l’enseignement éthique de Jésus.
Dans la troisième forme de recherche, nous chercherons à découvrir comment le Christ s’insère dans la proclamation du Royaume de Dieu et à quoi ressemble une vie vécue en rapport avec ce Royaume. Puis nous nous concentrerons sur les paraboles, surtout celles qui ont trait au Royaume de Dieu, afin de découvrir ce qu’elles nous disent à ce sujet. Les paraboles ont été une partie non négligeable de l’enseignement de Jésus, mais il convient de les aborder d’une manière particulière étant donnée cette forme de communication spéciale. Quand on regarde les évangiles on se rend compte que Jésus aimait beaucoup cette méthode d’enseignement.
En quatrième point, nous étudierons l’activité de Jésus en lien avec sa proclamation du Royaume de Dieu. Nous observerons ses comportements sociaux de même que ses œuvres miraculeuses telles qu’elles ont été rapportées par les évangélistes. Notre regard sur les activités du Christ nous révélera la nature et l’orientation du Royaume de Dieu proclamé par jésus.
Enfin en cinquième point nous tenterons de comprendre la mort et la résurrection du Messie à la lumière du Royaume de Dieu, quelle incidence sa mort et sa résurrection ont sur le message du Royaume.
En examinant la proclamation, l’enseignement, les paraboles, les comportements sociaux, les miracles, ainsi que la mort et la résurrection du Christ, nous pourrons nous faire une idée de la manière dont Jésus comprenait (voyait) le Royaume de Dieu et les conséquences qui en découlent pour nous aujourd’hui.
La proclamation du Royaume de Dieu par Jésus-Christ
« Il faut que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » (Luc 4 : 43)
Avant de commencer à regarder comment Jésus se met à proclamer le Royaume de Dieu, j’aimerais que nous nous attardions quelques minutes sur l’image que nous avons du Messie. Si nous demandions à plusieurs, y compris à des chrétiens ou en tout cas à des personnes qui fréquentent des églises, certaines questions concernant le Christ nous serions surpris de leurs réponses. Ainsi si nous demandions à certains quel a été le message du Christ ? Qu’a-t-il proclamé et enseigné ?
Nous aurions toutes sortes de réponses. Pour beaucoup Jésus est le messager de la paix, de la compassion, de l’amour, de la justice. Un certain nombre le considère comme un philosophe, un maître de sagesse, un leader charismatique, pour d’autres encore l’image, et le message qu’ils croient entendre de la bouche de Jésus, correspond à celle d’un socialiste, voire même d’un altermondialiste.
Le Messie est considéré comme un homme qui a fait du bien au peuple mais qui, par son comportement social, a dérangé les autorités publiques et religieuses de son époque et de ce fait a été condamné à mourir sur une croix comme agitateur politique. La plupart des personnes retiennent de lui et de son enseignement des valeurs morales.
La plupart des choses qui sont dites sur Jésus sont vraies. Toutefois ce portrait est-il parfaitement juste ? Reflète-t-il le Jésus que nous voyons dans les évangiles ? Considérer Le Christ comme un philosophe, un maître de sagesse, voire un activiste social, n’est-il pas une image inspirée par notre époque. Il est vrai que le Messie a parlé d’amour et de compassion, de même il a dénoncé l’hypocrisie, l’exploitation humaine, les injustices, mais ce portrait correspond-il vraiment au Jésus qui est révélé par les évangélistes du Nouveau Testament.
Le Christ n’est-il qu’un réformateur social et religieux, qui prône des valeurs de haut niveau. Voulait-il simplement repenser la pensée religieuse en cherchant à humaniser le monde ?
J’aimerais partager la pensée de Mark D. Roberts
« Etant donné la popularité de Jésus, vous pourriez penser que la plupart des gens ont une compréhension raisonnablement juste du message qu’il a proclamé et incarné il y plus de 2000 ans en Judée. Pourtant, selon mes observations, tel n’est pas le cas. La plupart des gens ne peuvent décrire le message de Jésus d’une manière qui reflète les premiers documents historiques de son enseignement que nous retrouvons dans les Evangiles du Nouveau Testament ».
Selon N.T. Wright, il y a un problème bien ancré dans le christianisme actuel et qui touche les branches et tendance de l’église chrétienne, il écrit « nous avons tous oublié de quoi il est question dans les évangiles ». Il continue en disant ceux-ci parlent bien de Dieu et de Jésus, mais que nous disent-ils exactement sur Dieu, sur Jésus et même sur le mouvement chrétien ?
Pour Wright, les quatre évangélistes ont cherché à nous communiquer un seul et même message, à savoir que Dieu est devenu roi sur la terre comme au ciel, via la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Leur message concerne directement Dieu et son Royaume. Dieu est devenu roi, en ce sens qu’il a manifesté son règne et l’histoire ; il a répondu, bien que de manière inattendue, aux attentes de son peuple, en la personne même de Jésus. Selon Wright, cette idée d’un royaume sur la terre comme au ciel, venu en la personne même de Jésus a été perdue de vue avec le temps, probablement à cause des diverses controverses auxquelles l’Eglise a été confrontée au cours de son histoire. Pourtant, c’est bien là le message des évangélistes, le Royaume est venu dans les événements entourant la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Certains diront si tel est le cas, que faire des différents maux qui existent encore sur terre (la maladie, la corruption, les cataclysmes, etc.) ? n’est-ce pas la preuve que le Royaume de Dieu n’est pas encore manifesté ? De plus cette idée d’un Dieu roi n’est-elle pas à l’opposé de nos sensibilités modernes, ne nous ramène-t-elle pas à la mise en place d’une théocratie ? Pour Wright, ces questions sont importantes, mais n’invalident pas, aussi surprenant que ce soit, l’affirmation des quatre évangélistes : Dieu a manifesté son règne via la vie, la mort et la résurrection de Jésus, règne qu’il déploie à la fois au présent et au futur. Le Royaume n’a pas été compris, tant par les révolutionnaires que par les apocalypticiens. Il a bien proclamé une théocratie, mais une théocratie de nature très différente. Et puisque Dieu agit en la personne de Jésus, personne ne peut ou ne doit y rester indifférent. Voilà le message oublié ou négligé des évangiles.
Comment Jésus-a-t-il proclamé le Royaume de Dieu ?
A plusieurs endroits dans les évangiles nous voyons Jésus accompagné de ses disciples parcourir la Palestine, rassembler les foules, susciter l’admiration et raviver l’espérance (Mt 4 : 23-25 ; Mc 1 : 32-39 ; Luc 4 : 42-44). On peut se demander à juste raison ce que Jésus dit pour susciter tant d’intérêts ? Pourquoi les foules écoutent ses enseignements ? Quelles sont les raisons qui amènent des personnes à tout laisser pour le suivre ? Qu’y a-t-il de spécial dans son message ?
En regardant avec attention les évangiles on voit le Messie proclamer l’irruption dans le monde d’une nouvelle réalité, le Royaume de Dieu, avec les bienfaits et les demandes qui l’accompagnent.
Partout où il va il prêche le Royaume de Dieu. Matthieu nous dit que Jésus commence son ministère en disant : « Repentez- vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 4 : 17 ; cf. aussi Mt 4 : 23).
Marc introduit le ministère public de Jésus de façon analogue en plaçant dès le début de son évangile cette parole de Jésus : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Luc lui ne fait pas immédiatement mention du Royaume de Dieu, mais rapporte qu’au début du ministère de Jésus, Jésus lit un passage du prophète Esaïe dans la synagogue de Nazareth où il est question d’une bonne nouvelle apportée aux pauvres, d’une guérison pour les cœurs brisés, d’une délivrance pour les captifs, d’un recouvrement de la vue pour les aveugles, de la publication d’une année de grâce du Seigneur (Luc 4 : 18-19). Jésus déclarera ensuite : « Aujourd’hui cette parole de l’écriture, que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21).
Pour Beasley-Murray, ce sermon inaugural de Jésus est évident car le grand jubilé de Dieu vient de commencer. Toujours dans l’évangile de Luc, Jésus présente son ministère comme la proclamation du Royaume de Dieu : « Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Luc 4 : 43).
Il y a selon Luc, un lien étroit entre le jubilé de Dieu et le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu avec sa puissance libératrice fait irruption. De toute évidence on voit dans les évangiles qu’avec Jésus quelque chose de nouveau est en train d’arriver : les espérances du peuple juif se réalisent, le Royaume de Dieu tant espéré et attendu depuis si longtemps est sur le point de devenir réalité.
Mais qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?
A l’époque de Jésus, l’arrivée du Royaume de Dieu devait impliquer le salut d’Israël, le jugement de ses ennemis, l’éradication du mal, le renversement des puissances de ce monde, la conquête du péché, l’élimination de la maladie, la justification des justes, la remise en ordre des choses dans le monde.
Pour Jésus, cependant, le Royaume de Dieu ne se manifestera pas tel qu’imaginé par ses contemporains. Il viendra d’une manière plus discrète et voilée via ses paroles et ses actions. En conséquence le peuple de Dieu devra réexaminer ses attentes à l’égard du Royaume de Dieu.
Dans cette thèse concernant le Royaume de Dieu vu par Jésus, nous chercherons à comprendre la place que tenait le Royaume de Dieu dans la pensée de Jésus ? Comment Jésus le concevait-il ? Comment en est-il venu à le proclamer ? C’est à la lumière du contexte socioreligieux du temps de Jésus et du judaïsme de l’époque de Jésus que nous trouverons les réponses.
Le centre du message de Jésus
Jésus a proclamé le Royaume de Dieu, mais quelle a été la place de ce Royaume de Dieu dans l’ensemble du message que le Messie est venu apporter sur terre ?
Ce message est-il une partie importante du message de Jésus, ou bien la catégorie autour de laquelle tout gravite ? Beaucoup d’auteurs, sinon la majorité, appuient la deuxième lecture.
Fuellenbach écrit : « le message central de la prédication et du ministère de Jésus était le royaume de Dieu. Tout ce qu’il a dit et fait était relié à ce message et doit être compris à sa lumière »[1].
Un autre auteur Kraybill affirme : « le thème central du ministère et de l’enseignement de Jésus était le Royaume de Dieu....C’est ce qui lie tout son message. Le [Royaume de Dieu] a imprégné le ministère de Jésus, lui donnant de la cohérence et de la clarté. C’est le noyau incontesté, l’essence même, de sa vie et de son enseignement »[2] .
Wiebe, après avoir survolé quelques passages des évangiles, écrit que « l’impression que Jésus a parlé du Royaume de manière répétée et que ce thème se trouve au centre de sa proclamation et de son enseignement s’est confirmée »[3]. Qu’est-ce qui amène ces auteurs et bien d’autres, à affirmer le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus ? Plusieurs éléments dont les suivants.
Les références concernant le Royaume de Dieu
Premièrement, la centralité de cette thématique est fortement suggérée par les nombreuses références au Royaume de Dieu que nous retrouvons dans les évangiles. Il y a 160 mentions du mot Royaume dans le nouveau testament, dont 120 fois dans les évangiles synoptiques. Parfois le mot Royaume apparaît seul, d’autres fois, il est suivi de Dieu ou des cieux.
L’expression Royaume de Dieu (hé basileia tou theou) ou Royaume des cieux (he basileia tôn ouranôn) est répartie comme suit dans les évangiles synoptiques : 55 fois chez Matthieu, 14 fois chez Marc, 39 fois chez Luc. Dans la bouche de Jésus ces expressions reviennent 90 fois[4] Quant au mot Royaume en lui-même (he basileia), il apparaît 13 fois chez Matthieu, 7 fois chez Luc et 3 fois chez Jean (le mot n’apparaît pas chez Marc)[5].
Daniel Marguerat nous dit : « Même si l’on ne peut exclure une inflation de cette locution dans la tradition postpascale, la fréquence statistique dénote que nous tenons là un vocable appartenant au langage préféré du Nazaréen »[6] .
Il est intéressant de souligner que ces multiples références au Royaume de Dieu détonnent lorsque l’on compare les évangiles avec les autres écrits de l’époque. En effet, l’expression « Royaume de Dieu » apparaît à quelques reprises seulement dans les prières synagogales et très peu dans l’Ancien Testament et dans la littérature intertestamentaire[7] .
L’expression apparaît plus fréquemment, dans la littérature rabbinique, mais d’après Jeremias, les mentions du Royaume de Dieu se limitent surtout à des tournures stéréotypées, par exemple « prendre sur soi la royauté du ciel », c’est-à-dire « se soumettre à Dieu »[8].
En comparaisons des écrits juifs qui font peu mention du Royaume de Dieu « il faut bien convenir, écrit Jeremias, que l’abondance des témoignages dans les évangiles synoptiques ne manque pas de surprendre »[9].
Un résumé du message de Jésus
Les évangélistes eux-mêmes font mention du « Royaume de Dieu » pour résumer le message de Jésus (Mt 4 : 17,23 ; 9 : 35 ; Mc 1 : 15 ; Lc 4 : 43 ; 8 : 1). Pour eux, l’expression « Royaume de Dieu » semble bien exprimer la préoccupation principale de Jésus et elle apparaît assez tôt dans les évangiles synoptiques. Ce qui peut laisser supposer que c’est bien par elle que les évangélistes veulent introduire la proclamation de Jésus et qu’ils tentent d’orienter la compréhension de leurs lecteurs en ce qui concerne la suite du ministère de Jésus.
Une variété de contextes et de locutions verbales
La notion de Royaume de Dieu apparaît dans les évangiles au sein de différents contextes. Jésus fait allusion à maintes reprises au Royaume de Dieu, entre autre quand il prononce ses béatitudes (Mc 5 : 3 ; Luc 6 : 20), quand il présente ses exigences éthiques Mt 5 : 21), quand il définit la priorité des disciples (Mt 6 : 33 ; Luc 11 : 31), quand il envoie les disciples en mission (Mt 10 : 7 ; Luc 9 : 2), quand il expulse les démons (Mt 12 : 28), quand il enseigne en paraboles (Mt 13 : 11 ; Mc 4 : 11), quand il bénit les petits enfants (Mt 19 : 14 ; Mc 10 : 14), quand il annonce la fondation de son église (Mt 18 : 16), quand il dénonce l’hypocrisie religieuse (Mt 23 : 13), quand il enseigne sur la fin des temps (Mt 24 : 14), quand il décrit le jugement dernier (Mt 25 : 34), quand il s’entretient avec Nicodème au sujet de la nouvelle naissance (Jean 3 : 5). Cet échantillonnage à lui seul suggère que la notion de Royaume de Dieu est très présente chez Jésus et qu’elle revient à plusieurs reprises au cours de son ministère.
Un symbole de l’activité divine
Longtemps on a pensé que le Royaume de Dieu était un concept, c’est-à-dire qu’il renvoyait à quelque chose de précis. Aujourd’hui il est de plus en plus reconnu que l’expression « Royaume de Dieu » est un symbole plutôt qu’un concept ou une image.
Le risque, cependant avec une telle approche, est de proposer une définition trop rigide, inflexible du Royaume de Dieu. France signale ce danger : « Tenter de définir le Royaume de Dieu conduit inévitablement à une restriction de la portée du terme qui le prive de sa richesse et le conduit à une injustice flagrante au vu de l’usage qui en est fait par les évangélistes dans différents contextes. Dans son commentaire sur l’évangile de Matthieu, il souligne l’importance de « maintenir une perspective large et de ne pas permettre que notre compréhension de la formule Royaume de Dieu soit appliquée trop vite et de façon restrictive à un domaine particulier ».
Pour France, l’expression « Royaume de Dieu » est utilisée dans tellement de contextes différents et est associée à un si grand nombre de choses, par exemple à la volonté de Dieu (Mt 6 : 33), à la justice de Dieu (Mt 6 : 33), à la vie de disciple (Luc 9 : 61-62), à la situation présente ou future du peuple de Dieu (Mt 7 : 21-23 ; 8 : 11-12 ; 13 : 43), à la prédication de l’évangile (Mc4 : 26, 30 ; Mt 13 : 33), à l’expérience présente des convertis (Mt 13 : 44-46), etc, qu’elle ne peut se réduire à quelque chose d’unique à une réunion spécifique ou à un évènement particulier qui serait le « Royaume de Dieu ». Le Royaume de Dieu est plutôt un symbole pour désigner l’action souveraine de Dieu accomplissant ses desseins, que ce soit dans le passé, le présent ou l’avenir.
On a aussi parfois parlé du « Royaume de Dieu », comme une image ou une métaphore pour décrire l’action de Dieu dans le monde et le lien qu’il désire avoir avec les humains. L’expression « Royaume de Dieu » ne serait qu’une représentation partielle, et donc limitée de l’action de Dieu en Jésus-Christ. Elle découlerait de l’usage d’une catégorie culturelle compréhensible pour l’époque. Cette approche a l’avantage de nous aider à comprendre et à nous représenter l’action divine à partir d’images que nous connaissons (exemple la monarchie). Le désavantage c’est qu’une métaphore n’offre qu’une perspective limitée : une seule image ne peut expliquer et illustrer à elle seule ce qu’est le « Royaume de Dieu ». Il faudrait plusieurs images pour décrire le Royaume de Dieu.
En présentant le Royaume de Dieu comme un symbole, l’on évite les deux écueils précédents, celui d’une vision trop rigide du Royaume (découlant du concept) et d’une vision trop limitative (découlant de la métaphore). En effet si le « Royaume de Dieu » est un symbole, cela signifie qu’on a affaire à une expression qui évoque un ensemble d’expériences, d’images, d’idées, et d’associations reliées à l’activité divine dans le monde. Le Royaume de Dieu peut être définit comme un symbole général qui est comme un élastique. Il s’étend par devant et par derrière, en largeur et en hauteur avec plusieurs significations. Ainsi plutôt que de s’interroger au sujet du temps du Royaume de Dieu, il vaut mieux s’interroger sur ce qu’il évoque ou représente. Le fait de représenter le « Royaume de Dieu » comme un symbole permet d’y incorporer un ensemble d éléments bibliques, faisant ainsi place à une vision du Royaume qui se veut plus globale.
En résumé, l’expression « Royaume de Dieu » fait référence à l’activité révélatrice de Dieu en Jésus-Christ dans le temps et l’histoire en vue de réaliser les prophéties de l’Ancien Testament, mais évoque un ensemble de choses pour ceux qui entendent cette expression. Si le « Royaume de Dieu » n’était qu’un concept, il ne serait qu’un thème biblique parmi d’autres, S’il n’était qu’une métaphore, il ne ferait que décrire partiellement une vérité spirituelle. Mais comme il est aussi un symbole, le Royaume de Dieu peut inclure un ensemble de thèmes ou se relier facilement à d’autres thèmes, d’où son caractère central et unificateur. Il devient facile d’y lier, d’une façon ou d’une autre, de manière directe ou indirecte, l’ensemble de la vie et du ministère de Jésus-Christ. Il ne reste alors qu’à préciser de quelle manière cela est possible. C’est d’ailleurs ce que nous tentons de faire, à savoir proposer une lecture de la vie et du ministère de Jésus à la lumière de la notion du Royaume de Dieu. Pour moi l’essence même de la vie et de la mission de Jésus gravite autour de la notion du Royaume de Dieu.
Jésus est apparu comme celui qui a proclamé le Royaume de Dieu ; tout le reste de son message et de son ministère jouait un rôle en rapport avec cette proclamation et en tire son sens. Les questions difficiles comme la vie de disciple, l’enseignement éthique, les polémiques autour de la tradition orale ou de la loi cérémonielle, même la déclaration du pardon des péchés et l’accueil des exclus au nom de Dieu, doivent être comprises de ce point de vue, sinon elles ne seront pas comprises.
Mortimer Arias nous dit : Que ce point de vue est une opinion commune, répandue et acceptée par la grande majorité des théologiens et des biblistes. Les spécialistes du Nouveau Testament, qu’ils soient protestants, catholiques ou évangéliques conservateurs, après avoir sondé pendant plus d’un siècle les évangiles et l’enseignement de Jésus, sont d’accord pour dire que le Royaume de Dieu a constitué le paradigme dominant du message originel de Jésus.
La perte de la notion de Royaume
Si le caractère central du Royaume de Dieu est une évidence dans les évangiles, comment expliquer que pendant des siècles, cela n’ait pas été vu et reconnu davantage ? Pourquoi la thématique du Royaume a-t-elle été reléguée au silence ou lui a-t-on donné un rôle plutôt secondaire dans la théologie chrétienne, et ce pendant plus de 1900 ans ? Il semble que la littérature des siècles passés n’attachait qu’une importance secondaire au Royaume de Dieu et par conséquent, il n’y avait pas matière à contestation. C’est essentiellement la controverse qui est apparue au 19e siècle autour de la notion d’eschatologie et de Royaume de Dieu qui a permis à la thématique du Royaume de sortir de l’ombre.
La controverse théologique a donc, apparemment permis de remettre à l’honneur ce qui pourtant apparaît comme assez évident dans les évangiles, à savoir le caractère central du Royaume de Dieu dans la vie et le ministère de Jésus. Etonnamment, ce que cela nous dit, c’est qu’il est possible de lire la bible pendant longtemps sans même y remarquer l’importance du Royaume de Dieu. Il est possible que plusieurs chrétiens aient lu la bible avec un état d’esprit dominé par certaines orientations doctrinales ou avec un état d’esprit dominé par une tradition ecclésiastique, ou encore par une certaine approche de la spiritualité, et qu’en conséquence, ils aient éliminé la perspective du Royaume.
En tenant compte que le thème du Royaume de Dieu est central dans les évangiles, nous devons changer de paradigme. Il ne faut plus d’abord lire la bible à la lumière de l’alliance, de la justification, de la sanctification, de la croissance d’église, etc., mais à la lumière du Royaume et du plan global de Dieu. Bien sûr, il ne s’agit pas de négliger les autres thématiques bibliques, mais de leur accorder leur juste place et de les situer à l’intérieur d’une notion plus large.
Gordon Fee, lors d’une de ses conférences, affirmait ceci : « Vous ne pouvez quoi que ce soit au niveau de Jésus, oui quoi que ce soit si vous ignorez le Royaume de Dieu... Vous passez à côté de son message si vous ne cherchez pas, à comprendre ce terme. Je suis désolé de le dire aussi ouvertement, mais ceci constitue le plus grand échec du christianisme évangélique. Nous avons eu Jésus sans le Royaume, et en conséquence, avons directement mis Jésus de côté. ».
Comprendre le contenu du message de Jésus
L’étude du Royaume de Dieu suscite de nombreuses questions qui s’avèrent assez complexes. Il n’est pas difficile de trouver, dans l’histoire de l’église, des interprétations divergentes et parfois même opposées. C’est ainsi que le Royaume de Dieu a été à l’au-delà, à la fin du monde, à une expérience spirituelle, à la croissance de l’église, à une culture chrétienne, à une idéologie sociale, parfois même à une unité nationale (Israël).
Mais qu’en est-il de Jésus ? Quelle idée se faisait-il du Royaume de Dieu ? Quand il disait « le Royaume de Dieu est proche », qu’est-ce qui était sur le point d’advenir ? La réponse à cette question diverge selon les biblistes et les théologiens. Regardons ensemble les options les plus populaires à l’heure actuelle dans le domaine de la recherche biblique.
I : La fin du monde : Jésus annonçait la fin du monde, le nouvel ordre apocalyptique. En proclamant la venue du Royaume de Dieu, Jésus aurait averti ses contemporains de l’apparition d’un cataclysme cosmique venant soudainement mettre fin au monde actuel pour établir un monde nouveau. Si tel est le cas, on peut aisément comprendre que Jésus s’est trompé puisque ce Royaume n’est pas venu.
II : Une réforme religieuse : Jésus aurait tenté de réformer la foi d’Israël ainsi que ses institutions divines. Son but n’était pas de réaliser un salut spirituel, ni d’établir une église et encore moins de fonder une nouvelle religion, mais de ramener le peuple d’Israël sur la voie de la fidélité à Dieu en reconfigurant la loi autour de ses préceptes majeurs. Mais malheureusement, Jésus aurait échoué dans son entreprise. Il n’a pas pu apporter les réformes sociales et religieuses qu’il désirait mettre en place, même si de nouvelles impulsions ont été données, que ses disciples reprendront après sa résurrection.
III : Un nouvel ordre mondial : Jésus serait un prophète du changement social. Il aurait voulu lancer une espèce de révolte paysanne, dénoncer la corruption politique, s’attaquer aux injustices sociales, démasquer l’hypocrisie religieuse et aurait souhaité une société plus juste, équitable et égalitaire. Mais, Jésus n’a pas pu mener à terme son programme à cause de l’opposition rencontrée, terminant ainsi sa vie sur une croix.
IV : Une restauration nationale : Lorsque Jésus est venu, il avait à l’esprit la restauration nationale d’Israël, le rétablissement du royaume Davidique. Mais Israël aurait rejeté l’offre du royaume annoncé par Jésus, ce qui l’aurait amené à reporter ce royaume à plus tard et à instituer l’Eglise entre temps. Le plan de Dieu pour Israël n’aurait pas été mis en échec pour autant, les prophéties bibliques concernant la nation juive se réaliseront lors du millénium à venir.
V : Un jugement divin imminent : Jésus aurait averti ses contemporains de l’approche non pas de la fin du monde, mais de la fin de l’ordre sociopolitique actuel des choses, la fin d’un monde en quel sorte, celui du judaïsme primitif centré sur le temple, sa hiérarchie, ses scribes et le territoire d’Israël. L’idée d’un jugement à venir sur Israël aurait constitué un élément majeur de la proclamation de Jésus. Un jugement semblable à celui annoncé par Jérémie autrefois était sur le point de se produire, d’où les nombreux appels de Jésus à la repentance. Le jugement aurait atteint la nation en l’an 70 de notre ère.
VI : Une intervention divine salvatrice : Jésus aurait annoncé l’approche d’une intervention divine importante dans l’histoire d’Israël et dont la portée serait salvifique, non seulement pour Israël, mais aussi pour le monde entier. Jésus serait venu réaliser les prophéties, mais d’une manière totalement inattendue. Via sa vie, sa mort et sa résurrection, il aurait accompli une œuvre de rédemption qui va au-delà d’une délivrance sociopolitique et aurait inauguré l’ère du salut, ère qui deviendra celle du Royaume de Dieu dans sa forme présente tout en conservant une dimension future.
Quand Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, comment le voyait-il ?
Cette question en amène une autre : où devons-nous chercher la réponse ? Cette question peut vous surprendre. Nombre de lecteurs me diront dans les évangiles. D’accord, mais où dans les évangiles ? Sur la base de quels textes ? Faut-il se baser uniquement sur les paroles dites authentiques de Jésus quant au Royaume de Dieu.
Certains exégètes croient que plusieurs paroles de Jésus ne proviennent pas de lui, mais qu’elles ont été rajoutées par l’Eglise primitive. Pour d’autres exégètes, il faut croire l’ensemble des paroles de Jésus, car ils acceptent substantiellement le message donné par les évangélistes.
Une autre question se pose, faut-il se cantonner aux textes où il fait explicitement mention du Royaume de Dieu ou faut-il aussi prendre en considération les textes qui ne font pas strictement mention du « Royaume de Dieu », mais qui sont susceptibles d’éclairer le sens que Jésus attribuait au Royaume de Dieu ?
Notre compréhension du Royaume et de la façon dont Jésus le voit se fera par étape.
A : La proclamation du Royaume
La proclamation du Royaume de Dieu faite par Jésus répond à une espérance juive. Elle s’inscrit à l’intérieur d’une histoire, celle du peuple d’Israël. Le message de Jésus ne peut être détaché de son contexte sociohistorique et religieux. Quand Jésus arrive sur la scène et dit « le temps est accompli » (Mc 1 : 15) ou, encore « aujourd’hui cette parole de l’écriture que vous venez d’entendre est accomplie » (Luc 4 : 21), c’est parce que le peuple d’Israël attendait un évènement : La manifestation du Royaume de Dieu (même si cette attente est parfois formulée différemment).
La période trouble de L’annonce du Royaume de Dieu
La proclamation de Jésus se situe à l’intérieur d’une époque particulièrement troublée où des espérances de restauration nationale sont exprimées avec force. Si nous prenons l’exemple du précurseur de Jésus-Christ, Jean-Baptiste qui fait des appels à la repentance « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Mt 3 : 32), il est immédiatement entouré de foules qui souhaitent la réalisation de leurs espérances à propos du Royaume. On vient de partout en Palestine pour confesser ses péchés et se faire baptiser par lui dans les eaux du Jourdain (Matthieu 3 : 5). Un autre exemple : C’est celui des deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ils discutent ensemble de la mort du Christ et de leurs déceptions concernant la délivrance d’Israël qui s’est envolée avec la crucifixion de Jésus (Luc 24 : 17-21).
Le Royaume de Dieu réalise les prophéties et les espérances juives
C’est dans ce contexte qu’il faut situer la proclamation de Jésus sur le Royaume de Dieu et qu’elle y prend tout son sens. Le Royaume de Dieu est présenté dans les évangiles comme réalisant les prophéties de l’Ancien Testament et les espérances juives, il semble toutefois que la manière dont Jésus comble les espérances des juifs soit déroutante pour eux.
B : La venue du Royaume
Jésus annonce la venue, voire l’arrivée du Royaume de Dieu tant attendu. Le Royaume de Dieu est une nouvelle réalité introduite par la vie et le ministère de Jésus.
Le Royaume de Dieu dans sa forme universelle et dans sa forme particulière
A ce propos, il serait bon de faire une différenciation entre le Royaume de Dieu dans sa forme universelle qui est la souveraineté générale sur le monde et le Royaume de Dieu dans sa forme particulière ou eschatologique qui est une activité spécifique de Dieu dans le monde.
En tant que créateur, Dieu soutient et gouverne le monde (Mt 5 : 45 ; 6 : 25-34). Dieu est roi même si cette royauté n’est pas toujours reconnue et célébrée.
Jésus parle d’un ordre des choses tout à fait différent
Mais lorsque Jésus parle de la venue du Royaume de Dieu, il parle d’un ordre des choses tout à fait différent. Il fait allusion à une activité divine spécifique qui s’exerce et se manifeste dans le monde via sa vie et son ministère en vue de réaliser l’espérance de l’Ancien Testament.
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus désigne le temps du salut, la réalisation des promesses de Dieu, la reconstitution du peuple de Dieu.
L’activité divine déployée en Jésus
J’aimerais insister sur la différence qui existe entre le Royaume universel de Dieu sur le monde, qui est en fait l’exercice de sa souveraineté et de sa providence, et le Royaume particulier ou eschatologique de Dieu dans le monde, qui est l’activité divine déployée en Jésus-Christ.
Le Royaume qui vient
Le premier est le Royaume qui est, le deuxième est le Royaume qui vient. Dans cette étude nous parlons du Royaume que vient, celui annoncé par Jésus et qui comble les espérances juives, bien que d’une manière inattendue.
Jésus proclame un évènement
En proclamant que le Royaume de Dieu s’approchait, Jésus déclarait que les prières juives où l’on exprimait le souhait d’une intervention divine, étaient exaucées. Dieu commençait à régner sur la terre comme au ciel, dans le ministère même de Jésus. Le Royaume de Dieu est donc un royaume eschatologique, il est lié au temps, Jésus n’est pas venu proclamer des vérités spirituelles intemporelles, mais plutôt un évènement, la venue du nouveau monde de Dieu, lequel pénètre déjà le temps présent. Le Royaume de Dieu fait référence à une manifestation de la puissance divine dans le temps et l’histoire.
L’annonce du Royaume par des paroles et des actions
Comment Jésus a-t-il annoncé la venue du Royaume ? L’ensemble des évangiles rapportent à la fois des paroles et des actions. Parfois Jésus annonce directement et publiquement l’entrée en scène du Royaume de Dieu tel un hérault (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15).
L’enseignement de Jésus
D’autre fois, c’est par son enseignement privé ou public (Mt 5 : 1-2) ou par le moyen des paraboles (Mt 13 ; Mc 4) qu’il annonce la venue du Royaume de Dieu.
Les miracles de Jésus
Les miracles de Jésus, nous communiquent aussi des éléments du Royaume de Dieu, qu’ils soient en rapport avec les guérisons, les exorcismes, les miracles sur la nature. (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 22-23).
Les comportements sociaux de Jésus
Il en est de même de ses comportements sociaux, la fréquentation des pauvres, des marginaux de la société de même son attitude à l’égard des femmes, son accueil des enfants, etc. on peut aussi remarquer ses gestes symboliques tel l’entrée à Jérusalem sur un âne, la purification du temple, le dernier repas, la crucifixion.
Matthieu tend à regrouper tous ces éléments de la vie et du ministère de Jésus autour de trois grands axes : Son ministère de proclamateur, d’enseignant et de guérisseur.
C : Le roi du Royaume
Le royaume de Dieu, c’est le règne de Dieu, c’est une personne, ce n’est pas l’idée d’un programme qui se trouve au cœur du message de Jésus.
La sanctification du nom divin
Pour le Messie, parler du Royaume, c’est avant tout parler de Dieu lui-même et non d’un projet humain quelconque, qu’il soit de nature religieuse, sociale, humanitaire, économique ou politique...Ce qui préoccupe Jésus, c’est la sanctification du nom divin, le déploiement de son règne, l’accomplissement de la volonté du Père dans le monde entier.
La vision théocratique du Christ
Si on prend en référence la prière du « Notre Père », on remarque que la vision de Jésus est celle d’un peuple, Israël, mais aussi de l’entièreté de l’humanité, qui reconnaît et vit selon la volonté du Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6 : 9). Le Christ a une vision théocentrique du monde. Le peuple de Dieu ne peut trouver son plein épanouissement et son bonheur que dans la mesure où il se situe dans un juste rapport avec son Père céleste.
Pour Christ proclamer le Royaume
Pour le Christ proclamer le Royaume de Dieu, c’est réaffirmer que Dieu est roi, que le règne lui appartient. C’est aussi demander, la reconnaissance de ce règne par les humains.
Les résultats de la reconnaissance
Ce n’est pas, premièrement, désirer la paix humaine, la justice sociale, la transformation de la société, voire le bonheur de l’homme, même si toutes ces choses ne sont pas à exclure, mais il s’agit là des résultats de la reconnaissance du nom, du règne et de la volonté divine.
De la reconnaissance, découlera des bienfaits
De cette reconnaissance, disais-je il découlera des bienfaits, le pardon, la paix, la justice, la guérison, etc. Toutefois l’ensemble de ces bienfaits ne sera acquis que par une foi dans la royauté de Dieu, cela implique la foi, la repentance, une vie de disciple.
Quand on parle du Royaume, on parle du Règne de Dieu
Une nouvelle fois, il est bon de se souvenir que le Royaume de Dieu ne désigne pas la sphère céleste, ni la vie après la mort, ni la fin du monde, ni même l’église, ni une société christianisée, ni la justice sociale, ni la paix dans le monde, ni un slogan politique, ni une connaissance théologique. Quand on parle du Royaume de Dieu, en fait on parle du Règne de Dieu.
A ne pas confondre avec les bienfaits
Toutefois, il ne faut pas confondre ce qu’est le Royaume de Dieu et ce qu’il apporte c’est-à-dire les bienfaits qui peuvent se produire suite à l’acceptation du Règne de Dieu dans notre vie.
Le Royaume comme programme
Le Royaume de Dieu concerne avant tout une personne : Dieu. Il est courant de nos jours de considérer le Royaume de Dieu comme un programme ou une idéologie à promouvoir.
L’étiquette Royaume de Dieu
Ainsi on peut justifier à peu près n’importe quelle action en lui donnant l’étiquette « Royaume de Dieu ». Parfois on a aussi tendance à colporter l’idée que le Royaume de Dieu est présent dans la société même lorsque Dieu et Jésus-Christ n’y sont pas reconnus, ni confessés, ni célébrés, comme Seigneur et sauveur.
Un Royaume sans Dieu
On soutient que le Royaume de Dieu peut être assimilé aux progrès sociaux et qu’il peut même progresser grâce au travail de ceux qui prônent la dignité humaine, la paix, la justice sociale, et., tout cela sans presqu’aucune référence à Dieu ou à Jésus-Christ. Certains vont même jusqu’à dire que le Royaume de Dieu peut avancer dans le monde, par le biais même de ceux qui ne reconnaissent ni ne confessent Jésus-Christ et qui n’ont aucun lien avec son église.
Le Royaume de Dieu consiste en un Règne, celui d’une personne : Dieu
La problématique avec ce type de discours, c’est que l’on dissocie complètement le Royaume de Dieu et la personne de Dieu et de Jésus. On parle bien de Royaume mais pas de Dieu. Ce Royaume est un royaume humaniste en réalité, il s’agit d’un programme social ou éthique, ce royaume est une chose, une idéologie, il n’a rien à voir avec le Royaume de Dieu qui consiste en un Règne, celui d’une personne, c’est-à-dire : Dieu.
Le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu
Le Royaume de Dieu exprime quelque chose sur Dieu, quand Jésus dit que le Royaume s’est approché, c’est comme s’il disait : Dieu est proche...Dieu vient, il se tient devant la porte et même...Il est déjà là. Pour Jésus, le Royaume de Dieu, c’est la réaffirmation de la souveraineté de Dieu sur les affaires humaines.
D : La nature du Royaume
Le Royaume de Dieu, c’est le Règne de Dieu. Plusieurs biblistes et théologiens préfèrent parler du Règne de Dieu plutôt que du « Royaume de Dieu » pour éviter toutes confusions. Bien sûr, Dieu est déjà roi, il est le Dieu de l’univers, le créateur du monde, mais ce statut doit se manifester, se concrétiser et s’actualiser dans le monde. C’est pourquoi, nous prions que « ton Règne vienne » (Mt 6 : 10).
Le Royaume de Dieu est proche
Quand Jésus a parlé du Royaume de Dieu, il ne pensait pas en termes de localisation, mais d’autorité. La signification première du mot désigne l’autorité, le Règne, la souveraineté, la puissance, le pouvoir royal. Lorsque le Messie disait : « le Royaume de Dieu est proche » (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17), il ne voulait pas dire par là qu’un lieu ou qu’un territoire s’approchait, mais que l’autorité et la puissance royale de Dieu étaient sur le Point de se manifester.
Le Royaume comme référence à l’autorité de Dieu
Dans l’Ancien Testament le mot hébreu malkuth renvoie souvent au Règne de Dieu. Cela se remarque dans certains psaumes dits du Règne de Dieu (les psaumes 96 à 99), mais aussi dans d’autres psaumes tels que : (Ps 93 : 1 ; 103 : 19 ; 145 : 11-13). En ce qui concerne le Nouveau Testament, le mot basileia est lui aussi souvent traduit par Règne (Mt 6 : 10 ; Luc 1 : 33 ; 23 : 42 ; 1 Co 15 : 25 ; Ap 12 : 10). Il n’est donc pas surprenant que plusieurs biblistes et théologiens comprennent l’expression Royaume de Dieu comme se référant avant tout à l’autorité de Dieu.
Le Royaume est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus
Le Royaume de Dieu, que ce soit dans l’hébreu, l’araméen ou le grec, désigne Dieu en tant que roi et son contrôle actif sur les affaires humaines. Le fait de ne pas tenir compte de ce sens est la source de beaucoup de confusion dans l’étude contemporaine du Royaume de Dieu. Celui-ci n’est pas un territoire, une entité publique, un régime ou une dynastie, c’est la réalisation des desseins de Dieu en Jésus, ou le Règne souverain, dynamique et eschatologique de Dieu, ou encore l’activité rédemptrice de Dieu, sa volonté salvatrice en action.
E : Le temps du Royaume
Le Royaume de Dieu est à la fois une réalité actuelle et à venir, il a une dimension présente et future. La discussion sur le Royaume de Dieu a souvent porté sur la question de sa temporalité.
Pendant longtemps, les biblistes et les théologiens se sont demandés si le Royaume de Dieu était soit présent (eschatologie réalisée), soit futur (eschatologie conséquente) ou les deux (eschatologie inaugurée ou en cours de réalisation), obstruant ainsi d’autres questions pourtant valables concernant le Royaume de Dieu.
Le Royaume a déjà commencé
Toutefois même si cette question ne doit pas dominer, elle reste cependant importante. En effet, la temporalité du Royaume de Dieu a une incidence sur notre compréhension du Règne de Dieu. La majorité des exégètes d’aujourd’hui choisissent la troisième option. Pour eux le Royaume de Dieu a déjà commencé, quoique dans une forme quasi imperceptible, même s’il reste encore à être accompli. Dés le début de son ministère, Jésus proclame : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15).
Le temps d’attente est terminé
Ces paroles laissent supposer que le temps d’attente est terminé, que Dieu est sur le point de combler les espérances juives, que le Royaume va se réaliser dans sa vie et son ministère.
Le temps est proche
L’accomplissement des temps fait référence à une intervention divine dans l’histoire humaine. C’est maintenant le temps opportun, le temps désigné, le temps de Dieu. Le temps de Dieu est proche, est arrivé, ou s’est approché.
Le Royaume est donc venu vers vous
Devant ceux qui l’accusent d’accomplir ses exorcismes par la puissance du diable, Jésus déclare illogique une telle accusation en soulignant que Satan ne peut chasser Satan, car son royaume s’en trouverait divisé. Il affirme plutôt que c’est par l’Esprit de Dieu ou le doigt de Dieu qu’il chasse les démons, ce qui est pour lui un signe de l’irruption du Royaume de Dieu : « Le Royaume de Dieu est donc venu vers vous » (Mt 12 : 28 ; Luc 11 : 20).
Le Royaume est au milieu de vous
Aux pharisiens qui lui demandent quand viendra le Royaume, Jésus leur dit qu’il est déjà présent, à l’intérieur même des évènements qui se produisent, même si eux ne le voient pas : « Le Royaume est au milieu de vous » (Luc 17 : 20-21). Inutile donc de chercher des signes avant-coureurs, car le Royaume de Dieu est là, parmi eux, au milieu d’eux, à leur portée.
Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ?
En réponse à une question qui est posée par les disciples de Jean-Baptiste concernant le Messie : Es-tu celui qui devait venir ou faut-il en attendre un autre ? Jésus répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11 : 2-6) ; Luc 7 : 18-23).
L’importance de prêter attention à ce qui se passe
Dans son discours en paraboles de Matthieu 13, Jésus déclare à ceux qui veulent bien entendre, que quelque chose d’important est en train de se manifester sous leurs yeux, d’où l’importance de prêter attention à ce qui se passe (Mt 3 : 16-17 ; Luc 10 : 23-24).
Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui
Tout en faisant l’éloge de Jean-Baptiste, le Messie déclare que « Le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui » (Luc 16 : 16 ; Mt 11 : 11). Une telle déclaration ne peut se comprendre sans tenir compte des étapes de l’histoire du salut. Jésus parle ici d’un privilège qui était jusque-là indisponible.
Celui qui croît en lui se trouve déjà dans le Royaume
En lui le Royaume de Dieu se fait présent de sorte que celui qui en croît en lui se trouve déjà dans le Royaume de Dieu, alors que cela n’était pas possible auparavant. Le Royaume de Dieu est donc à la fois déjà là et pas encore là.
L’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur
On retrouve plusieurs tensions temporelles dans les paraboles : On le voit dans la parabole des semailles (Mc 4 : 26-29 ; Mt 3 : 24-30), entre graine et plante épanouie (Mc 4 : 30-32), entre l’embauche des journaliers pour travailler dans la vigne et la rétribution de ces ouvriers à la fin de la journée (Mt 20 : 1-16) entre le renoncement présent et la récompense à venir (Luc 18 : 29), entre l’accès dans le Royaume présent et l’entrée dans le Royaume futur (Mt 16 : 19 ; 24 : 14).
Le « Notre Père » (Mt 6 : 9-13), semble l’exemple même de la prière de ceux qui sont entre deux temps, le temps de l’église.
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle
Le Royaume existe déjà au moment où Jésus parle, il se prolonge dans le présent et se manifestera pleinement à la fin du monde. Ce message est nouveau pour ceux qui l’entendent, car Jésus proclame l’acte divin du salut comme étant inauguré en en cours de réalisation.
Le Royaume est à la fois actuel et à venir
La nouveauté sera d’avoir apporté deux dimensions, présente et future, à la venue du Royaume de Dieu que les juifs de l’époque continuaient de voir comme un évènement strictement futur. Jésus pourtant ne semble pas voir son message comme incohérent ; c’est bien volontairement qu’il parlait du Royaume de Dieu comme étant à la fois actuel et à venir.
L’aspect présent et futur du Royaume
En proclamant un Royaume présent et futur, il y a tout lieu de croire que Jésus savait ce qu’il faisait. Dans les évangiles, les passages bibliques pointant vers le déjà et ceux pointant vers le pas encore coexistent harmonieusement sans qu’il y ait nécessairement contradiction. Ces deux éléments, l’aspect présent et futur du Royaume de Dieu, font tous deux partie de l’enseignement authentique de Jésus. Le seul dilemme est d’arriver à les concilier l’un et l’autre.
La nature même du Royaume
On peut penser avec justesse que si Jésus n’a pas éprouvé le besoin de nous expliquer ce qui nous semble paradoxal, ce n’est sans doute pas simplement parce qu’il ne se souciait pas du principe de non-contradiction. La vraie réponse à ce paradoxe se trouve peut-être dans la nature même du Royaume de Dieu...
Le Royaume est un évènement dynamique
Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord une situation ou un lieu, mais plutôt l’ensemble de l’évènement dynamique que constitue la venue de Dieu avec puissance pour exercer sa souveraineté sur son peuple d’Israël à la fin des temps.
Le Royaume imminent est pourtant déjà présent
C’est un symbole à haute potentialité, une réalité à multiples facettes, tout un récit mythique en miniature qu’il est impossible de saisir en une seule formule ou une seule définition. C’est pourquoi Jésus peut parler d’un Royaume à la fois imminent et pourtant déjà présent.
Les œuvres de Jésus permettent un accomplissement ou une consommation future
Quoi qu’il en soit, la plupart des érudits reconnaissent une certaine tension entre les deux. On peut en conclure que ceux qui accentuent la présence du Royaume de Dieu dans les œuvres de Jésus permettent aussi un accomplissement ou une consommation future du Royaume de Dieu, alors que ceux qui défendent la dimension future du Royaume de Dieu reconnaissent aussi les effets de l’imminence du Royaume de Dieu dans le ministère de Jésus.
F : Le mystère du Royaume
Le Royaume dans sa forme présente se manifeste dans le monde d’une manière quasi imperceptible. C’est ce que semble dire Jésus au moyen des paraboles. Celles-ci tiennent une grande place dans l’enseignement de Jésus. Matthieu, de même que Marc, nous rapporte que Jésus s’adressait souvent à la foule et à ses disciples en paraboles (Mt 13 : 3 ; Mc 4 : 2, 33-34). Leur présence répétée dans les évangiles et l’utilisation qu’en fait Jésus indiquent que l’étude de celles-ci est essentielle pour qui veut comprendre l’enseignement de Jésus sur le Royaume de Dieu.
Comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé
Les paraboles dites du Royaume que l’on retrouve en Matthieu 13 et en Marc 4 : Parabole du semeur et des terrains, de l’ivraie et du bon grain ; du grain de moutarde, du levain, etc, ont surtout pour but de répondre à une objection : Si le Royaume se fait présent dans le monde, comment expliquer que celui-ci n’ait pas encore changé ? Que la souffrance ne soit pas éradiquée ? Que les nouveaux cieux et la nouvelle terre n’aient pas encore fait leur apparition ? La présence du Royaume n’est-elle pas supposée transformer le monde ? Jésus décrit par ces paraboles comment le Royaume de Dieu se présente au monde, comment il agit et se manifeste.
Le Royaume ne vient pas de manière à frapper l’attention
Le Messie semble nous dire que le Royaume de Dieu est une réalité discrète et pacifique en ce monde, mais dont les effets sont bien visibles pour ceux qui savent le discerner. Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention, à frapper les regards. Il n’a pas le caractère sociopolitique ou apocalyptique qu’on lui prêtait. Il ne s’agit pas d’une intervention directe, évidente et massive de Dieu une fois pour toute dans l’histoire ou au-delà de l’histoire. Il agit puissamment dans le monde, mais sans renverser l’ordre actuel des choses, il se fait présent dans le monde, mais de manière, à peine perceptible, sous une forme voilée, même cachée.
Le fameux mystère du Royaume de Dieu
C’est probablement là, le fameux mystère du Royaume de Dieu dont Jésus parle à ses disciples. Le Royaume est là, mais pas comme on s’y attendait ! Un mystère dans les écritures n’est pas quelque chose d’inexplicable, mais quelque chose qui ne peut être connu que par révélation divine. Cette nouvelle révélation, c’est que le Royaume de Dieu se manifeste d’une manière voilée dans la personne, les paroles et les œuvres de Jésus.
Le Royaume de Dieu comparé aux attentes Juives
L’originalité du message de Jésus apparaît davantage si on le compare aux attentes du judaïsmes à l’époque de Jésus pour qui la venue du Royaume de Dieu concernait d’abord et avant tout des événements publics : Le retour de l’exil, le renversement des puissances païennes, l’exaltation d’Israël, le retour de Yahvé à Sion pour Juger et sauver son peuple. Et à plus grande échelle, il impliquait le renouvellement du monde, l’établissement de la justice de par la terre entière.
Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment
Or, les paraboles du Royaume exigent un certain délai, un intervalle entre sa manifestation discrète et pacifique dans le temps présent et sa manifestation glorieuse et certaine à la fin des temps. Le Royaume grandit et se développe dans le monde sans que l’on ne sache trop comment. Son action n’est pas toujours évidente ou visible à l’œil nu, mais quand même bien présente. Il viendra un temps, cependant, où le Royaume se manifestera pleinement.
Le Royaume présent finira par prévaloir, même s’il est en ce moment humble, petit et modeste, il fera place au Royaume glorieux à venir.
La présence du Royaume à des répercutions visibles
Cette présence discrète et pacifique signifie-t-elle que le Royaume ne peut pas être vu dans le monde ? C’est tout le contraire, la présence du Royaume a des répercussions visibles, et principalement dans la vie de ceux qui côtoient Jésus. Il signale qu’en lui se réalisent les œuvres que les prophètes avaient annoncées (Mt 11 : 4-6 ; Luc 7 : 21-23).
Une avancée sans recours à la violence
On peut dire que le Royaume de Dieu, dans sa forme actuelle, avance, progresse et grandit dans le monde sans agresser l’environnement dans lequel il se trouve. Son avancée se fait sans aucun recours à la force ou à la violence.
Un jour le Royaume sera victorieux, glorieux, majestueux, même si pour l’instant, sa progression semble lente, pénible et difficile. Dieu le fera survenir au moment voulu.
G : l’orientation du Royaume
Le Royaume de Dieu proclamé par Jésus présente deux orientations. Une qui agit à l’intérieur de l’histoire que je nommerai prophétique, elle aborde les situations présentes. Et l’autre qui peut être considérée comme apocalyptique, celle qui viendra de l’extérieur de l’histoire et qui ne concerne que l’avenir. Je reste sur la même pensée que précédemment : Le Royaume de Dieu est à la fois présent et futur.
Le Royaume agit lentement et progressivement dans le monde
Dans sa forme présente le Royaume prend une forme prophétique ; Dans sa forme future, il prend une forme apocalyptique. Jésus semble nous communiquer que le Royaume de Dieu agit lentement et progressivement dans le monde, d’où son orientation prophétique et d’autre part, qu’il apparaitra soudainement et instantanément au moment déterminé par Dieu, d’où son orientation apocalyptique.
Prophète de son temps et des derniers temps
Jésus est à la fois le prophète de son temps et celui des derniers temps. Il savait emprunter des éléments propres à chacune de ces deux traditions que l’on peut considérer comme sociale/prophétique et eschatologique/apocalyptique tout en les modifiant pour créer la perspective unique qui était la sienne. Dans une perspective, le Royaume de Dieu est une réalité future qui surviendra suite à une intervention divine.
L’aspect apocalyptique du Royaume
Nous pouvons repérer dans les évangiles la trame eschatologique avec des connotations apocalyptiques, nous avons déjà cité les textes qui annonçaient le Royaume futur (Mt 6 : 9 ; 25 : 34). Quant à L’aspect apocalyptique du Royaume, l’arrivée soudaine, dérangement historique, perturbations cosmiques, etc, il se voit très bien dans les discours de Jésus (Mt 24 : 1-51 ; Mc 13 : 1-13 ; Luc 21 : 5-33).
Le langage apocalyptique est présent
Que ces discours fassent référence à la destruction du temple et de la ville de Jérusalem en 70 de notre ère ou à des évènements de la fin du monde, ou encore qu’il renvoie à ces deux évènements, le langage apocalyptique y est présent. Nous y retrouvons un langage cosmique avec des signes dans le ciel, dans la lune et dans les étoiles, une référence au fils de l’homme : (Daniel 7 : 13) et un appel à la vigilance, puisque personne ne connaît ni le jour et l’heure.
La parabole des dix vierges
Jésus se sert d’une parabole dite des dix vierges pour appuyer l’aspect de la vigilance dans l’attente du Royaume (Mt 25 : 1-13, 31-46 ; Luc 12 : 35-40) et compare l’arrivée du Royaume au déluge du temps de Noé et à la destruction de Sodome et Gomorrhe (Luc 17 : 26-30 ; Mt 24 : 36-39).
Une bataille cosmique dans le monde spirituel
Les exorcismes de Jésus peuvent être considéré comme une bataille cosmique dans le monde spirituel (Mt 12 : 24-30 ; Luc 11 : 14-23) et l’on retrouve dans les évangiles une division du temps qui provient de la pensée apocalyptique : Le siècle présent est caractérisé par le mal et le siècle à venir caractérisé par le Règne de Dieu.
Les thèmes des apocalypses Juifs standards
Le passage de l’un à l’autre se fera suite à une intervention décisive et finale de Dieu (Mt 12 : 32 ; Luc 20 : 34-45 ; Mc 10 : 29-30). Tous ces éléments ont un rapport direct avec les thèmes des apocalypses juifs standards et laissent entendre que Jésus partageait avec eux au moins une partie de leur orientation apocalyptique du Royaume de Dieu.
Le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps
Par contre Jésus ne s’est jamais attardé sur le calendrier ni aux détails, il laissait cela au Père céleste (Mt 24 : 36-44 ; Mc 13 : 32). A cet égard le Messie se distinguait des apocalypticiens de son temps, il ne cherchait pas à définir de manière précise le comment de la venue du Royaume de Dieu.
Le Royaume de Dieu concerne le Présent
Dans une perspective prophétique le Royaume de Dieu concerne le présent, il se soucie des situations actuelles, il agit au sein même de l’histoire humaine à l’intérieur des structures temporelles de ce monde.
La forme prophétique du Royaume dans les paraboles
Nous avons déjà relevé les textes qui annoncent sa présence dans le temps et l’histoire (Mc 1 : 15 ; Mt 4 : 17 ; 12 : 28 ; Luc 17 : 21). En plus nous pouvons trouver la forme prophétique du Royaume présent dans paraboles dites du Royaume, auxquelles nous avons déjà fait allusion (Mc 4 ; Mt 13). En effet ces paraboles nous disent que le Royaume a pénétré l’histoire humaine, via le ministère de Jésus, mais sans aucune apparence apocalyptique.
Un discernement spirituel pour voir le Royaume
Un discernement donné spirituellement par le Père céleste est nécessaire pour le voir (Mc 10 : 15 ; Luc 8 : 10 ; Luc 9 : 27 ; Luc 17 : 20 ; Jn 3 : 3 ; Jn 3 : 5). Le Royaume de Dieu se fait présent dans le monde mais sans éclater les structures de ce monde.
Le Royaume est tourné vers l’avenir
La dimension eschatologique s’y fait toujours présente, le Royaume est tourné vers l’avenir, mais sans aucune connotation apocalyptique. Les paraboles dites du Royaume suggèrent que Jésus ne concevait pas le Royaume de Dieu comme se réduisant à un seul moment apocalyptique de l’histoire humaine, mais comme un processus de longue durée initié par sa vie et son ministère.
Le Royaume se préoccupe des situations de son temps
Les préoccupations socioéconomiques de Jésus ne doivent pas non plus être ignorées. Elles démontrent que le Royaume de Dieu se préoccupe des situations de son temps. Nous voyons cela en particulier dans l’évangile de Luc. Celui-ci s’intéresse particulièrement, aux conditions de vie des gens, à leur marginalisation sociale, à leur pauvreté économique, à leur exclusion de la vie communautaire. Bien sûr, il ne faut pas en conclure que Luc écrit purement un évangile social. Toutefois pour faire justice à ses écrits, évangiles et actes des apôtres, l’on doit souligner l’importance qu’il apporte aux répercutions sociales du message de Jésus.
Le Royaume est une puissance libératrice
Un texte particulièrement éclairant est celui du discours de la synagogue de Nazareth qui décrit sa mission en termes de libération (Luc 4 :18-19). Le Royaume de Dieu est une puissance libératrice, il affecte la vie des êtres humains, ici-bas et maintenant, il a un aspect tangible, visible et observable (Luc 7 : 18-23 ; Mt 11 : 2-6). Cet aspect prophétique du Royaume a des origines vétérotestamentaires. Dans l’Ancien Testament, on retrouve plusieurs paroles à propos d’une ère de justice, de paix et d’harmonie initiée par le Messie, ainsi que de nombreux appels à la justice sociale. Pour Jésus le Royaume de Dieu œuvre en ce moment à l’intérieur de l’histoire humaine tout en conservant la perspective d’une transformation globale du monde à venir.
H : La visée du Royaume
Le Royaume de Dieu a une visée locale et aussi universelle. Aborder l’étude du Royaume de Dieu vu par Jésus, c’est dépasser le cadre de sa temporalité pour se questionner aussi sur sa localisation, car le Règne de Dieu, bien qu’il soit une activité, est aussi un domaine où cette activité est manifestée.
Le Royaume : concret ou abstrait ?
Certains exégètes affirment qu’il n’y a pas lieu d’attribuer au Royaume de Dieu un sens concret, se contentant de lui conférer un sens abstrait : Le Royaume ne serait pas une sphère mais tout simplement une activité. Pourtant il est difficile, même inutile, de dissocier le sens abstrait (le Règne de Dieu) de son sens concret (la sphère où il règne). Il n’y a pas d’objections théologiques ou philologiques sérieuses pour dissocier les deux. La Bible n’aborde pas la question du Royaume de manière abstraite. Si Dieu règne, il règne quelque part, même si ce quelque part est partout. Il n’y a pas de règne abstrait sans une sphère concrète.
Les clés pour entrer dans le Royaume
Il est possible de rentrer dans le Royaume (Mt 5 : 20 ; 7 : 21 ; 18 : 3 ; Mc 9 : 47 ; 10 : 15, 23-24 ; Luc 23 : 42 ; Jean 3 : 5), y demeurer (Mt 11 : 11 ; 13 : 42 ; 18 : 1, 4 ; 20 : 21 ; Mc 14 : 25 ; Luc 7 : 7, 28 ; 14 : 15 ; 22 : 18), en être expulsé (Mt 8 : 12 ; 13 : 41), y festoyer (Mt 8 : 11 ; Luc 13 : 28-29), en être plus ou moins loin (Mc 12 : 34), des clés en permettent d’en réglementer l’accès (Mt 16 : 19 ; 23 : 13).
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu
Le Royaume de Dieu, c’est d’abord le Règne de Dieu, l’exercice de son autorité, la manifestation de sa royauté, le pouvoir de son gouvernement, et ensuite, le domaine et la sphère où ce Règne est exercé. Il est difficile d’imaginer un règne qui n’a aucune sphère, soit-elle physique, territoriale ou spirituelle.
Le Royaume de Dieu a un caractère national
Les exégètes privilégient le sens « Règne », mais d’autres avertissent qu’on doit conjoindre l’idée de la sphère, de son exercice. Pour un grand nombre des interlocuteurs juifs de Jésus, le Royaume de Dieu a un caractère national, géographique, territorial et ethnique. Il doit s’actualiser dans la nation d’Israël ou du moins à l’intérieur de ses frontières géographiques. Les Juifs étant sous la domination romaine, plusieurs espèrent et attendent un retour en force et en gloire de la nation juive.
Le Messie royal envoyé par Dieu
Ils entrevoient une époque future où Dieu rétablira la suprématie d’Israël dans le monde comme au temps du roi David. Le Royaume de Dieu est synonyme pour eux « de Royaume d’Israël », il est perçu comme étant géographique, terrestre, ancré dans l’histoire et instauré à la suite d’une victoire politique et militaire via le roi idéal de la fin des temps ou le Messie royal envoyé par Dieu (Luc 24 : 21).
La sanctification du nom de Dieu
Or, pour Jésus, le Royaume de Dieu dépasse ces préoccupations nationales, il n’est pas limité au territoire d’Israël avec des frontières de temps et d’espace. Pour lui ce n’est pas la glorification de Jérusalem et le retour en gloire de la nation juive qui importe, mais la sanctification du nom de Dieu, le déploiement de sa royauté et l’accomplissement de sa volonté sur la terre entière, même si Jésus a limité son ministère terrestre à la nation d’Israël.
Sur la terre comme au ciel
La prière concernant le nôtre Père nous montre les préoccupations du Christ (Mt 6 : 10), qui nous donne un premier élément de réponse quant à la visée ou à la portée du Royaume de Dieu. Lorsque nous prions « Que ton nom sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » où ce nom, ce règne et cette volonté doivent-ils se manifester et se déployer ? La réponse est claire : « sur la terre comme au ciel ». Le lieu du Royaume, là où la royauté divine doit être reconnue et acceptée, ne peut être que sur la terre et de surcroit sur la terre entière.
Activité spécifique de Dieu dans le monde
J’ai déjà mentionné que lorsque Jésus parle du Royaume, il ne parle pas de la souveraineté générale de Dieu sur le monde (ce royaume a toujours existé), mais d’une activité spécifique de Dieu dans le monde. Ce Royaume est en cours de réalisation, il cherche à s’étendre partout. Voilà la visée ou la portée du Royaume de Dieu initié par Jésus-Christ.
Espérance de remplir toute la terre
Cette espérance de voir remplir toute le terre remonte à l’Ancien Testament (Genèse 17 : 4, 5, 6, 16). Si on demande à plusieurs personnes où se trouve le Règne de Dieu, il est probable que nous entendions ce type de réponse : Dieu règne dans les cieux, Jésus ne parle-t-il pas « du Royaume des cieux » ? et ne dit-il pas que son Royaume n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) ?
Quelque chose qui se passera sur la terre
Pourtant, lorsque Jésus dit que le temps d’attente est terminé et que le Royaume s’approche (Mt 4 : 17 ; Mc 1 : 15), il ne fait pas allusion à quelque chose qui se passera là-haut dans les cieux, mais à quelque chose qui aura lieu ici-bas sur cette terre.
Royaume des cieux ou Royaume de Dieu ?
La confusion pour nous et non pour les contemporains de Matthieu, vient du fait que Matthieu utilise l’expression « Royaume des cieux », d’où la déduction que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux. Or cette déduction typique à Matthieu est tout simplement synonyme de Royaume de Dieu. Les Juifs du premier siècle évitaient de prononcer le nom de Dieu par respect et révérence envers lui. On lui substituait alors différentes expressions qui étaient perçues comme des allusions indirectes à Dieu (Mt 5 : 34-35 ; 23 : 20-22).
Un écrit pour les Juifs
Matthieu écrivant surtout pour des Juifs, et désirant tenir compte de leurs sensibilité, utilise couramment l’expression « Royaume des cieux » (Mt 3 : 2), alors que Marc et Luc préfèrent l’expression « Royaume de Dieu » (Mc 1 : 15 ; Luc 4 : 43) sans doute plus facile à comprendre pour les non-juifs. Dans les deux cas, l’expression renvoie à la même réalité.
La nature du Royaume
Le Royaume des cieux ne désigne donc pas le lieu du Royaume, mais la nature ou l’origine du Royaume. C’est un Royaume qui vient de Dieu, qui prend sa source en Dieu, qui trouve sa raison d’être en Dieu.
Mon Royaume n’est pas de ce monde
Jésus ne dit pas que le Royaume de Dieu se trouve dans les cieux (quoique cela soit vrai aussi !), mais qu’il vient des cieux. De même quand Jésus dit : « Mon Royaume n’est pas de ce monde », cela n’indique pas que Jésus renonce à tout jamais à établir son Règne en Israël et sur toute la terre, mais que son Royaume ne tire pas sa légitimité de ce monde : Jésus ne parle pas de la localisation du Royaume, mais de la source de son autorité royale.
L’autorité qui vient du ciel
Contrairement à Pilate, il ne reçoit pas son autorité d’une source terrestre (César), mais de Dieu. Beaucoup comprennent le message de l’Evangile simplement. Ils font le parallèle entre aller au ciel et le commencement de la vie éternelle, comme si le Royaume de Dieu était l’équivalent de la vie après la mort.
La vie éternelle
De même le concept de « vie éternelle » ne consiste pas à avoir une vie sans fin après la mort, mais à faire partie du siècle à venir, à participer au monde nouveau que Dieu instaurera. L évangile ne nous dit pas comment aller au ciel après la mort, mais comment avoir part au Royaume de Dieu, à la nouvelle création, que Dieu est sur le point d’inaugurer dans le temps et l’histoire par la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël
Lorsque les disciples demandent à Jésus en Actes 1 : 6 « Est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le Royaume d’Israël ? », il ne faut pas y voir une limitation de la portée du Royaume de Dieu comme si celui-ci se limitait à Israël et ne visait pas le monde entier. La suite du verset révèle la visée universelle du Royaume.
L’annonce de l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre
Cette question permet à Jésus de dévoiler une partie du programme divin, celle qui consiste à annoncer l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre afin de rassembler le peuple du Royaume (Actes 1 : 7-8).
Dieu va rassembler le peuple du Royaume
Cette visée universelle du Royaume ne renie en aucun cas son lien avec Israël. D’ailleurs les écrits de Luc (évangile et Actes) contiennent de nombreuses mentions à cet effet (Luc 1 : 45-55, 68-79 ; 2 : 25-32 ; 24 : 21 ; Actes 1 : 6-7 ; 3 : 21). La réponse de Jésus souligne que, pour l’heure, le moment de l’établissement du Royaume sur la terre renouvelée, avec une Jérusalem transfigurée (Apo 21 : 10-22, 5), n’est pas arrivé mais que Dieu va rassembler le peuple du Royaume, de Jérusalem jusque dans le monde entier.
I : L’agent du Royaume
Jésus est présenté dans les évangiles comme l’agent du Royaume de Dieu, il est celui par qui s’approche le Règne de Dieu. Jésus a prêché le Royaume de Dieu et non lui-même. Pourtant nous voyons dans les évangiles que le Royaume est inséparable du Messie. Jésus est le représentant (Luc 17 : 20-21), le révélateur (Mc 4 : 11-12 ; Mt 11 : 25-27), le champion (Mc 3 : 27), l’initiateur (Mt 11 : 12), l’instrument (Mt 12 : 28), le médiateur (Mc 2 : 18-19) et l’agent du Royaume (Mt 11 : 2-5).
Recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus
On ne peut dissocier le Royaume de Dieu de la personne de Jésus, le messager est lié au message. La réception du message passe par le messager. Recevoir Jésus, c’est recevoir le Royaume et recevoir le Royaume, c’est recevoir Jésus. Les deux sont si étroitement liés que d’une certaine façon, on peut dire que le Royaume, c’est Jésus lui-même.
Jésus porte en lui-même le Royaume de Dieu
On peut dire que Jésus est le Royaume en personne ou comme le disait Origène : « Jésus est le Royaume de Dieu, réalisé en lui-même ». Pour d’autres exégètes la formulation sera : « Le Royaume réside en Jésus lui-même » ou encore « Jésus-Christ porte en lui-même le Royaume de Dieu ». Il est intéressant de souligner que les évangélistes, que ce soit : Matthieu, Marc, Luc ou Jean, ont tous une christologie royale. Ils ont tous une compréhension de la personne et de l’œuvre de Jésus qui est liée au Royaume d’Israël et par extension au Royaume de Dieu.
Jésus comme Messie
Outre les différentes désignations que l’on retrouve pour Jésus dans les évangiles : Maître, Messie, Fils de l’homme, Fils de David, Fils de Dieu, Seigneur, etc., les évangélistes conçoivent tous Jésus comme un roi, et de surcroit le roi d’Israël. Ils font fréquemment mention de l’autorité, du règne et du Royaume de Jésus.
Jésus le Fils de David
Pour Matthieu, Jésus est le fils de David, l’héritier du trône d’Israël (Mt 1 : 1 ; 21 : 9), le Christ (Mt 1 : 16), celui qui sauvera son peuple de ses péchés (1 : 21), l’Emmanuel, Dieu avec nous (1 : 23), il est le roi des Juifs que les mages veulent honorer (2 : 2), le chef qui paîtra Israël (2 : 6), le roi qui vient, plein de douceur, monté sur un âne (21 : 5), celui qui est assis à la droite de Dieu et qui viendra sur les nuées du ciel (26 : 64). Jésus confirme être le roi des Juifs devant Pilate (27 : 11). C’est en tant que roi des Juifs qu’il est couronné d’épines, maltraité et crucifié, c’est pour la même raison qu’on le nargue de descendre de la croix (27 : 29, 37, 41). C’est à lui que toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre (28 : 18).
Le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu
Pour Marc, Jésus est celui qui viendra dans la gloire de son père avec les anges Mc 8 : 38), certains seront assis à sa droite et à sa gauche lorsqu’il sera dans la gloire (Mc 10 : 37), il est celui qui rentre dans Jérusalem en tant que roi (Mc 11 : 9-10), il est le Christ, le Fils du Dieu béni, le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu et venant sur les nuées du ciel (Mc 14 : 61). Jésus confirme à Pilate être le roi des Juifs (Mc 15 : 2), c’est en tant que tel qu’il est maltraité et crucifié (Mc 15 : 17-18, 26, 32).
Le Fils du Très-Haut
Luc, lui, présente Jésus comme le Fils du Très-Haut, celui qui héritera du trône de David et qui règnera sur la maison de Jacob éternellement (Luc 2 : 11), le roi qui vient au nom du Seigneur (Luc 19 : 38). Jésus disposera du Royaume en faveur de ses disciples tout comme le père en a disposé en sa faveur (Luc 22 : 29). Jésus parle de sa table et de son Royaume (Luc 22 : 30) et c’est en tant que roi qu’il est mis en accusation devant Pilate (Luc 23 : 2-3), qu’il est crucifié et qu’on se moque de lui (Luc 23 : 36-38). Un malfaiteur demande à Jésus de se souvenir de lui quand il viendra dans son Règne (Luc 23 : 42).
Celui qui vient au nom du Seigneur
Jean est celui qui ne fait pas souvent mention du Royaume de Dieu (Jean 3 : 3, 5). Toutefois cela ne l’empêche pas de présenter Jésus comme un roi. Jésus est le roi d’Israël, celui qui vient au nom du Seigneur (Jean 12 : 13-15). À trois reprises devant Pilate, Jésus parle de son Royaume qui n’est pas de ce monde (Jean 18 : 36) et confirme être le roi des Juifs (Jean 18 : 37).
Crucifierai-je votre roi ?
C’est en tant que roi des Juifs qu’il est maltraité par les soldats romains et qu’il est couronné d’épines (Jean 19 : 2-3). Pilate présente Jésus aux dirigeants Juifs en disant voici votre roi et les interroge en leur demandant « Crucifierai-je votre roi ? » (Jean 19 : 15). L’inscription à la croix indique clairement, Jésus en tant que roi des Juifs : « Jésus de Nazareth le roi des Juifs » (Jean 19 : 19).
Jésus roi des Juifs
Bref si tous les évangélistes nous présentent Jésus comme le roi d’Israël, donc s’ils présentent d’une part Jésus comme le roi d’Israël et d’autre part comme celui qui a prêché le Royaume de Dieu, il est difficile de ne pas en déduire qu’un lien étroit existe entre les deux.
La relation exacte entre Jésus et le Royaume
Il n’est pas facile de décrire avec précision la relation exacte entre Jésus et le Royaume de Dieu. Jésus-Christ est-il celui qui proclame, apporte, inaugure, présente, réalise, initie, porte ou manifeste le Royaume ?
Le temps du Royaume
A ceux qui lui demandent quand viendra le Royaume de Dieu, Jésus répond qu’il est déjà là, présent au milieu d’eux, il est juste devant leur yeux !
Le Royaume est avant tout une personne
Jean-Paul II avait compris le principe du Royaume, selon moi, lorsqu’il écrivait : « Le Royaume de Dieu n’est pas un concept, une doctrine ou un programme sujet à l’interprétation libre, mais c’est d’abord et avant tout, une personne avec le visage, la personnalité, le nom de Jésus de Nazareth, il est l’image de Dieu invisible. Si le Royaume est séparé de Jésus, ce n’est plus du tout le Royaume de Dieu tel qu’il l’a révélé ».
Le statut personnel du Messie
L’enseignement de Jésus n’a jamais été concentré en premier sur son statut personnel, mais sur l’annonce du Royaume de Dieu, il n’en demeure pas moins qu’un lien inséparable les unit.
J : Les bénéficiaires du Royaume
Le Royaume de Dieu, selon Jésus, est une réalité accessible à tous, même à ceux qu’on avait tendance à exclure. Dans les évangiles, nous voyons que Jésus se fait proche de ceux qui sont en marge de la société, leur accordant son attention, il leur annonce la bonne nouvelle du Royaume. Il côtoie ceux qui sont exclus de toute vie sociale, tels les lépreux et les démoniaques, ceux qui se trouvent dans des conditions de vie difficile, tels les pauvres, les opprimés, les indigents, les aveugles, les boiteux, les estropiés, les malades, et ceux qui sont méprisés socialement, tels les publicains, les prostituées et les gens de mauvaise vie (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Les interrogations du Royaume
Le Royaume de Dieu, proclamé par Jésus comporte plusieurs interrogations qui concernent : le quand, le comment, le qui du Royaume de Dieu. D’abord le Royaume se manifeste d’une façon inattendue, il vient de manière voilée, à peine perceptible, c’est ce que nous voyons dans les paraboles du Royaume (c’est le comment).
Les invités surprises
Finalement les bénéficiaires du Royaume ne sont pas ceux auxquels on s’attendait : il y a des invités surprises ! Dans le Royaume de Dieu, il y aura des pêcheurs, des pauvres, des marginaux, des exclus, etc, même des gentils, c’est-à-dire des païens (Luc 7 : 22).
Tous ne comprendront pas le message
Beaucoup de pharisiens, de saducéens et de religieux divers ne comprendront pas le messager et l’enseignement qu’il apporte. Leurs certitudes quant à leur qualification d’être admis dans le Royaume par leur naissance en tant que juifs ou par leurs pratiques religieuses ne correspond pas au message que Dieu donne pour l’entrée dans son Royaume.
Il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume
Pour Jésus, il ne s’agit pas d’être religieux pour avoir part au Royaume de Dieu ou même de faire partie de la nation d’Israël, mais d’accueillir le message qu’il proclame avec foi et repentance. Par ses fréquentations nous voyons que Jésus destine son message à tous les êtres humains, peu importe leurs situations sociales (qu’ils fassent partie de l’élite sociale ou non), économiques (qu’ils soient riches ou pauvres) et morales (que leurs vies soient exemplaires ou non).
Pour lui le Royaume est ouvert à tous, nul n’en est exclu de prime abord, même si l’on est classé comme indésirable par la société.
Pas de distinction entre les être humains
Le Royaume de Dieu n’oublie personne, il ne fait aucune distinction entre les êtres humains. Il les situe tous sur le même pied d’égalité. Tous font partie des invités du Royaume et tous peuvent en être les convives, s’ils répondent favorablement à l’invitation qui leur est adressée et s’ils orientent leur vie en conséquence, même les indésirables. « Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle », dit Jésus (Mc 1 : 15).
Jésus ne se ménage pas
C’est sur ce principe essentiel que l’entrée dans le Royaume de Dieu s’effectue. Jésus ne ménage donc pas ni ses paroles ni ses efforts pour rejoindre ceux qui sont exclus de toute vie sociale, qui se trouvent dans des conditions de vie difficile et qui sont méprisés socialement (Mt 9 : 9-13 ; Luc 5 : 27-32).
Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu
Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Il semble qu’un ensemble de raisons explique ses agissements. Mais ce qui est clair, c’est que par ses comportements sociaux, Jésus rejoint ceux et celles qu’on avait naturellement tendance à écarter ou à exclure de la vie du Royaume. Car nombre de ces personnes par la vie qu’elles menaient, étaient loin de convenir aux normes sociales, morales, religieuses et rituelles d’alors. Si Jésus accorde son attention à ceux qui sont en marge de la société, c’est d’abord pour démontrer que le Royaume de Dieu, leur est aussi adressé. Ils ont besoin d’entendre les conseils de Dieu.
C’est pourquoi la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, se doit de leur être particulièrement annoncée (Luc 4 : 18-19 ; 7 : 22).
K : Les différentes demandes du Royaume
Le Royaume ne vient pas qu’avec des bienfaits, il vient aussi avec des demandes. Jésus n’invite pas seulement ses auditeurs à la conversion, mais aussi à une vie de disciple.
En lien avec les demandes du Royaume, trois thèmes sont importants : La conversion au Royaume, Le chemin du Royaume, Le coût du Royaume.
Repentez-vous car le Royaume est proche
Regardons d’abord la conversion au Royaume. Pour Jésus, la proclamation du Royaume de Dieu au milieu de son peuple ne doit laisser personne indifférent : Chaque personne doit se situer par rapport au message qu’il proclame. Il dénonce d’ailleurs l’indifférence des gens à son égard et celle exprimée envers son message (Luc 10 : 13-14). Lorsque Jésus proclame le Royaume de Dieu, il y adjoint simultanément un appel à la conversion : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche » (Mt 4 : 17). L’évangile de Marc ajoute « et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1 : 15). Jésus demande la conversion des personnes qui l’écoutent, c’est-à-dire, la repentance (Retour à Dieu) et la foi (la confiance en Dieu).
Repentir et Foi
C’est la lumière de la proximité, de la venue ou de l’arrivée du Royaume que la repentance et la foi trouvent tout leur sens. Ces deux termes, la repentance et la foi, mentionnés parfois côte à côte ou l’un après l’autre, expriment tous deux la réponse adéquate au message de Jésus, même s’il ne faut pas les voir comme des synonymes. La repentance implique un changement de direction alors que la foi dépeint la confiance que l’on porte à l’égard de Dieu. Dans le langage du Royaume, se convertir, s’est se placer soi-même sous le Règne de Dieu. La conversion est un changement d’allégeance, une reconnaissance de la royauté et du règne divin.
Placer sa vie et sa propre autorité sous celle de Dieu
C’est un choix volontaire et délibéré de placer sa vie ou sa propre autorité sous celle de Dieu et de reconsidérer sa vie en conséquence. Il est difficile, voire inconcevable, de croire qu’une personne puisse entrer dans le Royaume de Dieu sans respecter l’autorité du roi qui y règne. La conversion n’est pas une simple décision par rapport au Royaume de Dieu, mais une réorientation de vie quant à ce Royaume. Pour Jésus, il ne peut y avoir de conversion véritable sans soumission au roi. La soumission libre et volontaire fait partie intégrante de la conversion.
Prendre son joug
Jésus invite tous ceux qui viennent vers lui à prendre son joug et cela sans aucune crainte puisqu’il se présente comme « doux et humble de cœur » (Mt 11 : 25-31). Dans le langage biblique prendre sur soi le joug de quelqu’un, c’est reconnaître son autorité et la respecter. D’ailleurs, quand Jésus invite ses disciples à « porter leur croix » (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27), il s’agit là d’un symbole de renoncement et de souffrance, mais aussi de soumission.
Se soumettre à l’autorité divine
En effet « porter sa croix », c’est d’abord et avant tout se soumettre volontairement au Règne de Dieu. Pour Jésus, devenir son disciple ne consiste pas simplement à accepter une souffrance morale, sociale ou physique qui peut résulter d’une identification avec lui, c’est aussi se soumettre à l’autorité divine.
La rébellion à l’égard de Dieu
Pour Jésus, le vrai problème d’Israël n’est pas la captivité politique (la présence de Rome), mais sa captivité spirituelle due au péché, cet état de rébellion à l’égard de Dieu.
Porter sa croix chaque jour
Or, en portant sa croix, il y là, de la part du disciple, la reconnaissance volontaire d’une autre autorité ! En effet, Jésus demande de porter sa croix volontairement et non par force, et ce chaque jour. Il y a toujours dans le cœur humain une résistance à faire l’œuvre de Dieu, même après sa conversion.
La révolte contre Rome
Lorsque Jésus parlait de porter sa croix, les disciples ne pensaient pas à la mort et à la crucifixion de Jésus, mais à ceux qui se révoltaient contre Rome et qui en conséquence, devait porter une poutre sur leurs épaules jusqu’au lieu de leur crucifixion. Pour eux, porter sa croix signifiait la soumission, la cessation d’une rébellion, la reconnaissance sous contrainte, bien sûr de la puissance Romaine.
La reconnaissance du Règne de Dieu
En transportant cette réalité historique dans le domaine spirituel, il y a, une invitation à reconnaître le Règne de Dieu et de s’y soumettre volontairement en suivant Jésus.
Une vie sans rébellion
Les disciples ont cessé de se rebeller contre la puissance de Dieu (le Règne de Dieu). Celui qui porte une croix est maintenant dans une position et déclare publiquement que sa rébellion à l’égard de Dieu est maintenant terminée.
Rechercher une vie conforme à Dieu
Le chemin du Royaume, c’est accueillir le Règne de Dieu, c’est rechercher une vie conforme au Royaume de Dieu, c’est reconsidérer ses voies, réorienter sa vie, à défaut de quoi, il n’y aura pas de repentance, aucun changement de direction.
Le mode de vie du Royaume de Dieu
Le Royaume que Jésus proclame vient avec son propre mode de vie, avec ses valeurs, ses priorités, ses demandes. Le sermon sur la montagne (Mt 5-7 ; Luc 6 : 17-49) en constitue un bel exemple, Jésus y décrit, en effet, les sujets privilégiés du Royaume (Ceux qui ont la faveur de Dieu - Mt 5 : 1-16), la justice du Royaume (Jusqu’où va l’obéissance à la loi divine - Mt 5 : 17-48), la pratique sincère du Royaume (dans quel esprit accomplir ses devoirs religieux - Mt 6 : 1-18), les priorités du Royaume (de quoi il faut se préoccuper avant tout - Mt 6 : 19-34), les relations nouvelles du Royaume (comment se comporter à l’égard de Dieu et des autres - Mt 7 : 1-12), et le choix ultime du Royaume (comment accéder à la vraie vie - Mt 7 : 13-28).
Faire les choix éthiques de Dieu
Pour Jésus, l’adhésion au Royaume de Dieu implique non seulement une déclaration de foi, une pratique religieuse, une transformation intérieure, mais aussi des choix éthiques conformes à la volonté de Dieu. Jésus met en garde ceux qui l’écoutent contre les dangers d’une vie religieuse sans transformation intérieure, d’une déclaration de foi sans véritable vie de disciple, d’un enthousiasme charismatique sans répercussions éthiques et d’une écoute de ses paroles sans leur mise pratique.
Le renversement des valeurs sociales
Le Royaume de Dieu que Jésus proclame renverse les mentalités et les valeurs sociales existantes, transforme les personnes de l’intérieur, réaligne leurs pratiques religieuses, réoriente leurs priorités de vie et redéfinit leurs relations à Dieu et aux autres.
Ceux qui font la volonté de mon Père
Pour le Messie, l’accueil sincère du Royaume ne peut se faire autrement. Les frères et sœurs de Jésus, sont ceux qui font la volonté du Père, voilà sa vraie famille (Mt 12 : 46-50 ; Mc 3 : 31-35 ; Luc 8 : 19-20).
Connaître le coût
Cherchons maintenant à connaître le coût du Royaume. En lisant les évangiles, il est bien évident qu’à l’égard du Royaume de Dieu, Jésus demande une réponse totale de l’être humain. Cette décision n’est pas à prendre à la légère. Il faut en calculer le coût, en mesurer les impacts pour sa vie.
Si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens
L’éthique de Jésus est radicale, elle est exigeante. Jésus dit qu’il faut surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5 : 20), qu’il faut résister à la vengeance et à la violence (Mt 5 : 38-42), qu’il faut aimer et prier pour ses ennemis, c’est-à-dire pour l’occupant romain (Mt 5 : 43-48), qu’il faut être parfait à l’image du Père céleste, c’est-à-dire refléter le caractère et les agissements de Dieu, même face aux méchants et aux injustes (Mt 5 : 45-48), qu’il faut accomplir ses devoirs religieux dans le secret, c’est-à-dire en étant libre de tout désir d’être vu et admiré (Mt 6 : 1-18), qu’il faut surveiller les allégeances de son cœur afin que Mammon, la richesse, n’y prenne pas la place de Dieu (Mt 6 : 19-24), qu’il faut rechercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice avant les choses secondaires de la vie (Mt 6 : 25-34), qu’il faut entrer par la porte étroite et choisir le chemin resserré, cette décision impopulaire et à contre-courant, qui mène à la vie (Mt 7 : 13-14), qu’il faut faire la volonté du Père, et non seulement professer une foi en lui (Mt 7 : 21-23), qu’il faut pratiquer ses paroles et non pas se contenter de les écouter (Mt 7 : 24-27).
Il faut prendre sa croix
Comme le prix pour suivre ce chemin est lourd. En effet, il faut renoncer à soi-même, se charger de sa croix, suivre Jésus aux risques et périls de sa vie, ne pas avoir honte de se déclarer pour lui ici-bas malgré le rejet et la souffrance possible due à une telle association (Mc 8 : 31-38 ; Luc 9 : 23-27).
Dans l’évangile de Luc, Jésus souligne le sérieux de l’engagement à l’égard du Royaume de Dieu à l’aide de deux illustrations.
Il faut calculer la dépense
Tout comme il faut s’assurer d’être capable d’achever son projet de construction avant de pouvoir commencer à bâtir et tout comme il faut évaluer la puissance de son armée avant d’entreprendre une campagne militaire, de même il faut réfléchir aux conséquences d’un choix en faveur du Royaume de Dieu (Luc 14 : 28-32).
Si quelqu’un n’est pas prêt à tout abandonner
Pour Jésus, cet engagement envers le Royaume et envers lui se doit d’être plus important que le travail (Luc 5 : 11, 27-28), que les possessions matérielles (Luc 12 : 13-21 ; 12 : 33-44 ; 18 : 18-27), que les obligations sociales (Luc 9 : 57-62), que les soucis et les préoccupations normales de la vie (Luc 12 : 22-23), plus que les liens familiaux (Luc 14 : 26 ; 18 : 28-30) et que sa propre vie (Luc 9 : 23-25 ; 14 : 27).
Jésus ne fait pas de fausses promesses. Il révèle dès le départ ce qu’implique une vie à sa suite et invite toute personne qui désire le suivre à examiner soigneusement ses motivations.
Ils seront consolés
Le Règne de Dieu réclame le cœur et la vie entière des disciples. Cet engagement complet et total se comprend à la lumière du Royaume de Dieu. A ceux et celles qui lui répondent favorablement, le Messie promet des récompenses, les béatitudes en font foi : Ils auront part au Royaume de Dieu, ils seront consolés, ils hériteront la terre, ils seront rassasiés de justice, ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu, ils seront appelés fils et filles de Dieu (Mt 5 : 3-12, Luc 6 : 20-26). Ils prendront possession du Royaume (Mt 5 : 25 : 34).
Ils retrouveront leurs vies
De plus, ils découvriront une nouvelle famille ici-bas, recevront au centuple ce qu’ils ont perdu à cause de lui et hériteront la vie éternelle (Mt19 : 27-30 ; Luc 18 : 28-30). Bref, ils retrouveront leur vie (Mt 10 : 39).
L : La communauté du Royaume
Finalement le Royaume de Dieu proclamé par Jésus implique l’établissement d’une nouvelle communauté de foi : Une communauté messianique centrée sur la personne de Jésus.
Dans les évangiles, nous voyons que le ministère de Jésus a pour résultat la création d’une communauté. L’annonce du Royaume attire les foules (Mt 5 : 1 ; Mc 3 : 7-8) et ceux qui répondent au message de Jésus deviennent ses disciples.
Il choisit des disciples
Le terme disciple, désigne les douze hommes que Jésus choisit pour l’accompagner dans son ministère itinérant, ceux-ci représentent symboliquement les douze tribus d’Israël (Mt 10 : 1 ; Mc 3 : 13-14 ; Luc 9 : 1 ; 22 : 29-30), mais il se réfère aussi à un nombre plus grand que Jésus envoie en mission, tels les soixante-dix disciples (Luc 10 : 1), et d’une manière plus large à ceux qui accueillent son message et son enseignement.
Jésus semble avoir été accompagné non seulement par les douze et les soixante-dix mais aussi par de nombreuses personnes favorables à sa prédication (Mc 4 : 10 ; Luc 6 : 17 ; 19 : 37 ; 24 : 33 ; Jean 4 : 1-2 ; 6 : 66).
Ceux qui suivaient Jésus
Le livre des Actes fait mention d’un nombre de disciples assez nombreux au cours du ministère de Jésus (Ac 1 : 13-14, 21).
Apparemment, Jésus avait déjà commencé durant son ministère à rassembler un groupe de disciples assez important ; certains le suivaient constamment, d’autres pas.
Il est intéressant de mentionner que Jésus définit sa mission à la fois en termes de proclamation du Royaume (Luc 4 : 43) et de rassemblement des brebis perdues du Royaume d’Israël (Mt 10 : 5-6 ; 15 : 24).
La nouvelle communauté de croyants
Quoique la majorité de ses contemporains n’ait pas fait bon accueil à son message (Mt 11 : 20-24 ; Luc 10 : 13-15), ceux qui l’ont reçu ont formé, même si ce n’est qu’à l’état embryonnaire, la nouvelle communauté de croyants, composée de ceux qui suivent Jésus et le reconnaissent comme maître et Messie
J’ai voulu rassembler tes enfants.
La parole de Jésus, « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu » (Mt 23 : 37 ; Luc 13 : 34), pourrait être considéré comme un échec en ce qui concerne le rassemblement. Toutefois, cet échec du rassemblement de tout Israël, ne signifie pas l’échec du ministère de Jésus.
Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume
Le Messie va poursuivre son activité proclamatrice du Royaume de Dieu, avec le nombre relativement restreint de ses disciples. Pour Jésus, il n’y a pas d’inquiétude à avoir concernant le nombre de disciples. Il dit à ceux qui le suivent « Ne crains pas petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc12 : 32).
En Jésus et par son ministère de proclamation, d’enseignant et de guérisseur, Dieu lui-même rassemblait donc les brebis perdues d’Israël, le peuple.
Une communauté messianique
Si nous regardons les évangiles avec attention, nous nous rendons compte, que la proclamation initiale du Royaume de Dieu, ainsi que le rassemblement initial du peuple de Dieu a commencé en Palestine. On assiste déjà à la formation d’une communauté du vivant de Jésus, une sorte de communauté messianique, avant l’établissement de l’église.
Un nouveau peuple
La mission de Jésus impliquait la création d’un peuple qui devait être les sujets du Règne de Dieu et qui devait jouir des bienfaits de ce Règne. Puisque Jésus a averti le peuple d’Israël qu’il était, en tant que nation, sur le point d’être rejeté par Dieu, Jésus a dû envisager la création d’un nouveau peuple, en incorporant des éléments du peuple ancien, mais aussi en l’ouvrant plus largement, et l’a constitué d’une nouvelle allégeance.
Une nouvelle fraternité
L’annonce du Royaume de Dieu faite par Jésus n’excluait pas l’établissement d’une nouvelle fraternité de gens rassemblés autour de lui de son vivant, même si cette nouvelle fraternité a pris une forme plus officielle après sa mort et sa résurrection ce que l’on nomme aujourd’hui l’église. Dans l’évangile de Matthieu, lorsque Jésus parle de l’Eglise, il s’agit d’une communauté ou d’une assemblée comme il en existait déjà à l’époque. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que Jésus désire former ou constituer sa propre communauté, « Mon église ».
Conclusion
Nous voici arrivés à la fin de cette dissertation. Comme je vous l’avais dit en introduction, l’objectif de ce travail avait pour but la réalisation de ma thèse de théologie biblique, d’une part et de prouver que l’arrivée du Royaume de Dieu avait bien été accomplie avec le ministère de Jésus sur la terre, d’autre part ; J’ai fait mon possible pour mettre le maximum d’informations concernant « Le Royaume de Dieu vu par Jésus » en un minimum de mots, ce qui correspondait au challenge à réaliser. Une nouvelle fois, je suis bien conscient que d’avoir voulu décrire la manière dont Jésus voyait le Royaume de Dieu, semble une gageure, toutefois, ce n’est pas sans plaisir que j’ai redécouvert à travers la Bible et particulièrement les évangiles, comment le Messie regardait son Royaume. Pour être le plus fidèle possible aux propos du Christ, la presque totalité, voire l’intégralité de ce texte a été prise dans les évangiles. Ma méthode de travail est le fruit de ce que j’ai découvert au fur et à mesure de mes travaux avec BibleDoc et dans certains ouvrages qui seront notés dans la bibliographie. Cette étude, n’est qu’une goutte d’eau dans la découverte du Royaume de Dieu vu par Jésus, il faudrait des mois, voire des années, pour pouvoir expliquer le pourquoi et le comment en ce qui concerne le Royaume de Dieu.
Bibliographie
Cours BibleDoc : année 2005
Logiciel Logos : année 2019
Logiciel Bible Online : année 2011
L’évangile.com
La Bible TOB : Les éditions du Cerf : année 2010
Le Grand dictionnaire Biblique : édition Excelsis année 2017
Graeme GOLDSWORTHY : Le Royaume révélé de l’Ancien Testament à l’évangile, éditions Excelsis 2004
Vaughan Robert : Panorama de la Bible Editions Farel 2012
LADD George Eldon : L’évangile du Royaume, exposé sur le royaume de Dieu éditions Emmaüs 2001
Ben WITHERRINGTON : Histoire du Nouveau Testament Editions Excelsis 2003
[1]John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p. 95.
[2] Donald B. KRAYBILL, the Upside-Down Kingdom, Scottale, Herald, 2003, p. 16
[3] Ben WIEBE, Messianic Ethics. Jesus’ Proclamation of the Kingdom of God and the Church in Response, Scottdale, Herald, 1992, p. 95.
[4] John FUELLENBACH, The Kingdom of God. The message of Jesus Today, Maryknoll, Orbis Book, 1995, p.4.
[5]Darell L. BOCK, The Kingdom of God in New Testament Theology.
[6] Daniel MARGUERAT, l’aube du christianisme, Le Monde la Bible, 60, Genève/Paris, Labor et Fides/Bayard,2008 ? P. 90
[7] Joachim JEREMIAS, Théologie du Nouveau Testament. La prédication de Jésus tome 1, Paris, Cerf, 1973 p.43.
[8]. Ibid, p.43-44.
[9]. Ibid, p.44.